Corondar a écrit:Je suis un peu surpris que beaucoup semblent surpris par le déroulé assez classique des primaires.
Beaucoup d'élus d'un parti attendent justement de voir quel candidat émerge des votes pour prendre position, et rallient le favori qui se détache. C'est là un classique encore une fois. En 2016, on a vu la même chose côté républicains : une fois que Trump s'est installé dans la position du favori pour obtenir la nomination, on a vu l'accélération des ralliements à sa candidature, y compris au sein de l'aile centriste du GOP.
Parmi les derniers ralliements en masse vers Biden, au moins les 3/4 sont des membres de l'aile modérée, qui ont l'heureuse surprise de se rallier à un favori issu du même courant qu'eux.
Je dirais même que c'est à ça qu'ont toujours servi les primaires aux USA : permettre le ralliement d'un parti aux courants multiples autour de la candidature d'un seul et même candidat.
Après, oui, pour Kamala Harris, en effet, vu son accrochage avec Biden lors des primaires, ça fait clairement "je vais à la soupe". Mais vu le positionnement idéologique de Kamala Harris, elle ne fait que soutenir le candidat le plus proche de ses idées.
En 2016, le fait que beaucoup d'élus du parti démocrate avaient apporté leur soutien à Clinton avant même le début des primaires était en fait plutôt une anomalie. Cette année, ils ont au moins attendu de voir ce que les premiers résultats donnaient. Et le super tuesday de mardi dernier a clairement désigné un favori, Joe Biden.
Enfin, si Biden est clairement issu du même courant centriste que Clinton, je peux vous assurer que son image personnelle est à des années lumières de celle d'Hillary Clinton. Biden a toujours été perçu comme un homme du peuple (ce qu'il est de par ses origines, il est né dans une famille de la classe très moyenne de Pennsylvanie), un regular Joe. Je rappelle que son petit surnom outre Atlantique c'est uncle Joe. Pour établir un parallèle que j'ai déjà établi sur ce forum, Joe Biden est, toute proportion gardée, le Jacques Chirac local. Il est perçu comme débonnaire et sympathique, disant parfois des bêtises un peu marrantes ou consternantes, mais avec lequel on aimerait bien boire une bière devant un match de football américain ou de basket. Bref, on est très loin de ce que pouvait dégager Hillary Clinton, même auprès de ses fervents supporters :).
C'est un peu court pour battre Trump surtout que ce genre de personnage c'était valable il y a 20 ans avant plusieurs crises sociétales et économiques qui ont complétement cassé les codes et la façon de faire de la politique.
De plus, vous dîtes que c'est le fonctionnement d'une primaire mais ce qui est paradoxal c'est le timing bien trop tôt pour dégager un candidat favori. Même pas ont ils attendu le Super Tuesday pour dégager un véritable favori. Un seul état gagné par Biden aura donc suffit à faire de lui le candidat favori alors qu'il ne présentait pas en début de primaire ni enthousiasme, ni conviction auprès des électeurs modérés, lui préférant même sur deux états deux candidats modérés moins connus que lui. Ces chiffres étaient vraiment désastreux et il doit son salut dans le Nevada qu'à un vote massif de l'électorat noir présent dans cet état. Derrière il était vaincu dans tous les exits polls autre que celui-ci, ni en tête chez les femmes/hommes/modérés/conservateurs/sans diplômes ni qualification.
Voilà pourquoi ces ralliements me font doucement sourire, ils n'ont de fait que la peur de voir Sanders triompher durant le Super Tuesday et rafler seul dans plusieurs états l'intégralité des supers délégués. Une avance qui aurait été rédibitoire, sans compter la dynamique qu'aurait créé cette victoire.
Malheureusement ils ont misé sur le mauvais cheval modéré, je reste convaincu de cela. Biden est un piètre candidat dans plusieurs domaines et ces lacunes vont vite être révélées dans la future campagne présidentielle.