Nico78 a écrit:Pour les spécialistes :
Je m'interroge sur les résultats du Kansas, état rouge s'il en est.
Les Démocrates remportent le siège de gouverneur plus un siège de réprésentant KS-3, nettement pour ce dernier
Y a t-il une évolution spécifique à cet état qui m'aurait échappé? Une candidature républicaine localement contestée?
Je vois un candidat indépendant au poste de Gouverneur (Orman) qui a pris 6,5%, un plutôt beau score pour un indépendant (il était déjà en course en 2014 et avait obtenu 40% contre le gouverneur républicain). Des voix qui auraient manqué à la candidature républicaine?
Bref je suis preneur d'éclaircissements car c'est une grosse surprise pour moi.
Pour le Kansas, il y a des éléments locaux et des nationaux.
Déjà , il faut constater qu'un élément entrevu lors de la présidentielle de 2016 semble se confirmer : même dans les états très rouges, les aires urbaines et leurs banlieues virent de plus en plus au bleu (Kansas, Oklahoma, Utah...). Du coup, dans ces états là ça commence à poser de sérieux problèmes aux républicains élus dans les districts urbains (et ça fait que de plus en plus de maires démocrates sont élus dans ces mêmes états rouges, lesquels s'opposent parfois vivement aux gouverneurs républicains).
Ainsi, au Kansas on avait déjà aperçu au cours des deux dernières années des résultats à des élections locales assez étonnants : élection d'une candidate démocrate ouvertement lesbienne et bascule de plusieurs sièges dans les assemblées locales. Un de mes amis démocrates de Floride qui milite au sein du parti de l'âne me confirme que localement le parti démocrate est très bouillonnant (apparemment pas mal de nouveaux militants, des gens qui ont déménagé au Kansas et qui viendraient d'états bleus). Précisons également que les démocrates l'ont joué très finement en choisissant lors de leurs primaires des candidats très adaptés à l'état (centristes et modérés, pas des fervents soutiens de Sanders :) ).
Et, côté républicains, le candidat républicain sentait le souffre : il s'agissait de Kris Kobach, un fervent défenseur du président, connu pour être un spécialiste de la manipulation électorale justement. Dans son état, en tant que secrétaire de l'état, il avait radié des dizaines de milliers d'électeurs, et a été jusqu'à en poursuivre une dizaine d'entre eux pour fraude électorale. Or, c'était des cas de double vote, plus souvent pour des raisons de mauvaises connaissances des accusés, du coup ça c'est retourné contre Kobach qui à cette occasion était apparu très agressif envers des personnes pas vraiment coupables de comportements délictuels. Il est également connu pour avoir dirigé la commission imposée par Trump pour "prouver" les fraudes d'Hillary Clinton qui auraient abouti à "voler" le vote populaire à Trump en 2016. Commission qui fut un vaste cirque ayant tout de même englouti de l'argent du contribuable pour rien puisque les accusations étaient infondées. Derrière, Kobach s'est imposé lors des primaires républicaines grâce au soutien présidentiel, et en battant (sur le fil) le gouverneur sortant Colyer. Je pense que le profil beaucoup plus centriste de ce dernier aurait à mon avis posé beaucoup plus de problème à la candidate démocrate Kelly lors de la générale.
Enfin, la candidature indépendante d'Orman a fini de faire dérailler le train Kobach : Orman a été affilié aux deux grands partis et est désormais un indépendant (il dit avoir été déçu par les deux partis) qui peut piquer des voix aux deux grands partis. Mais sur cette campagne, son directeur de campagne l'a lâché un mois avant l'élection pour rallier la candidature de la candidate démocrate qu'il jugeait mieux placée pour faire tomber Kobach. Or, suite à ça, Orman prenait en effet plus de voix à la candidature républicaine qu'à celle démocrate...
Ce sont tous ces éléments qui m'avaient fait pencher pour la bascule dans mes pronos : sur ce coup là ce fut un bon choix :).
Concernant le soutien de Trump, on notera d'ailleurs que, là aussi contrairement aux premiers retours médiatiques de la nuit d'élection, les candidats soutenus par Trump ont eu des résultats très variés. Apparemment, seuls 55% des candidats bénéficiant du "Trump approved" ont été élus, et certains d'entre eux ont enregistré quelques grosses contre-performances. Et au niveau du Sénat, si certaines bascules bénéficient indéniablement d'un effet Trump et Kavanaugh, ça se limite quand même à des états très rouges (Indiana, Missouri et Dakota du Nord), et encore pas tous. Les républicains peuvent se mordre les doigts d'avoir nommé des candidats très faibles en Virginie Occidentale et au Montana. Il parait d'ailleurs que Trump est assez furieux de ne pas avoir pu se payer le scalp de Tester (à qui apparemment il ne pardonnerait pas d'avoir fait dérayer la nomination de son médecin personnel en tant que secrétaire des anciens combattants, même si concernant ce dernier ce sont surtout ses carences personnelles qui lui ont coûté le poste je pense). Tester qui, contrairement à Manchin, réussit l'exploit d'être réélu en ayant voté contre Kavanaugh.
De même, les nombreux meetings de Trump dans les Grands Lacs, en Ohio et en Pennsylvanie n'ont pas permis de faire tomber les sénateurs démocrates sortants de ces états là .