Flaherty a écrit:Corondar a écrit:Hier se tenait une nouvelle élection spéciale pour pourvoir un siège vacant à la Chambre des représentants. Il s'agit du district 26 de New-York. Un district très bleu, sans être un bastion démocrate non plus (PVI à D+9). Le candidat démocrate Tim Kennedy (aucun lien) écrase son concurrent républicain avec un score très nettement supérieur au PVI du district : 68% contre 32%.
Là aussi, j'ai un peu de mal à évacuer que les démocrates obtiennent depuis près de 2 ans et demi désormais des scores très nettement supérieurs à ce qu'ils devraient dans quasiment toutes les élections spéciales et intermédiaires.
Pour l'heure, dans mon modèle ça pèse nettement plus que les sondages, que je n'intégrerais pas dans celui-ci avant au mieux septembre...
https://www.nytimes.com/interactive/202 ... se-26.html
Le score moyen pour le candidat démocrate depuis 2012 était de 70,6%, son score allant de 74,8 à 63,9% alors que le score moyen du candidat républicain était de 28,9%, son score de 36% à 25,2%. Donc finalement le résultat de l'élection spéciale est assez logique et semblable aux résultats précédents.
Par contre c'est vrai que les démocrates surperforment dans les élections spéciales depuis 2 ans et demi, l'hypothèse que j'ai le plus lu c'est l'évolution de l'électorat démocrate qui serait plus diplômé que dans le passé et donc qui voterait donc plus y compris dans les élections avec peu de participation.
On verra si l'hypothèse est juste en novembre.
Oui, mais là vous prenez comme points de comparaison les scores obtenus par un candidat sortant bien implanté dans son district. Le représentant démocrate démissionnaire, Brian Higgins, était représentant du 26e district de 2013 à 2024, et sur la carte électorale précédente il était représentant du 27e district, de 2005 à 2013. On parle donc d'un représentant qui aura siégé près de 20 ans en tout, enchaînant près de 6 mandants consécutifs dans le district qui nous occupe pour cette spéciale.
Aux USA, le statut de sortant ça pèse beaucoup, et ça entraîne toujours une plus valu électorale pour le candidat concerné. Cette plus valu explique en partie que Higgins obtenait dans son district des scores très supérieurs à son PVI.
Le candidat élu cette semaine, Kennedy, ne disposait pas de cette plus valu. Il était un élu local démocrate opposé à un élu local républicain. Il arrive pourtant à obtenir 4 points de pourcentages de plus que le sortant démocrate en 2022. C'est déjà là une première anomalie à relever.
La seconde, c'est qu'aux USA comme dans toutes les démocraties lambda, les élections spéciales et intermédiaires sont supposées servir de vote sanction pour les électeurs contre le président et son parti si ils sont impopulaires. Je rappelle qu'actuellement Biden est très impopulaire (selon les standards US en tout cas, je pense que Macron signerait dans la seconde pour bénéficier du même niveau de popularité que Biden). Et qu'il l'est depuis un moment. Normalement ça aussi ça devrait se voir dans les résultats des élections spéciales et intermédiaires.
Pas de sortant implanté et un président démocrate impopulaire, normalement dans une élection spéciale de ce style là , c'est pas supposé aboutir sur un candidat démocrate qui fait mieux en pourcentage que le sortant démissionnaire lors de l'élection précédente. Avec ce cocktail là et le PVI du district (D+9), le score attendu du candidat démocrate lambda est plutôt entre 55% et 60% pour une spéciale de ce type. Voire, une élection un peu serrée est loin d'être impossible. Là on est à 68/32 pour le candidat démocrate, très nettement au dessus du rapport de force normalement attendu dans ce genre de cas.
De plus, c'est la deuxième élection spéciale dans un district new-yorkais au cours des dernières semaines, et dans les 2 cas il y a un élément important à relever. Le 3e district est un district tangent (PVI à D+2), le 26 est un district très bleu sans être imperdable non plus pour les démocrates (PVI à D+9). Deux districts assez différents, mais avec un point commun dans les 2 cas : ils sont constitués globalement de 2 comtés, un très urbain et donc plutôt démocrate, et un autre comté plus péri-urbain nettement plus favorable aux républicains. Dans ces 2 districts lors de ces 2 élections spéciales, les 2 candidats républicains ont activement fait campagne dans les comtés péri-urbains normalement plus favorables au GOP, en misant tout sur une campagne portant sur l'immigration et la sécurité. Et dans ces 2 districts, les candidats démocrates ont réussi à être en tête aussi dans les comtés supposément plus favorables aux républicains. Là aussi, c'est très anormal de voir les candidats du parti républicain d'opposition au président démocrate impopulaire en place être incapables de marquer des points dans ce genre de comtés là sur ce genre de thématiques de campagne.
Concernant la surperformance des démocrates dans les élections spéciales et/ou intermédiaires désormais, c'est en effet de plus en plus net (depuis 2016 je dirais), et c'est là une inversion par rapport à la situation antérieure. Et oui, c'est essentiellement du au fait que les démocrates performent de plus en plus (et les républicains de moins en moins) auprès des électeurs diplômés, qui participent plus régulièrement aux élections.
Par contre, tirer de cette analyse là le corollaire que les républicains performeraient automatiquement plus dans les élections plus participatives, c'est là un pas que je ne franchirais pas complètement. Oui, il y a clairement une frange d'électeurs (que je qualifierais de MAGA, faute de mieux ?) qui participe nettement plus aux présidentielles pour soutenir son champion Trump. Ces électeurs là sont essentiellement des cols bleus, et des hommes actifs dont la tranche d'âge oscille entre 30 et 50 ans.
Par contre, il y a aussi d'autres types d'électorats qui participent nettement plus lors des présidentielles : les électeurs pauvres et ceux issus des minorités (les 2 se confondant souvent aux USA). Et chez eux, les démocrates sont toujours très nettement majoritaires.
arthas a écrit:Ce qui me rend vigilant avec les sondages pour l'heure, c'est le cumul de leur caractère à la fois serré et éloigné de l'échéance électorale. Par serré, j'entends déjà rien que 4-5 points d'écart entre les deux candidats, en sachant qu'au mois de mars 2024 par exemple l'écart en faveur de Trump s'était stabilisé autour de seulement +1,6 point. Donc très serré.
Toute proportion gardée, car les règles ne sont pas les mêmes, c'est comme si fin août N-1 d'une élection présidentielle française se déroulant en avril N, on avait 2 candidats sûrs d'être au second tour où l'un serait estimé gagnant à 50,8% vs 49,2% (les +1,6% de Trump). On serait sans doute tous d'accord pour conclure que les sondages ne permettent pas à ce stade de donner un vainqueur plus probable qu'un autre parmi les 2. Tout au plus que les deux vont devoir être très endurants pour prendre in fine le pas l'un sur l'autre.
Vue de l'extérieur, l'élection présidentielle aux Etats-Unis me donne un peu cette impression.
Je partage complètement votre avis : les sondages actuels sont encore très éloignés dans le temps du scrutin (traditionnellement pour les électeurs US, la campagne présidentielle ne démarre pas vraiment avant les conventions estivales des partis), et l'élément principal que je retiens d'eux c'est qu'ils sont tous très nettement dans les marges d'erreur (que ce soit les intentions de votes nationales ou dans les
swing states). Et je pense que cette année, c'est encore plus marqué que d'habitude : clairement une majorité du corps électoral ne voulait pas de cette affiche retour de 2020.
A mon avis beaucoup d'Américains espèrent encore des rebondissements de dernière minute qui pourraient modifier l'affiche. Je pense que beaucoup d'électeurs commenceront réellement à se projeter sur le scrutin une fois que les 2 candidats seront réellement devenus inéluctables (après les conventions).
Cette impression, je l'avoue, se base aussi en partie sur mon ressenti dans mes interactions avec mes amis Américains. Ces derniers sont majoritairement démocrates, mais il y a aussi quelques républicains dans le lot (plutôt tendance centriste). Mais quand je vais leur rendre visite (ils vivent en Floride ou en Californie pour la plupart), je fréquente aussi leurs amis, leurs familles, les familles de leurs amis (ou les amis de leurs familles :) ), je croise ainsi des profils très divers, y compris des ultra trumpistes. Et, clairement, j'ai vraiment l'impression que tous n'excluent pas un coup de Trafalgar inattendu pour l'un ou l'autre des candidats.
Bref, donner beaucoup de crédit aux sondages actuels ce serait à mon avis un pari audacieux pour essayer d'anticiper le résultat de novembre. Sachant que comme c'est désormais de plus en plus la coutume électorale pour un système aussi politisé et ultra partisan que celui des USA, l'élection se résumera encore à la victoire du candidat perçu comme le moindre mal par les électorats tangents...
Et, concernant les sondages, je l'ai déjà signalé précédemment, mais je le redis : à l'heure actuelle on a globalement une dissonance assez nette au niveau des
swing states entre les sondages présidentiels (où Trump est globalement légèrement devant Biden, mais largement dans les marges d'erreur) et les sondages sénatoriaux (où les candidats démocrates sont globalement devant, soit de peu soit de beaucoup selon les états). Et imaginer un
split ticket entre présidentiel et sénatoriale dans 2 ou 3 états c'est là une gymnastique intellectuelle que je peux concevoir, mais imaginer un tel
split ticket dans plus d'une demie douzaine d'états, là je n'y arrive pas.
Personnellement si je devais classer les états à l'aune de leur potentialité au
split ticket, je voix certains états plus susceptibles que d'autres Ã
spliter.
J'ai beaucoup de mal à imaginer un
split ticket au Michigan et en Pennsylvanie. Pour moi ces 2 états là sont très fortement susceptibles de voter pour le même parti à la présidentielle et à la sénatoriale (et dans les 2 cas je mettrais plutôt une pièce sur les démocrates ?).
Il y a 2 états où j'imagine un
split ticket possible, mais avec des résultats plutôt serrés à chaque échelon : le Nevada et le Wisconsin. Pour moi, dans ces 2 états là , il est possible que Trump empoche les grands électeurs présidentiels (d'assez peu ?), et que les sénatrices sortantes démocrates soient réélues (de peu mais avec des marges plus nettes que pour la présidentielle, surtout pour le Wisconsin ?), ou que Biden empoche les GE tout en voyant les sortantes démocrates réélues. Par contre le scénario d'une victoire de Biden concomitantes dans ces états à une défaite des sénatrices sortantes me parait exclu ? Sachant que des 2, le plus susceptible de
spliter serait le Wisconsin (au Nevada, une victoire des républicains aux 2 échelons pourrait être plus faisable ?).
Derrière, j'ai plusieurs états au statut potentiellement plus ambigu :
1) le Montana
Pour moi, c'est l'état où le
split ticket me parait le plus envisageable. Ici j'arrive tout à fait à imaginer Trump empocher l'état très nettement (10 ou 15 points d'avance) tout en voyant le sénateur démocrate sortant l'emporter. Parce que le Montana est un état plutôt rural où le nombre d'électeurs reste assez bas, et où il suffit au sénateur démocrate de convaincre quelques dizaines de milliers d'électeurs de Trump de voter pour lui pour inverser la tendance.
En 2018, le sénateur démocrate Tester empoche 254 000 voix, contre 236 000 pour son challenger républicain. En 2020, Trump empoche 344 000 voix à la présidentielle, et Biden 244 000. Le candidat démocrate doit, selon la participation, aller chercher entre 40 000 et 60 000 voix républicains à attirer sur son nom. C'est loin d'être infaisable pour un sortant bien implanté et très terroir local, face à un candidat républicains moins implanté et qui est confronté à quelques polémiques embarrassantes.
https://www.washingtonpost.com/politics ... onal-park/2) l'Ohio
C'est un peu la même situation que le Montana, mais l'état est nettement moins rural, et en valeur absolue le sortant démocrate doit convaincre un nombre d'électeurs républicains de
spliter nettement plus grand que pour l'état précédent. Pour moi ici, soit l'état vote républicain aux 2 échelons, soit le sénateur démocrate sortant sauve sa tête de peu.
3) l'Arizona
Etat qui me pose à l'heure actuelle beaucoup de problèmes dans ma classification. Les primaires y sont très tardives, j'attends de voir si Kari Lake empoche bien l'investiture républicaine pour la sénatoriale. Si oui, j'avoue que j'aurais du mal à ne pas percevoir le candidat démocrate Gallego plutôt favori ? Au niveau présidentiel, j'ai aussi du mal à évaluer précisément l'impact de la question de l'avortement dans cet état (qui organisera un référendum sur la question, et où on a à l'heure actuelle un gros débat sur l'annulation d'une loi du XIXe siècle interdisant l'avortement, débat qui divise énormément les républicains locaux). Bref, sur cet état là je suis nettement plus dans le flou. Une victoire de Lake sur la sénatoriale et de Biden à la présidentielle me parait exclue. Une victoire de Gallego à la sénatoriale et de Trump à la présidentielle, peut-être ? Mais une victoire du ticket démocrate sur les 2 échelons me paraîtrait peut-être un poil plus possible ? Mais pour cet état là j'attends les primaires pour me faire une idée plus précise...
4) le Texas
Lui je le mets là plus pour la beauté du risque qu'autre chose :). Je ne crois pas vraiment à la possibilité d'un
split ticket ici (les républicains empocheront l'état sur les 2 échelons, même si peut-être pas avec des marges démentes ?), mais le sénateur républicain sortant Ted Cruz étant un candidat très peu populaire et passant pour parfois très antipathique (y compris chez les républicains), en cas de très bonne campagne de son challenger démocrate, je n'exclue pas totalement un exploit de ce dernier, mais c'est vraiment pour garder l'esprit ouvert, cela reste hautement improbable.