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L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Mar 3 Déc 2019 19:44

sammy a écrit:Il semble que Kamala Harris soit sur le point de renoncer. Je laisse aux spécialistes le soin d'en analyser les conséquences.


En effet, Breaking News, c'est tout chaud, ça vient de tomber, et c'est à prendre avec des pincettes, parce que ce n'est pas encore officiel.
https://edition.cnn.com/2019/12/03/poli ... index.html
Si ça se confirme, ce serait une vraie surprise. Elle avait connu un gros boost il y a quelques mois avant de retomber, mais depuis elle était une solide 5e dans les sondages (la seule candidate située entre le quatuor de tête et la masse de la queue du peloton). Niveau financement et organisation de campagnes on est très très loin des deux qui viennent de se retirer (Sestak et Bullock). Pour le coup c'est pas du tout elle que j'aurais vu jeter l'éponge en premier, avant d'autres. En tout cas, ce serait le premier retrait (j'utilise encore le conditionnel pour le moment) qui pourrait avoir un impact dans les intentions de votes, si ces soutiens devaient se reporter nettement sur un candidat plutôt qu'un autre. Il faudrait voir si elle apporte son soutien à quelqu'un ou pas.
En tout cas, 3 retraits en quelques jours, ce serait beaucoup. Certains subodoreraient que les instances du parti démocrate feraient un lobbying en sous main pour pousser les petits candidats (même si Harris correspond pas tout à fait à cette définition) à se retirer avant les premiers scrutins.
Quant au positionnement de Harris, on était quelque part entre l'aile gauche et l'aile droite du parti de l'âne. Sur le papier, ça peut peut-être aider Buttigieg du coup ? A voir...

Edit : ça y est, c'est annoncé officiellement par la candidate.
https://edition.cnn.com/2019/12/03/poli ... index.html
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede MiniM » Mer 4 Déc 2019 18:25

Corondar a écrit:
sammy a écrit:Il semble que Kamala Harris soit sur le point de renoncer. Je laisse aux spécialistes le soin d'en analyser les conséquences.


En effet, Breaking News, c'est tout chaud, ça vient de tomber, et c'est à prendre avec des pincettes, parce que ce n'est pas encore officiel.
https://edition.cnn.com/2019/12/03/poli ... index.html
Si ça se confirme, ce serait une vraie surprise. Elle avait connu un gros boost il y a quelques mois avant de retomber, mais depuis elle était une solide 5e dans les sondages (la seule candidate située entre le quatuor de tête et la masse de la queue du peloton). Niveau financement et organisation de campagnes on est très très loin des deux qui viennent de se retirer (Sestak et Bullock). Pour le coup c'est pas du tout elle que j'aurais vu jeter l'éponge en premier, avant d'autres. En tout cas, ce serait le premier retrait (j'utilise encore le conditionnel pour le moment) qui pourrait avoir un impact dans les intentions de votes, si ces soutiens devaient se reporter nettement sur un candidat plutôt qu'un autre. Il faudrait voir si elle apporte son soutien à quelqu'un ou pas.
En tout cas, 3 retraits en quelques jours, ce serait beaucoup. Certains subodoreraient que les instances du parti démocrate feraient un lobbying en sous main pour pousser les petits candidats (même si Harris correspond pas tout à fait à cette définition) à se retirer avant les premiers scrutins.
Quant au positionnement de Harris, on était quelque part entre l'aile gauche et l'aile droite du parti de l'âne. Sur le papier, ça peut peut-être aider Buttigieg du coup ? A voir...

Edit : ça y est, c'est annoncé officiellement par la candidate.
https://edition.cnn.com/2019/12/03/poli ... index.html


La rumeur veut que la raison de son retrait est que la date limite pour se retirer de la primaire de Californie approche. Une mauvaise performance serait un signe de faiblesses qui pourrait aiguiser l'appétit de certains pour son siège au Sénat.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Mer 4 Déc 2019 19:42

MiniM a écrit:
Corondar a écrit:
sammy a écrit:Il semble que Kamala Harris soit sur le point de renoncer. Je laisse aux spécialistes le soin d'en analyser les conséquences.


En effet, Breaking News, c'est tout chaud, ça vient de tomber, et c'est à prendre avec des pincettes, parce que ce n'est pas encore officiel.
https://edition.cnn.com/2019/12/03/poli ... index.html
Si ça se confirme, ce serait une vraie surprise. Elle avait connu un gros boost il y a quelques mois avant de retomber, mais depuis elle était une solide 5e dans les sondages (la seule candidate située entre le quatuor de tête et la masse de la queue du peloton). Niveau financement et organisation de campagnes on est très très loin des deux qui viennent de se retirer (Sestak et Bullock). Pour le coup c'est pas du tout elle que j'aurais vu jeter l'éponge en premier, avant d'autres. En tout cas, ce serait le premier retrait (j'utilise encore le conditionnel pour le moment) qui pourrait avoir un impact dans les intentions de votes, si ces soutiens devaient se reporter nettement sur un candidat plutôt qu'un autre. Il faudrait voir si elle apporte son soutien à quelqu'un ou pas.
En tout cas, 3 retraits en quelques jours, ce serait beaucoup. Certains subodoreraient que les instances du parti démocrate feraient un lobbying en sous main pour pousser les petits candidats (même si Harris correspond pas tout à fait à cette définition) à se retirer avant les premiers scrutins.
Quant au positionnement de Harris, on était quelque part entre l'aile gauche et l'aile droite du parti de l'âne. Sur le papier, ça peut peut-être aider Buttigieg du coup ? A voir...

Edit : ça y est, c'est annoncé officiellement par la candidate.
https://edition.cnn.com/2019/12/03/poli ... index.html


La rumeur veut que la raison de son retrait est que la date limite pour se retirer de la primaire de Californie approche. Une mauvaise performance serait un signe de faiblesses qui pourrait aiguiser l'appétit de certains pour son siège au Sénat.


Au regard du système très particulier des primaires sauvages en Californie c'est en tout cas une explication qui aurait du sens...
Rappelons que Harris était déjà qualifiée pour le débat du 19 décembre, d'où l'effet de surprise de son retrait. Encore une fois, si j'avais du parier sur les prochains retraits à venir, elle aurait pas été dans le tiercé de tête...
Dans ses déclarations elle met en avant un manque de financement.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Sam 7 Déc 2019 02:40

Je pense que l'impact sur la campagne et les intentions de vote sera de l'ordre du néant absolu, mais je le signale quand même : John Kerry (ancien secrétaire d'état d'Obama de 2013 à 2017, ancien sénateur du Massachusetts de 1985 à 2013, et candidat démocrate à la présidentielle de 2004 face à W.Bush) vient d'apporter son soutien à Joe Biden.
https://www.politico.com/news/2019/12/0 ... den-076391
Vu son profil très centriste, il aurait été étonnant qu'il soutienne quelqu'un d'autre...
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Républicain67 » Dim 8 Déc 2019 16:21

J'avais une question un peu spécifique concernant les élections présidentielles américaines. Je ne sait pas si c'est le bon sujet, mais je ne vois pas où je peux la poster sinon. Normalement l'élection présidentielle se joue entre les candidats démocrate et républicain, néanmoins il est possible qu'un troisième homme obtienne un score non négligeable au niveau national, voire arrive même à gagner dans quelques États fédérés. Je laisse ici de côté l'élection de 1912, où le président sortant Theodore Roosevelt avait essayé de se faire réélire sous la bannière du Parti progressiste. Il y a eu depuis 1914, trois élections où un candidat tiers a fait plus de 10% des voix au niveau national: 1924 avec le progressiste Robert La Follette (premier dans son État du Wisconsin), 1968 avec le candidat ségrégationniste (ex-démocrate) George Wallace (qui avait raflé plusieurs États du Sud) et 1992 avec le populiste Ross Perot (arrivé en tête dans aucun État). Il faut rajouter le cas particulier du scrutin de 1948, où le candidat démocrate dissident dixiecrat Strom Thurmond avait avec seulement 2% au niveau national raflé plusieurs États sudistes.

J'avais deux question. Est-il encore possible au début du XXIème siècle, qu'un candidat tiers face un score honorable à une élection présidentielle, voire remporte quelques États fédérés? Deuxièmement, est-ce qu'un les grands électeurs gagnés par un candidat tiers sont comptabilisés et peuvent-il peser sur la désignation du président des États-Unis? Merci. Le score du candidat d'extrême droite (ex-démocrate, oui le parti démocrate a été très raciste et ségrégationniste par le passé) m'a vraiment étonné. Il est majoritaire dans plusieurs États ex-confédérés, pourtant à forte proportion de population afro-américaine. Les Noirs n'avait-ils toujours pas le droit de vote en 1968, où y a-t-il un vote raciste massif des électeurs blancs dans ces États là?
Dernière édition par Républicain67 le Dim 8 Déc 2019 17:45, édité 1 fois.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Dim 8 Déc 2019 17:22

Républicain67 a écrit:J'avais deux questions. Est-il encore possible au début du XXIème siècle, qu'un candidat tiers face un score honorable à une élection présidentielle, voire remporte quelques États fédérés? Deuxièmement, est-ce qu'un les grands électeurs gagnés par un candidat tiers sont comptabilisés et peuvent-il peser sur la désignation du président des États-Unis? Merci. Le score du candidat d'extrême droite (ex-démocrate, oui le parti démocrate a été très raciste et ségrégationniste par le passé) m'a vraiment étonné. Il est majoritaire dans plusieurs États ex-confédérés, pourtant à forte proportion de population afro-américaine. Les Noirs n'avait-ils toujours pas le droit de vote en 1968, où y a-t-il un vote raciste massif des électeurs blancs dans ces États là?


Pour la première question, j'aurais tendance à répondre non. Le paysage politique américain est désormais ultra partisan, et de très nombreux électeurs votent pour l'étiquette avant de voter pour un candidat (le fameux (D) ou (R) derrière le nom du candidat est la boussole de beaucoup d'électeurs). L'autre problème pour les petits partis, c'est que le cadre institutionnel du paysage politique est complexe (50 états, avec des lois électorales spécifiques), et horriblement coûteux. Si vous n'êtes pas soutenus par un parti puissamment organisé et bien financé, vous avez intérêt à être milliardaire si vous voulez pouvoir tenir les contraintes en question.
Mais si cela devait se produire (un troisième candidat remportant un ou plusieurs états), alors oui, les grands électeurs des états en question lui sont attribués normalement, et ces derniers sont censés voter pour lui lors du second tour de l'élection présidentielle (les grands électeurs votent en décembre).
Si aucun candidat n'obtient les 270 grands électeurs à l'issue de ce vote, alors c'est aux deux chambres du Congrès de choisir les vainqueurs (les chambres ne peuvent choisir que parmi les candidats ayant emporté au moins un état lors du vote populaire). La Chambre désignant le Président (avec un système assez ubuesque, où chaque délégation de chaque état doit se mettre d'accord, puisque chaque état a 1 voix, est élu président celui qui obtient les suffrages de 26 états, plusieurs tours de scrutin étant possibles), le Sénat désigne le Vice-Président (1 sénateur valant 1 voix, est élu le candidat qui en obtient 51).
Là où c'est très vicieux, c'est que, techniquement, la Constitution est assez floue sur le choix des grands électeurs, laissant à ces derniers une assez grande marge d'autonomie en théorie dans leur vote (eux ne sont même pas obligés de choisir parmi les candidats ayant emporté au moins un état, leur seule contrainte est de voter pour un candidat américain de souche et ayant l'âge requis). Rien n'oblige, constitutionnellement parlant, un grand électeur à respecter le choix des électeurs de son état. Tous les 4 ans, on a toujours quelques grands électeurs qui votent pour un autre candidat que celui pour lequel ils étaient censés voter. Ces votes "irréguliers" n'ayant jamais eu un impact réel sur le résultat final, la question n'a jamais été saisie par la SCOTUS. Imaginons qu'à l'issue d'une présidentielle très serrée, un candidat empoche 270 grands électeurs contre 269 pour son adversaire défait. Que se passe t il si quelques grands électeurs facétieux changent d'avis ? Si 270 électeurs votent pour le candidat défait, ce dernier est-il élu quand même ? Pire, si aucun des deux candidats n'atteint les 269, le Congrès récupère t il quand même le vote, au détriment du choix des états ?
Vu la guerre civile qu'est devenu le paysage politique américain, j'espère pour les Américains qu'ils ne se retrouveront jamais dans cette situation, car la crise de régime serait terrible...
Quant à votre surprise sur le score du candidat ségrégationniste en 1968, là aussi, il y avait en effet une astuce. Techniquement les électeurs Noirs avaient bien le droit de vote, reconnu depuis 1865. Mais chaque état est libre d'organiser son système électoral comme bon lui semble, notamment le système d'inscription. Or, les états du Sud avaient trouvé la parade : pour s'inscrire ils obligeaient les électeurs à savoir lire et écrire. Or, si les Noirs avaient le droit de vote, le système éducatif sudiste continuait à les exclure le plus légalement du monde. Du coup très peu d'électeurs Afro-Américains étaient suffisamment lettrés pour pouvoir remplir les conditions d'inscriptions électorales. C'est pour ça que l'accès à la scolarité pour les enfants Afro-Américains est devenu un enjeu majeur des années 1950-1960.

Edit : par contre, j'ai un doute sur le fait que DC puisse participer au vote de la Chambre en cas d'élection du Président par cette cette dernière, dans le cas de figure où aucun candidat n'a atteint les 270 grands électeurs. Techniquement, DC participe bien au collège électoral, et si le district capitale envoie bien une délégation au Congrès, ses membres n'y ont pas le droit de vote normalement. Mais pour l'élection du Président peut-être que la délégation de DC serait incluse ? Ou pas ? Il semble que le XXIIIe amendement (qui autorise DC à participer au collège électoral présidentiel depuis 1961, appliqué pour la première fois sur l'élection de 1964) ne le spécifie pas, mais la section 2 indique que le Congrès est libre de "donner effet aux dispositions du présent article par une législation appropriée". J'imagine donc que ce serait au Congrès de trancher la question.
Ceci dit, même à 51 états, la majorité requise pour être élu président par la Chambre serait toujours à 26 voix. Pour le fun, j'ai été voir ce qu'un tel vote donnerait à l'heure actuelle. Les républicains sont majoritaires dans la représentation à la Chambre de 26 états, contre 22 états pour les démocrates (23 si on n'inclut DC), 2 états voyant leur représentation partagée à part égale entre les deux partis (Michigan et Pennsylvanie). Ces 2 états s'abstiendraient donc, à priori. Cela suppose bien sur que chaque représentant vote pour le parti dont il est issu (là non plus, rien ne l'y oblige techniquement).
Par contre, je ne sais pas si le Congrès qui devrait se prononcer serait l'ancien, ou le nouveau élu en novembre (l'ancien Congrès restant en fonction jusqu'en janvier-février de mémoire ?).
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Républicain67 » Dim 8 Déc 2019 17:50

Je vous remercie pour votre réponse très complète.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Dim 8 Déc 2019 17:53

Républicain67 a écrit:Je vous remercie pour votre réponse très complète.


De rien, j'ai édité mon post avec des divagations d'ordre constitutionnel amusantes (enfin, si l'on aime le droit constitutionnel :) ).
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede PhB » Lun 9 Déc 2019 09:45

Merci effectivement.
Ce système assuré une surreprésentation aux états les moins peuplés - pour faire simple les états ruraux - qui avantage aujoud'hui très nettement le parti républicain qui y trouve sa principale base électorale :
1 lors de l'élection générale, dans laquelle on a vu Trump triompher avec plusieurs millions de voix de moins que son adversaire
2 également lors du "plan B" visant à départager une élection indécise, puisque chaque état y a le même poids, comme vient de l'expliquer très clairement notre ami Corondar.
3 je n'insisterai pas sur le mode d'élection du Sénat qui écrabouille la représentation des états les plus peuplés, où même de la Chambre qui donne un + de 2 représentants par état, indépendamment de leur population.

Si tant est que les États-Uniens envisagent de réduire ce biais en conservant un système comparable, quelles pistes seraient envisageables ?
1 élection des sénateurs à la proportionnelle dans chaque état (permettant une plus grande pluralité)
1 bis : idem pour les grands électeurs présidentiels
2 rééquilibrage, complet ou partiel, du nombre de sénateurs par état fédéré 1, 2, 3 sénateurs ou plus selon le nombre d'habitants...),
3 compensation des biais actuels par un Gerrymandering permettant d'inverser la donne (on n'en prend pas le chemin actuellement...)
Y a-t-il actuellement une réflexion en cours aux États-Unis sur ce sujet, qui ait une chance d'aboutir ?
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Républicain67 » Lun 9 Déc 2019 11:35

Corondar a écrit:
Républicain67 a écrit:J'avais deux questions. Est-il encore possible au début du XXIème siècle, qu'un candidat tiers face un score honorable à une élection présidentielle, voire remporte quelques États fédérés? Deuxièmement, est-ce qu'un les grands électeurs gagnés par un candidat tiers sont comptabilisés et peuvent-il peser sur la désignation du président des États-Unis? Merci. Le score du candidat d'extrême droite (ex-démocrate, oui le parti démocrate a été très raciste et ségrégationniste par le passé) m'a vraiment étonné. Il est majoritaire dans plusieurs États ex-confédérés, pourtant à forte proportion de population afro-américaine. Les Noirs n'avait-ils toujours pas le droit de vote en 1968, où y a-t-il un vote raciste massif des électeurs blancs dans ces États là?


Pour la première question, j'aurais tendance à répondre non. Le paysage politique américain est désormais ultra partisan, et de très nombreux électeurs votent pour l'étiquette avant de voter pour un candidat (le fameux (D) ou (R) derrière le nom du candidat est la boussole de beaucoup d'électeurs). L'autre problème pour les petits partis, c'est que le cadre institutionnel du paysage politique est complexe (50 états, avec des lois électorales spécifiques), et horriblement coûteux. Si vous n'êtes pas soutenus par un parti puissamment organisé et bien financé, vous avez intérêt à être milliardaire si vous voulez pouvoir tenir les contraintes en question.
Mais si cela devait se produire (un troisième candidat remportant un ou plusieurs états), alors oui, les grands électeurs des états en question lui sont attribués normalement, et ces derniers sont censés voter pour lui lors du second tour de l'élection présidentielle (les grands électeurs votent en décembre).
Si aucun candidat n'obtient les 270 grands électeurs à l'issue de ce vote, alors c'est aux deux chambres du Congrès de choisir les vainqueurs (les chambres ne peuvent choisir que parmi les candidats ayant emporté au moins un état lors du vote populaire). La Chambre désignant le Président (avec un système assez ubuesque, où chaque délégation de chaque état doit se mettre d'accord, puisque chaque état a 1 voix, est élu président celui qui obtient les suffrages de 26 états, plusieurs tours de scrutin étant possibles), le Sénat désigne le Vice-Président (1 sénateur valant 1 voix, est élu le candidat qui en obtient 51).
Là où c'est très vicieux, c'est que, techniquement, la Constitution est assez floue sur le choix des grands électeurs, laissant à ces derniers une assez grande marge d'autonomie en théorie dans leur vote (eux ne sont même pas obligés de choisir parmi les candidats ayant emporté au moins un état, leur seule contrainte est de voter pour un candidat américain de souche et ayant l'âge requis). Rien n'oblige, constitutionnellement parlant, un grand électeur à respecter le choix des électeurs de son état. Tous les 4 ans, on a toujours quelques grands électeurs qui votent pour un autre candidat que celui pour lequel ils étaient censés voter. Ces votes "irréguliers" n'ayant jamais eu un impact réel sur le résultat final, la question n'a jamais été saisie par la SCOTUS. Imaginons qu'à l'issue d'une présidentielle très serrée, un candidat empoche 270 grands électeurs contre 269 pour son adversaire défait. Que se passe t il si quelques grands électeurs facétieux changent d'avis ? Si 270 électeurs votent pour le candidat défait, ce dernier est-il élu quand même ? Pire, si aucun des deux candidats n'atteint les 269, le Congrès récupère t il quand même le vote, au détriment du choix des états ?
Vu la guerre civile qu'est devenu le paysage politique américain, j'espère pour les Américains qu'ils ne se retrouveront jamais dans cette situation, car la crise de régime serait terrible...
Quant à votre surprise sur le score du candidat ségrégationniste en 1968, là aussi, il y avait en effet une astuce. Techniquement les électeurs Noirs avaient bien le droit de vote, reconnu depuis 1865. Mais chaque état est libre d'organiser son système électoral comme bon lui semble, notamment le système d'inscription. Or, les états du Sud avaient trouvé la parade : pour s'inscrire ils obligeaient les électeurs à savoir lire et écrire. Or, si les Noirs avaient le droit de vote, le système éducatif sudiste continuait à les exclure le plus légalement du monde. Du coup très peu d'électeurs Afro-Américains étaient suffisamment lettrés pour pouvoir remplir les conditions d'inscriptions électorales. C'est pour ça que l'accès à la scolarité pour les enfants Afro-Américains est devenu un enjeu majeur des années 1950-1960.

Edit : par contre, j'ai un doute sur le fait que DC puisse participer au vote de la Chambre en cas d'élection du Président par cette cette dernière, dans le cas de figure où aucun candidat n'a atteint les 270 grands électeurs. Techniquement, DC participe bien au collège électoral, et si le district capitale envoie bien une délégation au Congrès, ses membres n'y ont pas le droit de vote normalement. Mais pour l'élection du Président peut-être que la délégation de DC serait incluse ? Ou pas ? Il semble que le XXIIIe amendement (qui autorise DC à participer au collège électoral présidentiel depuis 1961, appliqué pour la première fois sur l'élection de 1964) ne le spécifie pas, mais la section 2 indique que le Congrès est libre de "donner effet aux dispositions du présent article par une législation appropriée". J'imagine donc que ce serait au Congrès de trancher la question.
Ceci dit, même à 51 états, la majorité requise pour être élu président par la Chambre serait toujours à 26 voix. Pour le fun, j'ai été voir ce qu'un tel vote donnerait à l'heure actuelle. Les républicains sont majoritaires dans la représentation à la Chambre de 26 états, contre 22 états pour les démocrates (23 si on n'inclut DC), 2 états voyant leur représentation partagée à part égale entre les deux partis (Michigan et Pennsylvanie). Ces 2 états s'abstiendraient donc, à priori. Cela suppose bien sur que chaque représentant vote pour le parti dont il est issu (là non plus, rien ne l'y oblige techniquement).
Par contre, je ne sais pas si le Congrès qui devrait se prononcer serait l'ancien, ou le nouveau élu en novembre (l'ancien Congrès restant en fonction jusqu'en janvier-février de mémoire ?).


C'était exactement l'objectif du candidat d'extrême droite ségrégationniste George Wallace (American Independent Party, ex-démocrate) à l'élection présidentielle de 1968. Sachant qu'il ne pouvait pas l'emporter au niveau fédéral, mais arriver premier dans plusieurs Etats du Sud profond, il visait de provoquer une telle situation de crise, en empêchant les candidats des deux grands partis, Richard Nixon (républicain) et Hubert Humphrey (démocrate) d'obtenir une majorité au collège électoral. Cela aurait conduit à une crise politique et à l'élection du Président des Etats-Unis par la Chambre des répresentants. Comme les députés d'un Etat fédéré doivent voter en bloc pour un candidat, Wallace voulait peser sur le vote en conditionnant le vote pour un candidat à un allégement des lois anti-ségrégationnistes, voire au rétablissement de la ségrégation raciale dans les Etats du Sud.

S'il a tout de même fait plus de 13% des voix au niveau fédéral, gagnant aussi des voix chez les ouvriers blancs et syndiqués du Nord (les syndicats américains étaient historiquement assez racistes et partisans de la ségrégation raciale) et gagner cinq Etats du Sud (Arkansas, Alabama, Géorgie, Louisiane, Mississippi) et 46 grands électeurs, il n'a pas empêché Richard Nixon de l'emporter (majorité étriquée en terme de vote populaire, mais majorité au collège électoral). Le candidat d'extrême droite Wallace est le dernier "candidat tiers" a avoir remporté des Etats (dont plusieurs à la majorité absolue des suffrages) à une élection présidentielle. Si le populiste Ross Perot avait obtenu 19% des voix en 1992, il n'a gagné le moindre grand électeur, n'arrivant en tête dans aucun des cinquante Etats.
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