Petite mise à jour de la situation actuelle sur les élections sénatoriales :
Dans plusieurs états considérés comme des swing states, voir des états rouges, les candidats démocrates continuent à avoir des avances très surprenantes sur les candidats républicains selon les sondages :
- En Arizona : la républicaine Marthy McSally qui avait perdu de 2,5 points seulement en 2018, est devancé très largement par le candidat démocrate Mark Kelly, par un écart de 9 points en moyenne, le sondage le plus récent donnant même un écart de 13 points à Kelly.
Kelly est un candidat très solide certes, c'est un modéré dans un swing state, un ancien pilote de la Marine et un ancien astronaute. On sait que les Américains affectionnent particulièrement les candidats ayant servi leur pays, quel que soit leur parti d'ailleurs. C'est toujours un plus d'avoir été militaire quand on est candidat à une élection.
En général, cela force le respect y compris des électeurs qui votent ordinairement pour l'autre camp. De plus, cela gêne la campagne du candidat de l'autre parti qui généralement craint de manquer de respect à un ancien militaire et est plus timoré sur les attaques personnelles. J'ai déjà cité, il me semble, la candidate démocrate lors de la partielle en Californie qui s'était moqué du candidat républicain ancien militaire ce qui a sans doute été un facteur dans sa large défaite.
Difficile par exemple d'accuser son adversaire de ne pas être suffisamment patriote comme les Républicains aiment bien le faire quand ils ont un ancien militaire face à eux.
Ceci dit, cela n'a jamais empêché Trump de dénigrer et de se moquer de McCain, le prédécesseur de McSally. On se rappelle qu'en 2015, McCain, qui avait été fait prisonnier et avait été torturé pendant la guerre du Vietnam, n'était pour le président des Etats-Unis "pas un héros de guerre" parce qu'il s'était fait capturé, et "qu'il n'aimait pas ceux qui s'étaient fait capturé". Donald Trump, qui d'ailleurs, avait échappé à son service militaire.
Quoi qu'il en soit, c'est toujours bénéfique d'avoir également servi dans une guerre et même d'avoir été blessé de guerre comme la sénatrice de l'Illinois Tammy Duckworth par exemple. Ce n'est pas le cas de Kelly mais il a connu son propre lot de tragédies : sa femme s'est faite tirer dessus dans une tentative d'assassinat et a heureusement survécu. Là aussi, cela joue sans doute à sa faveur, les Américains étant connus pour affectionner les gens qui ont vécu des tragédies personnelles.
Tant d'éléments qui expliquent en partie, mais pas totalement, sa large avance. L'Arizona, après tout, a été gagné par Trump en 2016. Le siège est républicain depuis des décennies et est censé être un swing state pour la présidentielle. Or, on se rappelle qu'en 2016, aucun candidat aux sénatoriales n'a gagné dans un état qui avait été gagné par l'autre parti à la présidentielle. Si cela devait se produire à nouveau en 2020, cela signifierait une victoire de Biden dans l'Arizona.
Bien sûr, l'élection de 2016 était peut-être exceptionnelle, mais elle s'inscrit dans une tendance du fait que les électeurs étant de plus en partisans, ils ont de plus en plus tendance à voter pour le même parti à la présidentielle et à la sénatoriale quand elles ont lieu le même jour.
Je me demande ainsi si l'Arizona n'est pas l'Ohio de 2016. On se rappelle qu'en 2016, en septembre (je reconnais que c'est beaucoup plus tard que maintenant), le candidat républicain menait très largement sur son adversaire démocrate dans les sondages pour l'élection sénatoriale en Ohio, quand les sondages pour la présidentielle donnait Trump et Clinton aux coudes-à -coudes dans cet état. Résultat des courses : Trump a remporté l'élection dans l'Ohio avec 8 points d'avance, le candidat républicain à la sénatoriale Rob Portman avec 21 points d'avance.
Ainsi, l'avance considérable de Portman dans les sondages en septembre avait présagé une victoire à la présidentielle des Républicains bien plus importante que prévue dans cet état. Je me demande si la même chose n'est pas en train d'arriver avec l'Arizona en 2020 et que la large avance de Kelly en Arizona n'est pas le signe avant-coureur d'une victoire, peut-être large, de Biden dans le même état.
Le fait que beaucoup d'électeurs indépendants semblent prêts à voter pour Kelly n'est-il pas le signe qu'ils pourraient aussi voter pour Biden ? C'est à voir.
- Dans le Colorado : on en a déjà parlé ici, l'ancien gouverneur démocrate Hickenlooper est donné largement gagnant dans les sondages avec plus de 10 points sur le sénateur sortant républicain Gardner. Ici, on comprend mieux ce qui cause cet écart : le Colorado a voté Clinton en 2016, c'est un état de plus en plus démocrate, Trump est impopulaire dans le Colorado et les électeurs associent Gardner à Trump, Hickenlooper est un ancien gouverneur ce qui lui donne un avantage indéniable.
J'irais presque jusqu'à m'étonner que son écart dans les sondages ne soit pas plus important, sans doute du fait de la prime au sortant qui bénéficie tout de même à Gardner.
- Dans le Maine : la candidate démocrate Sara Gideon, auparavant au coude-à -coude avec la sénatrice républicaine Collins, est désormais donnée en tête avec un écart de 2,5 points en moyenne face à celle qui était jusqu'il y a peu l'une des sénatrices les plus populaires des Etats-Unis.
- Dans le Michigan : le candidat républicain John James est un candidat extrêmement solide, cependant les sondages le donnent battu par le sénateur démocrate sortant Gary Peters avec un écart de 7 points en moyenne.
- En Caroline du Nord : les sondages donnent le sénateur républicain sortant Thom Tillis et son adversaire démocrate Cal Cunningham au coude-à -coude, avec une avance en moyenne d'un point en faveur de Cunningham.
- Dans l'Iowa : dans cet état de plus en plus républicain, la sénatrice républicaine sortante Joni Ernst était donnée jusqu'alors favorite, mais un sondage réalisé récemment la donne vainqueur d'à peine un point. Ainsi, alors que le siège était censé rester de façon assez large aux mains des Républicains, il pourrait devenir compétitif.
- Dans le Montana : dans cet état rouge, le siège était censé rester assez largement aux mains des Républicains. Mais la candidature du gouverneur Steve Bullock semble avoir rendu ce siège compétitif et un sondage récent le donne même vainqueur de sept points contre son probable adversaire républicain.
- En Géorgie : il y aura deux élections, dont une spéciale.
Pour l'élection spéciale, l'enjeu est de savoir qui de la sénatrice nommée par le gouverneur Kelly Loefler, considérée comme modérée et consensuelle ou du représentant plus conservateur Doug Collins, va être en tête des candidats républicains en novembre. Le second tour aura lieu en janvier, et son résultat dépendra très certainement de si Biden ou Trump a gagné la présidentielle. Toujours est-il que les sondages donnent largement Collins devant Loefler au premier tour, et ce n'est pas plus mal pour les Républicains parce qu'ils donnent également Collins au coude-à -coude avec son adversaire démocrate lors d'un éventuel second tour que Loeffler perdrait elle très largement.
Pour l'élection normale, les Républicains étaient censés être favoris pour conserver le siège mais là encore des sondages donnent Perdue, le sénateur républicain sortant, au coude-à -coude avec un éventuel adversaire démocrate.
Même avec des réserves qu'on peut émettre sur ces sondages : ce ne sont après tout que des sondages, de plus réalisés six mois avant l'élection. Mais le tableau reste globalement assez sombre pour les Républicains : des sièges censés être compétitifs semblent peu à peu échapper aux Républicains, tandis que des sièges qu'ils devaient normalement conserver assez largement seront vraisemblablement compétitifs en novembre.
Ainsi, alors que la carte électorale ressemblait il y a quelques mois à ça :
https://www.270towin.com/2020-senate-election/8yOboa . C'est-à -dire les Républicains qui conserveraient très probablement le Sénat, et qui conserverait une marge d'erreur dans plusieurs états.
Elle semble de plus en plus se transformer en ça :
https://www.270towin.com/2020-senate-election/lgmR92. C'est-à -dire une carte électorale où les Démocrates auraient pas mal de chance de gagner des sièges et même de prendre le contrôle du Sénat, et où les Républicains n'auraient pas le droit à l'erreur.
Mais où le scénario le plus probable est l'élection spéciale de Géorgie qui détermine le contrôle du Sénat (y compris uniquement grâce au vote du vice-président).
Ainsi, j'en viens à me demander si les sénateurs républicains sortants en 2020 (et en 2018) n'ont pas commis une erreur en surestimant l'influence que pouvait avoir Trump sur leur propre chance de réélection ? Qu'en voulant à tout prix s'associer à Trump et éviter de le critiquer quand cela se justifiait, ils ont été perçus comme trop partisans et trop opportunistes et n'ont pas au final perdu des électeurs indépendants qui n'aiment pas Trump mais qui auraient pu voter pour eux comme ils l'ont déjà fait ? Qu'ils ont évité de se faire battre par un adversaire pro-Trump à la primaire républicaine, mais à quel prix lors de la générale dans un état qui n'a pas voté pour Trump en 2016 et où ce dernier est impopulaire ?
Je me demande si McSally et Gardner, et Collins et Perdue dans une moindre mesure, n'avaient pas le choix, pour reprendre une citation connue, entre la défaite et le déshonneur, qu'ils ont choisi le déshonneur et qu'ils auront quand même la défaite ?
Si Trump n'est pas réélu en 2020, certains sénateurs républicains regretteront peut-être de ne pas s'être assez opposé à Trump quand il le fallait. L'exemple que Trump a fait de Jeff Flake a sans doute marqué les esprits, mais Romney a bien montré par la suite qu'il n'était pas forcément dangereux de s'opposer dans certains cas à Trump (y compris en votant pour son impeachment).
En tout cas, voici mes pronostics pour novembre (ce qui exclut le second tour de janvier 2021 en Géorgie) :
- Pour les victoires républicaines : je les vois assez larges pour Perdue en Géorgie et Tuberville dans l'Alabama. Plutôt sur le fil : Ernst dans l'Iowa, Daines dans le Montana, Tillis en Caroline du Nord à condition pour ce dernier que Trump remporte son état.
- Pour les victoires démocrates : assez larges pour Kelly dans l'Arizona, pour Hickenlooper dans le Colorado et pour Peters dans le Michigan. Sur le fil pour Gideon dans le Maine.
Et un Sénat comme ceci :
https://www.270towin.com/2020-senate-election/a6AdZlOù une victoire de Trump donnerait aux Républicains 51 sièges en leur permettant de conserver leurs sièges en Caroline du Nord et en Géorgie en janvier, et où une victoire de Biden donnerait aux Démocrates 50 sièges (+ le vice-président) voir 51 sièges en leur permettant de capturer un siège supplémentaire en Caroline du Nord et peut-être de remporter le siège en Géorgie en janvier.