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L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Mar 5 Nov 2019 13:51

Républicain67 a écrit:Je me suis jusqu'ici relativement peu intéressé à la campagne des primaires démocrates. Je suis peu la vie politique américaine, plutôt celle du Canada et surtout du Québec. J'ai une question concernant l'aspirante candidate démocrate Tulsi Gabbard. Est-il vrai qu'elle est assez contesté au sein de son parti? J'ai lu qu'elle a affiché dans sa jeunesse des positions plutôt conservatrices en matière sociétale. Elle semble mettre en avant son appartenance à la Garde nationale, même si elle se présente comme la candidate la plus pacifiste et anti-interventionniste, et avoir un positionnement plutôt ferme concernant l'immigration et le terrorisme. Merci. Bizarre pour quelqu'un qui a soutenu Bernie Sanders en 2016. Mme Gabbard semble être plutôt à gauche sur le plan économique et conservatrice sur les autres sujets (régalien, immigration, mœurs). Un positionnement politique assez original qui est assez rare aux Etats-Unis.


Tulsi Gabbard est en effet une rareté dans le paysage politique. Elle est isolationniste, mais contrairement à beaucoup, elle l'est vraiment :). Elle dit que les USA doivent avoir l'armée la plus puissante du monde pour ne pas avoir à en servir, puisque personne n'osera les attaquer. Elle dénonce avec force l'aspect gendarme du monde des USA, et milite ardemment pour un réalignement total de la diplomatie américaine.
Pour ses positions sur le terrorisme et l'immigration elle est en effet sur une ligne à droite du parti démocrate, elle soutient notamment une hausse du budget des gardes frontières, et des lois d'exception pour la lutte contre le terrorisme. Ceci dit, sur ce point, la caricature trumpienne donne parfois une image un peu erronée des positions démocrates sur le sujet. Très peu de démocrates défendent une ouverture des frontières à l'immigration. Il suffit de voir ce qu'il se passait sous Obama : la lutte contre l'immigration clandestine n'était pas plus faible ou permissive que sous les président républicains.
Sur ce sujet, les divergences entre démocrates et républicains sont ailleurs : les démocrates disent que si un clandestin a réussi à passer à travers les mailles du filet et qu'il est installé aux USA depuis des années (avec boulot, famille, dont des enfants américains de plein droit, et impôts bien souvent), l'expulsion ne devrait plus être possible. Les républicains eux défendent l'expulsion quelle que soit la situation du clandestin. L'autre divergence c'est sur le système d'immigration légale, via le système de la green card. Il existe actuellement un système de loteries qui permet à tout candidat d'avoir un espoir de naturalisation quelle que soit sa situation. Les démocrates le défendent, les républicains veulent l'abolir. Ces derniers voudraient instaurer une forme d'immigration choisie (mais restent assez flous sur les choix en question...). Mais ce sujet est bourré d'arrières pensées politiques : les démocrates sont favorables à l'immigration parce qu'une fois naturalisés ces immigrés et leurs descendants votent pour eux, les républicains n'y sont pas favorables pour les mêmes raisons. Mais, concernant les démocrates et les républicains il y a un os, et c'est le même dans les deux cas, mais il joue à front renversé.
L'immigration clandestine aux USA est vitale pour tout un tas de secteurs économiques (agriculture, hôtellerie et construction essentiellement) qui économisent des sommes folles en ayant recours à cette main d'oeuvre corvéable et bon marché. Côté démocrates certains (les plus à gauche) dénoncent cette réalité sociale et économique, côté républicains d'autres (beaucoup en fait) la défendent sans vraiment le dire aux noms d'intérêts économiques et de lobbies puissants. Bref, on est là sur une question horriblement complexe qui nécessiterait un immense courage politique et des initiatives osées pour être réellement traitée dans tous ses aspects. Autant dire qu'on y est pas...
Pour en revenir à Gabbard, par le passé elle a eu des propos en effet polémiques contre les gays. Propos sur lesquels elle est revenue depuis. Sur ce point, elle fait parti de ces démocrates qui ont été pris de court par le glissement à gauche très rapide du parti de l'âne sur les questions de société. Il y a encore 10 ans il existait une aile centriste qui n'hésitait pas à se montrer critique envers le mariage homosexuel ou l'avortement. Aujourd'hui, ces démocrates là sont les derniers des mohicans, beaucoup se sont ralliés au courant majoritaire (par conviction ou par opportunisme...). Et si Gabbard est classée à gauche c'est pour ses positions pacifistes et ses positions économiques et sociales. En interne elle fait feu de tout bois, et n'hésite pas à taper très fort sur tout un tas de démocrates. Attitude qui lui a valu pas mal d'inimités y compris dans son état, Hawaï. A ce propos, il n'est pas impossible qu'elle doive faire face à une opposition lors des primaires de son camp pour récupérer l'investiture démocrate pour son mandat de représentante du 2e district d'Hawaï. Au niveau de son CV, elle est aussi très atypique : vétéran de l'armée, elle est hindoue, et au début du mandat de Trump elle était pressentie comme une prise de guerre possible par la nouvelle administration (elle aurait été envisagée comme ambassadrice à l'ONU, au nom de ses critiques passées contre Obama et ses positions très hostiles à l'islam). Depuis elle s'est montrée nettement plus critique envers Trump, disant que son isolationnisme n'est que de façade.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Ven 8 Nov 2019 22:01

La deadline pour l'inscription des candidats aux primaires de l'Alabama a révélé son lot de surprises, aussi bien pour la sénatoriale côté républicains (j'en parle dans le topic concerné) que pour la présidentielle côté démocrates.
En effet, parmi les candidats à avoir rempli les papiers, il y a un invité surprise inattendu : le multi milliardaire Bloomberg, ancien maire indépendant de NYC, enregistré en tant que démocrate depuis 2018. Pour l'heure celui ci dit qu'il se laisse les portes ouvertes (l'Alabama étant l'état à clôturer de manière le plus précoce les inscriptions, avec des conditions très souples, puisque 500 signatures d'électeurs de l'état suffisent...), au cas où il se lancerait. Il semble qu'il s'inscrira aussi pour l'Arkansas (prochain état à clôturer les inscriptions). Il faudra surveiller si il le fait aussi pour les gros états (Illinois, Californie, Texas...) où les dates sont plus tardives et les conditions plus strictes.
Si jamais Bloomberg devait effectivement se lancer dans les primaires démocrates, à priori il pourrait mordre sur le courant centriste de Biden. Mais j'avoue être un peu perplexe face à ce mouvement de dernière minute, surtout, au delà de sa fortune, je ne suis pas certain que Bloomberg paraisse suffisamment démocrate aux yeux de l'électorat des primaires démocrates d'aujourd'hui. Il y a 15 ou 20 ans son profil aurait pu plaire, de nos jours l'électorat démocrate aura je pense du mal à se projeter dans un candidat aussi centriste. Mais ce n'est que mon avis...
https://edition.cnn.com/2019/11/08/poli ... index.html
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Républicain67 » Sam 9 Nov 2019 14:11

Je me posais une question concernant l'électorat démocrate, qui d'après les contributeurs du forum a considérablement basculé à gauche, toutefois moins que le parti à l'âne. Le courant conservateur voire réactionnaire et raciste ("dixiecrat") existe-il toujours dans le sud, où a-t-il entièrement basculé du côté républicain après 1960 et le mouvement des droits civiques? Les démocrates du Sud (comme par exemple Mary Landrieu) ne sont plus ouvertement réactionnaires comme aurait pu l'être un George Wallace, mais il me semble que le courant "blue dog" ou "southern democrat" existe toujours dans le Sud. Pour qui, d'après vous votera cet électorat à la primaire démocrate? Il ne faut pas oublié qu'historiquement le parti démocrate a pu être franchement réactionnaire. Le parti républicain a jusqu'aux années 1910 été beaucoup plus progressiste que les démocrates.

Il ne faut pas non plus oublier que les Noirs et Latinos sont de règle générale plutôt conservateurs sur le plan des mœurs. Je doute que cet électorat aurait massivement appuyé Bernie Sanders en 2016.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Sam 9 Nov 2019 15:01

Républicain67 a écrit:Je me posais une question concernant l'électorat démocrate, qui d'après les contributeurs du forum a considérablement basculé à gauche, toutefois moins que le parti à l'âne. Le courant conservateur voire réactionnaire et raciste ("dixiecrat") existe-il toujours dans le sud, où a-t-il entièrement basculé du côté républicain après 1960 et le mouvement des droits civiques? Les démocrates du Sud (comme par exemple Mary Landrieu) ne sont plus ouvertement réactionnaires comme aurait pu l'être un George Wallace, mais il me semble que le courant "blue dog" ou "southern democrat" existe toujours dans le Sud. Pour qui, d'après vous votera cet électorat à la primaire démocrate? Il ne faut pas oublié qu'historiquement le parti démocrate a pu être franchement réactionnaire. Le parti républicain a jusqu'aux années 1910 été beaucoup plus progressiste que les démocrates.

Il ne faut pas non plus oublier que les Noirs et Latinos sont de règle générale plutôt conservateurs sur le plan des mœurs. Je doute que cet électorat aurait massivement appuyé Bernie Sanders en 2016.


Dans le Sud profond (techniquement la Virginie, la Géorgie, la Caroline du Nord et la Floride sont aussi des états du Sud, mais ils ne possèdent plus tout à fait les mêmes caractéristiques que les autres états du Sud profond), survivent encore des élus démocrates (tout comme il existe toujours des élus républicains dans les états du nord-est, les fameux RINO). On voit désormais une très nette distinction entre les démocrates élus dans les zones urbaines et les autres. Les premiers sont à l'image de leur électorat : progressistes sur les questions de société. Ceux qui aspirent à des échelons au niveau de l'état ou dans des zones moins urbaines se placent en effet plutôt dans le courant conservateur (comme par exemple l'actuel gouverneur de Louisiane, qui est contre l'avortement, et défend la peine de mort et le port d'armes).
Par contre les dixiecrat défendant une vision raciste et ségrégationniste de la société ont totalement disparu du parti démocrate, et pour cause : dans les états du Sud entre les 2/3 et les 3/4 des électeurs démocrates sont désormais des Afro-Américains. Dans la plupart des états du Sud les districts de la Chambre aux mains des démocrates correspondent souvent à des zones de peuplement afro-américain, et ont donc des élus noirs. Le courant suprématiste blanc s'est intégralement reporté vers les républicains dans ces états là, ne pardonnant pas aux démocrates le vote des lois sur l'égalité des droits dans les années 1960. C'est un courant qui existe toujours mais qui a moins pignon sur rue qu'à une époque. Certains élus républicains sont passés maîtres dans l'art d'envoyer des signaux subliminaux (on appelle ça des dog whistles aux USA) à cet électorat là pour conserver leurs votes, sans pour autant pouvoir être taxés ouvertement de racisme ou de dérapages. Quelques uns leur envoient par contre des signaux nettement moins subliminaux.
Votre remarque sur le fait que les électeurs Noirs et Latinos sont moins progressistes que le reste de l'électorat démocrate est tout à fait vrai. Mais il est aussi à nuancer. Cela dépend de quel électorat latino et noir on parle. Les jeunes urbains afro et latinos sont aussi nettement moins conservateurs que leurs aînés. Mais si ces électorats là votent de plus en plus démocrates c'est parce que la plate forme républicaine ne s'intéresse pas à leurs problèmes : seuls les démocrates parlent de lutte contre les inégalités et les discriminations. Alors je ne dis pas qu'ils sont forcément efficaces ou perçus comme tel sur ces questions, mais par rapport aux républicains, ils ont au moins le mérite de tenir un discours reconnaissant que les minorités sont plus touchées par la pauvreté et les discriminations en tout genre. Les républicains nient cette réalité, et n'abordent jamais la question.

Par contre je pense que vous faites une petite erreur en pensant que c'est parce que Sanders serait très progressiste sur les questions de société que l'électorat latino et afro-américain se détournerait de lui. Déjà, Sanders est certes un progressiste sur les questions de société, mais pas autant que ses positions économiques et sociales pourraient le laisser penser. Sanders est pro choice et pour le mariage gay, mais ce sont des éléments assez secondaires dans son discours. En tant qu'élu du Vermont il a toujours défendu une position modérée sur les armes à feu. Surtout, il défend l'idée que les inégalités qui frappent les minorités sont avant tout économiques plutôt que raciales. Pour lui, le traitement des inégalités passent par la lutte contre la pauvreté, le chômage...Mais il ne détaille pas vraiment une politique de lutte contre les préjugés, et parle assez peu du sujet brûlant des violences policières. Ce sont ces raisons là qui font qu'il ne cartonne pas au sein des minorités (sauf chez les jeunes).
Biden, qui lui cartonne auprès des électeurs Afro-Américains, n'est pas vraiment plus conservateur que Sanders sur les questions de société. Je dirais même qu'il est à tout prendre peut-être un poil plus engagé que Sanders sur les questions LGBT. A mon avis ce n'est pas là dessus que s'opère le choix de cet électorat là (qui pour l'heure est virtuel et sondagier).
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Républicain67 » Sam 9 Nov 2019 15:43

Corondar a écrit:
Républicain67 a écrit:Je me posais une question concernant l'électorat démocrate, qui d'après les contributeurs du forum a considérablement basculé à gauche, toutefois moins que le parti à l'âne. Le courant conservateur voire réactionnaire et raciste ("dixiecrat") existe-il toujours dans le sud, où a-t-il entièrement basculé du côté républicain après 1960 et le mouvement des droits civiques? Les démocrates du Sud (comme par exemple Mary Landrieu) ne sont plus ouvertement réactionnaires comme aurait pu l'être un George Wallace, mais il me semble que le courant "blue dog" ou "southern democrat" existe toujours dans le Sud. Pour qui, d'après vous votera cet électorat à la primaire démocrate? Il ne faut pas oublié qu'historiquement le parti démocrate a pu être franchement réactionnaire. Le parti républicain a jusqu'aux années 1910 été beaucoup plus progressiste que les démocrates.

Il ne faut pas non plus oublier que les Noirs et Latinos sont de règle générale plutôt conservateurs sur le plan des mœurs. Je doute que cet électorat aurait massivement appuyé Bernie Sanders en 2016.


Dans le Sud profond (techniquement la Virginie, la Géorgie, la Caroline du Nord et la Floride sont aussi des états du Sud, mais ils ne possèdent plus tout à fait les mêmes caractéristiques que les autres états du Sud profond), survivent encore des élus démocrates (tout comme il existe toujours des élus républicains dans les états du nord-est, les fameux RINO). On voit désormais une très nette distinction entre les démocrates élus dans les zones urbaines et les autres. Les premiers sont à l'image de leur électorat : progressistes sur les questions de société. Ceux qui aspirent à des échelons au niveau de l'état ou dans des zones moins urbaines se placent en effet plutôt dans le courant conservateur (comme par exemple l'actuel gouverneur de Louisiane, qui défend l'avortement, la peine de mort et le port d'armes).
Par contre les dixiecrat défendant une vision raciste et ségrégationniste de la société ont totalement disparu du parti démocrate, et pour cause : dans les états du Sud entre les 2/3 et les 3/4 des électeurs démocrates sont désormais des Afro-Américains. Dans la plupart des états du Sud les districts de la Chambre aux mains des démocrates correspondent souvent à des zones de peuplement afro-américain, et ont donc des élus noirs. Le courant suprématiste blanc s'est intégralement reporté vers les républicains dans ces états là, ne pardonnant pas aux démocrates le vote des lois sur l'égalité des droits dans les années 1960. C'est un courant qui existe toujours mais qui a moins pignon sur rue qu'à une époque. Certains élus républicains sont passés maîtres dans l'art d'envoyer des signaux subliminaux (on appelle ça des dog whistles aux USA) à cet électorat là pour conserver leurs votes, sans pour autant pouvoir être taxés ouvertement de racisme ou de dérapages. Quelques uns leur envoient par contre des signaux nettement moins subliminaux.
Votre remarque sur le fait que les électeurs Noirs et Latinos sont moins progressistes que le reste de l'électorat démocrate est tout à fait vrai. Mais il est aussi à nuancer. Cela dépend de quel électorat latino et noir on parle. Les jeunes urbains afro et latinos sont aussi nettement moins conservateurs que leurs aînés. Mais si ces électorats là votent de plus en plus démocrates c'est parce que la plate forme républicaine ne s'intéresse pas à leurs problèmes : seuls les démocrates parlent de lutte contre les inégalités et les discriminations. Alors je ne dis pas qu'ils sont forcément efficaces ou perçus comme tel sur ces questions, mais par rapport aux républicains, ils ont au moins le mérite de tenir un discours reconnaissant que les minorités sont plus touchées par la pauvreté et les discriminations en tout genre. Les républicains nient cette réalité, et n'abordent jamais la question.

Par contre je pense que vous faites une petite erreur en pensant que c'est parce que Sanders serait très progressiste sur les questions de société que l'électorat latino et afro-américain se détournerait de lui. Déjà, Sanders est certes un progressiste sur les questions de société, mais pas autant que ses positions économiques et sociales pourraient le laisser penser. Sanders est pro choice et pour le mariage gay, mais ce sont des éléments assez secondaires dans son discours. En tant qu'élu du Vermont il a toujours défendu une position modérée sur les armes à feu. Surtout, il défend l'idée que les inégalités qui frappent les minorités sont avant tout économiques plutôt que raciales. Pour lui, le traitement des inégalités passent par la lutte contre la pauvreté, le chômage...Mais il ne détaille pas vraiment une politique de lutte contre les préjugés, et parle assez peu du sujet brûlant des violences policières. Ce sont ces raisons là qui font qu'il ne cartonne pas au sein des minorités (sauf chez les jeunes).
Biden, qui lui cartonne auprès des électeurs Afro-Américains, n'est pas vraiment plus conservateur que Sanders sur les questions de société. Je dirais même qu'il est à tout prendre peut-être un poil plus engagé que Sanders sur les questions LGBT. A mon avis ce n'est pas là dessus que s'opère le choix de cet électorat là (qui pour l'heure est virtuel et sondagier).


Je vous remercie. Pourtant autant j'avais lu qu'il a défendu par le passé des individus ayant tenu des propos plus que limites sur la ségrégation raciale. Cela ne le dessert-il pas chez l'électorat noir? Toujours concernant le Sud profond, j'avais lu que l'électorat républicain blanc actuel n'est pas tout à fait le même que l'ancien électorat dixiecrat. Jusqu'aux années 1960-1970, les chrétiens évangélistes (la fameuse "christian right" américaine), très présents dans la 'Bible Belt" ne votaient guère. Ce groupe soutient aujourd'hui fermement les républicains conservateurs du Sud. Les dixiecrats avaient un électorat plus urbain que les républicains, aussi d'avantage composé de classes populaires et obtenaient un appui des syndicats (l'AFL-CIO ayant eu de forts courants racistes et ségrégationnistes). Ils étaient racistes, mais tenaient un discours social et populiste en faveur des Blancs pauvres. Cela a disparu aujourd'hui.

D'autres part, je voulais savoir s'il existe des travaux sur les différents électorats "blancs"? notamment sur les Franco-Américains, Cadiens de Louisiane ou les Canadiens français de Nouvelle-Angleterre. Il me semble que les comtés les plus francophones, comme en Acadiane (sud de la Louisiane) ou dans le nord du Maine (à proximité du Québec et du Nouveau-Brunswick) votent assez fortement républicain, et beaucoup plus à droite que francophones du Québec. Merci.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Sam 9 Nov 2019 17:06

Républicain67 a écrit:Je vous remercie. Pourtant autant j'avais lu qu'il a défendu par le passé des individus ayant tenu des propos plus que limites sur la ségrégation raciale. Cela ne le dessert-il pas chez l'électorat noir? Toujours concernant le Sud profond, j'avais lu que l'électorat républicain blanc actuel n'est pas tout à fait le même que l'ancien électorat dixiecrat. Jusqu'aux années 1960-1970, les chrétiens évangélistes (la fameuse "christian right" américaine), très présents dans la 'Bible Belt" ne votaient guère. Ce groupe soutient aujourd'hui fermement les républicains conservateurs du Sud. Les dixiecrats avaient un électorat plus urbain que les républicains, aussi d'avantage composé de classes populaires et obtenaient un appui des syndicats (l'AFL-CIO ayant eu de forts courants racistes et ségrégationnistes). Ils étaient racistes, mais tenaient un discours social et populiste en faveur des Blancs pauvres. Cela a disparu aujourd'hui.

D'autres part, je voulais savoir s'il existe des travaux sur les différents électorats "blancs"? notamment sur les Franco-Américains, Cadiens de Louisiane ou les Canadiens français de Nouvelle-Angleterre. Il me semble que les comtés les plus francophones, comme en Acadiane (sud de la Louisiane) ou dans le nord du Maine (à proximité du Québec et du Nouveau-Brunswick) votent assez fortement républicain, et beaucoup plus à droite que francophones du Québec. Merci.


Disons que Biden est un homme de son âge et de son temps, qui en effet a parfois eu des propos un peu old school concernant la ségrégation, sans jamais aller jusqu'à la défendre néanmoins.
Mais la dernière polémique en date faisait suite à une déclaration de sa part où il indiquait qu'en tant que sénateur il avait toujours mis un point d'honneur à travailler avec des sénateurs républicains pour essayer de trouver des terrains d'entente bipartisans. Et il avait cité comme exemple des sénateurs républicains des années 1970 et 1980 connus pour leurs dérapages racistes. En aucun cas il n'a défendu les propos racistes en question. Il a par contre dit qu'en effet il fallait savoir mettre de côté ses différents pour le bien commun. A priori, si l'on en croit les sondages, cette polémique n'a pas entamé le crédit dont jouit Biden auprès des électeurs Afro-Américains.
Très honnêtement, l'attrait de Biden auprès des Afro-Américains repose à mon avis sur deux choses : son image personnelle et son statut de VP d'Obama. Biden est un homme politique à l'ancienne, qui adore les bains de foule (serrer des mains et embrasser des bébés, ou l'inverse :) ), qui a une mémoire redoutable pour se souvenir de gens qu'il croise en meetings et pour leur ressortir des anecdotes quand il les revoit des années plus tard. C'est criant dans les town hall organisés par les médias US (et je suppose que dans ceux sans caméra ce doit être pareil). Il est, il faut bien l'avouer, très doué pour se montrer empathique et à l'écoute. Son sourire et son sens de la répartie sont souvent désarmants. Je pense que ça plait à beaucoup d'électeurs. Et en tant que VP d'Obama, il a toujours été d'une loyauté sans faille avec l'ancien président (adulé par les électeurs Afro-Américains), les deux développant une amitié sincère, et, pour tout dire, l'une des relations président-VP les plus harmonieuses de l'histoire politique contemporaine. Sa popularité auprès de l'électorat afro-américain se construit à mon avis sur ces deux éléments avant tout.
Concernant les dixiecrats, ils sont devenus un électorat mono-question, tout comme les électeurs pro-guns. Ces deux groupes se déterminent exclusivement sur une question : la ségrégation pour les premiers, le droit absolu de port d'arme pour les seconds. Tout comme l'électorat religieux ne demande qu'une seule chose à Trump, nommer des juges conservateurs, le reste étant assez secondaire à leurs yeux.

Concernant les Cadiens (descendants des colons français en Louisiane) et les Acadiens (descendants de ces mêmes colons mais dans le nord-est des USA, surtout dans le Maine, un petit peu dans le Vermont et le New Hampshire aussi), je ne saurais vous dire si il existe des études politiques les concernant spécifiquement. Je peux me renseigner si vous le souhaitez.
Concernant le Maine, je vous confirme en effet qu'ils votent très majoritairement républicain, et ce depuis un moment déjà. Je vous invite à aller jeter un œil sur internet à la ville de Madawaska, ville la plus au nord est des USA dans le Maine, de 4000 habitants environ, et dont pas loin de 90% sont des locuteurs francophones. C'est une communauté qui se perçoit clairement comme un îlot francophone (à la culture et aux traditions ancrées dans une histoire bien particulière) au milieu d'un océan d'américanité. Pour y être déjà allé, je confirme d'ailleurs qu'ils ont à mon avis plus d'échanges et de contacts avec des Canadiens qu'avec les autres habitants du Maine. J'y étais allé il y a longtemps, bien avant que Trump ne se lance en politique, mais à l'époque, j'ai bien senti que la plate-forme désormais plus cosmopolite des démocrates ne leur convenait pas du tout, craignant encore plus leur dissolution dans un pays très éloigné de leur propre culture.
Par contre je connais très mal la Louisiane, j'ai donc moins d'infos concernant le vote des populations d'origine française.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Républicain67 » Sam 9 Nov 2019 20:17

Je vous remercie. Les communautés les plus francophones sont en effet dans le Maine et pas en Louisiane comme on le pense souvent pas erreur. J'avais lu que dans le cadre de la Nouvelle-Angleterre, les Franco-Américains étaient d'ascendance canadienne-française et aussi acadienne. Ils sont venu en masse du Québec rural entre 1850 et 1930, fuyant la surpopulation et la paupérisation des campagnes et rejoignant les villes industrielles (textile) de la Nouvelle-Angleterre, où il fondèrent des "Petits Canada", des communautés francophones homogènes, qui toutefois ce sont assimilées avec le temps. Le plus célèbre Franco-Américain de Nouvelle-Angleterre est certainement le célèbre écrivain Jack Kérouac (il était de langue maternelle française). Le Maine a près du tiers de sa population qui d'origine canadienne-française ou acadienne. Près de 5% de la population est toujours de langue maternelle française (% le plus élevé des Etats-Unis).
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Sam 9 Nov 2019 21:46

Républicain67 a écrit:Je vous remercie. Les communautés les plus francophones sont en effet dans le Maine et pas en Louisiane comme on le pense souvent pas erreur. J'avais lu que dans le cadre de la Nouvelle-Angleterre, les Franco-Américains étaient d'ascendance canadienne-française et aussi acadienne. Ils sont venu en masse du Québec rural entre 1850 et 1930, fuyant la surpopulation et la paupérisation des campagnes et rejoignant les villes industrielles (textile) de la Nouvelle-Angleterre, où il fondèrent des "Petits Canada", des communautés francophones homogènes, qui toutefois ce sont assimilées avec le temps. Le plus célèbre Franco-Américain de Nouvelle-Angleterre est certainement le célèbre écrivain Jack Kérouac (il était de langue maternelle française). Le Maine a près du tiers de sa population qui d'origine canadienne-française ou acadienne. Près de 5% de la population est toujours de langue maternelle française (% le plus élevé des Etats-Unis).


Pour la petite histoire, un débat a longuement fait rage chez les historiens et les habitants de la région, pour établir l'origine du nom de "Maine". Pour certains, c'était une référence directe à la province du Maine en France, province réputée appartenir à la femme du roi anglais Charles Ier, qui en plus d'être reine d'Angleterre était aussi la fille de Henri IV et de Marie de Médicis. Mais aucun document officiel n'atteste de cette version. Pour d'autres, l'état aurait été appelé ainsi car les marins du XVIIe s l'appelaient the main land ("la terre principale"), pour le différencier de la multitude d'îles et îlots qui bordent ses côtes. Mais les tenants de cette version n'ont jamais pu expliquer l'ajout du "e" à la fin. En 2001, le parlement du Maine a adopté une motion officielle déclarant que le nom était bien lié à celui de la province française, et les habitants du Maine mettent un point d'honneur à le prononcer à la française. Et quand vous vous présentez comme Français à un habitant du Maine, ce dernier vous accueille généralement avec beaucoup de respect et de considération (ce qui n'est pas forcément le cas de toutes les autres parties des USA que j'ai pu visiter :) ).
Et c'est un état très atypique selon les standards politiques américains actuels, ses habitants revendiquant en fait, aussi bien démocrates que républicains, une certaine forme de centrisme. Même si Trump a empoché le délégué du 2e district en 2016, et que ce même district élit parfois des représentants républicains à la Chambre (il a de nouveau basculé aux mains des démocrates en 2018), on y professe un conservatisme assez traditionnel, plutôt représentatif d'un GOP à l'ancienne. Et les démocrates de l'état se montrent souvent plus centristes que leurs petits camarades du New Hampshire ou du Vermont (réputés plus libéraux). L'état est actuellement représenté au Sénat par une sénatrice républicaine (Suzanne Collins, figure de proue de l'aile centriste républicaine, une des 3 sénateurs républicains auxquels les Américains doivent l'échec du retrait de l'Obamacare voulu par Trump et les instances dirigeantes du GOP...), et un sénateur indépendant (Angus King, qui siège au sein du caucus démocrate). C'est là une tradition assez bien établie dans le Maine : on y aime les personnalités politiques modérées et recherchant le compromis. A voir comment Collins s'en sort l'année prochaine, puisque son siège est à renouveler, et que certains lui reprochent fortement son vote de confirmation du juge Kavanaugh à la SCOTUS...
C'est le premier état à avoir validé le système de vote préférentiel pour toutes les élections en son sein. Le système va être testé pour la première fois lors d'une élection présidentielle l'année prochaine (ce qui va rendre les pronostiques pour cet état peut-être un peu plus hasardeux ?).
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Eco92 » Sam 9 Nov 2019 22:08

Républicain67 a écrit:Le plus célèbre Franco-Américain de Nouvelle-Angleterre est certainement le célèbre écrivain Jack Kérouac (il était de langue maternelle française).

Sur ce sujet je me permet une digression professionnelle, être bibliothécaire et passionné par la francophonie notamment nord-Américaine (mais nettement moins pointu que Républicain67 et je découvre ces villes du Maine), et signale donc la parution il y a seulement trois ans chez un éditeur québécois de l'intégralité des textes en français de Kerouac. La vie est d'hommage recueille différentes nouvelle et le début de nombreux ouvrages qui seront repris et terminé en anglais (dont La Route)... Il est assez difficile à avoir en librairie en France mais facile à trouver en ligne, pas donné toutefois, il me semble que la Librairie du Québec à Paris permet de l'avoir simplement. C'est assez fabuleux car on y trouve une rare forme écrite du joual, cette parlure des campagnes québécoises, ici transportée aux Etats-Unis, et on se souviens alors que Kerouac ne parlait pas anglais avant ses 6 ans, ne devenant bilingue qu'à l'adolescence. Je termine là cette incartade bibliophile mais je me dis que ça pourrait intéresser quelques uns ici et que vous saurez me pardonner ! https://www.huffingtonpost.fr/2016/04/06/livre-jack-kerouac-francais-inedit_n_9622438.html
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Républicain67 » Ven 15 Nov 2019 17:53

Comment peut-on expliquer les bons pronostics concernant Pete Buttigieg pour le caucus démocrate de l'Iowa? Le maire de South Bend est donné, dans un récent sondage, en tête dans cet Etat du Midwest, alors qu'il est plutôt à la traine au niveau fédéral. Merci.
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