guillaume44 a écrit:Pour équilibrer, il faudrait aussi rappeler les frasques d'Hillary Clinton.
C'est peut-être le plus gros avantage de Clinton : sa vie, ses erreurs, ses boulettes, sont déjà sous le feu des projecteurs depuis de très longues années. Tout a déjà été dit, décortiqué, analysé...Tous les Américains ont déjà un avis sur elle. Je ferais un parallèle avec Sarkozy : peu importe les rebondissements et les nouvelles infos, tout le monde a déjà un avis sur le personnage (en bien ou en mal). Et surtout, elle est habituée à être ainsi sur le grill. Elle a le cuir tanné. C'est de là que vient en grande partie sa réputation de froideur et son goût du secret. Pour le coup ça s'est vu lors du débat : les attaques glissent sur elle. Elle ne sort jamais de ses gonds.
Alors qu'avec Trump c'est de la nouveauté au quotidien, un renouvellement sans fin de
story telling, du plus sérieux au plus insignifiant, en passant par le plus drôle ou le plus choquant. Tous les jours on découvre de nouveaux dossiers. Et on sent bien que Trump est moins habitué que Clinton à être ainsi sous le microscope. Et qu'il supporte très mal la critique. Non pas que Clinton doit l'apprécier. Mais elle le montre moins, et elle ne dérape pas quand on l'asticote.
Mais du coup, contrairement à Trump, elle parait nettement moins sincère.
Par contre, je serais un peu moins catégorique que vous concernant les impôts : Trump a passé toute sa campagne à dire que le système était pourri et qu'il ferait le grand ménage. Cette affaire met en exergue que jusque là il s’accommodait visiblement plutôt bien de ce système pourri. Depuis 2 jours tous les démocrates mettent en avant le civisme fiscal de leur candidate, qui veut augmenter les impôts des plus riches pour financer plus d'aides sociales et de services publics (je dis pas que c'est forcément ce qu'elle fera, en tout cas c'est son programme). Là où l'affaire blesse le candidat Trump c'est que ça le touche sur le fondement de sa campagne : il est censé être un milliardaire efficace et compétent avec ses entreprises, qui mènera l'Amérique comme il a fait fructifier son business. On découvre qu'en tant que businessman il a visiblement plus perdu de milliards qu'il n'en a gagné (je suis assez convaincu que sa non révélation fiscale sert aussi bien à cacher l'optimisation fiscale que la surévaluation de sa fortune réelle), et qu'il n'a peut-être pas non plus été un mécène aussi généreux qu'il le prétend. Là aussi, la comparaison journalistique entre la fondation Clinton (qui certes est source de conflits d'intérêts innombrables pour les Clinton, mais qui semble bien réellement financer de manière efficace des œuvres caritatives réelles) et la fondation Trump (qui semble surtout une source de procès à venir pour Trump, concernant des détournements de fonds) ne semble guère à l'avantage du Donald.
Mais tout cela reste insuffisant pour lui faire perdre la base républicaine. Sur des électorats tangents c'est moins certain. Et clairement, il faut qu'il arrête très vite avec Machado : l'effet sur les électrices est très contre productif. Si en plus derrière la contre attaque c'est réellement de reparler de l'affaire Lewinsky, je suis pas sur que ce soit mieux.
Pour les impôts : vous avez une perception biaisée du dossier je crois. Aux États Unis, quand le Congrès vote les impôts, les barèmes et les niveaux d'imposition sont fixés pour une période donnée. Il est très compliqué juridiquement et politiquement parlant de revenir sur ces barèmes tant que la période fixée par la loi n'est pas expirée. Il faut bien comprendre que pour un président américain, il faut composer avec le Congrès. Ce n'est pas du tout comme en France. Obama a consacré son début de mandat à l'Obamacare (combat déjà très compliqué, y compris avec certains élus démocrates) plutôt qu'à une lutte fiscale perdue d'avance. La campagne pour le renouvellement du Congrès de 2010 s'est faite sur le renouvellement ou non de l'imposition de l'ère Bush (imposition dont le terme expirait fin 2010). Les républicains ont gagné (et sont restés majoritaires depuis à la Chambre) : ils ont renouvelé l'imposition de l'ère Bush dans la foulée.
http://lexpansion.lexpress.fr/actualite ... 89316.htmlCar oui, si Clinton gagne la présidence et que les républicains conservent la Chambre, elle pourra très difficilement leur imposer des plans fiscaux. Elle va devoir les négocier. C'est ça la réalité du fonctionnement politique américain. C'est d'ailleurs pour ça qu'elle met autant en avant la hausse du salaire minimum : ça peut passer par des décrets présidentiels sans l'aval du Congrès.