Eco92 a écrit:Bon je n'osais affirmer qu'il était plutôt fiable (j'en avais l'impression) mais voilà , c'est confirmé :)
En tous cas si ça arrive à un truc comme ça c'est le raz de marée non ?
Aux USA, il y a une expression pour ça :
to win by a landslide. Littéralement, un
landslide est un glissement de terrain. Utilisé dans un cadre politique, on traduirait ça par "raz de marée électoral".
Alors oui, Nate Silver et son site c'est du très fiable en matière de pronostic généralement. Pour le raz de marée, je dirais que ça dépend de ce que tu entends par là . Les
landslides de référence dans la période contemporaine, c'est Johnson en 1964 et Reagan en 1984 (où il est passé à un cheveu du carton plein avec le Minnesota, sauf à DC, mais là les républicains n'ont aucune chance), si on laisse de côté les plébiscites de Roosevelt.
Etant donné l'extrême clivage politique US, avec les deux Amériques qui se font désormais face, je crois vraiment qu'il sera très difficile de retrouver de tels scores au collège électoral (à la limite, un président sortant très consensuel avec un bilan en or massif ?). Mais oui, si Clinton dépasse réellement les 350 grands électeurs, on pourra alors parler de sévère déculottée pour le candidat républicain.
Cela dit, il faut quand même rester prudent. Comme tu l'as dit, dans certains états la marge entre les deux candidats reste faible. Mais oui, je pense désormais que ce qui joue dans les semaines à venir n'est plus tellement l'identité du gagnant, mais bien la marge d'écart entre les deux.
Les derniers sondages voient Trump s'effondrer considérablement auprès des femmes. D'ici à novembre, il peut peut-être redresser un peu son score dans cet électorat. Mais vue la configuration et les polémiques, il aura quand même un gros écart avec Clinton sur cet électorat. Pareil pour les Latinos. Si ils se mobilisent fortement, il est très mal. Si leur mobilisation est moyenne ou mauvaise il pourra sauver des meubles.
L'autre élément c'est l'électorat républicain, modéré ou religieux selon les états. Selon l'attitude de ces électorats là , on peut avoir quelques surprises dans des états comme l'Utah, la Géorgie ou l'Alaska.
En tout cas, les derniers sondages (et depuis un moment déjà ), ne laissent à Trump plus beaucoup d'espoir d'entamer le mur bleu. Et comme il ne peut rafler tous les
swing states, la victoire est à mon avis désormais impossible. Si il arrive à empocher l'Ohio et l'Iowa, ce sera déjà pas mal.
Mais derrière l'enjeu présidentiel, ce qui se joue là c'est surtout le Congrès. Plus Clinton gagne largement, plus les démocrates peuvent espérer rafler le Sénat (probable), voire carrément tenter un hold-up sur la Chambre (très difficile, là pour le coup il faudrait vraiment un naufrage de Trump et du GOP).
Azertyuiop a écrit:Le terme "raz-de-marée" est en effet très exagéré. Trump serait globalement au même niveau que McCain en 2008. Certes, ce serait quand même une défaite cinglante mais on reste loin des quasi grands chelems qu'on pouvait encore observer il y a quelques décennies.
Pour revenir sur Nate Silver, malgré ses excellentes performances prévisionnistes des dernières générales, il s'est tout de même pas mal planté sur les primaires américaines : il me semble qu'il n'avait pas du tout vu venir Trump. Et comme la prévision concerne encore Trump...
J'aurais une question aux spécialistes de la carte électorale américaine concernant le Nebraska, qui n'applique pas le winner takes all mais est divisé en trois districts. L'Etat en lui-même est acquis à Trump mais la répartition des votes est-elle assez hétérogène pour qu'un des districts puisse pencher vers les démocrates en cas de grosse contre-performance de Trump ? En clair, est-ce que Clinton pourrait y gagner un grand électeur ? L'élection ne se jouera sans doute pas à un délégué près, surtout maintenant que les sondages sont redevenus catastrophiques pour Trump, mais c'est histoire d'avoir la prévision la plus précise possible ;)
Actuellement (j'insiste, ça peut encore bouger), Trump serait un peu en dessous de MacCain en terme de grands électeurs.
Pour les primaires, je crois que beaucoup (dont moi) ont été influencés par la campagne des primaires de 2012. Cette année là , avant l'émergence de Romney, on avait vu se succéder une succession de candidats très atypiques qui trustaient alternativement les premières places dans les sondages, avant de s'effondrer quelques semaines plus tard, remplacés par d'autres feux de paille. Cette année on a cru que ce serait pareil pour Trump. D'autant qu'à un moment, il s'est fait doubler dans les intentions de vote par Carson, qui s'est effondré ensuite. La grosse différence par rapport à 2012, s'est faite sur 2 éléments :
1) en 2012, Romney n'a pas eu de véritable concurrence sur le créneau "candidat sérieux officiel". Le parti l'a très vite choisi comme poulain. Là où cette année, le parti et les donateurs ne savaient pas quel cheval choisir (Bush ? Kasich ? Fiorina ? Rubio ?)
2) la base a cette année voulu envoyer un message au GOP : finie l'eau tiède du sempiternel agenda républicain depuis Reagan et Bush. Ils ont tapé du poing sur la table, et le seul qui leur permettait vraiment ça, c'était Trump. Et ce dernier a eu un coup de génie en jouant la base comme il l'a fait. Le problème c'est que derrière il n'a pas su (pu ou voulu ?) élargir son discours pour la générale (sans parler des polémiques incessantes et des dérapages)
Pour le Nebraska, il y a un autre état qui pratique ce genre de répartition par district, c'est le Maine (qui lui en a 2, contre 3 pour le Nebraska). Le premier avait ainsi donné un grand électeur en 2008 à Obama (avec le district d'Omaha). Le second n'a pour l'heure jamais splité. Pour le premier, on a très peu de sondages concernant le vote du district d'Omaha. Clinton y a investi en publicités. Sera ce suffisant pour le faire basculer ? J'en doute (Obama avait réussi grâce à une très forte mobilisation des Afro-Américains et des jeunes). Pour le Maine, on a eu plusieurs sondages donnant Trump en tête assez nettement dans le 2e district du Maine (et un Maine assez disputé au global aussi d'ailleurs). Mais là aussi, le dernier sondage publié ne donnait plus qu'un point d'avance à Trump dans le 2e district du Maine, et Clinton remontait en flèche sur l'ensemble de l'état.
Attendons et laissons passer le dernier débat (qui à mon avis ne changera plus la donne de fond, mais peut jouer à la marge). Pour l'heure, je pencherais plutôt pour aucun split électoral : ni dans le Nebraska ni dans le Maine.