On peut en effet donner de nombreux qualificatifs aux frères Koch. Ce sont des lobbyistes pur jus qui défendent leur agenda en inondant les politiques de sommes astronomiques. Mais ultra conservateurs, j'avoue je sèche. Le conservatisme religieux n'a jamais, et pour cause (rien que pro gay et pro choice ça suffit déjà à les qualifier de satanique pour toute la droite religieuse américaine), fait parti de leur programme. Par contre, en effet, économiquement parlant ce sont des ultra libéraux (au sens français du terme).
Concernant la campagne, on a en effet ces derniers jours plusieurs ralliements de membres de l'aile modérée du GOP à Clinton. C'est pas une surprise, c'était attendu. Outre Whitman, on a eu Sally Bradshaw, une républicaine de Floride issue du clan Bush. Elle vient de s'affilier en tant qu'indépendante et appelle à voter Clinton, disant que Trump est en train de détruire le GOP. D'autres noms ont suivi : Dallas Maverick, un milliardaire donateur du GOP, et la petite fille de John MacCain, Caroline, qui met en avant les attaques de Trump contre son grand-père (lequel soutient toujours officiellement Trump assez mollement, mais qui lutte surtout pour l'élection la plus difficile de sa carrière pour le poste de sénateur de l'Arizona, pour l'heure il est concentré sur les primaires de son parti pour l'investiture) pour justifier son ralliement à Clinton.
Côté Trump, on notera le ralliement de Malik Obama, l'un des demi-frères du président lui même. La presse se perd en conjecture pour expliquer cette trahison familiale.
Les derniers sondages nationaux donnent en effet un boost à Clinton. Les derniers sondages par état vont aussi dans ce sens (Nevada, Pennsylvanie, Géorgie). Gallup a ainsi livré son analyse de la perception des conventions :
http://www.gallup.com/poll/194084/ameri ... ntion.aspxPour résumer :
52% des personnes ayant vu la convention républicaine aiment moins le GOP après la convention, contre 35% qui disent que ça a amélioré leur perception du parti. Côté démocrates : 44% des personnes interrogées ont une meilleure opinion du parti, contre 42% qui en ont une plus mauvaise.
Gallup souligne que c'est la première fois depuis qu'elle teste l'après convention (1984) qu'elle est confrontée à une perception négative pour l'un des partis. Quant aux conséquences sur des votes éventuels :
1) pour Trump, 73% des républicains disent que la convention leur a donné plus envie de voter pour lui, contre 13% qui disent avoir moins envie de voter pour lui. 2% des électeurs démocrates disent que la convention du GOP les a motivés à voter pour Trump.
2) côté Clinton, 81% des démocrates ont plus envie de voter pour elle, contre 9% qui en ont moins envie. 8% des républicains disent que la convention démocrate leur a donné envie de voter pour Clinton.
Je ne serai pas aussi définitif que Guillaume44 concernant les chances de Trump. Oui elles sont minces. Mais avec des débats exceptionnels pour le milliardaire et en mettant le paquet sur le rejet du système et des élites, il peut peut-être encore passer dans un trou de souris. Après tout, entre 15 et 30% des personnes interrogées ne choisissent par pour l'heure entre les deux candidats les plus impopulaires de l'histoire américaine. Si Trump arrive à mobiliser ces indécis, il peut avoir une chance. Mais j'en doute. La division extrême de son parti sur sa personne et son agenda lui compliquent considérablement la tâche, en plus du collège électoral. Mais c'est hallucinant que Clinton, quand on connait le passif du personnage, fasse office de favori.
Sinon, pour rebondir sur les précédents messages. Personnellement, je suis un grand fan du système politique américain. Pas sur le fond (c'est un système bourré de défauts), mais sur la forme : le système de vote indirect par état permet de s'éclater à faire des cartes électorales, le tout appuyé sur des masses de sondages et de données électorales et sociologiques complètes sur plusieurs décennies. C'est un pays que j'aime beaucoup (là aussi, on peut aimer un pays tout en condamnant nombre de ses actions) : les paysages y sont magnifiques, les gens y sont bien souvent très sympas et aimables (demander à un Américain un renseignement ou une information en tant que touriste perdu, vous serez surpris par son investissement pour vous aider à résoudre votre problème), et j'y ai plein d'amis (républicains et démocrates). C'est un pays dont la beauté, la complexité et les contradictions me fascinent.
Enfin, au delà de Trump et Clinton, on assiste depuis quelques années à un bouleversement politique majeur des deux côtés de l'échiquier politique :
1) côté démocrates c'est plus facile à suivre et à appréhender. Depuis les années 1990 on assiste à un glissement continu vers la gauche qui s'est considérablement accéléré ces dernières années. D'abord sur les questions sociétales, puis sur les questions économiques. Selon les critères européens on reste largement sur un parti centriste (encore que, les démocrates proposent une hausse du salaire minimum et des prestations sociales, peu de partis de gauche européen proposent ça de nos jours), mais selon les critères américains c'est un glissement à gauche indéniable.
2) côté républicain c'est plus flou et complexe. Le GOP a tenté de se concentrer quasiment uniquement sur son agenda sociétal conservateur en gardant un créneau libéral assumé en économie. Le problème c'est que leur base s'est éloignée de ce créneau économique libéral en s'ouvrant aux cols bleus dans les années 1980. Cette dichotomie entre la base et le sommet a permis l'émergence des tea party dans un premier temps, puis de Trump. Mais ce qui est intéressant, c'est que désormais, comme les démocrates, beaucoup de républicains préconisent aussi une plus grande intervention de l'état (même si ce n'est pas avec le même objectif que les démocrates).
3) en théorie cela devrait laisser de la place à l'émergence d'un troisième parti plus centriste. Mais le modèle politique américain est puissamment en faveur du bipartisme. On verra dans les années à venir ce que ça donne.