guillaume44 a écrit:Une petite question technique ? Aux Etats-Unis, il faut donner son numéro de sécurité sociale pour travailler et ainsi être éligible à la sécurité sociale et en fonction des revenus et/ou de l'âge au Medicare ou Medicaid. Ce numéro de sécurité sociale unique à chaque Américain permet ensuite à l'employeur de déclarer les revenus du salarié à l'état pour l'impôt d'état (impôt sur le revenu en fonction de l'état ou l'on habite) et ensuite pour l'impôt fédéral (impôt sur le revenu aux Etats-Unis sachant que l'impôt d'état est en grande partie déductible de l'état fédéral).
Du coup, mis à part l'IVA (l'équivalent de la TVA française propre à chaque état 20% sur l'état de New-York ou 4% au Colorado), je ne vois pas quel impôt un clandestin pourrait payer.
Alors, il me semble assez clair que vous méconnaissez les contours exactes de l'hypocrisie du gouvernement américain sur toutes ces questions.
Déjà , une petite précision, le numéro de sécurité sociale dont vous parlez est assez différent de celui dont on dispose en France, puisqu'il concerne en fait toutes les interactions que la personne qui en détient un aura à faire avec les institutions américaines. Ce numéro, le SSN (social security number), ne sert jamais à obtenir des remboursements médicaux, mais est un numéro de dossier qui vous permet de communiquer avec toutes les administrations américaines pour vos démarches officielles. Et précision de taille : ce numéro n'est pas réservé aux seuls Américains, des étrangers peuvent en demander un, et l'obtenir (ce fut mon cas lors de mon séjour aux USA en 2004). Des immigrés légaux peuvent donc en obtenir un.
Ensuite, ce qu'il vous faut surtout pour travailler aux USA c'est un visa. Or, contrairement à la légende tenace que Trump entretient par ses discours politiques, l'immense majorité des immigrés illégaux aux USA y sont entrés légalement, avec un visa légal, soit pour tourisme, soit pour étude, soit pour travail temporaire (en tant que salarié ou entrepreneur). Je ne vous ferai pas la liste de tous les visas potentiels, la liste est longue. Certains visas permettent de travailler, d'autres non. Précisons aussi que ces visas ne préjugent en rien d'une volonté (présente ou future) de l'immigré d'obtenir la nationalité américaine.
Les clandestins qui entrent illégalement aux USA par la frontière Sud du pays représentent une très petite minorité des illégaux : la majorité de ces derniers sont des personnes entrées légalement aux USA, avec un visa, mais qui y restent malgré l'expiration (et le non renouvellement) de ce visa.
Et j'en arrive donc à ce système magique qui permet aux services fiscaux US d'imposer des personnes qui sont installés illégalement chez eux : quand un employeur fait signer un contrat de travail, il doit demander un papier d'identité (les papiers étrangers sont 100% valables) et un visa (qui doit être un visa de travail). Mais il n'est pas obligé de vérifier la validité ni même la véracité de ces papiers, sa seule obligation légale est de les avoir demandés (la vérification de leur authenticité n'est pas de son ressort). L'immigré illégal peut donc obtenir un contrat de travail légal avec des papiers d'identité étrangers et un visa périmé. Il peut aussi présenter pour se faire de faux papiers, la fabrication de faux papiers étant un sport national aux USA, pratiqué également massivement par les Américains eux-mêmes (tous mes amis Américains ou presque ont eu de faux papiers d'identité entre leurs 16 et 21 ans, afin de pouvoir acheter de l'alcool). Et depuis les années 1980, les services fiscaux US ont pour consigne quasi officielle de ne pas vérifier la validité des contrats de travail "douteux". Le fisc américain (l'IRS) encaisse des dizaines de milliards de dollars d'impôts sur des revenus calculés sur des contrats de travail qu'il sait plus ou moins être frelatés, mais sur lesquels il ferme les yeux. Et le fisc ne coopère jamais (ou très rarement) avec les services de l'immigration.
https://www.acs-ami.com/fr/blog/conseil ... francisco/http://www.slate.fr/story/124664/sans-p ... pots-trumphttps://splinternews.com/donald-trump-s ... 1793862391Je vous confirme donc que des millions d'immigrés illégaux payent bien l'impôt sur le revenu aux USA, avec la complicité passive des services fiscaux de l'Oncle Sam. Et que Trump, malgré sa rhétorique sur le sujet, n'a absolument rien fait au cours des 4 dernières années pour essayer de lutter contre cette hypocrisie, que les hôtels du groupe Trump pratiquent aussi (on ne compte plus les reportages journalistiques ayant démontré que son groupe hôtelier, comme presque tous les groupes hôteliers du pays, embauchaient des travailleurs illégaux).
https://www.lesoleil.com/actualite/mond ... 3bbef5dbf0Par contre, la minorité des clandestins qui entrent par le Sud des USA, eux ont plus souvent recours au travail au noir (sauf si ils ont réussi à obtenir de faux papiers et de faux visas). Mais eux travaillent plutôt dans les exploitations agricoles de Californie et du Texas, mais n'ont aucun contrat de travail.
guillaume44 a écrit:Un petit rappel historique. Les 11 états de la confédération n'ont jamais eu l'ambition de détruire les Etats-Unis. Auraient-ils obtenu leur indépendance lors de la guerre de Sécession que les Etats-Unis auraient compté soit 39 états soit 50 avec des frontières différentes.
Si ils se sont appelés eux-mêmes des "sécessionnistes", il fait peu de doute qu'ils avaient bien pour objectif la fin des Etats-Unis d'Amérique tels qu'ils existaient au moment de leur sécession :). Quand la Slovaquie s'est détachée de la Tchecoslovaquie, cette dernière n'existait plus. C'est pareil ici. Quant à votre formulation, elle est erronnée : les états du Sud ont bien obtenu leur indépendance pendant 4 ans, puisqu'ils l'ont déclarée de manière unilatérale.
guillaume44 a écrit:La sécession des Etats confédérés était légale, c'est pour cela que le président Jefferson ne fut jamais jugé pour trahison et libéré au bout de 2 ans de prison contre une amende de 100 000 dollars.
Vous êtes sérieux, ou vous faites de l'humour ? La déclaration d'indépendance des Etats confédérés était tout sauf légale : elle fait suite au refus par le Sud de reconnaître les résultats légaux et démocratiques de l'élection présidentielle de 1860, processus qui résultait d'une Constitution dont ils étaient signataires depuis la révolution américaine. La sécession pour cause de rejet du processus électoral de l'Union était 100% un acte illégal s'apparentant à de la trahison et de la sédition. Si beaucoup de Sudistes n'ont pas été condamnés pour leurs actes après la guerre civile, c'est parce que le Nord a décidé d'être clément afin d'apaiser les tensions et d'essayer de recoller les morceaux entre le Nord et le Sud (le Nord a estimé que réintégrer le Sud dans l'Union en fêtant ça en pendant la totalité des chefs sudistes pour trahison c'était peut-être pas le meilleur signe à envoyer à une nation qui pansait ses plaies après 4 ans de guerre civile).
guillaume44 a écrit:Après attention l'esclavage était la seule et unique raison de la guerre entre le Nord et le Sud.
Là aussi, vous êtes sérieux ?
La seule raison de la déclaration de guerre c'est la Sécession des états du Sud et le refus par le Nord de reconnaître cette dislocation de la nation américaine. Le but de Lincoln dans les premières années de guerre n'a jamais été d'abolir l'esclavage. Il s'opposait d'ailleurs farouchement à l'abolition. Les yankees qui justifiaient la guerre au nom de l'abolitionnisme étaient ultra minoritaires (et étaient considérés comme des extrémistes au sein de la majorité du Nord d'ailleurs).
Lincoln n'a fini par se résoudre à l'abolition que très tardivement, vers 1863, pour une raison essentiellement pratique : des centaines de milliers de Noirs ont servi sous les drapeaux des Yankees pendant la guerre, il ne voyait pas comment, dans ces conditions, il pouvait leur refuser l'affranchissement (d'autant que cet afflux massif de soldats Noirs évita réellement au Nord de s'effondrer face à ses pertes énormes du début du conflit).
Si le Sud déclare l'indépendance c'est parce qu'il prend conscience que le compromis dit du Missouri vit ses dernières heures. En 1860, depuis plusieurs décennies, les états américains avaient établi un compromis : chaque nouvelle adhésion d'état au sein de l'Union se faisait par paire, un état esclavagiste et un état non esclavagiste (avec une ligne fictive entre le Nord et le Sud). Et c'est justement la guerre contre le Mexique qui rendit caduc ce compromis : les terres nouvellement annexées étaient immenses, réparties de manière non uniforme entre cette ligne fictive. Or, les futures états de l'Ouest refusaient catégoriquement de pratiquer l'esclavage. Le Sud esclavagiste s'est donc rendu compte qu'il allait devenir de plus en plus minoritaire. Quant aux états du Nord, l'esclavage ne les dérangeait pas moralement, mais uniquement économiquement : le Nord était plus industriel, il dénonçait la concurrence déloyale du Sud (qui ne payait pas sa main d'oeuvre), et, surtout, les esclaves n'ayant pas de salaire, ils ne pouvaient pas acheter de produits industriels.
Les causes de la guerre de Sécession sont politiques et économiques avant tout, absolument pas philosophiques.
Et il y a deux éléments historiques incontestables qui prouvent sans l'ombre d'un doute que la question de l'esclavage était secondaire dans cette guerre civile (en tout cas sur la période 1860-1863 c'est certain) :
1) des états esclavagistes n'ont pas fait sécession en 1860 et ont soutenu le Nord car ils refusaient de quitter l'Union (ils furent au nombre de 5 : Delaware, Kentucky, Maryland, Missouri et Virginie Occidentale). C'est la preuve que pour ces états là l'enjeu premier n'était pas l'esclavage mais bien la survie de l'Union
2) après la guerre, le Nord n'a absolument rien entrepris pour lutter contre la ségrégation raciale, laissant perdurer dans les faits des situations proches de l'esclavage, mais sans le nom officiel
La vision d'un Lincoln comme le grand émancipateur qui avait pour but premier la libération des esclaves est une construction romantique postérieure à son époque et qui ne correspond pas du tout à la réalité historique du conflit.