cevenol30 a écrit:Les grosses différences entre les sondages nationaux selon les instituts sont assez surprenantes. Certes, certains doivent demander aux sondés de trancher uniquement entre Trump et Clinton et d'autres laisser de la place aux autres candidats, ça fait une partie de la différence mais pas tout.
Concernant les "autres": juste laisser dire "quelqu'un d'autre", sans précision, dans un sondage peut surestimer ce résultat, en effet n'apprécier ni Clinton ni Trump peut faire dire "y a pas quelqu'un d'autre?" sans toujours faire voter libertarien ou vert ou autre.
Les résultats ''Rasmussen Reports" indiquent des "autres" à 13-15%, ce qui semble bien surestimé (plus haut on a pu voir un sondage dans un Etat avec 6 Libertarien et 2 Verts et c'est déjà pas mal pour les deux) à moins que... que ce soit juste pour le moment une menace pour les grands candidats qui n'attirent pas, voire repoussent, certains électeurs. Bien souvent d'ailleurs, les électeurs insatisfaits des deux grands partis se réfugient dans la forte abstention qui est une des caractéristiques actuelles de la politique américaine (ce qui n'a pas toujours été le cas).
Autre chose qui surpend: l'écart Sanders-Trump plus favorable que l'écart Clinton-Trump. Ce qui laisserait à penser (c'est certes déjà une interprétation) que Sanders serait un meilleur candidat, alors même qu'il mobilisera plutôt moins les femmes et les minorités.
En tous cas, si Clinton perd, les partisans de Sanders pourront dire: "avec notre candidat, ça se serait mieux passé" et il y aura au moins quelques éléments sérieux en faveur de cette thèse.
Incontestablement, il y a cette année un espace pour les "petits candidats", du exclusivement au niveau élevé de rejet des deux principaux candidats. Le problème, c'est que dans les faits, sans couverture médiatique et financière, le système américain est très compliqué pour ces "petits". C'est d'ailleurs à cause de (et grâce à , l’œuf ou la poule...) ce système que le bipartisme est aussi puissant et ancré en Amérique : en dehors des grosses machines électorales que sont le GOP et le parti démocrate, point de salut pour un candidat indépendant ou hors système. Ce n'est pas pour rien que Trump a choisi le GOP plutôt que cette "troisième" voix : il a jugé que le côté démocrate était préempté par Clinton et qu'il ne pouvait pas émerger en dehors du GOP.
Dans le système américain tel qu'il existe aujourd'hui, une troisième candidature ne peut que faire tomber un des deux gros candidats, mais pas gagner (enfin, si, en théorie, il existe bien un chemin constitutionnel permettant à un candidat alternatif de l'emporter au nez et à la barbe des deux gros, mais on est plus sur de la politique fiction qu'autre chose).
Concernant le meilleur écart en faveur de Sanders dans les intentions de vote, c'est là aussi un élément supplémentaire qui fait d'ors et déjà de cette saison politique américaine un cas exceptionnel (dans le sens hors norme) : l'électorabilité des candidats n'a cette année joué quasiment aucun rôle dans les motifs de vote. Cette année, tous les
exit polls indiquent que les votants aux primaires votent pour défendre leurs idées, et peu leur importe de savoir si ces idées et le candidat qui les incarne ont une chance de gagner ou non. Et cette volonté de défendre des valeurs ou un programme se retrouve aussi bien chez les démocrates que chez les républicains. Le seul candidat de ces primaires dont l'électorat semblait se soucier un tant soi peu de ses éventuelles performances sondagières pour la générale c'était Kasich (c'est en effet lui qui disposait, et de très loin, des meilleurs sondages pour la générale).
Concernant les sondages et le duel Clinton / Trump, il faut être réaliste : ils n'ont chacun des chances de l'emporter que face à l'autre. Trump se ferait certainement atomiser par n'importe quel candidat démocrate plus consensuel que Clinton, et Clinton n'aurait que de faibles chances de l'emporter face à n'importe quel autre candidat républicain moins clivant ou anxiogène.
Je suis à peu près persuadé que le simple fait que Clinton mène le ticket démocrate garantissait à n'importe quel candidat républicain (fut-il centriste et modéré) de voir la base du GOP se déplacer pour voter contre Clinton (le sentiment de haine et de rejet qu'elle peut générer chez un électeur républicain est presque aussi élevé que le sentiment que Trump peut aussi générer pour la base démocrate). Clinton augmente considérablement ses chances de l'emporter face à Trump parce qu'il lui offre une opportunité plus grande avec les indépendants, et qu'il augmente encore son
gender gap et le problème du GOP envers les minorités. Et même comme ça, elle peut encore perdre (même si elle a plus de chances de gagner), ce qui en dit long sur l'immense problème de popularité et de rejet auquel sont confrontés les deux candidats de cette année.
Et c'est pour cela, quel que soit l'identité du vainqueur de novembre, que je lui prédis un mandat compliqué. Le seul vrai avantage de Clinton par rapport à Trump dans cette optique, c'est qu'elle au moins aurait moins de problème avec son parti que lui.