de cevenol30 » Mar 22 Nov 2016 01:27
Il est vrai que le rejet du compte de campagne, sanction objective et définitive très liée à l'idée de candidature, ainsi que les deux mises en examen n'ont pas aidé l'ex-sortant. Si on veut comparer avec les USA, c'est pire que de mal stocker ses mails. De la part des votants qui l'ont éliminé en 2012 comme en 2016, de gauche mais aussi de droite, il a pu y avoir le désir qu'il réponde d'un certain nombre de soupçons devant la justice et l'idée qu'il y aurait un malaise si ce n'était pas le cas. Ce genre de poids ne l'aurait d'ailleurs pas aidé face à MLP même si elle n'est plus exempte de casseroles elle non plus (et comme condamnation définitive, elle s'est fait retirer son permis de conduire, ce qui dénote un certain rapport à la légalité). Le tweet humoristique, fût-il effacé, de Castaner reflète en tous cas cette aspiration latente et souvent enfouie à la lutte contre les dérives et la volonté que les suspects ne soient pas mieux traités que les hors-la-loi.
A ce propos, l'ancien président Chirac n'a jamais passé un seul jour derrière des barreaux alors que bien des électeurs adverses l'auraient pensé et souhaité. Gênante série d'impunités présidentielles...
Son ancien adjoint à Paris, lui, a été condamné et est revenu. L'enjeu n'est plus depuis longtemps de l'empêcher d'échapper à la justice, il n'y a justement pas échappé et on ne peut rien faire de plus.
Cependant, l'idée d'un candidat et président avec un casier ou encore des mises en examen est quand même gênante et le troisième homme de l'élection, ainsi que d'autres (Le Maire notamment), ne s'est pas privé de le rappeler sans trop insister. Ca a dû jouer. Inversement, Juppé espérant qu'on le pardonne en votant pour lui affaiblissait un peu sa position.
Pour contrer le FN? Fillon fixerait pas mal l'électorat de droite légitimiste incarné en particulier par la nièce de la candidate et députée du Vaucluse. Pour ce qui est de l'incarnation bonapartiste, avec son charisme, il a du souci à se faire par contre (déjà , cela lui a valu un temps de rester dans les limbes sondagières). L'aspect ultralibéral de son programme (diminuer le nombre de policiers fût-ce en augmentant leurs heures alors même qu'ils expriment un raz-le-bol, diminuer les protections liées à des statuts) sera par contre un repoussoir pour beaucoup dans les catégories populaires et moyennes, repoussoir qui ne profitera pas seulement au FN mais en partie quand même.
Concernant le vote de certaines populations souvent prises pour cible: que les candidats qui tapent le plus dessus voient les électeurs correspondants voter pour leurs adversaires, ça n'a rien d'étonnant, c'est même un effet collatéral délibéré qui à la limite permet d'auto-alimenter le discours (bouh ils votent à gauche, ou Juppé, je vous l'avais bien dit qu'ils sont contre nous...). Ceci dit, il semble y avoir un énorme contre-exemple insulaire à Mayotte...
Sur la fonction publique: déjà , le paradoxe "amusant" est que bien des électeurs de Fillon (retraités) ont eux-même bénéficié du statut de fonctionnaire, de la retraite dès 60 ans. On aurait donc une génération qui supprimerait les possibilités dont elle a pu bénéficier. Autant dire que les Sanders (ou Trump?) à la française auront de beaux jours devant eux.
Autre paradoxe, les fonctionnaires n'ont probablement jamais pris autant de distance avec la gauche ("de gouvernement") et la droite va quand même les lui renvoyer dans les bras...
Il est surprenant de voir oubliés dans quasi tous les discours sur les services régaliens ceux du ministère de l'Economie: impôts, trésor public, douanes (si ce n'est pas régalien de collecter l'impôt, qu'est-ce qui l'est? à moins de vouloir rétablir les fermiers généraux).
Rappelons aussi que le statut de la fonction publique (maintenu sous tous les gouvernements de droite précédents) permet l'indépendance et l'impartialité du fonctionnaire vis-à -vis de toutes pressions ainsi que la répartition sur le territoire et une relative faiblesse des rémunérations surtout pour les postes qualifiés. Ainsi qu'un niveau de connaissances solide et un recrutement aussi impartial que possible par les concours.
De plus, beaucoup de métiers du public existent peu dans le privé: aller occuper un siège éjectable chez un employeur unique veut dire se retrouver dans une situation potentiellement très délicate; l'existence même de certaines formations et leur alimentation en étudiants est donc en jeu, si les recrutements sont stoppés durant tout un quinquennat il pourra donc s'avérer difficile de trouver des candidats lors de la reprise du rythme moyen.
Baisser le nombre de fonctionnaires, c'est possible si c'est simplement pour mettre le statut de fonctionnaire en extinction (en le laissant à ceux qui l'ont déjà pour limiter la grogne sociale, ça semble assez clair chez tous) en recrutant en CDI de droit privé voire contrats temporaires ou en faisant appel à des prestataires extérieurs coordonnés par un noyau restant.
Si c'est pour économiser sur la masse salariale, c'est plus hasardeux à tout le moins: augmenter le temps de travail des fonctionnaires existants implique de rémunérer plus (sinon ça passe trop mal) donc un totla supérieur au moins dans les premières années, la bascule vers des prestataires extérieurs se fait en pratique à coût constant voire croissant (il faut bien un bénéfice pour l'entreprise...) du moins tant qu'il n'y a pas moins de choses à faire au total, le remplissage des postes les moins recherchés par du personnel de droit privé nécessite des sur-rémunérations pour attirer les candidats selon les lois du marché...