manudu83 a écrit:arthas a écrit:A la suspension de campagne de Nikki Haley au terme du Super Tuesday, les suffrages globaux obtenus par les deux candidats depuis le début des primaires républicaines sont les suivants :
Donald Trump : 63,9% (1 541 026 voix)
Nikki Haley : 31,7% (763 763 voix)
Si Trump est nettement majoritaire, on voit que le réservoir des suffrages qui ne se sont pas portés sur lui est très important.
J'ai l'impression qu'il pourrait difficilement s'assoir ne serait-ce que sur la moitié des électeurs de Haley pour remporter les élections présidentielles.
Haley n"est pas forte dans les swing states, par contre cela pourrait couter cher en terme de congrès.
Remarques intéressantes...
Ce qui est encore à souligner, c'est que Trump dans ses discours de soirée électorale ainsi que post abandon de Haley continue largement sur la stratégie "avec moi ou contre moi". Absolument aucun début de proposition d'unification du parti, Haley et tous ses électeurs (Trump aussi semble convaincu, à tort, que tous les électeurs de Haley sont des démocrates ?) sont des ennemis et traités comme tels. Un contributeur demandait il y a peu sur ce forum si Trump formulait des propositions concrètes dans ses discours afin d'évaluer son programme, et j'avais répondu que 99% des propos de Trump c'était beaucoup d'attaques et de revanche contre une liste assez longue et effarante d'ennemis, réels ou supposés. Pour illustrer encore cette opinion, je me permets de traduire un passage qu'il a prononcé après le Super Tuesday :
"2024 est notre ultime bataille. Nous démolirons l'état profond, nous expurgerons les bellicistes de notre gouvernement, nous chasserons les globalistes, nous bannirons les marxistes, les communistes et les fascistes. Nous mettrons en déroute les faux médias, nous assécherons le marais. Nous serons un pays libéré à nouveau."
Quant à savoir ce que Trump entend exactement avec tout ça, et comment il compte y parvenir, on a guère de détails.
Je me permets de rapporter également une citation de Biden suite au retrait de Nikki Haley :
"Donald Trump a été très clair : il ne veut pas des électeurs de Nikki Haley. Je veux être clair moi aussi : il y a de la place pour eux dans ma campagne."
Il est évident que tout comme en 2020, Trump va suivre une stratégie "tout pour ma base", et que Biden va lui tenter d'élargir au maximum sa coalition. Et ce qui est certain, c'est que pour les 2 candidats, il suffirait d'un déficit pas énorme d'un côté ou de l'autre pour affecter grandement le résultat final.
Maintenant que Trump et Biden sont assurés de récupérer l'investiture de leur parti respectif (sauf si un événement majeur empêchant l'un des deux de concourir devait se produire avant les conventions de l'été), j'aimerais bien revenir un peu sur les sondages actuels pour les élections de novembre, et essayer de mettre en perspective le bruit médiatique qui les entoure des deux côtés de l'Atlantique, à savoir que les sondages désigneraient Trump à l'heure actuelle comme le favori.
Déjà je me permets de rappeler quelques sérieuses limites des sondages actuels :
1) aussi tôt avant la campagne, ils ne veulent traditionnellement rien dire et se trompent généralement pas mal sur le rapport de force réel de novembre
2) à l'heure actuelle, on constate surtout que beaucoup d'indécis ne font pas de choix, et attendent probablement que les conventions soient passées pour réellement se prononcer (et cet élément là semble surtout concerner des électeurs démocrates, qui attendent encore un rebondissement éventuel de dernière minute).
Ensuite, je souhaiterai faire un bilan des dits sondages (en m'appuyant sur l'agrégat de RealClearPolitics) :
1) au niveau du vote populaire, Trump est donné à 47.6% de moyenne, et Biden à 45.8% de moyenne, soit un écart moyen entre les 2 de 1.8 points au profit de Trump. Où je constate qu'on est largement dans les marges d'erreur, que ça laisse près de 7% de personnes ne donnant pas d'indication de vote entre les 2, et je rappelle également qu'il est désormais quasiment impossible pour un candidat républicain d'être en tête du vote populaire (sur cet échelon là les démocrates disposent d'un matelas de voix bien supérieur à celui des républicains)
2) intéressons nous désormais à la moyenne des sondages dans les quelques swing states qui feront l'élection
Pennsylvanie (19 GE) Biden 45 Trump 44.2 Biden +0.8
Géorgie (16 GE) Trump 48.5 Biden 42 Trump +6.5
Michigan (15 GE) Trump 46.2 Biden 42.6 Trump +3.6
Arizona (11GE) Trump 47.5 Biden 42 Trump +5.5
Wisconsin (10 GE) Trump 46.4 Biden 45.4 Trump+1
Nevada (6 GE) Trump 48.7 Biden 41 Trump +7.7
Là aussi, quelques constats et rappels : on est aussi globalement dans les marges d'erreur, au Nevada les sondeurs sont notoirement mauvais (en surestimant les républicains et en sous-estimant les démocrates), au niveau des swing states la part d'électeurs ne formulant pas de choix dépasse quasiment partout les 10%, et, surtout, je ne vois pas par quelle magie Biden pourrait être aussi compétitif en Pennsylvanie et au Wisconsin, tout en étant aussi contre performant dans les autres swing states (et je ne vois pas non plus comment il pourrait être aussi compétitif dans ces 2 là en étant au coude à coude avec Trump dans le vote populaire ?). Et je rappelle que le chiffre magique à atteindre c'est 270 GE : si Biden empoche le triptyque Pennsylvanie-Michigan-Wisconsin, il est probablement réélu (si il conserve aussi le GE du district 02 du Nebraska).
Bref, de mon point de vue, la petite musique qui consisterait à donner énormément de crédit aux sondages actuels et surtout à leur faire dire que Trump serait très nettement en tête, est à mon avis au mieux très exagérée, au pire carrément erronée.
D'autant qu'il y a un autre élément que je trouve très important et dont personne ne parle beaucoup à l'heure actuelle : les élections sénatoriales concomitantes. Pour elles aussi on a pas mal de sondages, et pour ces derniers aussi je mets de sérieux bémols (dans beaucoup de courses on ne sait même pas encore qui remportera les primaires, là aussi les marges d'erreur et les indécis...). Mais sur ces sondages sénatoriaux on a pour le moment un tableau très différent de celui des sondages présidentiels : plusieurs sortants démocrates dans les swing states sont pour le moment donnés plutôt en tête (c'est notamment le cas en Pennsylvanie, au Nevada et au Wisconsin), certains sièges démocrates ouverts aussi donnent pour l'heure les démocrates en tête (Michigan et Arizona), et même les sortants dans des états très compliqués semblent pour le moment compétitifs (Ohio et Montana).
Et là aussi, quelques rappels et constats :
1) en 2016 et en 2020, tous les états qui voyaient se tenir une sénatoriale en même temps que la présidentielle ont vu les électeurs des états en question opter pour le même parti sur les 2 échelons, à une seule exception près (en 2020 la sénatrice républicains sortante du Maine parvient à être réélue alors que son état vote pour Biden)
2) là aussi, je ne vois pas par quelle magie les sénateurs démocrates ou les candidats démocrates dans les sièges ouverts des swing states pourraient être à ce point compétitifs et Trump l'emporter dans le même temps dans tous ces états
Alors attention, je ne dis pas que tous les états vont encore cette fois ci voter pour la même couleur politique sur la présidentielle et la sénatoriale, mais ce sera la règle, et si exceptions il y a, il y en aura très peu (je dirais 2 ou 3 maximum ?).
A mon sens, si Trump fait réellement un tabac sur les swing states, alors c'est que les démocrates laissent beaucoup de sièges sénatoriaux sur le carreau, à l'inverse, si les démocrates conservent beaucoup de leurs sièges sénatoriaux, alors Biden a de bonnes chances de réélection. Mais moi faire coïncider un scénario où Trump est élu et où les démocrates conserveraient leurs sièges sénatoriaux des principaux swing states (Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin, Arizona et Nevada essentiellement), personnellement je ne sais pas faire :).
Je dirais donc qu'en plus des limites et soucis éventuels habituels à rappeler des sondages présidentiels, il y a à l'heure actuelle une dissonance flagrante entre les sondages présidentiels et les sondages sénatoriaux. Cela me parait important de le relever...