Sylfaen a écrit:La nouvelle doit être assez terrible pour Trump, lui qui pensait en avoir finit avec les juges...
Ce qui est surtout problématique pour Trump et les républicains dans tout ça, c'est que toutes leurs communications de campagne se basaient sur une candidature de
sleepy Joe présenté en vieillard sénile et bavant. Il va falloir revoir la copie à ce niveau là , au minimum.
Cette année les surprises d'octobre sont nombreuses, assez impressionnantes, et très précoces. Parce qu'une pré-campagne qui voit une tentative d'assassinat contre l'un des deux candidats et le retrait de l'autre avant sa convention, c'est en effet de l'inédit.
Pour le retrait de Biden, on ne trouvera rien de comparable dans toute l'histoire US. Oui, LBJ s'était retiré en 1968, mais c'était au tout début des primaires (il ne l'avait emporté dans le New Hampshire qu'avec un très humiliant 49% des voix). Aucun candidat ne s'est jamais retiré de son plein gré après avoir remporté les primaires. On a bien eu quelques cas de candidats sénateurs ou gouverneurs qui ont annulé leurs candidatures fort tardivement, mais c'était toujours contraint et forcé (des condamnations pénales, des scandales quasi bibliques, voire quelques décès).
A priori, quelques éléments ont poussé Biden à se retirer :
1) contrairement aux sondages réalisés avant le débat, Biden commençait à obtenir des scores inférieurs à ceux d'autres candidats démocrates putatifs (avant cette séquence, Biden était quasiment toujours le candidat démocrate obtenant les meilleurs résultats)
2) il semblerait que Pelosi et Obama ont été déterminant dans le choix du président
Quant à la suite, il va falloir voir comment ça se décante. La candidature de Kamala Harris est déjà actée : VP en exercice (plutôt compétente avec un CV très long, niveau expérience pas de souci de ce côté là ), elle représente le cœur de cible de la base démocrate (femme et métissée), et elle n'a aucun squelette dans le placard notable (oui elle était une AG de Californie très
law and order, mais cela ne poserait un souci qu'avec l'aile la plus à gauche du parti).
Dans les moins, elle n'est pas terriblement populaire, et en tant que femme métisse, elle devrait elle aussi déchaîner l'ultra droite contre elle. Par contre, si c'est elle la candidate, il est certain qu'elle axera énormément sa campagne sur la défense de l'avortement et la réforme de la SCOTUS. En plus de la défense du bilan.
Reste à savoir si d'autres candidats vont sortir du bois pour lui contester la nomination. Pour moi, 2 candidats seulement auraient le poids et la légitimité dans le contexte :
1) Gavin Newsom. Gouverneur de Californie, hyper télégénique et charismatique (en débat il est très bon et manie l'ironie et la blague comme personne). Il contenterait certainement un peu plus l'aile gauche du parti. Par contre, lui a quand même quelques soucis : il fait très élitiste côtier (quelques repas dans de grands restaurants pendant le confinement à signaler). Lui aurait sans doute une coloration plus écolo ?
2) Gretchen Whitmer. Gouverneure du Michigan, étoile montante du parti démocrate. Ultra populaire dans son état, elle a un bilan hyper solide (elle a fait voter tout un tas de lois majeures après avoir réussi à empocher le trifecta dans son état sur les midterms de 2022, des lois aussi bien populaires auprès de la base démocrate que d'un électorat plutôt centriste). Si c'est elle, elle pourrait jouer une campagne extrêmement orientée renouvellement et changement. Elle apporte en plus une carte swing state majeure (si c'est elle la candidate, je pense que la campagne Trump peut arrêter de faire campagne au Michigan ?). Par contre, elle a nettement moins d'expérience que les 2 autres, et elle est nettement moins connue. Il y aurait une part de risques un poil plus grand avec elle ?
Des 3 candidats potentiels, le plus faible me paraitrait tout de même Newsom ?
Si aucun de ces deux là ne se lance, alors Harris a la nomination sans combattre. Si l'un des deux ou les deux y va, alors on devrait avoir une campagne éclair de quelques semaines ? Un ou deux débats télévisés, quelques interviews croisés, et une
brokered convention où les délégués démocrates éliront leur candidat(e).
Le gros avantage pour les démocrates : ils viennent de dynamiter la campagne, toute l'actualité des semaines à venir va leur être consacrée entièrement. Trump et le GOP auront du mal à exister.
Le risque potentiel pour les démocrates : une campagne acrimonieuse et un parti fracturé ? Mais je pense que les candidats démocrates savent le risque Trump important et tenteront l'unité ? Affaire à suivre.
La candidature Harris a aussi un autre avantage : en tant que VP elle figurait déjà dans les matériaux de communication de la campagne Biden. Si c'est elle la candidate, elle récupère immédiatement et sans aucune contrainte le trésor de guerre des fonds de campagne du président.
Si ce n'est pas elle, alors la campagne Biden va devoir reverser ses fonds soit à un super PAC au nom du nouveau candidat, soit au parti démocrate. Ce qui serait un poil moins optimal, surtout avec l'option super PAC.
Par contre, c'est noël en juillet pour les démocrates : avec le changement de candidats, tous les plafonds de donations sont remis à zéro. Tous les donateurs peuvent redonner si ils le souhaitent comme si ils n'avaient fait aucun don :).
Par contre, au niveau du VP potentiel (et oui, là aussi ça va changer), il y a depuis le débat raté de Biden un nom qui émerge comme favori : Shapiro, l'actuel gouverneur (très populaire) démocrate de Pennsylvanie. Elu dans un landslide lors des midterms de 2022 (premier gouverneur dans toute l'histoire de l'état à avoir franchi la barre symbolique des 3 millions de suffrages), il est expérimenté, et apporterait une carte swing state majeure. Mes amis démocrates bavent d'envie depuis plusieurs semaines sur un potentiel ticket Harris-Shapiro ou Whitmer-Shapiro. A voir comment tout cela se décante, mais il est clairement le favori de cette course là . En outsider, il y aurait peut-être le sénateur Kelly d'Arizona. Lui aussi est très populaire et expérimenté et joue aussi la carte swing state. Mais lui remet en jeu potentiellement un siège de sénateur que les démocrates ont sécurisé pour encore 4 ans normalement.
Enfin, je me permets un petit bilan du mandat de Joe Biden. Je lui mettrais un 14 ou un 15 sur 20 ? Il a un bilan législatif peut-être moins clinquant que certains de ses prédécesseurs, mais il est consistant, et d'autant plus remarquable qu'il l'obtient avec 2 très courtes majorités démocrates au Congrès pendant 2 ans, et un Congrès divisé pendant les 2 ans suivant. Il aura su pendant toute sa présidence manœuvrer habilement le Congrès. Et en terme macro-économique, l'économie américaine s'est rarement aussi bien portée (la seule ombre au tableau étant l'inflation, mais qui est elle aussi en très nette baisse).
Un président pas flamboyant, sans doute trop âgée pour la fonction, mais qui a un bilan intérieur franchement pas dégueu. Et qui restera comme l'un des très rares présidents US à avoir gagné ses midterms.
Et qui aura confirmé être très humain et empathique dans sa fonction. Je me permets de relayer un élément post tentative d'assassinat de Trump que j'ai vu peu commenter en France et qui à mon avis en dit long sur ce qu'est Biden. Il y a eu un mort lors de cet événement, un homme dans le public qui s'est pris une balle perdue (alors qu'il protégeait de son corps les membres de sa famille qui l'accompagnaient).
Dès le lendemain, Biden a essayé d'appeler la famille de cet homme pour leur présenter ses condoléances en tant que président des USA. Comme on pouvait (hélas) s'y attendre (la veuve étant une trumpiste convaincue), l'appel a été refusé. Biden a donc envoyé un courrier. Et il aura fallu attendre plusieurs jours après l'événement, au début de la convention républicaine (et après que plusieurs membres de son entourage attirent son attention là dessus) pour que Trump ait ce qui aurait du être un réflexe et passe ce coup de fil (qui lui a été accepté). C'est un élément mineur dans tout ça, mais qui en dit long je trouve.
Pour moi il y a ce soir 2 segments politiques US qui regrettent la candidature Biden :
1) Trump. Il basait toute sa campagne face à Biden. Il va devoir revoir sa stratégie et sa communication fissa. Et il va rager de ne plus être le centre de l'attention
2) l'aile gauche du parti démocrate (tous les membres de ce courant là étaient les plus ardents soutiens du maintien de la candidature de Biden)