Fabien a écrit:Un électeur peut, me semble-t-il, avoir deux raisons bien différentes de se mêler des primaires du parti adverse (dans le cas des Etats-Unis, on pourrait presque dire "du parti ennemi"...): aider le candidat susceptible de faire le plus mauvais score, ou à l'opposé, s'il considère que la partie est perdue d'avance pour son camp, aider ce qu'il considère comme le moindre mal (à l'instar des électeurs de gauche qui ont voté Juppé à la primaire de la droite en 2017). Or, si ma mémoire est bonne, Haley n'aurait pas a priori été la plus mauvaise candidate républicaine, et le scrutin est tout de même loin d'être perdu d'avance pour les démocrates.
Mais tout cela est peut-être trop rationnel pour les trumpistes! ;-))
Par ailleurs, je me demande dans quelle mesure le choix de Biden de "draguer" les électeurs de Haley n'est pas à double tranchant. Leurs voix peuvent peut-être faire la différence, mais la dame est tout de même une républicaine pur jus, même pas spécialement modérée (avant l'émergence de Trump, on l'aurait sans doute classée très à droite, non?). Gagner une partie de ses partisans ne risque-t-il pas de nécessiter des concessions susceptibles d'inciter les démocrates les plus progressistes à rester à la maison? Biden les considère visiblement comme acquis, n'est-ce pas un calcul risqué?
Concernant le ratfucking, en effet, la participation aux primaires ouvertes du parti d'en face peut se faire pour plusieurs raisons très différentes.
Quant à l'appel du pied aux républicains "modérés" (tendance Cheney ou Kinzinger), il se fait avant tout avec un appel à la défense de valeurs fondamentales (la défense de la démocratie et ne pas cautionner un candidat poursuivi pour 91 chefs d'accusation dans 4 dossiers différents) plus qu'avec des concessions programmatiques. Les républicains qui voteront Biden ne le feront pas en espérant que les démocrates déportent leur programme vers la droite, mais pour rejeter les dérives autoritaires du GOP et de Trump sur tout un tas de sujets majeurs.
Et puis bon, ça fait 50 ans que Biden vend comme ligne des efforts bipartisans pour essayer de trouver des terrains d'entente. L'autre élément où certains électeurs républicains peuvent être tentés par un vote Biden c'est sur la politique étrangère concernant la Russie : certains républicains sont pas du tout en phase avec la ligne pro russe du courant MAGA.
Flaherty a écrit:Après il en faut pas oublier un élément important c'est la popularité de Joe Biden.
En octobre 2020 il était à + 20 d'opinion favorable contre -21 en février 2024 selon le New York Times alors que Trump n'a presque pas bougé, il avait -11% en octobre 2020 contre -10% en février 2020.
Il est très impopulaire ça peut expliquer en partie la baisse de Biden dans les sondages notamment dans les swing states.
Pour la différence entre les courses sénatoriales et la course présidentielle, je suis d'accord avec vous je pense que finalement il y aura peu de split ticket mais on ne peut pas dire à l'avance dans quel sens ça penchera.
Même ça, la popularité, je ne suis pas certain que cela soit toujours l'élément important que cela pouvait être jadis.
Déjà , avec l'extrême polarisation du spectre politique US, désormais n'importe quel président américain part avec au minimum entre 40% et 45% des électeurs qui lui seront forcément hostiles, quelle que soit sa politique, son action ou son bilan.
Surtout, la différence entre Trump et Biden se fait sur un élément notable : l'électorat démocrate est nettement plus critique envers ses représentants que ne l'est l'électorat républicain (surtout concernant Trump). Biden est sans doute moins populaire chez les démocrates que Trump chez les républicains, mais ça c'est un constat quand on demande un avis sur Biden seul. Lors de l'élection de novembre, les électeurs démocrates devront peser une alternative entre Trump et Biden. Et ça ça change tout.
Sur l'agrégat de RealclearPolitics, Biden est à -17 actuellement. Et là aussi, j'ai un peu de mal à évacuer que cette impopularité de Biden ne pénalise absolument pas les résultats électoraux démocrates des 2 dernières années : les démocrates ont réussi à gagner les midterms (car oui, personnellement au regard des résultats et des précédents, je n'hésite pas à dire que les démocrates ont remporté les midterms) alors que Biden était à -12 ou -13 à l'époque.
Tout comme pour son âge, je pense que l'impopularité de Biden serait nettement plus problématique pour le candidat démocrate si il affrontait un autre candidat que Trump...
Corondar a écrit:arthas a écrit:A la suspension de campagne de Nikki Haley au terme du Super Tuesday, les suffrages globaux obtenus par les deux candidats depuis le début des primaires républicaines sont les suivants :
Donald Trump : 63,9% (1 541 026 voix)
Nikki Haley : 31,7% (763 763 voix)
Si Trump est nettement majoritaire, on voit que le réservoir des suffrages qui ne se sont pas portés sur lui est très important.
J'ai l'impression qu'il pourrait difficilement s'assoir ne serait-ce que sur la moitié des électeurs de Haley pour remporter les élections présidentielles.
Je ne sais pas où vous avez été chercher ce chiffre, mais je n'ai besoin d'aucune recherche pour pouvoir affirmer sans aucune hésitation qu'il est très fortement erroné : rien qu'avec les votes du Texas et de la Californie de mardi dernier, les 2 candidats en question ont obtenu des chiffres très supérieurs à ceux que vous avancez ici :).
Je suppose plutôt que votre chiffre correspond seulement aux états ayant voté avant le Super Tuesday ? Et je peux aussi vous affirmer sans l'ombre d'un doute que le ratio entre Trump et Haley ne sera pas de cet ordre là (il est impossible que Haley soit au dessus de la barre des 30%, elle devrait plutôt tourner aux alentours des 25% ?). Je ferai un point là dessus dès que les chiffres du Super Tuesday seront définitifs (ce n'est pas encore tout à fait le cas, notamment du côté de la Californie).
Sinon, du côté démocrates aussi Phillips jette aussi l'éponge. Ce qui m'étonne c'est qu'il ne l'ait pas fait plus tôt, au moins Haley en se maintenant jusqu'au Super Tuesday a pu défendre son créneau et empocher symboliquement un état.
Phillips j'ai toujours pas compris quel créneau il défendait (et vu qu'il n'a même pas réussi à atteindre la seconde place devant des candidats ayant déja abandonné, à priori les électeurs démocrates sur ces primaires non plus ?), et lui il n'avait absolument aucune chance de gagner un seul état. Son seul argument de campagne c'était son âge, visiblement ce n'était pas suffisant pour les électeurs démocrates.
https://www.cnbc.com/2024/03/06/dean-ph ... -race.html
J'ai sorti ma calculatrice, et grosso modo, le rapport de force entre Trump et Haley est plutôt celui là (j'ai fait des arrondis, ça peut bouger à la marge avec les dernières mises à jours, mais en gros c'est ça) :
Trump 8.5 millions de voix 71%
Haley 3 millions de voix 25%
Où l'on constate en effet que les sondages ont très mal saisi le rapport de force entre les 2 candidats. Certes, comme prévu, Trump domine largement et sans bavure la compétition, mais il est très loin de la domination que les sondages lui prédisaient.
En effet, l'écart moyen entre les 2 candidats sur les derniers agrégats était de 64 points en faveur de Trump (Trump étant à 79% et Haley à 15%). L'écart réel entre les 2 candidats est donc de 46 points : les sondages ont donc surestimé l'écart entre les 2 de 18 points, c'est beaucoup. Alors certes, dans les 3 millions de voix de Haley il y a quelques démocrates, et dans le lot des états ayant voté il y avait quelques états où Haley pouvait surperformer (au moins relativement), mais quand même, il y a bien un électorat républicain minoritaire mais significatif qui a tenu à montrer qu'il voulait une alternative à Trump.
Surtout, le fait que Trump obtienne des scores aussi mauvais auprès des indépendants et des électeurs diplômes de banlieues est un problème.
Sinon, Biden tenait hier son dernier discours de l'état de l'Union de son premier mandat. Et comme toujours pour un président candidat à sa réélection dans cette situation, cela marque le lancement officiel de sa campagne.
Sur le fond, c'était attendu : défense énergique de son bilan, mise en avant de l'économie, de la défense de la démocratie et de l'avortement, attaques contre Trump (sans le nomme directement autrement que par "mon prédécesseur") et fortes critiques contre les dysfonctionnements républicains du Congrès (sur le budget et la politique étrangère). Il a aussi parler de son âge et des perspectives pour un éventuel second mandat.
Sur la forme par contre j'avoue avoir été surpris : non seulement il a été énergique et précis, mais il a surtout à de nombreuses reprises lâché le téléprompteur pour partir en impro en répondant aux critiques et huées des républicains, notamment lors d'un échange intense avec Marjorie Taylor Greene, où Biden a fait ce qu'il sait faire de mieux, se montrer empathique et intéressé par le sort de l'Américain moyen. Personnellement j'ai vu un homme très maitre de lui même, cohérent, s'exprimant de manière très compréhensible, sans aucun moment d'égarement ni de lapsus particulier. Surtout je l'ai trouvé très combatif.
https://www.youtube.com/watch?v=cplSUhU2avc
https://www.pbs.org/newshour/politics/r ... on-remarks
https://edition.cnn.com/2024/03/08/poli ... index.html
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