Les défections républicaines envers Trump sont en effet massives désormais. On a je dirais deux grands profils de rupture de ban qui se dessinent :
1) les républicains modérés, qui étaient déjà assez peu enthousiastes envers le candidat pour des raisons de fond, et qui sautent sur l'occasion pour rejeter un candidat dont le programme leur déplaisait déjà grandement (MacCain, Ayotte...).
2) les républicains conservateurs, pour qui soutenir un candidat en plein
pussygate (j'adore la manie journalistique américaine de donner ce genre de noms à ce genre d'affaires) est tout bonnement impossible à vendre auprès de l'électorat le plus religieux (les sénateurs du Nebraska, de l'Idaho et du Dakota du Sud).
Concernant un abandon de Trump on est en pleine utopie irréaliste. Outre que le Donald a clairement émis une fin de non recevoir, c'est désormais légalement parlant impossible. De nombreux états ne permettent plus de modification des inscriptions, les votes par correspondance ont déjà démarré, et toute tentative légale de changer les choses s'enliserait dans des débats juridiques sans fin. Si on voulait faire un peu de politique fiction, le seul scénario vaguement vendable serait un retrait théorique de Trump qui laisserait Pence faire campagne à sa place. En cas de victoire du ticket républicain, Trump devrait prêter serment en janvier et démissionner dans la foulée, Pence devenant alors président le plus légalement du monde.
Autant dire qu'il n'y a aucune chance de voir le Donald accepter ce genre d'arrangement. Mais je crois que dans un tel scénario imaginaire, ce que j'achèterai le moins comme hypothèse c'est la victoire d'un ticket présidentiel aussi baroque, avec un candidat vice-président mis en avant pour remplacer le candidat président.
Concernant le
pussygate on est en terrain plus balisé déjà , et depuis hier ça a commencé. Les médias vont ouvrir la boîte de Pandore en déversant tout ce qu'ils trouveront pour étayer le procès en sexisme, harcèlement et vulgarité du Donald (et clairement, le personnage leur facilite la tâche : c'est pas le matériel de base qui va manquer). Le bruit médiatique sera vampirisé par cette seule actualité. A partir de là , le candidat mis en cause a 3 options :
1) nier en bloc. Étant donné le nombre ahurissant d'enregistrements du Donald et de témoignages de femmes à son encontre, cette option là n'existe pas dans le cas qui nous occupe.
2) reconnaitre les faits, faire amende honorable, se répandre en interviews, talk-shows, conférences de presse, si possible entouré de sa femme et de ses enfants, pour dire à quel point on est désolé, on regrette, on a changé, et surtout dire que tout cela est bien fini et ne se reproduira jamais plus.
Pour le moment Trump semble opter pour ça. Mais pour l'heure la contrition n'a été qu'écrite ou enregistrée, pas faite en direct. Connaissant la personnalité du bonhomme, j'ai toutes les peines du monde à l'imaginer se répandre pendant des heures et des heures sur ses erreurs, et se repentir amèrement. Mais qui sait, parfois les gens sont surprenants. De toute façon, vu le timing, on aura très vite la réponse. On verra ce que ça donne dans le débat de cette nuit.
Par contre, le problème de cette option, c'est que derrière le candidat n'a plus le droit de récidiver. Trump ne devra plus commettre aucun écart de langage envers les femmes d'ici l'élection, y compris contre son adversaire. Et là non plus, je ne suis pas persuadé que le candidat en soit réellement capable, d'autant que pour son malheur, son adversaire est une femme.
3) essayer de créer un contre-feu suffisamment efficace pour faire oublier le premier incendie. Là tout de suite ça parait compliqué, et il faudra plus que les "révélations" de wikileaks de vendredi. On peut imaginer une tentative de combinaison des options 2 et 3. Là aussi le débat de ce soir permettra de se faire une idée. Mais si l'option retenue c'est vraiment les frasques de Bill, je crains que ce ne soit un peu contre-productif auprès des électrices et pas si gênant que ça pour Hillary.
Le débat justement. Il est acquis désormais (pour ceux qui avaient encore un peu d'espoir) que le fond sera très secondaire (j'entends par là les programmes). On est sur un format où la moitié des questions sera posée par des électeurs indécis présents dans la salle. Vue l'actualité, Trump sera sous le feu des critiques. Il va devoir être extrêmement prudent et convaincant dans ses explications. Je ne pourrai hélas pas le regarder en direct cette fois (je dois me lever très tôt demain matin).
A mon sens on est là sur un vrai tournant de campagne : Trump doit être très bon, voire excellent. Mais il doit être surtout excellent sur lui même. Il va devoir jouer contre sa nature, se montrer humble et contrit, ne pas perdre son calme, et dire qu'il regrette amèrement. Pour attaquer Clinton il ne doit parler que du fond (la fondation, les emails, les lobbys...), éviter comme la peste toute attaque personnelle. Et même ainsi, je crains quand même que l'impact sur l'électorat féminin est déjà très difficile à rattraper pour Trump. Si Clinton semble sortir vainqueur du débat, même de peu, la campagne de Trump sera finie.
On notera d'ailleurs que depuis hier, la campagne Trump s'est repliée au sein de la tour Trump de Manhattan, tout le monde (à l'exception de Giuliani, qui décidément ne ménage pas ses efforts pour obtenir un ministère en cas de victoire du Donald) a annulé ses interviews programmés ce dimanche (notamment Kellyanne Conway, qui depuis le début du
pussygate joue à la femme invisible). A part les quelques tweets du Donald (et sa vidéo d'excuse, où les attaques contre Bill et Hillary prennent d'ailleurs plus de temps que ses excuses en fait) et les déclarations de Pence (qui d'après les journalistes est furieux de la tournure des événements
http://www.thehill.com/blogs/blog-brief ... 05-remarks), c'est silence radio. D'ailleurs Trump et Pence aussi ont annulé des déplacements et des interviews prévus pour ce week-end au dernier moment.
Mais le pire c'est du côté du GOP : outre les déclarations autonomes et individuelles de plusieurs centaines d'élus rappelées ici par d'autres contributeurs du forum, les officiels et les instances du parti optent pour l'heure pour le silence radio absolu. Tout le monde semble tétanisé et attendre le débat avant de parler.