de Marcy » Sam 16 Mai 2020 19:25
Je poursuis mon tour de France du radicalisme de gauche 2020 par les Hauts-de-France, en commençant par les trois départements de l'ancienne région Picardie.
Dans l'Aisne, le PRG détenait la mairie de Château-Thierry (15 100 habitants) avec Jacques Krabal, réélu député en 2017 sous l'étiquette LREM. Il a passé la main à la mairie à un ancien collaborateur du groupe radical de gauche à l'Assemblée nationale, Sébastien Eugène, PRG ensuite resté au MRSL - ce qui est logique au vu de son parcours antérieur car il faisait partie de l'aile ouvertement libérale du PRG (il avait même proposé sans succès dans un congrès d'abandonner le nom "radical", qui selon lui faisait trop écho au radicalisme islamique).
Dans la commune de Blérancourt (1 300 habitants), où la maison de l'ancien Conventionnel Saint-Just est devenue un musée, le maire Patrick Laplace - réélu cette année sans opposition - a été candidat PRG aux départementales et se définit toujours comme radical de gauche. Mais encore faudrait-il qu'il y ait un PRG digne de ce nom dans le département.
En effet la situation de l'Aisne est à cet égard caricaturale des "fédérations" unipersonnelles du PRG : la page Facebook évoque un seul nom d'adhérent (et donc de responsable), Cédric Le Dars, PRG passé à LREM en 2017 mais revenu dans son parti politique d'origine. Par ailleurs, Cédric Le Dars a été candidat en 2020 à Paris, sur la liste menée par Cédric Villani dans le 14e arrondissement, sans espoir de siéger - comme il avait déjà été candidat PRG dans la capitale, mais dans le 6e arrondissement, en 2014. La seule présence officielle du PRG aux municipales dans l'Aisne est Soissons, dont le responsable local est un certain... Cédric Le Dars, à l'origine manifestement du soutien du PRG à la liste PCF-PS-EELV-PRG qui n'a obtenu que 7,45 % (et un seul siège).
Dans l'Oise, à la différence de l'Aisne où il reposait sur des individualités, le PRG avait une vraie implantation en 2017, malgré la perte de ses trois sièges de conseiller général en 2015. Il s'agissait de :
- Thibault Delavenne, maire de Guiscard (1 800 habitants) depuis 2010, réélu à nouveau cette année, sans opposition. Il semble être resté dans une mouvance PRG / DVG ;
- Joël Patin, qui comme Thibault Delavenne ne s'était pas représenté aux départementales de 2015, conseiller municipal d'opposition à Grandvilliers au cours de la mandature 2014-2020, et qui ne se représentait pas le 15 mars 2020 ;
- Roselyne Pinel, dans le canton de Songeons, battue aux départementales de 2015 ; signataire de la pétition pour que vivent les radicaux de gauche (à l'origine de la création du mouvement Les Radicaux de Gauche, LRDG, dissident du PRG, refusant l'unification avec les radicaux de la rue de Valois), elle n'a plus de mandat et est restée membre sinon proche de LRDG, dont elle a présidé la cérémonie de voeux de la fédération départementale en 2019.
Autre signataire de la pétition pour que vivent les radicaux de gauche, Patrick Périmony était le maire sortant de Blargies (500 habitants) depuis 2008, ainsi qu'un vice-président de la communauté de communes de la Picardie verte. Mais il a été battu le 15 mars : bien qu'ayant recueilli 51,6% des suffrages exprimés, il a été distancé par les candidats élus.
Toujours signataire de la fameuse pétition, Christiane Borderias Soler était conseillère municipale sortante de Clermont, mais elle ne s'est pas représentée.
Car dans l'OIse LRDG est devenu beaucoup plus visible que le PRG, dont nous reparlerons ensuite s'agissant de son actuel représentant pour le département au sein des nouvelles instances nationales. LRDG s'organise notamment autour du cercle de Beauvais et du conseiller municipal sortant d'opposition de Beauvais, Grégory Narzis, réélu (il était 6e de liste) derrière Roxane Lundy (G.s) le 15 mars : la liste de gauche, à nouveau battue, a remporté 31,72 % et 7 sièges. Une autre figure de LRDG, Robert Bloin, ancien collaborateur de groupe au conseil régional de Picardie, était 34e de la liste Lundy.
De fait, l'ancienne conseillère régionale PRG (2010-2015) Josiane Baeckelandt était aussi signataire de la pétition "pour que vivent les radicaux de gauche", sans que je ne sache si elle a adhéré à LRDG. Sage-femme libérale, elle a été maire de Froissy (900 habitants) de 2008 à 2013, date à laquelle les dissensions au sein du conseil municipal l'avaient amenée à perdre son mandat. Elle avait été candidate PRG-PS aux législatives en 2017, obtenant 3,64 % sur la première circonscription.
Aux précédentes législatives, en 2012, un autre élu PRG avait obtenu le soutien du PS : Fabrice Dalongeville, également conseiller régional PRG de 2010 à 2015, maire d'Auger-Saint-Vincent (500 habitants) depuis 2004, réélu dès le 15 mars (84,37%, tous les sièges ont été pourvus) et vice-président de communauté de communes, avait obtenu dans la 5e circonscription 22,73% au premier tour et 42,15% au deuxième tour. Il n'affiche plus d'étiquette politique sur son compte Twitter, mais apparaît plus proche du PRG que de LRDG - parti dont il n'a pas soutenu les initiatives.
Enfin, le PRG dans l'Oise, outre un groupe actif à Beauvais et ses implantations dans de petites communes, était aussi traditionnellement présent à Creil, autour de la figure du truculent Eric Montès, conseiller régional PRG (2004-2010) et président de la fédération régionale de Picardie jusqu'à son départ du PRG en 2014. Eric Montès, qui a été maire adjoint de Creil et siégeait également dans l'intercommunalité, ne s'est pas représenté en 2020. En 2017, il avait rejoint En Marche et avait voté à nouveau LREM aux européennes. Mais ces derniers temps il s'est surtout impliqué dans les compétitions locales de Miss Excellence, le concours concurrent de Miss France créé par Geneviève de Fontenay. A la veille des élections municipales, le PRG comptait toutefois encore une adjointe au maire de Creil, Aïcha Guendouze, par ailleurs membre du comité exécutif du PRG (Comex) reconstitué en 2019. Comme d'autres membres du "Comex", elle a choisi un renversement d'alliances à ces municipales, en étant 4e de la liste menée par Brahim Belmhand (ex-Modem) qui n'a recueilli que 6,11 % des voix, loin derrière la liste de gauche menée par Jean-Claude Villemain (37,19 %) et celle officiellement estampillée LREM (30,20 %). Il faudra un concours de circonstances extraordinaire - à savoir une fusion avec une liste victorieuse, et une place éligible après fusion - pour que le PRG continue d'être représenté au conseil municipal de Creil.
Dans la Somme, le dernier président de la fédération départementale avant l'unification des radicaux en 2017 (et dont le nom figure toujours comme responsable sur le site national du PRG), Arnaud Weber, ancien président du PRG dans le Bas-Rhin et alors basé à Amiens, était signataire de la pétition pour que vivent les radicaux de gauche, tout comme la vice-présidente de la fédération Audrey Lefebvre Weber et un ancien président de la fédération départementale, Guillaume Bonnet, qui a également été adjoint au maire d'Amiens pendant la mandature 2008-2014 (13e de liste en 2014, il n'avait pas été réélu, alors que le conseil municipal comportait 3 élus PRG depuis 2008). Arnaud Weber et Audrey Lefebvre Weber ne semblent plus actifs politiquement. Pour sa part, Guillaume Bonnet avait été soutenir à ce scrutin la liste de... Roxane Lundy, à Beauvais, qui avait l'appui de l'actif cercle LRDG du Beauvaisis. Cette disparation du radicalisme à gauche à Amiens lors des dernières municipales est d'autant plus marquante que la liste conduite par Julien Pradat (Picardie debout) avait reçu le soutien de nombreuses organisations de gauche, y compris du PS, et a réalisé le score honorable de 25,50 % - ce qui ne ferme pas la porte à une possible victoire au deuxième tour.
Le PRG était également implanté à Abbeville, où la majorité PS-PCF-PRG a été ébranlée lorsque le maire Nicolas Dumont est passé à LREM. Le 15 mars, il a été devancé par la liste de droite (25,5 % contre 31,2 %), mais devant la liste de gauche d'Angelo Tonolli (20,05 %) qui avait le soutien de LRDG - et non du PRG, décidément très affaibli par la création de LRDG en Picardie.
Dans le reste du département, des élus de petites communes, candidats PRG à d'autres scrutins, restent toutefois dans la mouvance du PRG et pas de LRDG. Pierre Brissy, ancien candidat PRG aux législatives et ancien vice-président de la fédération départementale, était élu sortant à Bellancourt (500 habitants). Un siège reste à pourvoir au deuxième tour, alors qu'il a fini premier non élu (ex aequo en voix) avec 42,90 %. Le ballotage est on ne peut plus serré.
Enfin, le maire de Briquemesnil-Floxicourt (300 habitants), Jean-Jacques Stoter, maire depuis 2001 et réélu le 15 mars avec 82,55% (10 des 11 sièges ont été pourvus), est conseiller général puis départemental depuis 2004. Le MRSL comme le PRG le revendiquent comme un de leurs élus (sur des pages de leurs sites qui ne sont pas à jour...), mais de sensibilité de gauche il me semble plus pencher vers le PRG.