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Elections américaines des midterms 2022

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Re: Elections américaines des midterms 2022

Messagede Corondar » Ven 17 Déc 2021 18:12

Du côté des primaires démocrates pour le poste de sénateur de Caroline du Nord, l'un des deux favoris de la course interne, le sénateur de la haute assemblée locale, Jeff Jackson, se retire de la course, laissant un boulevard à l'autre favorite, Cheri Beasley (ancienne juge à la cour suprême de l'état).
https://www.politico.com/news/2021/12/1 ... ace-524970
A moins qu'un autre candidat ne décide de se lancer (ce qui parait peu probable à l'heure actuelle, Beasley ayant déjà accumulé énormément d'argent pour sa campagne, et étant appelée à faire le plein des voix des électeurs Afro-Américains sur les primaires du parti de l'âne), Beasley devrait donc être la candidate démocrate pour le poste sénatorial dans cet état.
Du côté républicains, la lutte s'annonce acharnée entre le représentant Ted Budd (officiellement soutenu par Trump) et l'ancien gouverneur de l'état, Pat McCrory, qui tente là un come-back politique.
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Re: Elections américaines des midterms 2022

Messagede Corondar » Lun 10 Jan 2022 16:22

Fin du suspens pour la sénatoriale du Wisconsin : le sortant républicain Ron Johnson se représente pour tenter un troisième mandat, malgré sa promesse antérieure de ne faire que 2 mandats.
https://www.wsj.com/articles/why-im-see ... cle_inline
Le sénateur explique son changement d'avis en disant que la situation du pays est trop périlleuse pour qu'il se retire. C'est l'un des rares cas où je considère que le maintien du sortant est peut-être un plus pour les démocrates ? En effet, Johnson est très à droite, élu la première fois sous les couleurs du tea party, il est depuis devenu un ardent trumpiste qui refuse encore obstinément aujourd'hui de dénoncer l'assaut du 06 janvier contre le Capitole. En outre, Johnson est très majoritairement impopulaire (un récent sondage indiquait que seuls 38% des électeurs du Wisconsin souhaitaient le voir faire un troisième mandat), et il a toujours obtenu des scores relativement serrés lors de ses précédentes victoires (51.9% en 2010 et 50.2% en 2016, le tout dans des environnements nationaux qui avantageaient grandement le GOP).
Du coup, beaucoup de démocrates pensent que c'est un sortant "vulnérable".
https://nymag.com/intelligencer/2022/01 ... s-out.html
En conséquence, deux poids lourds démocrates se lancent dans les primaires sénatoriales pour essayer de faire mordre la poussière au sortant républicain : le lieutenant-gouverneur de l'état, Mandela Barnes, et Sarah Godlewski, la trésorière de l'état. Barnes est plutôt le favori des primaires démocrates ?
L'autre scrutin à suivre de près dans cet état c'est pour le poste de gouverneur : le sortant démocrate Tony Evers se représente. Du côté des primaires républicaines, on est pour l'heure sur un match à 2, entre l'ancienne lieutenante-gouverneure Rebecca Kleefisch et l'homme d'affaires et vétéran Kevin Nicholson. L'ancien représentant de l'état Sean Duffy (représentant du 7e district de 2010 à 2020, date à laquelle il ne se représenta pas), un ardent trumpiste, réfléchit et pourrait se lancer.

En Pennsylvanie, du côté de l'élection pour le poste de gouverneur, les primaires républicaines sont désormais peuplées par une quinzaine de candidats, pour la plupart d'illustres inconnus ou des seconds couteaux. Dernier venu en date, le sénateur républicain de la chambre haute locale, Doug Mastriano, un ardent trumpiste qui compte faire campagne sur les "fraudes" ayant "volé" à Trump sa "victoire légitime". En conséquence, les derniers sondages indiquaient que 55% des électeurs républicains de l'état étaient indécis concernant les primaires pour le poste de gouverneur.
https://www.inquirer.com/politics/penns ... 20108.html
Du côté démocrates, l'actuel AG de l'état, Josh Shapiro est seul en piste est est assuré d'obtenir la nomination du parti de l'âne.
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Re: Elections américaines des midterms 2022

Messagede lostinthemiddle » Mar 25 Jan 2022 20:24

Bonsoir,

J'ai lu attentivement vos messages concernant les élections de mi-mandat 2022. Je souhaiterais avoir un éclairage sur un point précis : il semble de plus en plus difficile voire quasiment impossible pour un candidat républicain de juste reconnaître que Joe Biden est le président légitime des Etats-Unis. Est-ce vraiment le cas ou est-ce juste une caricature?

Je vous remercie d'avance pour vos réponses.
lostinthemiddle
 
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Re: Elections américaines des midterms 2022

Messagede Corondar » Mer 26 Jan 2022 00:03

lostinthemiddle a écrit:Bonsoir,

J'ai lu attentivement vos messages concernant les élections de mi-mandat 2022. Je souhaiterais avoir un éclairage sur un point précis : il semble de plus en plus difficile voire quasiment impossible pour un candidat républicain de juste reconnaître que Joe Biden est le président légitime des Etats-Unis. Est-ce vraiment le cas ou est-ce juste une caricature?

Je vous remercie d'avance pour vos réponses.


Je dirais que globalement, ce n'est pas une caricature, c'est plutôt vrai, avec de très notables exceptions.
Je dirais que la majorité des républicains qui se présentent à un mandat électif quelconque pour les élections de novembre, défendent en effet la légende selon laquelle Trump aurait gagné l'élection de 2020, et que seules des fraudes massives et généralisées de la part des démocrates ont conduit Biden à être élu.
Mais il y a différents niveaux de "soutiens" à cette théorie du complot (pour laquelle il a été établie sans l'ombre d'un doute qu'elle était fausse : plus d'une soixantaine de jugements juridiques vont dans ce sens, ainsi que des dizaines d'audits et d'enquêtes menées par les parlements locaux, y compris quand les juges et les majorités étaient républicains, la campagne Trump étant incapable de produire le moindre commencement d'un début de preuves). Plus l'état d'élection est rouge, plus l'élu républicain (ou l'aspirant élu) aura tendance à mettre en avant cette thématique pour se faire (ré)élire. Dans les états plus disputés, beaucoup des élus républicains auront plutôt tendance à éluder, histoire de ne pas se mettre à dos la base (afin de ne pas perdre la nomination), tout en ménageant la chèvre et le chou pour la générale. Les RINO du nord-est reconnaissant eux sans problème que Biden a légitimement gagné la présidentielle (eux ne sont pas fous, si ils veulent être réélus il faut qu'ils gardent les faveurs des indépendants et des démocrates centristes).
L'autre haut lieu républicain qui défend nettement moins le mythe de l'élection volée, c'est le groupe républicain au Sénat. Si là aussi vous trouverez quelques trumpistes zélés pour enseigner la bonne parole (Cruz, Hawley...), la majeure partie du caucus républicain du Sénat a eu une passe d'armes assez musclée avec l'ancien président il y a peu concernant l'élection de 2020 et sa validité.
Tout a commencé il y a 2 semaines avec une interview de Mike Rounds, sénateur du Dakota du Sud (un républicain 100% à droite), dans laquelle le sénateur déclarait "l'élection de 2020 était tout à fait régulière, aussi régulière qu'elle pouvait l'être." En plus de cette remarque de bon sens (qui ne fait que suivre la réalité juridique des dossiers en tout cas), Mike Rounds a fait remarquer que Trump était un justiciable comme les autres (correct encore), et que si ce dernier avait commis un crime quelconque, alors la justice pouvait le poursuivre dans le respect de ses droits juridiques et constitutionnels (toujours correct). Et Rounds de conclure qu'il espérait qu'en 2024, le GOP se choisirait pour la présidentielle un autre candidat que Trump.
https://www.politico.com/news/2022/01/0 ... ans-526806
Fort logiquement, Trump a réagi publiquement, indiquant qu'il ne "soutiendrait plus jamais cet abruti". Ce à quoi Rounds a répliqué qu'il maintenait ses propos.
https://twitter.com/Phil_Mattingly/stat ... 4688165889
Là où le développement était nettement moins attendu, c'est qu'un très grand nombre de collègues sénateurs républicains de Rounds ont pris publiquement la parole pour le soutenir, et déclarer que oui, l'élection de 2020 était légitime dans son résultat.
https://edition.cnn.com/2022/01/11/poli ... index.html
Et dans le lot, en plus des RINO ou des centristes (Collins, Murkowski...), on trouve McConnell, Cramer, Thune, Capito... Même Johnson, sénateur ultra trumpiste du Wisconsin a déjà publiquement reconnu que l'élection présidentielle avait été tout à fait légitime et régulière dans son état, et que ce dernier avait bien choisi de voter pour Biden à la présidentielle.
https://www.wpr.org/it-was-not-rigged-r ... aud-claims
D'ailleurs là aussi on a de notables exceptions : les élus républicains dans les états disputés de 2020 ayant voté pour Biden et étant en charge des dépouillements dans ces états (Arizona et Géorgie principalement) sont eux aussi vent debout pour dénoncer les accusations de Trump.

Pour résumer, je dirais qu'une majorité d'élus républicains se sentent obligés de soutenir le mensonge de Trump concernant les fraudes électorales de peur de se mettre à dos la base, qui dans sa majorité continue à défendre le discours de Trump. Mais on sent tout de même que plus le temps passe, plus certains s'affranchissent de l'allégeance envers l'ancien président, et certains n'hésitent plus à carrément le défier, c'est notamment le cas de DeSantis, le gouverneur républicain de Floride, qui depuis quelques semaines livre des passes d'armes par médias interposés avec Trump.
https://www.nytimes.com/2022/01/16/us/p ... antis.html
Et on retrouve aussi parfois ces tensions au niveau des partis républicains locaux, c'est par exemple très saillant actuellement en Idaho.
https://www.politico.com/news/magazine/ ... aho-527190
On sent que certains au sein du GOP veulent faire du trumpisme, mais sans Trump. Mais même ceux là ont bien compris qu'il était trop tôt pour frontalement s'opposer à l'ancien président. Beaucoup espèrent qu'il ne voudra pas ou ne pourra pas (il est de plus en plus probable que Trump soit l'objet de poursuites judiciaires, soit à New-York, soit en Géorgie soit au niveau fédéral, voire dans les 3, pour des chefs d'accusation différents dans les 3 dossiers...) se représenter en 2024. Mais là on sort du cadre des midterms je pense.
Pour ces dernières, le GOP préférerait que le sujet central (voire unique) de ces élections soit l'inflation. La carte des "fraudes" électorales n'est peut-être pas la plus porteuse (en tout cas, sur les run-offs en Géorgie de janvier 2021, ça n'avait pas aidé). Pour rester sur les midterms, si en novembre Biden est toujours majoritairement impopulaire et que l'inflation est bien le sujet central de ces élections, alors je vois mal comment les démocrates pourraient éviter un vote sanction.
Si l'élection tourne autour des "fraudes" (côté républicain) et de la défense de la démocratie (côté démocrates), cela pourrait être un peu moins compliqué pour les démocrates (si l'inflation pouvait ralentir et Biden retrouver des couleurs ce serait mieux pour eux aussi :) ).
A l'heure actuelle je pense que les républicains sont assurés de récupérer la Chambre, reste à savoir avec quelle marge ? Pour l'heure c'est difficile de se prononcer tant qu'on n'a pas toutes les nouvelles cartes électorales des états pour les districts (certaines ont déjà été retoquées par la justice, c'est le cas en Ohio). Mais il semble qu'on s'achemine tout de même plutôt vers un scénario où il ne restera tout au plus qu'entre 30 et 40 districts réellement disputés (les 400 autres ou presque étant assurés pour un des deux partis).
Pour le Sénat, tant que les primaires ne sont pas passées, c'est là aussi difficile de se prononcer (les chances démocrates y sont moins mauvaises que pour la Chambre, mais c'est loin d'être facile pour autant).
L'autre élément à surveiller sera le thème de l'avortement : si comme c'est plus que probable la SCOTUS remet en cause (tout ou partie) le droit à l'avortement, cela pourrait avoir des conséquences directes et innombrables sur les élections de novembre. Et cela viendrait compliqué grandement l'art déjà subtil des pronostics :).
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Re: Elections américaines des midterms 2022

Messagede Corondar » Jeu 27 Jan 2022 17:41

Je comptais faire un point rapide sur les redécoupages pour les districts à la Chambre, mais je vais pas rentrer dans le détail de tous les états, ce serait trop complexe, et nécessiterait plusieurs posts à rallonge :).
Ce qu'il faut retenir, c'est que le processus est toujours en cours dans pas mal d'états, et que dans certains d'entre eux cela débouche déjà sur des contentieux juridiques. L'autre élément aussi à retenir, c'est que les démocrates ont décidé d'arrêter d'être les dindons de la farce : puisqu'ils n'ont pas pu empêcher le gerrymandering partisan (la SCOTUS ayant validé la chose), ils ne s'embêtent plus non plus, et gerrymandent eux aussi comme des malades là où ils peuvent et où ils ne l'avaient pas encore fait (rappelons qu'il y a tout de même plusieurs états où ils disposent du trifecta et où ils ne peuvent pas le faire puisqu'ils y ont fait voter des lois imposant des découpages non partisans, c'est notamment le cas du Colorado et surtout de la Californie).
Et du coup, les républicains ont en fait déjà tellement gerrymandé les cartes lors des découpages de 2010 dans tous les états où ils le pouvaient (Floride, Caroline du Nord, Wisconsin, Texas, tous les états du Sud où ils restent tout de même limités par l'interdiction du gerrymandering racial), qu'on se rend compte sur les nouveaux découpages de cette année qu'ils peuvent difficilement plus optimiser qu'ils ne l'ont déjà fait. Du coup, dans la plupart de ces états là, les républicains semblent plutôt privilégier une forme de statut quo : ils essayent de grappiller un ou deux sièges ici ou là, mais la philosophie globale est plutôt de sécuriser les circonscriptions pro républicaines existantes, pas forcément d'aller titiller un maximum de sortants démocrates (sachant que dans des états comme le Texas, les républicains sont bien obligés de laisser quelques circonscriptions urbaines aux démocrates, les districts devant contenir à peu près le même nombre d'électeurs, sauf pour les états ne disposant que d'un seul district évidemment). Et les républicains enregistrent parfois ici ou là quelques échecs : en Ohio la carte a été retoquée par la cour suprême de l'état, qui a rappelé aux républicains que la constitution de l'état stipule que les découpages doivent être le plus neutre possible, et que c'était clairement pas le cas avec la nouvelle carte. Précisons que cette décision a été obtenue car la chief justice locale (une républicaine pourtant) a voté avec les juges démocrates, précisant que si les assemblées locales voulaient se lancer dans le découpage partisan, il fallait d'abord qu'elles essayent de modifier la constitution. Du coup, en Ohio, on devrait aboutir à une carte plutôt statut quo, ne permettant pas au GOP de rentabiliser plus que ça.
https://www.nbcnews.com/politics/politi ... s-n1287390
De même en Alabama, les républicains ont tenté d'être un poil trop gourmands en faisant sauter un district démocrate, mais un panel de 3 juges (2 nommés par Trump, un par Clinton) a estimé que la nouvelle carte ne respectait pas la représentation des minorités.
https://thehill.com/homenews/state-watc ... sional-map
Du coup, là aussi dans cet état ça ne devrait pas passer.
En revanche, les démocrates tentent des cartes nettement plus "risquées" en Illinois et au Nouveau-Mexique. Ils tentent de mettre les sortants républicains dans des districts nettement plus compétitifs (voire avec un penchant démocrate), mais en rendant les districts bleu horizon un poil moins bétonnés. La carte de l'état de New-York n'a pas encore été finalisée, mais on devrait aussi être sur cette option là dans cet état.
Du coup, sur le site de fivethirtyeight (qui propose de jolies cartes et résumés pour chaque état), on se rend compte que pour l'heure les démocrates semblent s'en sortir pas si mal que ça au niveau des redécoupages, surtout parce que les démocrates se "rattrapent" sur les états où ils n'avaient pas gerrymandé autant qu'ils l'auraient pu, là où les républicains peuvent difficilement optimiser plus ce qu'il l'est déjà.
https://projects.fivethirtyeight.com/re ... id=rrpromo
Alors, à mon avis, tout cela n'empêchera pas à lui seul les démocrates de perdre la majorité à la Chambre en novembre (ce qui serait un exploit très surprenant vues les habitudes électorales américaines), mais cela va peut-être limiter un peu le nombre de sièges perdus ? Sachant qu'on s'achemine à mon avis de plus en plus vers un découpage où il ne restera que quelques dizaines de circonscriptions à enjeu au niveau national. A ce rythme là, on connaîtra le résultat dans pas loin de 400 circonscriptions avant même que les électeurs n'aient émis le moindre bulletin.
Mais je pense que sur la décennie 2020, on verra difficilement des élections avec plus de 40 ou 50 sièges qui changent de main, sauf vote sanction dantesque ? Mais encore une fois, c'est sous réserve de la validation ou non des cartes définitives dans plusieurs états...
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Re: Elections américaines des midterms 2022

Messagede Corondar » Lun 31 Jan 2022 20:06

Pour illustrer un peu plus la thématique des redécoupages et de leur importance, je ne prendrai qu'un seul état en exemple : le Michigan. Le statut de swing state de ce dernier n'est plus à démontrer. En 2013, les républicains (majoritaires dans les assemblées locales avec en plus un gouverneur républicain à l'époque) avaient réussi à imposer un découpage très favorable au GOP. Sur les 14 districts que comptait le Michigan à l'époque, 5 étaient considérés comme solidement républicains, 3 solidement démocrates, 3 avaient un penchant républicain, 1 un penchant démocrate, et 2 sièges étaient considérés comme à enjeu.
Les républicains ont pu profiter de ce découpage favorable jusqu'en 2018, date à laquelle la vague bleue des midterms sous Trump avait permis aux démocrates de contrôler 7 des 14 sièges de l'état. Lors des législatives de 2020, les sortants démocrates ont fort bien résisté puisqu'ils ont conservé leurs 7 sièges, y compris dans leurs districts à enjeu.
Lors des midterms de 2018 cependant, les démocrates avaient soumis aux électeurs de l'état plusieurs référendums concernant les découpages futurs, lesquels ont abouti à des lois créant une commission indépendante non partisane pour les nouveaux découpages (la nouvelle gouverneure démocrate de l'état, Gretchen Whitmer, élue elle aussi en pleine vague bleue de 2018, se faisant évidemment une joie de ne pas mettre son veto aux lois en question ratifiées par référendum, ce qu'aurait probablement fait un gouverneur républicain...).
Le découpage est donc désormais le fruit de cette commission indépendante. Or, le Michigan perd un siège dans la bataille du recensement, sa représentation passe donc de 14 représentants à 13. Et, dans le cas du Michigan, on voit clairement l'impact que peut avoir le passage d'un découpage ultra partisan à un découpage plus neutre.
Déjà, le district qui saute est un district républicain : Bill Huizenga (district 2 actuellement, PVI à R+9) et Fred Upton (actuellement district 6, PVI à R+5) se retrouvent tous deux dans le nouveau district 4 (PVI à R+9). Le GOP perd donc déjà un siège. Upton n'a pas encore annoncé si il se représentait ou non.
Mais il y a pire : la commission indépendante livre en effet une carte plus équilibrée. Les démocrates conservent 3 districts imperdables (pas de changement), là où les républicains n'en conservent plus que 4 (-1). On passe de 3 sièges à tendance républicaine à 2 (-1), là où ça reste inchangé pour les démocrate (1 siège qui penche vers eux). Les sièges à enjeu passant de 2 à 3. Alors ça ne sauvera peut-être pas la peau des élus démocrates dans des districts à enjeux (qui restent dans des districts disputés), mais il y a un sortant républicain qui bascule dans un district à enjeu, et en plus il s'agit de l'apostat Peter Meijer (un des représentants républicains qui a eu l'audace de voter en faveur du second impeachment de Trump) dans le district 03 (il passe d'un PVI R+5 à D+3, son district devenant nettement plus urbain).
Bilan : les démocrates peuvent toujours se prendre une tôle et perdre des sièges dans cet état en cas de vague rouge, mais les chances sont tout de même nettement plus équilibrées avec la nouvelle carte par rapport à l'ancienne. En cas de bonne résistance des sortants, ils peuvent sauver les meubles, voire conquérir peut-être le district 03 (faudra voir ce que ça donne au niveau des primaires).
https://en.wikipedia.org/wiki/Michigan% ... nd_members
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des ... u_Michigan
https://projects.fivethirtyeight.com/re ... /michigan/
Selon les primaires et les résultats de novembre, je dirais que les démocrates peuvent terminer quelque part entre 4 et 8 sièges, et les républicains entre 5 et 9. Avec une carte nettement plus gerrymandée, les républicains auraient pu espérer mieux. Précisons qu'au Michigan on a aussi un autre duel potentiel entre deux sortants sur les primaires, mais côté démocrates : Andy Levins et Haley Stevens vont tous les deux concourir pour le 11e district (PVI à D+15), laissant le district 10 (PVI à R+6) ouvert. Mais ces duels fratricides entre sortants peuvent encore bouger selon les choix des uns et des autres (qui se représente ou pas, et si oui dans quel district...).
Je dirais que dans cet état les districts à suivre seront les 03 (Meijer se représente t il ? conserve t il la nomination malgré son apostasie envers Trump ? les démocrates ont-ils une chance de basculer le siège sur la générale en fonction de leur candidat ?), 04 (duel fratricide ou non entre Upton et Huizenga ?), 07 et 08 (les deux sortants démocrates dans des districts à enjeu conservent-ils leurs sièges ou sont-ils emportés par une possible vague rouge), 11 (qui de Levins ou Stevens gagne la nomination démocrate) et 10 (siège ouvert à priori, avec un PVI avantageant légèrement les républicains, sans être non plus dans la poche, faudra voir les candidats...). Pour ce dernier district, il semblerait que John James (candidat républicain qui a vaillamment tenté de faire basculer 1 des sièges sénatoriaux démocrates de l'état en 2018 et 2020, échouant de relativement peu les 2 fois, surtout en 2020) serait assez tenté de se lancer.
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Re: Elections américaines des midterms 2022

Messagede Corondar » Mar 1 Fév 2022 23:06

Et bien, ça y est, les démocrates viennent de livrer la nouvelle carte pour le découpage des circonscriptions dans l'état de New-York, et en effet, c'est assez moche. Les démocrates n'ayant pas le trifecta en 2010 (les républicains contrôlaient le Sénat local à l'époque), les républicains avaient pu contraindre les démocrates à valider une carte relativement équilibrée. Désormais, les démocrates ont décidé de rentabiliser leur trifecta.
https://www.politico.com/news/2022/01/3 ... g-00003503
Actuellement, sur les 27 districts que compte l'état, on a 19 sièges démocrates et 8 sièges républicains. L'état perd un siège, il n'y a donc plus que 26 districts, et les démocrates tentent d’accroître considérablement leur délégation.
Sur la carte actuelle, on a 15 sièges solidement démocrates, 2 qui penchent démocrates, 3 toss-up, 4 qui penchent républicain et 3 qui sont solidement républicain. On passerait avec la nouvelle carte à 13 districts solidement démocrates, 7 sièges qui penchent démocrates, 2 toss-up et 4 sièges solidement républicains. Les démocrates tentent un peu moins de sièges imperdables, mais visent moins de sièges compétitifs. C'est toujours un peu risqué (en cas de forte vague rouge, quelques districts penchant démocrates pourraient être emportés), mais en cas de résultats à peu près équilibrés, les démocrates peuvent espérer au minimum 20 sièges, contre 6 pour les républicains. Bilan : +1 pour les démocrates, et -2 pour les républicains. Si les démocrates empochent les toss-up on peut être à +3 et -4.
Mais là où les démocrates ont poussé le vice très loin (pas plus ceci dit que les républicains dans d'autres états depuis 10 ans), c'est qu'ils ont même intégré dans leur découpage des considérations très politiciennes en fonction des districts :
1) les 2 sièges parmi les 7 qui penchent démocrates (sans être solides) les plus à la portée des républicains sont ceux qui disposent des sortants les plus solides et les plus populaires de l'état (Sean Patrick Maloney et Antonio Delgado), histoire de compliquer un peu la tâche à un éventuel adversaire républicain
2) un siège démocrate est ouvert, celui de Tom Suozzi (car il est candidat aux primaires pour le poste de gouverneur), comme par hasard son siège devient nettement plus bleu avec la nouvelle carte...
3) 3 sièges républicains sont ouverts (ceux de John Katko, Lee Zeldin et Tom Reed), comme par hasard deux d'entre eux deviennent nettement plus bleus (ceux de Katko et Zeldin) avec la nouvelle carte...
4) deux des districts actuellement en toss-up et détenus par 2 républicains (Malliotakis et Tenney, qui en 2020 l'ont emporté de très peu) deviennent nettement plus bleus. Tenney a déjà annoncé qu'elle comptait changer de district, Malliotakis pourrait en faire de même...
Bref, les démocrates ont opté pour une tentative d'optimisation maximale à tous les étages. Ceci dit, la carte peut être rejetée :
1) la constitution de l'état requiert, pour que la carte soit faite par la législature de l'état (et pas par une commission indépendante, ce qui fut le cas du précédent découpage, faute d'accord entre les assemblées) que cette dernière la vote par une super majorité des 2/3. Les démocrates disposent de cette majorité des 2/3, mais de seulement 2 voix au Sénat (à la Chambre c'est nettement plus confortable pour les démocrates), ce qui ne laisse que très peu de marge d'erreur.
2) même une fois ratifiée par les assemblées à majorité démocrate, les républicains porteront l'affaire devant les tribunaux de l'état. On verra ce qu'en pensent les 7 juges démocrates de la cour suprême de l'état de New-York. Si cela va jusqu'à la Cour Suprême des USA, là on connait déjà la réponse : le gerrymandering partisan ne leur pose pas de problème à priori...
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Re: Elections américaines des midterms 2022

Messagede Corondar » Mar 1 Mar 2022 14:17

La saison des primaires démarre aujourd'hui, et c'est le Texas qui ouvre le bal.
https://us.cnn.com/2022/02/18/politics/ ... index.html
Du côté du poste de gouverneur, pas de suspens insoutenable à priori. Côté démocrates, O Rourke n'a aucun challenger sérieux. Côté républicains, le gouverneur sortant Abbott devrait là aussi facilement l'emporter, même si de ce côté là il faut tout de même relever que 2 challengers (Allen West, ancien chef du parti républicain texan, et Don Huffines, un ancien sénateur local) contestent la réélection du sortant, en essayant de le dépeindre comme trop à gauche, ce qui reste assez étonnant quand on rappelle que Abbott a fait voter une loi criminalisant l'avortement, et récompensant financièrement une personne qui viendrait dénoncer un chauffeur de bus ayant conduit une femme enceinte à une clinique pratiquant l'avortement. Cela en dit long sur le positionnement actuel du parti républicain. Si Abbott n'aura pas de mal à garder l'investiture il sera tout de même intéressant de regarder le score des 2 candidats de l'ultra droite.
C'est plus du côté du poste d'Attorney General de l'état qu'il y a un peu d'enjeu. Le sortant républicain Ken Paxton se représente, bien qu'il soit l'objet d'une mise en examen pour fraudes.
https://www.texastribune.org/2021/09/09 ... inal-case/
Du coup, le sortant est nettement plus contesté en interne, avec pas loin de 3 candidats sérieux face à lui : Georges P.Bush (commissaire foncier de l'état, fils de Jeb Bush, neveu et petit-fils des présidents Bush fils et père donc), Louis Gohmert (représentant du district 01 du Texas à la Chambre fédérale) et Eva Guzman (ancienne membre de la cour surpême du Texas). Côté démocrates, 3 candidats de poids : Joe Jaworski (ancien maire de Galveston), Rochelle Garza (une ancienne attorney de l'ACLU) et Lee Merritt (un avocat spécialisé en droits civiques).
Rappelons que pour les postes au niveau de l'état, le Texas pratique le run-off : si aucun candidat n'atteint les 50%, alors les 2 premiers sont repêchés pour un second tour le 24 mai. Pour le poste de gouverneur ce ne sera pas le cas, pour celui d'AG c'est assez probable.
Du côté des primaires pour les districts à la Chambre, seul le duel démocrate dans le district 28 est à suivre. Le sortant démocrate Henry Cuellar (plutôt centriste) est l'objet d'investigation policière (sa maison et son bureau ont été fouillés par le FBI, pour le moment on ne sait toujours pas à quel sujet, et il n'est pour l'heure pas mis en examen), et il affronte de nouveau la candidature de Jessica Cisneros (nettement plus libérale), qu'il avait battue de peu lors des primaires de 2020 (seulement 3.5 points d'avance). Ici les libéraux ont une véritable chance de battre le sortant.
Dans les autres districts, rien de spécial à surveiller à priori.
Après le Texas, les primaires importantes à suivre seront celles en Ohio et en Pennsylvanie, en mai.
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Re: Elections américaines des midterms 2022

Messagede jean24 » Mer 2 Mar 2022 19:55

Jim Inhofe (88 ans en novembre prochain), sénateur républicain très conservateur de l'Oklahoma (élu au sénat depuis les élections de 1994 après une carrière politique commencée en 1967 localement) annonce qu'il démissionnera de son mandat de sénateur pour le 03 janvier 2023. L'Oklahoma est l'un des cinq Etats qui ne prévoient pas de nomination par le gouverneur en cas de vacances d'un de sénateur. Pour terminer les quatre dernières années de son mandat, une élection spéciale se tiendra en novembre, en même temps que l'élection régulière pour l'autre siège de cet Etat. Les primaires des ces deux élections auront lieu en même temps le 28 juin et les candidats devront se déclarer candidat entre le 13 et le 15 avril. Le nouveau sénateur sera intronisé le 03 janvier comme tous ses collègues élus normalement. Le siège a de fortes chances de rester républicain. En gros c'est tout comme une élection normale mais pour un mandat de quatre ans et quatre années plus tôt que ce qui était prévu.

PS : sujet mis en double dans le topic "La vie politique américaine" et "Elections américaines des midterms 2022" jugeant que cela pouvait convenir aux deux sujets et ne sachant pas lequel choisir.
Dernière édition par Jean-Philippe le Mer 2 Mar 2022 22:07, édité 1 fois.
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Re: Elections américaines des midterms 2022

Messagede Corondar » Jeu 3 Mar 2022 17:19

jean24 a écrit:Jim Inhofe (88 ans en novembre prochain), sénateur républicain très conservateur de l'Oklahoma (élu au sénat depuis les élections de 1994 après une carrière politique commencée en 1967 localement) annonce qu'il démissionnera de son mandat de sénateur pour le 03 janvier 2023. L'Oklahoma est l'un des cinq Etats qui ne prévoient pas de nomination par le gouverneur en cas de vacances d'un de sénateur. Pour terminer les quatre dernières années de son mandat, une élection spéciale se tiendra en novembre, en même temps que l'élection régulière pour l'autre siège de cet Etat. Les primaires des ces deux élections auront lieu en même temps le 28 juin et les candidats devront se déclarer candidat entre le 13 et le 15 avril. Le nouveau sénateur sera intronisé le 03 janvier comme tous ses collègues élus normalement. Le siège a de fortes chances de rester républicain. En gros c'est tout comme une élection normale mais pour un mandat de quatre ans et quatre années plus tôt que ce qui était prévu.

PS : sujet mis en double dans le topic "La vie politique américaine" et "Elections américaines des midterms 2022" jugeant que cela pouvait convenir aux deux sujets et ne sachant pas lequel choisir.


Je me suis permis de supprimer le doublon dans "Politique américaine", comme il y aura une élection spéciale en parallèle de la normale, cela me paraissait plus à sa place ici ?
En effet, l'Oklahoma est un des états les plus rouge vif de l'Union, les deux sièges sont acquis aux républicains, par contre ça va s'étriper joyeusement sur les primaires entre des candidats très implantés : le ban républicain étant extrêmement peuplé dans cet état.
Petit retour sur les résultats des primaires au Texas, rien de particulièrement extraordinaire à relever :
1) pour le poste de gouverneur, Abbott obtient assez facilement la nomination du GOP pour tenter un second mandat avec un peu plus des 2/3 des voix (qu'un tiers des électeurs républicains du Texas puissent considérer Abbott comme pas assez à droite reste un sujet d'ébahissement pour moi :) ), et O Rourke obtient le score de maréchal attendu du côté des démocrates (plus de 90%). Niveau participation, beaucoup plus de monde côté républicains. Abbott est favori pour se succéder à lui même, l'incertitude restant plus sur l'écart avec son challenger démocrate...
2) pour le poste d'AG, c'est là où il y a un peu plus de suspens, puisque le sortant contesté côté républicain, Ken Paxton, est contraint à un second tour (il obtient environ 43% des voix) contre George P.Bush (ils sont fatigant les Bush à tous s'appeler George :) ), qui lui obtient environ 23% des voix. Etant donné que tous les autres candidats éliminés étaient sur une ligne anti Paxton, il est possible que le run-off de mai soit serré ?
3) dans le district 28, côté démocrates, il y aura aussi run-off entre le sortant modéré Cuellar (48.5%) et la challenger libérale Cisneros (47%). La troisième candidate (elle aussi très libérale) ayant obtenu environ 5% des voix, Cuellar peut aussi mordre la poussière en mai, là aussi cela pourrait être très serré.
https://www.nytimes.com/interactive/202 ... texas.html
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