Galaad a écrit:De même, je pense que Gardner est assez largement le sénateur sortant républicain le plus vulnérable. Il est dans une position beaucoup moins favorable, par exemple que Collins dans le Maine qui a encore quelques chances de s'en sortir. La perspective d'une victoire de Gardner paraît pour moi très lointaine. Je le vois mal remonter un tel écart dans les sondages dans un état de moins en moins favorable aux Républicains.
La démographie du Colorado n'est en effet pas pour arranger les affaires des Républicains. Depuis dix ans, et particulièrement en 2016, cela a été rappelé plusieurs fois ici, l'électorat républicain est au niveau national de plus en plus rural et de moins en moins périurbain. Ca a permis aux Républicains de progresser dans plusieurs états, notamment dans le Midwest, et globalement d'améliorer leur avantage dans le collège électoral (Trump en perdant le vote populaire a remporté bien plus largement le collège électoral que Bush en 2004 quand il a gagné de façon assez confortable le vote populaire).
En revanche, cela a fait du Colorado un état quasiment bleu aujourd'hui.
En 2004, Bush gagnait assez confortablement, avec une marge de 51%-47%, les contés de Jefferson et d'Aparahoe, qui ont une population largement périurbaine, avec une marge similaire de 5 points au niveau de l'état. Or, on constate qu'en 2014, l'avantage de Gardner au niveau de l'état a été de 2 points, en revanche la marge dans ces deux états est passé à 48%-46,5% à Arapanhoe County et à 47,3%-47% à Jefferson County en faveur des Démocrates. Il n'a dû sa victoire qu'à des scores malgré tout plus qu'honorables dans les contés périurbains et exceptionnels dans les contés ruraux notamment de l'est de l'état, toujours supérieurs à 70% et souvent supérieurs à 80%.
Il est difficile pour Gardner de faire encore mieux dans les contés ruraux de l'état, les Républicains sont déjà à leur maximum dans ces derniers, son seul espoir est donc de resserrer l'écart par rapport à son adversaire dans des contés périurbains que les Républicains sont en train de perdre et où Trump est très impopulaire.
Or, cela relèverait de l'exploit. L'écart de Clinton au niveau de l'état était de 5 points en 2016, mais son écart était de 7 points à Jefferson County et à 14 points à Arapahoe County. On a du mal à imaginer Gardner y diminuer sensiblement cet écart alors même que les électeurs périurbains l'associent fortement à Trump duquel ils ont un très mauvais opinion, et que sont candidats Hickenlooper et Biden qui ont des profils modérés appréciés de ces populations. Si Sanders avait été le candidat démocrate avec une conjecture économique favorable cela aurait été plus que faisable, aujourd'hui cela me semble presque inenvisageable.
Pour les sortants démocrates, Doug Jones me paraît également dans une situation extrêmement défavorable. Il faudrait vraiment une mobilisation très importante des électeurs Afro-Américains en sa faveur comme lors de sa première élection, peut-être stimulée par Biden, pour espérer une réélection. Rappelons qu'il n'a dû son élection qu'à un alignement des astres : un contexte assez favorable aux Démocrates, un adversaire exceptionnellement mauvais, qui à la fois avait un profil très clivant, perçu comme très à droite, et qui était accusé par plusieurs personnes d'agressions sexuelles sur mineurs. Tant d'éléments qui ont permis une mobilisation exceptionnelle des Afro-Américains. Sans cela, il n'aurait sans doute pas gagné.
En 2020, il aura face à lui Tommy Tuberville ou Jeff Sessions, tout deux des candidats potentiellement redoutables, le second ayant été sénateur de l'état pendant 20 ans.
Je vous rejoins complètement : les sièges de l'Alabama (rajoutons que Jones l'emporte en plus sur une élection spéciale, avec une participation très inférieure à celle d'une générale) et du Colorado sont les plus susceptibles de basculer. Pour l'Alabama c'est même certain (l'adversaire de Jones ne sera pas cette fois un possible pédophile, et le scrutin présidentiel sera emporté par Trump avec une avance énorme : je ne vois pas par quel miracle Jones pourrait espérer conserver son siège dans ce contexte). Pour le Colorado c''est moins certain, mais les affaires de Gardner me paraissent très mal engagées. Si à la limite les démocrates n'alignaient pas Hickenlooper comme candidat, il pourrait peut-être se glisser dans un trou de souris, mais là, ça me parait presque impossible.
Galaad a écrit:Pareil, je pense que la contradiction entre vote populaire et collège électoral peut être encore plus frappante en 2020 qu'elle ne l'avait été en 2016. Un scénario où Biden gagnerait le vote populaire avec 4 ou 5 points d'écarts, mais où Trump l'emporterait en Floride, dans l'Ohio, l'Iowa, l'Arizona, le Wisconsin, voir même la Pennsylvanie, et donc dans le collège électoral, me paraît assez possible. Il suffirait que :
- dans l'Ohio et l'Iowa, son avantage dans l'état par rapport à son avantage au niveau national soit maintenu, voir légèrement réduit, ce qui est parfaitement possible.
- en Floride, dans le Wisconsin, en Arizona et en Pennsylvanie, cet avantage soit amélioré, c'est-à-dire qu'il fasse mieux dans cet état que son résultat au niveau national, ce qui n'est pas impossible non plus à part peut-être en Arizona (ce qui ne l'empêcherait pas de gagner s'il remportait les trois autres états). Il suffirait qu'il fasse encore mieux chez les électeurs blancs peu éduqués et qu'il fasse aussi bien chez les latinos, pour y parvenir. On nous a vanté les capacités de Biden à augmenter son résultat chez les premiers, ça reste à voir. Les seconds lui ont largement préféré Sanders pendant les primaires et force est de constater que si Trump est impopulaire chez ses derniers, il l'est autant qu'un Romney ou un McCain avec pourtant des positions beaucoup plus sévères sur l'immigration.
Concernant le vote populaire au global, je pense que Trump est même dans une situation très sombre en fait.
Il est encore plus détesté dans les états très démocrates qu'il y a 4 ans, et dans les gros états bleus pourvoyeurs de voix (côtes ouest et nord-est ainsi que l'Illinois) je pense qu'il est condamné à y connaitre un déficit de voix encore plus important que face à Clinton.
A l'inverse, les résultats de Clinton dans tout un paquet d'états rouges représentaient déjà un point très bas, notamment dans les zones rurales. J'ai du mal à imaginer Biden connaitre dans ces états là des scores encore pires que ceux de Clinton.
Au Texas, peu importe l'écart final, là aussi il est pas loin d'être acquis que l'écart entre les deux candidats y sera inférieur à ce qu'il était il y a 4 ans. Et les
swing states resteront les
swing states. Même si Trump devait surperformer dans ces états là, les écarts n'y seraient pas énormes.
Quand je mets tout ça bout à bout, je me retrouve avec une avance potentielle pour Biden au niveau du vote populaire assez consistante, mais une possibilité de victoire pour Trump quand même.
Et j'arrive sur un scénario aux conséquences potentiellement très dévastatrices pour la politique US : imaginons que Biden emporte le vote populaire très nettement (4 ou 5 points) et que Trump emporte le collège électoral d'une très courte tête (entre 270 et 280 grands électeurs pour lui). La situation aboutirait à une crise sans précédent je pense. Déjà, les électeurs démocrates péteraient un plomb :). Ce serait la 3e fois en 20 ans qu'ils verraient leur candidat empocher le vote populaire mais perdre l'élection néanmoins. Mais cette fois avec une avance autrement plus conséquente que les deux fois précédentes (voire, avec peut-être même une majorité absolue des suffrages pour le candidat défait, ce qui n'était pas le cas en 2000 ni en 2016). Pire : avec un résultat potentiellement très serré au collège électoral, on pourrait en plus rajouter une grosse crise constitutionnelle au tableau si un ou plusieurs grands électeurs facétieux décidaient (comme tous les 4 ans, sans conséquence jusqu'ici) de mettre un nom différent que celui attendu sur leur bulletin de vote.
Galaad a écrit:Je suis d'accord, à la fois sur les sondages et le paysage politique, l'électorat était beaucoup moins partisan à l'époque et donc plus amène qu'aujourd'hui à hésiter entre le candidat démocrate et le candidat républicain ce qui rendait possible ce type de surprises de dernière minute. Cependant, les similarités sont frappantes : on a d'un côté un président sortant impopulaire et que beaucoup donnent perdant d'avance mais qui fait une très bonne campagne car prêt à prendre des risques, de l'autre un adversaire au profil modéré, favori, plus que capable de l'emporter face à un président clivant, qui prend très peu de risques à la fois sur son programme et à la fois dans ces attaques contre le président, qui n'est pas détestable mais pas non plus très captivant ni très inspirant.
Et un président qui finit par l'emporter malgré tout face à ce challenger pourtant favori.
Vous trouvez réellement que beaucoup de gens considèrent que Trump a perdu d'avance ? Sur ce forum je crois que personne ne le fait, tous les démocrates que je connais ne le font pas non plus, et, il suffit de lire les médias US (de droite ou de gauche) pour voir que ce n'est absolument pas le sentiment général. Même les bookmakers ne considèrent pas Biden comme favori :).
Après, je pense aussi que le précédent de 2016 joue beaucoup, et je me demande si on ne tomberait peut-être pas dans un travers différent : voir Trump comme un candidat imbattable ?
Galaad a écrit:La campagne n'a certes pas encore commencé, et on verra de qui entre Trump et Biden fera la meilleure campagne. Mais il est certain que Trump est très bon en campagne (on l'a vu triomphé face à ses adversaires républicains et face à Clinton en 2016 alors qu'il était en position de challenger), et que Biden est en revanche plutôt médiocre et prompt à faire des gaffes parfois très handicapantes.
Encore une fois, on est sur une campagne avec un président sortant. Ce sera un référendum sur lui et son bilan. Dans ce genre d'élection, 90% du résultat c'est : voulez-vous confier un nouveau mandat au sortant ? Les avantages et défauts du challenger du sortant jouent bien sur, mais à la marge.
Le résultat sera déterminé surtout par Trump et la perception qu'en ont les Américains, mais également par la situation du pays à ce moment là.
Quant à Trump en campagne, il y a d'ailleurs une inconnue majeure à ce jour : pourra t il oui ou non tenir ses meetings chéris devant des foules adoratrices scandant son nom ? Pour l'heure, on voit bien que cela lui manque et que ça se ressent sur son humeur. Si en septembre on a toujours une situation épidémique compliquée, Trump pourra t il imposer des meetings géants malgré les risques sanitaires ?
Quant à Biden, il est médiocre sur certains éléments de campagne (clairement, les meetings et les débats c'est pas sa came), mais il est bon sur d'autres éléments (les town halls notamment, où il est comme un poisson dans l'eau). Si en septembre on a une situation épidémique toujours compliquée, rien ne l'empêcherait d'organiser des town halls au format sanitaire sécurisé, et retransmis à la TV. Il y serait confronté à des Américains moyens, où il livrerait sa meilleure arme : son empathie (ce qui lui permettrait de mettre en valeur sa plus grosse différence avec Trump).
Bref, en effet, beaucoup d'incertitudes sur la campagne à venir. De toute façon, si à l'automne le covid tue toujours des milliers d'Américains chaque semaine et que l'économie est toujours en récession (ou dans une reprise faiblarde), les méthodes de campagne des uns et des autres auront moins d'importance.