guillaume44 a écrit:Corondar a écrit:Je le signale, bien que je pense que dans le contexte du moment c'est à des années lumière de l'attention des Américains (entre l'épidémie toujours présente, les risques qui pèsent sur l'économie et les mouvements suite au meurtre de George Floyd par des policiers), mais la manœuvre du ministère de la justice pour essayer de sauver le soldat Flynn sans devoir passer par la case grâce présidentielle semble devoir échouer.
En effet, le juge Emmet Sullivan, qui devait trancher pour savoir si les charges contre Flynn devaient ou non être abandonnées, avait demandé à un ancien juge fédéral, John Gleeson, de lui rendre un rapport détaillé sur la demande du DOJ concernant Flynn. La conclusion de ce rapport est sans appel : Gleeson dénonce, je cite, une "manœuvre irrégulière", afin de "bénéficier à un allié politique du président", parlant même de "corruption" dans le dossier. Il affirme notamment que le retrait des charges contre Flynn n'est absolument pas justifié par les nouveaux éléments apportés par le DOJ, mais que Flynn devrait en effet pouvoir revenir sur son plaidé coupable si il le souhaite.
Sullivan devrait vraisemblablement suivre les recommandations de Gleeson, et maintenir les poursuites.
https://www.axios.com/judge-michael-fly ... 81548.html
C'est ce que le Juge Sullivan aimerait ou tenterait de faire quoi. Mr Gleeson est un ex-procureur à la retraite et ne peut se substituer au DOJ. Enfin, les faits montrent que le juge Sullivan souhaite remettre en place une justice moyenâgeuse en étant à la fois procureur et juge du moins pour cette affaire.
Suite à ces propos à la limite de l'injure sur la culpabilité présumée de Flynn en Février 2019, je lui conseillerai de se récuser de cette affaire.
Comme souvent, vous méconnaissez gravement le système judiciaire américain. Si les juges ne peuvent se substituer au DOJ, l'inverse est tout aussi vrai, et c'est bien ce que le dossier en cours démontre : le DOJ ne peut se substituer aux juges non plus.
Dès le départ, le DOJ, instrumentalisé par Trump et Barr, avait un agenda clair : parvenir à obtenir la relaxe de Flynn sur un élément de procédure, en niant la réalité judiciaire du dossier. Ils ont bien trouvé un élément procédurier, mais qui ne peut remettre en cause qu'un seul élément du dossier de Flynn : son plaider coupable. Ni le DOJ, ni Barr, n'ont apporté la moindre altération dans le fond du dossier et des accusations pesant contre Flynn. Dès le départ, le DOJ et Barr ont tenté de surjouer leur main, mais ce n'est pas à eux de dire si la procédure doit être annulée, mais aux juges en charge des dossiers.
Et ces derniers n'ont eux que le droit à lire, contrairement à Barr et au DOJ de Trump, ils n'ont pas d'agenda politique.
Oui Flynn peut revenir sur son plaider coupable, mais non, aucun élément concret ne vient altérer la teneur des charges et des accusations qui pèsent sur lui.
Et, si j'étais Flynn, j'hésiterais grandement à revenir sur le plaider coupable et l'accord obtenu dans ce cadre, qui était un bon accord pour lui. Sans plaider coupable, cela veut dire un nouveau procès, avec beaucoup plus de charges retenues contre lui (et éventuellement son fils, dans le volet fraude fiscale), et des preuves à charge qui elles ne sont absolument pas remises en cause par les dernières investigations du DOJ.
Je pense que Barr et Trump ont tenté de faire jouer un vice de forme qui leur aurait épargné de devoir assumer une grâce politicienne. Ils ont joué, ils ont perdu. Soit ils laissent Flynn tenter sa chance devant un jury, soit ils le gracient. Flynn peut aussi accepter son sort et en rester sur son plaider coupable ceci dit...
Un petit aparté sur votre remarque quant à une justice moyennageuse : la caractéristique principale de la justice au Moyen-Âge est qu'elle est le fait du prince. Que ce dernier condamne qui lui déplaît et exonère qui gravite dans son orbite. Je pense que Trump, avec son
lock her up contre Clinton dans ses rallies, et sa propension désormais bien établie d'instrumentaliser les services de son ministère de la justice pour faire obstruction à des enquêtes, relève bien plus de cette critique éventuelle que le juge Sullivan. Enfin, serait-il possible de vous voir préciser via un lien et des sources votre remarque cryptique concernant un éventuel parti pris de ce dernier dans le dossier Flynn ? Je suppose que vous faites référence à ceci :
https://www.theguardian.com/us-news/201 ... sentencinghttps://eu.clarionledger.com/story/news ... 224563002/La modération rappelle que ce travail de source est à la charge du contributeur, pas de la modération. Enfin, précisons que le fait qu'un juge délivre, dans son arrêté de sentence, un jugement sur l'accusé (le condamné dans le cas de Flynn, puisqu'il plaidait coupable de toutes les accusations retenues contre lui par la cour présidée par Sullivan) est un classique absolu et attendu du travail d'un juge. A partir du moment où le magistrat rend un jugement, il juge, il n'insulte pas ni n'émet un parti pris. Il fait ce que demande sa fonction : il juge, en fonction de la loi et du dossier. Ni plus ni moins. Si un juge qui fait son travail pose un problème en trumpie, alors c'est que le monde selon Trump marche vraiment sur la tête. On parle bien du même président qui demande une extrême sévérité contre des manifestants, y compris pacifiques, qui ne font qu'user de leur droit au premier amendement ? Qui envisagerait d'envoyer contre eux l'armée ? C'est fascinant de voir comme la trumpie divise le monde entre les bons accusés (ceux qui ont l'onction du patron) et les mauvais (qui eux sont des ennemis politiques)...
PhB a écrit:Corondar a écrit:Voilà qui ne devrait pas apaiser la situation, et continuer à jeter de l'huile sur le feu. Suite aux critiques émises par des anciens de l'administration mais aussi par l'actuel secrétaire à la Défense et plusieurs officiels du Pentagone, Trump a décidé de publier sur son compte twitter une lettre de son ancien avocat, John Dowd. Outre que c'est assez original de procéder ainsi (publier une lettre de son ancien avocat sur son compte personnel pour être défendu par lui ?), c'est surtout le contenu de la lettre qui met le feu aux poudres.
Dowd déclare que les manifestants pacifistes de Lafayette sont "faux", "non réels" et les compare à des "terroristes". Il condamne et dénonce également une association militaire défendant les droits des soldats LGBT comme jouant un rôle dans tout ça (je ne sais absolument pas d'où sort cette "analyse" ?) ?
Depuis la parution de la lettre sur le compte twitter du président, les journalistes tentent d'obtenir de la Maison Blanche une réaction officielle pour savoir si cette publication signifie un soutien du président à l'intégralité de ces propos.
Qualifier de "terroristes" des gens qui manifestent pacifiquement et qui font ainsi usage de leur droit au premier amendement (la liberté d'expression), ça me parait dans le contexte une faute lourde. Relayer cette prose aussi.
https://edition.cnn.com/2020/06/04/poli ... index.htmlhttps://edition.cnn.com/2020/06/04/poli ... index.html
Indépendamment des outrances de Trump, je me souviens que les élections qui ont suivi, en France, les manifestations de mai 1968 se sont soldées par un raz de marée légitimiste et sécuritaire. Ne pourrait-il pas y avoir un phénomène similaire suite aux manifestations "Black Lives Matter" aux États-Unis ? Peut-être l'équipe de campagne de la maison Blanche table-t-elle sur ce type de réaction (dans tous les sens du terme) ?
Trump aurait eu je pense un créneau à jouer dans cette optique d'un vote légitimiste. Et il a tenté d'ailleurs, à sa façon. Le problème c'est qu'il a, je pense, très mal joué la séquence.
Déjà , même si Trump n'est absolument pas à l'aise là dedans, et que ça aurait sonné faux, il aurait au moins pu tenter une petite séquence émotion, même minime, à la mémoire de Floyd. Non seulement il ne l'a pas fait, mais en plus il a tenté de faire parler le défunt comme approuvant l'action présidentielle depuis l'au delà .
Ensuite, dans sa manière d'instrumentaliser la religion (via l'opération photo devant une église la bible à la main) et l'armée, il a largement dépassé le cadre attendu, et c'était tellement fait de manière cynique et évidente qu'il a été désavoué par les autorités religieuses et les autorités militaires.
Ensuite, il a dès le départ amalgamé les émeutiers et les manifestants pacifistes. Pas de bol pour lui, les seconds auront été plus constants et visibles que les premiers sur la durée. Résultat : le mouvement de protestation actuel est largement soutenu par l'opinion publique américaine, et de manière très nette. Et une très nette majorité d'Américains désapprouve également la manière dont Trump gère la crise.
https://www.forbes.com/sites/lisettevoy ... 30eea8557cMême une minorité substantielle de l'électorat républicain semble ne pas suivre la ligne du patron là dessus.
Et comme tout cela vient après la crise du coronavirus, où là aussi la perception de l'action présidentielle est largement négative, on ne peut pas vraiment dire que Trump capitalise actuellement.
Pour reprendre votre parallèle avec 1968, à l'époque, le gouvernement Pompidou dénonçait certes les mouvements violents (qui atteignaient aussi une ampleur bien supérieure à ceux constatés aux USA ces dernières semaines), mais il reconnaissait aussi des demandes légitimes, et tentait de négocier avec les forces d'opposition à l'origine du mouvement. Actuellement, côté républicains, on en est encore à dire qu'il n'y a pas vraiment de problèmes, et qu'il n'y a donc aucune réforme policière ou judiciaire à proposer.
Encore une fois, la ligne suivie par Trump ne s'adresse qu'à sa base, et uniquement à sa base. Si il continue sur cette même voie, on voit mal comment il pourrait convaincre des électorats tangents de le soutenir. Car le plus problématique est là pour lui : entre le coronavirus et le mouvement de contestation suite au meurtre de George Floyd, il a méchamment décroché auprès des indépendants et des CSP+ (où il était déjà en danger avant tout ça). Par contre, du côté de sa base, ça ne bouge pas d'un poil (et de ce côté là , ça ne bougera plus, quoi qu'il arrive).