Fabien a écrit:Comme beaucoup de français de gauche, je me reconnais assez dans les positions de Bernie Sanders. Mais il faut essayer de voir les États-Unis tels qu'ils sont et non comme on voudrait qu'ils soient.
J'ai l'impression qu'on a grandement surestimé la percée des idées "socialistes" aux États-Unis, aidés en cela par le gouffre idéologique qui sépare nos deux pays.
Je rappelle quand même que parmi les sujets de clivage aux États-Unis, il y a la peine de mort, l'avortement, le fait de savoir si le port d'armes doit être un tout petit peu restreint, les études supérieures un tout petit peu moins ruineuses, la santé un tout petit peu publique, etc. Ce pays reste un des plus à droite parmi les démocraties. Les plus américains aux idées les plus progressistes seraient tout au plus au PS chez nous, les démocrates "centristes" à LREM, et tout le reste à LR et au RN... Et en sens inverse, aux États-Unis nous serions tous démocrates, à part l'aile droite de LR et le RN. Il ne fallait pas s'attendre à ce que la majorité des démocrates viennent du jour au lendemain sur des idées de gauche au sens où on l'entend chez nous... Cela explique sans doute l'avantage pris par Biden.
Si le glissement à gauche du parti démocrate est manifeste sur tout un tas de questions (sociétales et économiques), il n'en reste pas moins vrai que pour beaucoup d'Américains, mais aussi beaucoup de démocrates, l'étiquette socialiste continue à y faire peur, pour des raisons culturelles et historiques. Je reste persuadé qu'une majorité assez nette de la base démocrate ne se reconnait pas dans cette étiquette, et que c'est là la principale source des difficultés que rencontre Bernie Sanders pour obtenir la nomination de ce parti (ça, et le fait qu'il refuse toujours d'adhérer à ce parti, préférant conserver son étiquette d'indépendant).
Tirnam a écrit:Eco92 a écrit:Tiens, le décompte final du Massachusetts a eu lieu et Biden remporte finalement l'état, et largement. L'écart réel entre les exit pools et le résultat final créer évidemment des accusations, notamment face au mode de vote électronique, sauf qu'il s'agit bien ici d'un vote avec bulletin papier.
Joe Biden : 33.65% (470294 voix)
Bernie Sanders : 26,70 % (373173 voix)
Elizabeth Warren : 21,45 % (299733 voix)
Michael Bloomberg : 11,78 % (164689 voix)
Pete Buttigieg : 2,66 % (37172 voix)
Amy Klobuchar : 1,21 % (16,862 voix)
Tulsi Gabbard : 0,76 % (10616 voix)
Deval Patrick : 0,49 % (6851 voix)
Tom Steyer : 0,48 % (6666 voix)
No Preference : 0,37 % (5212 voix)
https://www.wgbh.org/news/politics/2020/03/03/live-results-of-the-massachusetts-primary-race
Tous les exit polls dans chaque Etat ont sous-estimé Biden/sur-estimé Sanders. De mémoire en Virginie l'exit poll annonçait une victoire de 20 points de Biden ça a été de 30 point, au Texas ils étaient tous les deux au coude-à -coude et finalement Biden gagne par 5 points, en Californie c'était annoncé une victoire de Sanders par 15 points finalement elle est actuellement de 7 points et peut-être qu'on descendra à 5 points avec le résultat final.
Donc je pense qu'il s'agit plutôt d'un problème de méthodologie pour appréhender cette dynamique extraordinaire. Et les erreurs dans les exit polls sont très fréquentes aux Etats-Unis.
Je pense que le
Super Tuesday de la semaine dernière peut être analysé comme un cas d'école. Le
momentum qu'il matérialise pour Biden par rapport à sa situation antérieure est tout bonnement sans précédent. Le comparatif entre les votes par anticipation et les votes du jour J est ainsi édifiant.
Si je considère qu'il est encore trop tôt pour tirer des conclusions fermes et définitives des primaires, on peut je pense déjà en tirer quelques enseignements :
1) tous les 4 ans on le dit, mais cette année c'est encore plus saillant, l'Iowa et le New Hampshire sont de très mauvais baromètres désormais pour désigner les favoris de la course, et c'est encore plus vrai pour les démocrates. Ces 2 états étant très éloignés de ce qu'est l'électeur démocrate moyen d'aujourd'hui.
2) les caucus ont un impact majeur sur les résultats et donnent des résultats très différents des primaires. Ce scrutin déjà fortement en perte de vitesse est à mon avis amené à disparaître, après le fiasco des caucus en Iowa.
3) désormais, ce qui compte vraiment (et uniquement ?) dans les primaires, c'est le
momentum. Au delà des soutiens, des organisations de campagne, des financements, ce qui compte c'est la dynamique que vous créez et qui vous entoure à l'instant T du vote.
Pour le reste, j'attends vraiment l'avancement des primaires pour établir un bilan chiffré des résultats et une évaluation des coalitions électorales des uns et des autres.
Et donc, petit point sur les scrutins de demain...
6 états votent demain, et tous sont des primaires, contrairement à ce que pourrait laisser croire le nom de
firehouse caucus au Dakota du Nord, qui est en fait une primaire, mais organisée par le parti démocrate plutôt que par les autorités de l'état.
Rapide tour d'horizon des états en question :
1) normalement, 3 états ne devraient pas dégager de suspens. Le Mississippi, état où la proportion d'Afro-Américains est la plus importante de tous les USA, devrait donner un score de maréchal à Biden. Ici l'enjeu sera de savoir si Sanders dépasse ou non le seuil des 15%.
Le Dakota du Nord et l'Idaho devraient normalement donner des victoires assez nettes à Sanders, mais c'est à surveiller tout de même, notamment parce que le Dakota du Nord a changé de style de scrutin par rapport à il y a 4 ans, et que, suite au ST de mardi dernier, il semblerait que Biden serait plus compétitif que Clinton auprès des électeurs ruraux...
2) en théorie, l'état de Washington devrait être très favorable à Sanders, puisque c'est un état où la base démocrate est très libérale. Mais là aussi on est passé d'un caucus à une primaire, et les derniers sondages semblent indiquer un résultat plus serré qu'attendu (mais c'est un état peu sondé, et où les sondeurs sont rarement performants). Si Sanders devait le perdre ou l'emporter de peu, ce serait franchement étonnant et très mauvais pour lui.
3) restent les 2 gros enjeux de la soirée, le Michigan et le Missouri. Il y a 4 ans les deux états furent très disputés entre Clinton et Sanders, la première emportant le Missouri de 1600 voix, le second emportant le Michigan de 17 000 voix (sur un total d'environ un million de suffrages). Ces 2 résultats avaient clairement donné un boost à la campagne Sanders d'il y a 4 ans. Au Missouri, état lui aussi très peu sondé, les derniers sondages ont indiqué des écarts énormes (ça va de +4 pour Biden à +30 pour Biden, pour des sondages pourtant conduits en même temps). Normalement on devrait être sur un état plutôt favorable à Sanders, mais c'est aussi ce que l'on pensait de l'Oklahoma la semaine dernière, et pourtant Biden s'y est imposé très nettement. Donc, à voir.
Mais le gros lot de la soirée c'est le Michigan. Les deux équipes y ont investi beaucoup de temps et d'argent, avec des stratégies différentes. La campagne Sanders a tout axé sur la dénonciation du libre échange et la défense du protectionnisme, la campagne Biden a elle décidé de s'appuyer sur le bilan des années Obama dans l'état (le plan de relance des automobiles après la crise de 2008, et les grands plans de réaménagement et de réhabilitation des banlieues en crise de Détroit, chapeautés par le VP de l'époque, Joe Biden). Clairement, dans cet état là , sanders n'a pas le droit à l'erreur si il veut relancer sa campagne. Il lui faut gagner. Alors que les sondages de début février laissaient entrevoir une possibilité à Sanders, si ce n'est de l'emporter, au moins de s'y défendre, les derniers sondages indiquent une très forte poussée du vote Biden. Là aussi, à voir demain ce que ça va donner.
Il parait évident que Sanders a besoin d'enregistrer des victoires, et si possible des victoires significatives si il veut avoir encore un espoir de viser la nomination ou la
brokered convention. Sur ce dernier point ceci dit, Sanders s'est déjà un peu piégé tout seul. Lors du dernier débat, avant le
Super Tuesday, Sanders y avait déclaré face caméra que, pour lui, une
brokered convention devait forcément adouber le candidat qui s'y présenterait avec le plus de délégués. Il a évidemment prononcé cette phrase à une époque où il était persuadé que ce serait lui ce candidat avec le plus de délégués...