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L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede jordan » Jeu 7 Mai 2020 16:04

Corondar a écrit:J'ai également quelques réserves à extrapoler le cas de Truman à une situation contemporaine : le paysage politique de 1948 était très éloigné de celui que nous connaissons aujourd'hui. Et l'outil sondagier en était encore à ses balbutiements initiaux...

Surtout que wikipedia précise "Convaincus de la victoire à venir de Thomas Dewey, les cinq instituts de sondages nationaux arrêtent leur activité sur l'élection le 25 octobre 1948, soit plus d'une semaine avant l'élection".

La résultante en a été célèbre :

Image
Se basant sur des sondages vieux de plus d'une semaine, certains journaux ont cru bon au soir de l'élection de titrer d'avance sur la victoire de Dewey !
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Galaad » Ven 8 Mai 2020 14:36

Corondar a écrit:Personnellement je ne suis pas encore totalement persuadé de retenir le Colorado dans ma liste des swing states de novembre. Et pourtant, même en ayant cette perception là, je ne crois pas un instant à un écart de 20 points dans cet état entre les deux candidats. Si tel devait être le cas, il faudrait imaginer une avance de Biden d'au moins 10 points au niveau national sur Trump, et un landslide au niveau du collège électoral.
En revanche, je continue à penser que dans cet état la course sénatoriale va sans doute donner à Biden un gros coup de pouce. Le sénateur républicain sortant Gardner me parait assez fragile. Si en 2014 il avait réussi à battre le sénateur démocrate sortant de l'époque, Mark Udall (à ne pas confondre avec Tom Udall, le sénateur du Nouveau-Mexique, qui ne se représente pas cette année, les deux sont cousins), il faut rappeler que cette année là était une année électorale assez faste pour les républicains. Or, dans cet environnement positif, Gardner avait certes réussi à battre un sortant, mais avec une marge très étroite (moins de 2 points d'avance), et à une époque où le Colorado était moins bleu qu'aujourd'hui. Cette année il va devoir faire face au très populaire ancien gouverneur Hickenlooper, et l'environnement lui sera vraisemblablement moins favorable.

De même, je pense que Gardner est assez largement le sénateur sortant républicain le plus vulnérable. Il est dans une position beaucoup moins favorable, par exemple que Collins dans le Maine qui a encore quelques chances de s'en sortir. La perspective d'une victoire de Gardner paraît pour moi très lointaine. Je le vois mal remonter un tel écart dans les sondages dans un état de moins en moins favorable aux Républicains.

La démographie du Colorado n'est en effet pas pour arranger les affaires des Républicains. Depuis dix ans, et particulièrement en 2016, cela a été rappelé plusieurs fois ici, l'électorat républicain est au niveau national de plus en plus rural et de moins en moins périurbain. Ca a permis aux Républicains de progresser dans plusieurs états, notamment dans le Midwest, et globalement d'améliorer leur avantage dans le collège électoral (Trump en perdant le vote populaire a remporté bien plus largement le collège électoral que Bush en 2004 quand il a gagné de façon assez confortable le vote populaire).
En revanche, cela a fait du Colorado un état quasiment bleu aujourd'hui.

En 2004, Bush gagnait assez confortablement, avec une marge de 51%-47%, les contés de Jefferson et d'Aparahoe, qui ont une population largement périurbaine, avec une marge similaire de 5 points au niveau de l'état. Or, on constate qu'en 2014, l'avantage de Gardner au niveau de l'état a été de 2 points, en revanche la marge dans ces deux états est passé à 48%-46,5% à Arapanhoe County et à 47,3%-47% à Jefferson County en faveur des Démocrates. Il n'a dû sa victoire qu'à des scores malgré tout plus qu'honorables dans les contés périurbains et exceptionnels dans les contés ruraux notamment de l'est de l'état, toujours supérieurs à 70% et souvent supérieurs à 80%.

Il est difficile pour Gardner de faire encore mieux dans les contés ruraux de l'état, les Républicains sont déjà à leur maximum dans ces derniers, son seul espoir est donc de resserrer l'écart par rapport à son adversaire dans des contés périurbains que les Républicains sont en train de perdre et où Trump est très impopulaire.

Or, cela relèverait de l'exploit. L'écart de Clinton au niveau de l'état était de 5 points en 2016, mais son écart était de 7 points à Jefferson County et à 14 points à Arapahoe County. On a du mal à imaginer Gardner y diminuer sensiblement cet écart alors même que les électeurs périurbains l'associent fortement à Trump duquel ils ont un très mauvais opinion, et que sont candidats Hickenlooper et Biden qui ont des profils modérés appréciés de ces populations. Si Sanders avait été le candidat démocrate avec une conjecture économique favorable cela aurait été plus que faisable, aujourd'hui cela me semble presque inenvisageable.

Pour les sortants démocrates, Doug Jones me paraît également dans une situation extrêmement défavorable. Il faudrait vraiment une mobilisation très importante des électeurs Afro-Américains en sa faveur comme lors de sa première élection, peut-être stimulée par Biden, pour espérer une réélection. Rappelons qu'il n'a dû son élection qu'à un alignement des astres : un contexte assez favorable aux Démocrates, un adversaire exceptionnellement mauvais, qui à la fois avait un profil très clivant, perçu comme très à droite, et qui était accusé par plusieurs personnes d'agressions sexuelles sur mineurs. Tant d'éléments qui ont permis une mobilisation exceptionnelle des Afro-Américains. Sans cela, il n'aurait sans doute pas gagné.
En 2020, il aura face à lui Tommy Tuberville ou Jeff Sessions, tout deux des candidats potentiellement redoutables, le second ayant été sénateur de l'état pendant 20 ans.

Corondar a écrit:Concernant l'élection de novembre, ce qui me questionne de plus en plus c'est jusqu'à quel point le collège électoral peut entrer en contradiction avec le vote populaire.
Biden est favori (comme tous les candidats démocrates à la présidentielle désormais) pour arriver en tête du vote populaire. Actuellement, je le vois avoir une avance supérieure à celle de Clinton. Et pourtant Trump garde ses chances. Mais je suis très perplexe quant à savoir jusqu'à quel point je peux pousser la distorsion dans mon modèle ? On verra bien où nous en sommes en septembre...

Pareil, je pense que la contradiction entre vote populaire et collège électoral peut être encore plus frappante en 2020 qu'elle ne l'avait été en 2016. Un scénario où Biden gagnerait le vote populaire avec 4 ou 5 points d'écarts, mais où Trump l'emporterait en Floride, dans l'Ohio, l'Iowa, l'Arizona, le Wisconsin, voir même la Pennsylvanie, et donc dans le collège électoral, me paraît assez possible. Il suffirait que :
- dans l'Ohio et l'Iowa, son avantage dans l'état par rapport à son avantage au niveau national soit maintenu, voir légèrement réduit, ce qui est parfaitement possible.
- en Floride, dans le Wisconsin, en Arizona et en Pennsylvanie, cet avantage soit amélioré, c'est-à-dire qu'il fasse mieux dans cet état que son résultat au niveau national, ce qui n'est pas impossible non plus à part peut-être en Arizona (ce qui ne l'empêcherait pas de gagner s'il remportait les trois autres états). Il suffirait qu'il fasse encore mieux chez les électeurs blancs peu éduqués et qu'il fasse aussi bien chez les latinos, pour y parvenir. On nous a vanté les capacités de Biden à augmenter son résultat chez les premiers, ça reste à voir. Les seconds lui ont largement préféré Sanders pendant les primaires et force est de constater que si Trump est impopulaire chez ses derniers, il l'est autant qu'un Romney ou un McCain avec pourtant des positions beaucoup plus sévères sur l'immigration.

Corondar a écrit:J'ai également quelques réserves à extrapoler le cas de Truman à une situation contemporaine : le paysage politique de 1948 était très éloigné de celui que nous connaissons aujourd'hui. Et l'outil sondagier en était encore à ses balbutiements initiaux...

Je suis d'accord, à la fois sur les sondages et le paysage politique, l'électorat était beaucoup moins partisan à l'époque et donc plus amène qu'aujourd'hui à hésiter entre le candidat démocrate et le candidat républicain ce qui rendait possible ce type de surprises de dernière minute. Cependant, les similarités sont frappantes : on a d'un côté un président sortant impopulaire et que beaucoup donnent perdant d'avance mais qui fait une très bonne campagne car prêt à prendre des risques, de l'autre un adversaire au profil modéré, favori, plus que capable de l'emporter face à un président clivant, qui prend très peu de risques à la fois sur son programme et à la fois dans ces attaques contre le président, qui n'est pas détestable mais pas non plus très captivant ni très inspirant.
Et un président qui finit par l'emporter malgré tout face à ce challenger pourtant favori.

La campagne n'a certes pas encore commencé, et on verra de qui entre Trump et Biden fera la meilleure campagne. Mais il est certain que Trump est très bon en campagne (on l'a vu triomphé face à ses adversaires républicains et face à Clinton en 2016 alors qu'il était en position de challenger), et que Biden est en revanche plutôt médiocre et prompt à faire des gaffes parfois très handicapantes.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Républicain67 » Ven 8 Mai 2020 15:28

En tant que républicain français, je n’aime pas ethniciser la politique, mais vu que cela est plutôt la norme aux États-Unis, je voulais vous partager une étude plutôt intéressante que j’ai trouvé hier en surfant sur Internet. Les études électorales américaines, ainsi que les sondages tendent à classer les électeurs entre Blancs, Noirs, Hispaniques… Cela me semble très réducteur, vu que les « Blancs » américains ne forment pas un groupe monolithique, et qu’outre les clivages classiques selon le sexe, l’âge, la classe sociale, la religion, le lieu de résidence (urbain, rural, périurbain), il y a des divisions ethniques internes à la population de souche européenne. J’ai enfin réussi à trouver un sondage donnant les intentions de vote selon les différents groupes ethniques « blancs ». Et il y a des surprises.

Un sondage, effectué par Morning Consult entre le 22 septembre et le 2 octobre 2016, traite des intentions de vote à l’élection présidentielle de plus de 5 000 Américains. : 4 441 Blancs, 460 Afro-Américains, 441 Hispaniques (encore que pour moi ce ne soit pas un groupe ethnique homogène, présence de Blancs et Métis), 2 897 femmes et 2 468 hommes. Les « NSP » ne sont pas pris en compte.

L’étude donne les estimations de vote suivantes :
Noirs : Clinton : 78%, Trump : 7%
Latinos/Hispaniques : Clinton : 59%, Trump : 24%
Blancs : Trump : 45%, Clinton : 35%
Femmes : Clinton : 45%, Trump : 35%
Hommes : Trump : 42%, Clinton : 41%

Les sondeurs ont ensuite demandé aux électeurs « blancs » de se répartir selon l’ascendance ethnique à laquelle ils s’identifiaient le plus. Celles utilisées sont, et c’est un peu réducteur selon moi, les cinq principales des recensements fédéraux : Allemands, Irlandais, Italiens, Anglais, Américains. La dernière est assez récente. Se disent d’ascendance américaine essentiellement des personnes d’origine britannique, descendant des premiers colons européens ou des personnes n’ayant peu de connaissances concernant leurs ancêtres (les intermariages entre divers groupes ethniques européens étant monnaie courante aux États-Unis). Les « Américains » sont essentiellement présents dans les Appalaches et le Sud. Les personnes interrogées qui n’ont pas de connaissances quant à leurs racines ne sont pas prisent en compte dans le sondage.

Cette nouvelle classification donne les chiffres suivants.

Préférence pour l’élection présidentielle de 2016 :

Allemands : Trump : 51%, Clinton : 33%
Américains : Trump : 50%, 33%
Italiens : Trump : 44%, Clinton : 44%
Anglais : Trump : 43%, Clinton : 37%
Irlandais : Trump : 40%, Clinton : 39%

Préférence partisane :

Allemands : Républicains : 51%, Démocrates : 31%
Américains : Républicains : 43%, Démocrates : 34%
Italiens : Républicains : 44%, Démocrates : 34%
Anglais : Républicains : 44%, Démocrates : 36%
Irlandais : Démocrates : 43%, Républicains : 42%

Appui à Barack Obama

Allemands : Opinion négative : 63%, Opinion positive : 35%
Américains : Opinion négative : 58%, Opinion positive : 38%
Italiens : Opinion négative : 58%, Opinion positive : 40%
Anglais : Opinion négative : 50%, Opinion positive : 40%
Irlandais : Opinion négative : 54%, Opinion positive : 44%

https://www.buzzfeednews.com/article/peteraldhous/trump-and-the-white-vote

Je suis plutôt surpris par ce sondage. Les Germano-Américains (une population très présente dans le Midwest et les Grandes Plaines ) tendent à le groupe le plus favorables aux Républicains parmi les Américains « blancs », plus encore que ceux d’origine anglaise. Il est possible que les descendants d’Allemands aient eu un réflexe communautaire en élisant l’un des leur à la Maison Blanche. Donald Trump est d’origine allemande du côté paternel et n’est jusqu’ici que le troisième président issu du groupe germano-allemand, après Dwight Eisenhower et Richard Nixon (ascendance allemande du côté maternel), presque tous les autres étant d’origine britannique, mis à part Barack Obama (d’origine kényane par son père et britannique par sa mère), John Kennedy (Irlandais) et Martin Van Buren (Néerlandais).

Les Américains d’ascendance allemande appuieraient, d’après ce sondage, davantage Donald Trump et le Parti républicain que les Anglo-Américains. Pourtant, ils sont connus pour être plutôt modérés sur le plan religieux (luthériens, catholiques). Les Italo-Américains semblent avoir définitivement tourné le dos au Parti démocrate. Seuls les Irlandais continuent d’apporter leurs suffrages aux « Bleus », mais bien moins qu’avant. Ses deux derniers groupes étant très majoritairement présent sur la côte Est (région de New York pour les premiers et Nouvelle-Angleterre pour les seconds).

Je m’adresse aux membres du forum spécialistes de la vie politique et de la société américaine. Je connais assez mal ce pays, m’intéressant bien plus au Canada et surtout au Québec. Que pensez-vous de ces chiffres ? Pensez-vous que Donald Trump pourra garder se fort soutien des Germano et Italo-Américains en novembre prochain ? Merci

PS: J'aurai aimé savoir les intention de votes des Franco-Américains (Cadiens de Louisiane, Canadiens français de Nouvelle-Angleterre) et d'autres groupes ethniques, tel que les Écossais, les Scandinaves et les Polonais. Avez-vous des informations sur le sujet? Merci
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Ven 8 Mai 2020 17:06

Galaad a écrit:De même, je pense que Gardner est assez largement le sénateur sortant républicain le plus vulnérable. Il est dans une position beaucoup moins favorable, par exemple que Collins dans le Maine qui a encore quelques chances de s'en sortir. La perspective d'une victoire de Gardner paraît pour moi très lointaine. Je le vois mal remonter un tel écart dans les sondages dans un état de moins en moins favorable aux Républicains.

La démographie du Colorado n'est en effet pas pour arranger les affaires des Républicains. Depuis dix ans, et particulièrement en 2016, cela a été rappelé plusieurs fois ici, l'électorat républicain est au niveau national de plus en plus rural et de moins en moins périurbain. Ca a permis aux Républicains de progresser dans plusieurs états, notamment dans le Midwest, et globalement d'améliorer leur avantage dans le collège électoral (Trump en perdant le vote populaire a remporté bien plus largement le collège électoral que Bush en 2004 quand il a gagné de façon assez confortable le vote populaire).
En revanche, cela a fait du Colorado un état quasiment bleu aujourd'hui.

En 2004, Bush gagnait assez confortablement, avec une marge de 51%-47%, les contés de Jefferson et d'Aparahoe, qui ont une population largement périurbaine, avec une marge similaire de 5 points au niveau de l'état. Or, on constate qu'en 2014, l'avantage de Gardner au niveau de l'état a été de 2 points, en revanche la marge dans ces deux états est passé à 48%-46,5% à Arapanhoe County et à 47,3%-47% à Jefferson County en faveur des Démocrates. Il n'a dû sa victoire qu'à des scores malgré tout plus qu'honorables dans les contés périurbains et exceptionnels dans les contés ruraux notamment de l'est de l'état, toujours supérieurs à 70% et souvent supérieurs à 80%.

Il est difficile pour Gardner de faire encore mieux dans les contés ruraux de l'état, les Républicains sont déjà à leur maximum dans ces derniers, son seul espoir est donc de resserrer l'écart par rapport à son adversaire dans des contés périurbains que les Républicains sont en train de perdre et où Trump est très impopulaire.

Or, cela relèverait de l'exploit. L'écart de Clinton au niveau de l'état était de 5 points en 2016, mais son écart était de 7 points à Jefferson County et à 14 points à Arapahoe County. On a du mal à imaginer Gardner y diminuer sensiblement cet écart alors même que les électeurs périurbains l'associent fortement à Trump duquel ils ont un très mauvais opinion, et que sont candidats Hickenlooper et Biden qui ont des profils modérés appréciés de ces populations. Si Sanders avait été le candidat démocrate avec une conjecture économique favorable cela aurait été plus que faisable, aujourd'hui cela me semble presque inenvisageable.

Pour les sortants démocrates, Doug Jones me paraît également dans une situation extrêmement défavorable. Il faudrait vraiment une mobilisation très importante des électeurs Afro-Américains en sa faveur comme lors de sa première élection, peut-être stimulée par Biden, pour espérer une réélection. Rappelons qu'il n'a dû son élection qu'à un alignement des astres : un contexte assez favorable aux Démocrates, un adversaire exceptionnellement mauvais, qui à la fois avait un profil très clivant, perçu comme très à droite, et qui était accusé par plusieurs personnes d'agressions sexuelles sur mineurs. Tant d'éléments qui ont permis une mobilisation exceptionnelle des Afro-Américains. Sans cela, il n'aurait sans doute pas gagné.
En 2020, il aura face à lui Tommy Tuberville ou Jeff Sessions, tout deux des candidats potentiellement redoutables, le second ayant été sénateur de l'état pendant 20 ans.


Je vous rejoins complètement : les sièges de l'Alabama (rajoutons que Jones l'emporte en plus sur une élection spéciale, avec une participation très inférieure à celle d'une générale) et du Colorado sont les plus susceptibles de basculer. Pour l'Alabama c'est même certain (l'adversaire de Jones ne sera pas cette fois un possible pédophile, et le scrutin présidentiel sera emporté par Trump avec une avance énorme : je ne vois pas par quel miracle Jones pourrait espérer conserver son siège dans ce contexte). Pour le Colorado c''est moins certain, mais les affaires de Gardner me paraissent très mal engagées. Si à la limite les démocrates n'alignaient pas Hickenlooper comme candidat, il pourrait peut-être se glisser dans un trou de souris, mais là, ça me parait presque impossible.

Galaad a écrit:Pareil, je pense que la contradiction entre vote populaire et collège électoral peut être encore plus frappante en 2020 qu'elle ne l'avait été en 2016. Un scénario où Biden gagnerait le vote populaire avec 4 ou 5 points d'écarts, mais où Trump l'emporterait en Floride, dans l'Ohio, l'Iowa, l'Arizona, le Wisconsin, voir même la Pennsylvanie, et donc dans le collège électoral, me paraît assez possible. Il suffirait que :
- dans l'Ohio et l'Iowa, son avantage dans l'état par rapport à son avantage au niveau national soit maintenu, voir légèrement réduit, ce qui est parfaitement possible.
- en Floride, dans le Wisconsin, en Arizona et en Pennsylvanie, cet avantage soit amélioré, c'est-à-dire qu'il fasse mieux dans cet état que son résultat au niveau national, ce qui n'est pas impossible non plus à part peut-être en Arizona (ce qui ne l'empêcherait pas de gagner s'il remportait les trois autres états). Il suffirait qu'il fasse encore mieux chez les électeurs blancs peu éduqués et qu'il fasse aussi bien chez les latinos, pour y parvenir. On nous a vanté les capacités de Biden à augmenter son résultat chez les premiers, ça reste à voir. Les seconds lui ont largement préféré Sanders pendant les primaires et force est de constater que si Trump est impopulaire chez ses derniers, il l'est autant qu'un Romney ou un McCain avec pourtant des positions beaucoup plus sévères sur l'immigration.


Concernant le vote populaire au global, je pense que Trump est même dans une situation très sombre en fait.
Il est encore plus détesté dans les états très démocrates qu'il y a 4 ans, et dans les gros états bleus pourvoyeurs de voix (côtes ouest et nord-est ainsi que l'Illinois) je pense qu'il est condamné à y connaitre un déficit de voix encore plus important que face à Clinton.
A l'inverse, les résultats de Clinton dans tout un paquet d'états rouges représentaient déjà un point très bas, notamment dans les zones rurales. J'ai du mal à imaginer Biden connaitre dans ces états là des scores encore pires que ceux de Clinton.
Au Texas, peu importe l'écart final, là aussi il est pas loin d'être acquis que l'écart entre les deux candidats y sera inférieur à ce qu'il était il y a 4 ans. Et les swing states resteront les swing states. Même si Trump devait surperformer dans ces états là, les écarts n'y seraient pas énormes.
Quand je mets tout ça bout à bout, je me retrouve avec une avance potentielle pour Biden au niveau du vote populaire assez consistante, mais une possibilité de victoire pour Trump quand même.
Et j'arrive sur un scénario aux conséquences potentiellement très dévastatrices pour la politique US : imaginons que Biden emporte le vote populaire très nettement (4 ou 5 points) et que Trump emporte le collège électoral d'une très courte tête (entre 270 et 280 grands électeurs pour lui). La situation aboutirait à une crise sans précédent je pense. Déjà, les électeurs démocrates péteraient un plomb :). Ce serait la 3e fois en 20 ans qu'ils verraient leur candidat empocher le vote populaire mais perdre l'élection néanmoins. Mais cette fois avec une avance autrement plus conséquente que les deux fois précédentes (voire, avec peut-être même une majorité absolue des suffrages pour le candidat défait, ce qui n'était pas le cas en 2000 ni en 2016). Pire : avec un résultat potentiellement très serré au collège électoral, on pourrait en plus rajouter une grosse crise constitutionnelle au tableau si un ou plusieurs grands électeurs facétieux décidaient (comme tous les 4 ans, sans conséquence jusqu'ici) de mettre un nom différent que celui attendu sur leur bulletin de vote.

Galaad a écrit:Je suis d'accord, à la fois sur les sondages et le paysage politique, l'électorat était beaucoup moins partisan à l'époque et donc plus amène qu'aujourd'hui à hésiter entre le candidat démocrate et le candidat républicain ce qui rendait possible ce type de surprises de dernière minute. Cependant, les similarités sont frappantes : on a d'un côté un président sortant impopulaire et que beaucoup donnent perdant d'avance mais qui fait une très bonne campagne car prêt à prendre des risques, de l'autre un adversaire au profil modéré, favori, plus que capable de l'emporter face à un président clivant, qui prend très peu de risques à la fois sur son programme et à la fois dans ces attaques contre le président, qui n'est pas détestable mais pas non plus très captivant ni très inspirant.
Et un président qui finit par l'emporter malgré tout face à ce challenger pourtant favori.


Vous trouvez réellement que beaucoup de gens considèrent que Trump a perdu d'avance ? Sur ce forum je crois que personne ne le fait, tous les démocrates que je connais ne le font pas non plus, et, il suffit de lire les médias US (de droite ou de gauche) pour voir que ce n'est absolument pas le sentiment général. Même les bookmakers ne considèrent pas Biden comme favori :).
Après, je pense aussi que le précédent de 2016 joue beaucoup, et je me demande si on ne tomberait peut-être pas dans un travers différent : voir Trump comme un candidat imbattable ?

Galaad a écrit:La campagne n'a certes pas encore commencé, et on verra de qui entre Trump et Biden fera la meilleure campagne. Mais il est certain que Trump est très bon en campagne (on l'a vu triomphé face à ses adversaires républicains et face à Clinton en 2016 alors qu'il était en position de challenger), et que Biden est en revanche plutôt médiocre et prompt à faire des gaffes parfois très handicapantes.


Encore une fois, on est sur une campagne avec un président sortant. Ce sera un référendum sur lui et son bilan. Dans ce genre d'élection, 90% du résultat c'est : voulez-vous confier un nouveau mandat au sortant ? Les avantages et défauts du challenger du sortant jouent bien sur, mais à la marge.
Le résultat sera déterminé surtout par Trump et la perception qu'en ont les Américains, mais également par la situation du pays à ce moment là.
Quant à Trump en campagne, il y a d'ailleurs une inconnue majeure à ce jour : pourra t il oui ou non tenir ses meetings chéris devant des foules adoratrices scandant son nom ? Pour l'heure, on voit bien que cela lui manque et que ça se ressent sur son humeur. Si en septembre on a toujours une situation épidémique compliquée, Trump pourra t il imposer des meetings géants malgré les risques sanitaires ?
Quant à Biden, il est médiocre sur certains éléments de campagne (clairement, les meetings et les débats c'est pas sa came), mais il est bon sur d'autres éléments (les town halls notamment, où il est comme un poisson dans l'eau). Si en septembre on a une situation épidémique toujours compliquée, rien ne l'empêcherait d'organiser des town halls au format sanitaire sécurisé, et retransmis à la TV. Il y serait confronté à des Américains moyens, où il livrerait sa meilleure arme : son empathie (ce qui lui permettrait de mettre en valeur sa plus grosse différence avec Trump).
Bref, en effet, beaucoup d'incertitudes sur la campagne à venir. De toute façon, si à l'automne le covid tue toujours des milliers d'Américains chaque semaine et que l'économie est toujours en récession (ou dans une reprise faiblarde), les méthodes de campagne des uns et des autres auront moins d'importance.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Galaad » Sam 9 Mai 2020 14:22

Corondar a écrit:Concernant le vote populaire au global, je pense que Trump est même dans une situation très sombre en fait.
Il est encore plus détesté dans les états très démocrates qu'il y a 4 ans, et dans les gros états bleus pourvoyeurs de voix (côtes ouest et nord-est ainsi que l'Illinois) je pense qu'il est condamné à y connaitre un déficit de voix encore plus important que face à Clinton.
A l'inverse, les résultats de Clinton dans tout un paquet d'états rouges représentaient déjà un point très bas, notamment dans les zones rurales. J'ai du mal à imaginer Biden connaitre dans ces états là des scores encore pires que ceux de Clinton.
Au Texas, peu importe l'écart final, là aussi il est pas loin d'être acquis que l'écart entre les deux candidats y sera inférieur à ce qu'il était il y a 4 ans. Et les swing states resteront les swing states. Même si Trump devait surperformer dans ces états là, les écarts n'y seraient pas énormes.

En parlant des swing states, je ne sais pas si certains états conservent encore ce statut, notamment l'Ohio et l'Iowa. De même, dans une moindre mesure, la Floride, qui malgré des résultats souvent serrés, tend à devenir un état presque rouge du fait des évolutions démographiques.
Leur statut de swing state était déjà remis en cause en 2016, où beaucoup envisageaient une victoire de Clinton dans le collège électoral mais une défaite dans l'Ohio, malgré son statut de bellwether state qui vote à pratiquement toutes les élections en faveur du candidat victorieux dans le collège électoral.
Mais là en 2016, 10 points de plus par rapport à l'écart national en faveur de Trump pour l'Ohio et l'Iowa, c'est quand même assez significatif, même si ce sont déjà des états certes assez élastiques car avec un fort taux d'indépendants. Rajoutons à cela le grand chelem réalisé par les Républicains dans l'Ohio en 2018 : gouverneur, attorney general, secretary of state, auditor,... Rajoutons également à cela les deux-tiers des sièges à la Chambre des représentants qui ont été conservés par des Républicains dans l'Ohio. Et ce, en pleine vague bleue.
De même, les sondages dans l'Iowa (mais pas dans l'Ohio) donnent également un écart de 4,5 points en moyenne selon RealClearPolitics en faveur de Trump, quand les sondages au niveau national donnent Biden vainqueur de 4,5 points en moyenne.
Je pense que pour ces élections on peut encore considérer ces deux états comme des swing states, si en revanche ils sont largement remportés par Trump mais que celui-ci perd ou gagne de peu dans le collège électoral, sans doute on considérera qu'ils auront perdu ce statut.

Corondar a écrit:Quand je mets tout ça bout à bout, je me retrouve avec une avance potentielle pour Biden au niveau du vote populaire assez consistante, mais une possibilité de victoire pour Trump quand même.
Et j'arrive sur un scénario aux conséquences potentiellement très dévastatrices pour la politique US : imaginons que Biden emporte le vote populaire très nettement (4 ou 5 points) et que Trump emporte le collège électoral d'une très courte tête (entre 270 et 280 grands électeurs pour lui). La situation aboutirait à une crise sans précédent je pense. Déjà, les électeurs démocrates péteraient un plomb :). Ce serait la 3e fois en 20 ans qu'ils verraient leur candidat empocher le vote populaire mais perdre l'élection néanmoins. Mais cette fois avec une avance autrement plus conséquente que les deux fois précédentes (voire, avec peut-être même une majorité absolue des suffrages pour le candidat défait, ce qui n'était pas le cas en 2000 ni en 2016). Pire : avec un résultat potentiellement très serré au collège électoral, on pourrait en plus rajouter une grosse crise constitutionnelle au tableau si un ou plusieurs grands électeurs facétieux décidaient (comme tous les 4 ans, sans conséquence jusqu'ici) de mettre un nom différent que celui attendu sur leur bulletin de vote.

Rajoutez à ce scénario catastrophe une victoire dans le collège électoral qui se joue non seulement sur un seul état, mais où l'écart dans cet état est infime et donne lieu à des recomptages dont les modalités seront disputés devant les tribunaux, comme c'est arrivé en 2000 avec la Floride, mais avec un candidat perdant dans le vote populaire bien plus impopulaire que ne l'était Bush en 2000 et avec un écart bien plus massif dans le vote populaire, voir même avec une majorité absolue des voix pour Biden comme vous le suggérez, et on obtient un scénario dont on voit mal comment les Etats-Unis pourraient se remettre.

Il y a aussi l'hypothèse d'une égalité dans le collège électoral, 269 voix pour chacun, qui résulterait de cartes électorales comme celles-ci : https://www.270towin.com/maps/63mbp et https://www.270towin.com/maps/O4B8A qui sont loins d'être improbables quand on sait que les écarts devraient sans doute être très serrés dans ces trois états ainsi que dans le 2ème district du Maine. Et cela peut bien sûr se cumuler avec le premier scénario : imaginons si dans la première carte électorale le résultat dans le Wisconsin se joue sur un très faible écart, mais qu'en plus il détermine si Trump l'emporte dans le collège électoral ou s'il y a égalité.
Non seulement, le vainqueur dans le collège électoral pourra être déterminé par un seul électeur, mais si le vote aboutit à une égalité parfaite, ce sera alors à la Chambre des représentants de choisir le président (Biden sans doute puisque la Chambre des représentants a de grandes chances de rester à majorité démocrate) et au Sénat de choisir le vice-président (ce serait sans doute Pence même si les Démocrates ont quelques chances d'avoir une majorité au Sénat).
Cela arriverait également si quelques grands électeurs facétieux comme vous dites décident de voter pour Bernie Sanders ou Ron Paul (oui il est encore vivant, je viens de vérifier), ce qui pourrait faire passer Biden ou Trump en-dessous des 270 votes électoraux.

Il y a de grandes chances alors que Trump n'accepte pas les résultats et ne voit pas Biden comme un président élu de façon légitime. Et qu'une majorité de ses électeurs et d'élus Républicains agissent de la même façon. Les conséquences pourraient être alors des élus Républicains qui décident de bloquer les confirmations de juges et de membres de son administration, etc.
Dans tous les cas, le seul scénario où le président serait reconnu comme légitime serait celui d'une victoire de Biden dans le vote populaire et dans le collège électoral, et encore il y aurait sans doute des accusations de fraude par les Républicains.
Si Biden est élu par la Chambre des représentants, ou si Trump est élu sans gagner le vote populaire (il est difficilement envisageable de le voir gagner le vote populaire), la légitimité du président serait forcément remise en question.

Corondar a écrit:Vous trouvez réellement que beaucoup de gens considèrent que Trump a perdu d'avance ? Sur ce forum je crois que personne ne le fait, tous les démocrates que je connais ne le font pas non plus, et, il suffit de lire les médias US (de droite ou de gauche) pour voir que ce n'est absolument pas le sentiment général. Même les bookmakers ne considèrent pas Biden comme favori :).
Après, je pense aussi que le précédent de 2016 joue beaucoup, et je me demande si on ne tomberait peut-être pas dans un travers différent : voir Trump comme un candidat imbattable ?

Pour l'instant personne ne pense que Trump a perdu d'avance, mais les pundits et les équipes de campagne se reposant pas mal sur les sondages, si on continue à voir des sondages qui donnent Biden assez largement vainqueur au niveau national et dans les swing states pendant plusieurs mois, y compris jusqu'en septembre, je pense qu'une victoire de Biden deviendra presque acquise dans l'esprit général sans pour autant être une certitude. Et là, le risque est que Biden se repose un peu trop sur ses lauriers.

Corondar a écrit:Encore une fois, on est sur une campagne avec un président sortant. Ce sera un référendum sur lui et son bilan. Dans ce genre d'élection, 90% du résultat c'est : voulez-vous confier un nouveau mandat au sortant ? Les avantages et défauts du challenger du sortant jouent bien sur, mais à la marge.
Le résultat sera déterminé surtout par Trump et la perception qu'en ont les Américains, mais également par la situation du pays à ce moment là.

Le bilan de Trump va être un facteur majeur, cela ne veut pas pour autant dire que les campagnes de chacun n'auront qu'un impact marginal. Pour moi, une majorité d'électeurs peuvent très bien répondre par la négative à la question de s'ils veulent un nouveau mandat de Trump ou non, et Biden peut malgré cela perdre l'élection s'il fait une très mauvaise campagne et Trump une très bonne campagne, ne serait-ce que parce que les votes anti-Trump se sont divisés entre Biden et Amash dans certains swing states.
D'autant plus que la campagne du président sortant peut contribuer à améliorer ou dégrader son image et celle de son bilan auprès des électeurs, un bilan est aussi une histoire de perception et les campagnes peuvent changer ces perceptions.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Sam 9 Mai 2020 16:22

Galaad a écrit:En parlant des swing states, je ne sais pas si certains états conservent encore ce statut, notamment l'Ohio et l'Iowa. De même, dans une moindre mesure, la Floride, qui malgré des résultats souvent serrés, tend à devenir un état presque rouge du fait des évolutions démographiques.
Leur statut de swing state était déjà remis en cause en 2016, où beaucoup envisageaient une victoire de Clinton dans le collège électoral mais une défaite dans l'Ohio, malgré son statut de bellwether state qui vote à pratiquement toutes les élections en faveur du candidat victorieux dans le collège électoral.
Mais là en 2016, 10 points de plus par rapport à l'écart national en faveur de Trump pour l'Ohio et l'Iowa, c'est quand même assez significatif, même si ce sont déjà des états certes assez élastiques car avec un fort taux d'indépendants. Rajoutons à cela le grand chelem réalisé par les Républicains dans l'Ohio en 2018 : gouverneur, attorney general, secretary of state, auditor,... Rajoutons également à cela les deux-tiers des sièges à la Chambre des représentants qui ont été conservés par des Républicains dans l'Ohio. Et ce, en pleine vague bleue.
De même, les sondages dans l'Iowa (mais pas dans l'Ohio) donnent également un écart de 4,5 points en moyenne selon RealClearPolitics en faveur de Trump, quand les sondages au niveau national donnent Biden vainqueur de 4,5 points en moyenne.
Je pense que pour ces élections on peut encore considérer ces deux états comme des swing states, si en revanche ils sont largement remportés par Trump mais que celui-ci perd ou gagne de peu dans le collège électoral, sans doute on considérera qu'ils auront perdu ce statut.


La liste des swing states est toujours mouvante, soit avec des évolutions de fonds, soit avec des évolutions conjoncturelles.
On peut ainsi tout à fait imaginer des scénarios où un élu très populaire d'un état pourrait rendre cet état compétitif, qui dans tous les autres cas de figure serait considéré comme sans enjeu. Pour prendre un exemple, si Bullock était le candidat des démocrates, son statut de gouverneur (populaire) du Montana le mettrait dans la colonne swing state. De même si l'un des gouverneurs (très populaires) RINO du nord-est obtenait l'investiture du GOP, son état pourrait devenir compétitif.
Cette année on n'aura pas à priori de scénarios de ce style là, selon la VP de Biden, un swing state sera peut-être moins considéré comme un swing state, mais cela ne concernera pas d'état ayant un tropisme démocrate ou républicain fort.
Concernant l'Ohio et l'Iowa, il est en effet incontestable que ces deux états sont plutôt sur une trajectoire politique similaire à celle du Missouri : un glissement de la case swing state vers la case état rouge (tout comme la Virginie est passée de swing state à état bleu). Pour le Missouri le processus est largement achevé. En Iowa, on en est pas encore tout à fait là, mais l'état étant très blanc et très rural, les démocrates auront de plus en plus de mal à s'y imposer.
Pour l'Ohio c'est plus compliqué. Les républicains y ont l'avantage c'est certain, mais c'est un état qui peut être un peu plus élastique comme vous le dites (les républicains et les démocrates locaux sont d'ailleurs sur des créneaux assez voire très centristes). Et, aussi bien pour l'Iowa que l'Ohio j'ai un peu de scrupules à surinterpréter les résultats de l'élection de 2016 qui, opposant les deux candidats les plus clivants et détestés de l'histoire politique américaine, reste une affiche atypique. Il faudra voir ce que ça donne cette année, mais il est tout à fait possible en effet que, à terme, ces états là sortent de la case swing states (tout comme le Colorado et le Nevada à terme).
Pour la Floride par contre, je ne la vois pas perdre son statut de mère des swing states de si tôt, et, selon moi, le véritable bellweather state désormais c'est plutôt elle (même si, théoriquement, les démocrates ont des scénarios de victoire sans elle, c'est moins évident pour les républicains).

Galaad a écrit:Rajoutez à ce scénario catastrophe une victoire dans le collège électoral qui se joue non seulement sur un seul état, mais où l'écart dans cet état est infime et donne lieu à des recomptages dont les modalités seront disputés devant les tribunaux, comme c'est arrivé en 2000 avec la Floride, mais avec un candidat perdant dans le vote populaire bien plus impopulaire que ne l'était Bush en 2000 et avec un écart bien plus massif dans le vote populaire, voir même avec une majorité absolue des voix pour Biden comme vous le suggérez, et on obtient un scénario dont on voit mal comment les Etats-Unis pourraient se remettre.

Il y a aussi l'hypothèse d'une égalité dans le collège électoral, 269 voix pour chacun, qui résulterait de cartes électorales comme celles-ci : https://www.270towin.com/maps/63mbp et https://www.270towin.com/maps/O4B8A qui sont loins d'être improbables quand on sait que les écarts devraient sans doute être très serrés dans ces trois états ainsi que dans le 2ème district du Maine. Et cela peut bien sûr se cumuler avec le premier scénario : imaginons si dans la première carte électorale le résultat dans le Wisconsin se joue sur un très faible écart, mais qu'en plus il détermine si Trump l'emporte dans le collège électoral ou s'il y a égalité.
Non seulement, le vainqueur dans le collège électoral pourra être déterminé par un seul électeur, mais si le vote aboutit à une égalité parfaite, ce sera alors à la Chambre des représentants de choisir le président (Biden sans doute puisque la Chambre des représentants a de grandes chances de rester à majorité démocrate) et au Sénat de choisir le vice-président (ce serait sans doute Pence même si les Démocrates ont quelques chances d'avoir une majorité au Sénat).
Cela arriverait également si quelques grands électeurs facétieux comme vous dites décident de voter pour Bernie Sanders ou Ron Paul (oui il est encore vivant, je viens de vérifier), ce qui pourrait faire passer Biden ou Trump en-dessous des 270 votes électoraux.


Je suis d'accord avec vous, sauf sur un point : si il ne devait pas y avoir de majorité au collège électoral (soit par un 269/269, soit avec des grands électeurs qui manquent à l'appel), il y a de très fortes chances que le président élu par le Chambre soit Trump. En effet, dans ce cas de figure, la Chambre ne vote pas à l'unanimité de ses membres mais à l'unanimité de sa représentation par état. En clair, ce n'est pas un scrutin majoritaire simple (n'est pas élu celui qui obtiendrait 218 voix de représentants), mais un scrutin où la délégation de chaque état se met d'accord entre elle pour soutenir un candidat. En clair, tous les représentants de chaque état se réunissent, et choisissent à la majorité interne quel candidat leur état soutiendra. Pour être élu, le candidat doit obtenir le soutien de 26 représentations d'états différents. En cas d'égalité, l'état vote blanc.
Si je ne dis pas de bêtise le Congrès qui doit se prononcer serait le nouveau, pas l'ancien. On ne peut donc pas être certain de ce à quoi cela ressemblerait, mais les républicains ont plus de chances d'être majoritaires dans un plus grand nombre d'états, même si les démocrates devaient tourner autour des 240 ou même 250 représentants.
Du côté du Sénat, par contre, c'est plus simple : est élu vice-président celui qui obtient 51 voix. Là cela dépendrait de la nouvelle majorité. Je ne sais pas ce qui se passe en cas de 50/50. Le plus âgé est élu ? On joue à pile ou face ?
Quant aux conséquences possibles d'un tel scénario, il pourrait y en avoir plein. Certains états pourraient aussi refuser purement et simplement de valider leurs résultats électoraux (soit via les assemblées locales, soit via les gouverneurs).
On pourrait aussi imaginer des manifestations monstres d'électeurs en colère.

Galaad a écrit:Pour l'instant personne ne pense que Trump a perdu d'avance, mais les pundits et les équipes de campagne se reposant pas mal sur les sondages, si on continue à voir des sondages qui donnent Biden assez largement vainqueur au niveau national et dans les swing states pendant plusieurs mois, y compris jusqu'en septembre, je pense qu'une victoire de Biden deviendra presque acquise dans l'esprit général sans pour autant être une certitude. Et là, le risque est que Biden se repose un peu trop sur ses lauriers.

(...)

Le bilan de Trump va être un facteur majeur, cela ne veut pas pour autant dire que les campagnes de chacun n'auront qu'un impact marginal. Pour moi, une majorité d'électeurs peuvent très bien répondre par la négative à la question de s'ils veulent un nouveau mandat de Trump ou non, et Biden peut malgré cela perdre l'élection s'il fait une très mauvaise campagne et Trump une très bonne campagne, ne serait-ce que parce que les votes anti-Trump se sont divisés entre Biden et Amash dans certains swing states.
D'autant plus que la campagne du président sortant peut contribuer à améliorer ou dégrader son image et celle de son bilan auprès des électeurs, un bilan est aussi une histoire de perception et les campagnes peuvent changer ces perceptions.


On verra déjà le contexte en septembre : épidémie ? récession ? ou au contraire un climat plus serein ?
A mon avis ce sera surtout ça le plus déterminant.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Tirnam » Lun 11 Mai 2020 07:48

Une analyse de CNN : l'avance de Joe Biden sur Donald Trump est parfaitement stable depuis janvier 2019 : 6 points d'avance en moyenne. Jamais une telle stabilité n'avait été observée depuis 1944 pour une élection où le président sortant est candidat.

Cette stabilité est d'autant plus remarquable que nous vivons un moment de crise avec cette pandémie, alors que les précédentes crises avaient pour effet de renforcer sur le moment le Président sortant (Assassinat de JFK pour Johnson, prise d'otages de Téhéran pour Carter, capture de Saddam Hussein pour Bush, ...).

Cette stabilité s'explique par l'extrême polarisation autour de Trump, jamais un Président n'a suscité d'avis aussi tranchés (positifs comme négatifs) depuis 1980 (date où on a commencé à mesurer les avis extrêmement favorable ou extrêmement défavorable).
Cela pourrait vouloir dire qu'il sera très dur pour Trump de renverser la table. En moyenne les élections sans mouvement restent relativement sans mouvement jusqu'à la fin, au contraire des élections mouvementées : pour les élections stables le résultat final se situe dans une moyenne de 5 points par rapport aux sondages de janvier-avril, pour les élections mouvementées le résultat final diffère jusqu'à 14 points.

Bien sûr une différence de 5 points (et en moyenne toujours) par rapport à un avantage de 6 points, ça peut vouloir dire que Biden ne remporte l'élection que d'un point et donc la probable réélection de Trump au collège électoral.

https://edition.cnn.com/2020/05/10/poli ... index.html
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Lun 11 Mai 2020 22:01

Le gouverneur de Californie a pris sa décision concernant l'élection de novembre : le vote à l'urne est maintenu mais sera étalé sur deux jours pour réduire les files d'attente (le lundi et le mardi). En plus de ça, la Californie enverra à tous les électeurs inscrits un bulletin de vote par correspondance, avec enveloppe de retour déjà affranchie. Le vote par correspondance sera possible sans aucun justificatif particulier. L'état prévoit des campagnes d'information pour faire la promotion du vote par correspondance auprès des électeurs.
https://us.cnn.com/2020/05/08/politics/ ... index.html
Les états à trifecta démocrates sont très susceptibles de mettre en place ce système hybride. Les états où le pouvoir est partagé entre les deux partis ou contrôlés par les républicains, nettement moins :).
Cela pourrait renforcer encore le souci de Trump avec le vote populaire...
D'ailleurs, concernant Trump, ce dernier semble être tombé sur un os concernant son changement de domiciliation électorale. Il a quitté l'état de New->York et a fait de son hôtel de Mar a Lago sa résidence principale. Le président voudrait faire construire un nouveau dock plus important sur sa propriété suite à son emménagement. Ses riches voisins ne l'entendaient pas de la même oreille, et ont contesté cette décision en justice. Les avocats des voisins de la propriété ont retrouvé les titres d'achats de la propriété par Trump. Dans ceux ci, Trump s'était engagé à ce que la propriété de Mar a Lago resterait un site d'hôtellerie (avec des conditions d'occupation très strictes pour limiter dans le temps la présence d'un même client sur l'année), pas une résidence familiale à l'année. Ce statut a permis à Trump d'économiser beaucoup d'argent en réductions fiscales (la propriété étant taxée comme une entreprise, pas une résidence).
https://www.washingtonpost.com/gdpr-con ... story.html
Résultat des courses, les avocats des parties civiles invoquent que le président ne peut pas faire de Mar a Lago sa résidence principale et que, si il veut vraiment le faire, alors il doit changer le statut de la propriété (bye bye les revenus très lucratifs de ce lieu de villégiature pour super riches, et bonjour taxes d'habitation). Pour information, Trump avait déjà tenté de revenir partiellement sur les contraintes de l'accord d'achat en 1996, déjà pour agrandir les docks de la propriété. La justice lui avait déjà donné tort à l'époque.
A priori ce serait aux autorités municipales de trancher. En cas de refus de leur part, Trump ne pourrait pas légalement s'inscrire sur les listes électorales de Floride, ne pouvant faire de Mar a Lago sa résidence principale. Et si il le peut, alors il perdra beaucoup d'argent...
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Jeu 14 Mai 2020 02:46

Biden a remporté les primaires du Nebraska, sans grande surprise. Un peu plus de 75% des voix pour l'ancien VP, un peu plus de 13% pour Sanders (le reste pour les autres candidats ayant abandonné plus tôt). Un résultat assez attendu. Ce qui reste étonnant c'est la hausse de la participation comparée à il y a 4 ans. Mais c'est surtout parce qu'on est passé d'un caucus à une primaire.
Je pense que les primaires de cette année sont en train de consacrer la disparition du système des caucus (seul l'Iowa continuera peut-être à faire de la résistance dans 4 ans ?).
https://edition.cnn.com/2020/05/12/poli ... index.html
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede nigdugg » Jeu 14 Mai 2020 08:40

Corondar a écrit:Biden a remporté les primaires du Nebraska, sans grande surprise. Un peu plus de 75% des voix pour l'ancien VP, un peu plus de 13% pour Sanders (le reste pour les autres candidats ayant abandonné plus tôt). Un résultat assez attendu. Ce qui reste étonnant c'est la hausse de la participation comparée à il y a 4 ans. Mais c'est surtout parce qu'on est passé d'un caucus à une primaire.
Je pense que les primaires de cette année sont en train de consacrer la disparition du système des caucus (seul l'Iowa continuera peut-être à faire de la résistance dans 4 ans ?).
https://edition.cnn.com/2020/05/12/poli ... index.html

Oui et donc par conséquent pas comparable il faudra voir s'il y a hausse pour les autres états avec des primaires en 2016. Par contre à souligner sans doute un oubli de la part de Corondar, la hausse de participation côté républicain 198,988 votants en 2016 contre 259,010 votants en 2020 soit 60022 votants en plus soit environ 23.18% de hausse. Pas mal pour une primaire totalement sans enjeu et dans une situation où le président apparaît par les médias et les sondages mal en point.
Je le mentionne car je ne sais pas si ici on l'aurait fait. Trump recueille 236990 voix soit plus que le total de tous les candidats de la primaires de 2016 avec une hausse de 38002 voix soit une hausse d'environ 16%. Là encore on oublie de mentionner ici et ailleurs dans la presse cette performance. C'est environ deux fois plus que le score de Biden lors de cette primaire, c'est à mentionner au cas où on voudrait rendre aussi cet état compétitif. Car à en croire les experts américains et ailleurs Biden serait presque compétitif partout mais ils ne mentionnent jamais une hausse de participation dans les primaires républicaines et une hausse des voix du candidat Trump par rapport à 2016.
Je le mentionne et je ferai un état des lieux du candidat Trump ici car on ne parle que très peu de sa performance.

[Trump, pas TRUMP. L'usage des majuscules ne se fait qu'en début de phrase ou en début de nom propre.]
Dernière édition par Corondar le Jeu 14 Mai 2020 12:55, édité 1 fois.
Raison: Corrections diverses
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