Le GOP a un problème de fond (programmatique, idéologique et stratégique) avec l'électorat de banlieue et l'électorat diplômé. Les démocrates performent de plus en plus dans ces groupes, les républicains de moins en moins. C'est une tendance qu'on observe depuis au moins une quinzaine d'années et qui s'amplifie. C'est un réalignement de coalition électorale majeure, pas un épiphénomène du à un candidat ponctuel. DeSantis ne changera rien à ce réalignement, car il ne réorientera pas le GOP sur une base programmatique ou une coalition différente de celles qui sont désormais l'apanage du GOP.
Croire qu'un candidat X pourrait par magie effacer ces tendances de fonds, c'est très optimiste pour le GOP.
Ensuite, le GOP a bien un problème Trump sur les bras : ce dernier est sans doute en perte de vitesse mais il continue à exercer une influence forte et quasi irrationnelle sur une partie non négligeable (probablement majoritaire ?) de la base républicaine. Et Trump n'agit qu'avec une seule boussole en tête : lui même. Il n'est pas du genre à agir pour arranger quelqu'un d'autres que lui même. Il semble assez évident que Trump perçoit une nouvelle tentative présidentielle comme une sorte de protection contre ses ennuis judiciaires innombrables (ce en quoi il se trompe à mon avis, mais c'est là une autre histoire). Si il pense qu'une nouvelle candidature est bonne pour lui, il se lancera, peu importe que ce soit profitable ou non au GOP.
Et en cas de choc Trump-DeSantis sur des primaires républicaines, je pense que ça tournerait au vilain très vite, et je ne sais pas trop qui l'emporterait (mais je mettrai quand même une pièce sur une victoire de Trump sur les primaires, mais une défaite à la générale).
Toujours dans la catégorie "les républicains ont un problème", il y a aussi l'avortement. Il est désormais clair que cette question est un boulet pour le GOP, dont ils vont avoir toutes les peines du monde à se débarrasser. Et le pire peut encore arriver : que nous réservent encore les 6 ayatollahs de la SCOTUS ? Vont-ils aussi s'attaquer aux droits des LGBT ? Vont-ils rendre la prière obligatoire ? Vont-ils autoriser les états à mettre en prison des femmes qui auront été se faire avorter ailleurs que dans leur état de résidence ? Et eux ont été nommés à vie par les républicains, et n'ont pas les mêmes contraintes qu'eux. Sur tout un tas de sujets sociétaux, les républicains sont potentiellement très minoritaires au sein de la population américaine dans son ensemble.
Autre souci : de plus en plus d"élus républicains semblent considérer que la violence physique est une arme politique acceptable. Après l'assaut contre le Capitole du 06/01, les réactions de certains élus républicains à l'agression du mari de Pelosi sont assez terribles en la matière, et pas que chez les élus extrémistes (les propos du gouverneur républicain de Virginie Youngkin étaient à vomir, au moins il a eu le mérite de les regretter et de présenter des excuses publiques sur le sujet, tous les républicains ayant parlé de l'affaire n'ont pas eu ces scrupules hélas). De même, les républicains ont de plus en plus un problème avec les faits et la réalité : les théories complotistes fleurissent de plus en plus de ce côté là . Et là aussi, entretenir le mythe des "fraudes électorales" n'est peut-être pas le meilleur moyen de convaincre ses électeurs d'aller voter ? Pour rester sur les théories complotistes et sur l'agression du mari de Pelosi, la dernière théorie en vogue chez certains républicains est que l'agresseur était l'amant du mari de Pelosi, ce dernier étant un homosexuel dans le placard selon cette théorie totalement fallacieuse.
Tous ces problèmes que doit affronter le GOP sont réels, et bien identifiés. Tout cela permet sans doute aux républicains de galvaniser la base, mais auprès de la population électorale dans son ensemble c'est nettement moins porteur. Et DeSantis ne me parait pas en situation d'apporter des remèdes magiques à tous ces problèmes, lui pas plus qu'un autre d'ailleurs.
Alors je ne dis pas que les démocrates n'ont pas aussi des problèmes de leur côté, mais ils me paraissent d'une moins grande magnitude et nettement plus gérables que ceux des républicains.
Puisqu'on en est à faire un peu de politique fiction, je pense que la très courte majorité que les républicains vont obtenir à la Chambre va se révéler dévastatrice dans l'étalage de leurs problèmes et de leurs divisions. Quand les républicains pensaient qu'ils allaient avoir 240 ou 250 sièges, le projet était d'enclencher des dizaines de commissions d'enquêtes contre les démocrates pour tout et rien, et d'enclencher des procédures d'impeachment contre Biden et la moitié de son cabinet. Même si les républicains avaient 250 sièges, je considérerais que ce serait une terrible idée. Avec 220 ou 225 sièges encore plus.
Je crains que la (courte) majorité républicaine à la Chambre ne soit guère fonctionnelle et ne fasse pas beaucoup de bien à l'image du GOP, qui connait déjà quelques soucis de ce côté là .
Hakudude a écrit:Et, Biden pourrait être mieux parti que prévu pour sa réélection, même si la carte du Sénat de 2024 pourrait poser problème.
Si il se représente, ce qui en soit n'est pas certain...