Républicain67 a écrit:J'avais deux questions. Est-il encore possible au début du XXIème siècle, qu'un candidat tiers face un score honorable à une élection présidentielle, voire remporte quelques États fédérés? Deuxièmement, est-ce qu'un les grands électeurs gagnés par un candidat tiers sont comptabilisés et peuvent-il peser sur la désignation du président des États-Unis? Merci. Le score du candidat d'extrême droite (ex-démocrate, oui le parti démocrate a été très raciste et ségrégationniste par le passé) m'a vraiment étonné. Il est majoritaire dans plusieurs États ex-confédérés, pourtant à forte proportion de population afro-américaine. Les Noirs n'avait-ils toujours pas le droit de vote en 1968, où y a-t-il un vote raciste massif des électeurs blancs dans ces États là ?
Pour la première question, j'aurais tendance à répondre non. Le paysage politique américain est désormais ultra partisan, et de très nombreux électeurs votent pour l'étiquette avant de voter pour un candidat (le fameux (D) ou (R) derrière le nom du candidat est la boussole de beaucoup d'électeurs). L'autre problème pour les petits partis, c'est que le cadre institutionnel du paysage politique est complexe (50 états, avec des lois électorales spécifiques), et horriblement coûteux. Si vous n'êtes pas soutenus par un parti puissamment organisé et bien financé, vous avez intérêt à être milliardaire si vous voulez pouvoir tenir les contraintes en question.
Mais si cela devait se produire (un troisième candidat remportant un ou plusieurs états), alors oui, les grands électeurs des états en question lui sont attribués normalement, et ces derniers sont censés voter pour lui lors du second tour de l'élection présidentielle (les grands électeurs votent en décembre).
Si aucun candidat n'obtient les 270 grands électeurs à l'issue de ce vote, alors c'est aux deux chambres du Congrès de choisir les vainqueurs (les chambres ne peuvent choisir que parmi les candidats ayant emporté au moins un état lors du vote populaire). La Chambre désignant le Président (avec un système assez ubuesque, où chaque délégation de chaque état doit se mettre d'accord, puisque chaque état a 1 voix, est élu président celui qui obtient les suffrages de 26 états, plusieurs tours de scrutin étant possibles), le Sénat désigne le Vice-Président (1 sénateur valant 1 voix, est élu le candidat qui en obtient 51).
Là où c'est très vicieux, c'est que, techniquement, la Constitution est assez floue sur le choix des grands électeurs, laissant à ces derniers une assez grande marge d'autonomie en théorie dans leur vote (eux ne sont même pas obligés de choisir parmi les candidats ayant emporté au moins un état, leur seule contrainte est de voter pour un candidat américain de souche et ayant l'âge requis). Rien n'oblige, constitutionnellement parlant, un grand électeur à respecter le choix des électeurs de son état. Tous les 4 ans, on a toujours quelques grands électeurs qui votent pour un autre candidat que celui pour lequel ils étaient censés voter. Ces votes "irréguliers" n'ayant jamais eu un impact réel sur le résultat final, la question n'a jamais été saisie par la SCOTUS. Imaginons qu'à l'issue d'une présidentielle très serrée, un candidat empoche 270 grands électeurs contre 269 pour son adversaire défait. Que se passe t il si quelques grands électeurs facétieux changent d'avis ? Si 270 électeurs votent pour le candidat défait, ce dernier est-il élu quand même ? Pire, si aucun des deux candidats n'atteint les 269, le Congrès récupère t il quand même le vote, au détriment du choix des états ?
Vu la guerre civile qu'est devenu le paysage politique américain, j'espère pour les Américains qu'ils ne se retrouveront jamais dans cette situation, car la crise de régime serait terrible...
Quant à votre surprise sur le score du candidat ségrégationniste en 1968, là aussi, il y avait en effet une astuce. Techniquement les électeurs Noirs avaient bien le droit de vote, reconnu depuis 1865. Mais chaque état est libre d'organiser son système électoral comme bon lui semble, notamment le système d'inscription. Or, les états du Sud avaient trouvé la parade : pour s'inscrire ils obligeaient les électeurs à savoir lire et écrire. Or, si les Noirs avaient le droit de vote, le système éducatif sudiste continuait à les exclure le plus légalement du monde. Du coup très peu d'électeurs Afro-Américains étaient suffisamment lettrés pour pouvoir remplir les conditions d'inscriptions électorales. C'est pour ça que l'accès à la scolarité pour les enfants Afro-Américains est devenu un enjeu majeur des années 1950-1960.
Edit : par contre, j'ai un doute sur le fait que DC puisse participer au vote de la Chambre en cas d'élection du Président par cette cette dernière, dans le cas de figure où aucun candidat n'a atteint les 270 grands électeurs. Techniquement, DC participe bien au collège électoral, et si le district capitale envoie bien une délégation au Congrès, ses membres n'y ont pas le droit de vote normalement. Mais pour l'élection du Président peut-être que la délégation de DC serait incluse ? Ou pas ? Il semble que le XXIIIe amendement (qui autorise DC à participer au collège électoral présidentiel depuis 1961, appliqué pour la première fois sur l'élection de 1964) ne le spécifie pas, mais la section 2 indique que le Congrès est libre de "donner effet aux dispositions du présent article par une législation appropriée". J'imagine donc que ce serait au Congrès de trancher la question.
Ceci dit, même à 51 états, la majorité requise pour être élu président par la Chambre serait toujours à 26 voix. Pour le fun, j'ai été voir ce qu'un tel vote donnerait à l'heure actuelle. Les républicains sont majoritaires dans la représentation à la Chambre de 26 états, contre 22 états pour les démocrates (23 si on n'inclut DC), 2 états voyant leur représentation partagée à part égale entre les deux partis (Michigan et Pennsylvanie). Ces 2 états s'abstiendraient donc, à priori. Cela suppose bien sur que chaque représentant vote pour le parti dont il est issu (là non plus, rien ne l'y oblige techniquement).
Par contre, je ne sais pas si le Congrès qui devrait se prononcer serait l'ancien, ou le nouveau élu en novembre (l'ancien Congrès restant en fonction jusqu'en janvier-février de mémoire ?).