Herimene a écrit:Vous avez une vision très idéalisée de la vie politique américaine. Sans le soutien d'un bon tiers des barons démocrates, Obama n'aurait jamais pu enclencher la dynamique qui a fait de lui un vainqueur des primaires démocrates puis un Président élue avec une nette majorité, en 2008. Quant à Trump, il a percé grâce à sa notoriété et à son sens de l'entertainment inégalable... et a eu la chance d'arriver pile au moment au l'électorat républicain désavouait dans sa majorité y compris sa propre élite politique.
Je ne parle même pas des sommes monstres à dépenser pour faire ne serais-ce qu'un petit bout de chemin électoral dans ce pays, et qui atteignent des sommets considérables pour les primaires présidentielles et générales.
Alors, oui, tout est possible en Amérique, quand on a énormément d'argent et/ou qu'on a d'excellents relais politiques et financiers qui construisent votre image à coup de millions de dollars.
Plus sérieusement, Obama et Trump sont deux immenses trompes-l'oeil dans un système politique hyper fermé, clairement le plus fermé et le plus élitiste parmi les systèmes politiques dans les démocrates occidentales. Et d'ailleurs, la seule anomalie jusqu'à maintenant c'est Trump... Obama a été porté en grande partie par l'establishment démocrate qui a vu en lui un candidat idéal pour séduire les Jeunes et les Minorités et redonner au parti une grande forme politique.
Sinon, faut pas non plus se leurrer, le bilan d'Obama est médiocre d'ores et déjà car il a affaibli considérablement 20 ans de reconquête territoriale démocrate après l'énorme claque des Midterms 1994. Les Démocrates ont désormais leur plus bas total de sièges à la Chambre des représentants de toute leur histoire et ils n'ont quasi plus aucun point d'appui électoral dans tout le Sud et le Centre du pays. Je les épargne de citer les défaites humiliantes subies depuis 2008 pour le Sénat ou le Poste de gouverneur dans des Etats du Midwest ou du Nord-Est qui leur sont pourtant sur le papier très favorables.
Surtout, Obama va quitter le pouvoir en laissant un pays encore plus divisé qu'il ne l'était à son accession à la présidence. Il est devenu un repoussoir pour tout l'électorat républicain, y compris son aile centriste. Et globalement même si la crise financière ne l'a pas aidé, on ne peut pas dire que son bilan en termes économiques et sociaux soit positif. Certes la croissance est un peu repartie, mais sans que soit très folichon ni vraiment de son fait. Sur le plan social, on retiendra l'échec de l'Obamacare alors que des Républicains modérés avaient réussi à mettre en place des couvertures santé partielles dans leurs Etats (Romney dans le Massachusetts notamment) et son incapacité totale à réduire les inégalités sociales et à calmer les troubles raciaux qui se sont multiplié ces dernières années de manière inquiétante, notamment dans le Sud et dans les grandes villes. Il a par ailleurs un bilan sur le plan des droits humains particulièrement faible : aucune remise en cause de la peine de mort, Guantanamo est toujours ouvert, une lutte contre les crimes par armes à feu particulièrement inefficace. Le pire c'est que ce bilan, s'il était celui d'un président Républicain, pourrait être vu comme positif par ses électeurs. Mais Obama n'est pas Républicain et je pense que ses électeurs ne se font pas d'illusion sur son bilan (et malheureusement pour lui les électeurs Républicains ne lui pardonnent rien, alors qu'il n'a rien fait pour les vraiment les heurter). Il a été vu comme un symbole, il a su vendre du rêve aux Américains et aux dirigeants étrangers... mais au final bien peu de réussites. Ne voulant pas être méchant, je ne vais pas insister sur l'échec total de sa politique étrangère (et son incapacité chronique à se démarquer de la politique étrangère bushienne), ce qui soucie d'ailleurs peu les Américains... Cela dit, Hillary Clinton est clairement dépositaire de ce bilan, notamment en termes de politique étrangère, je pense comme pop03 que ça peut être un vrai handicap pour elle in fine.
Je pensais que l'ironie de mon propos sur le "tout est possible en Amérique" était plus transparente que ça :). Peut-être pas visiblement...
Bien sur que l'argent est roi aux États Unis (comme partout dans le monde cela dit). Mais pour Obama, il me parait tout de même difficile de nier que l'élection d'un président noir dans un pays avec l'histoire des États Unis (et le problème toujours persistant des inégalités communautaires) reste remarquable (moins de 50 ans après le mouvement des droits civiques). En Amérique tout n'est pas possible, mais par contre c'est une terre de contrastes énormes : oui les minorités y subissent encore de grandes discriminations (judiciaires et policières notamment), et pourtant, c'est tout de même aussi l'un des pays occidentaux où ses minorités sont le plus visibles (que ce soit en politique, dans les médias, le sport, la finance...). Obama n'est que la partie visible de l'iceberg (on a aussi des tripotées de gouverneurs, parlementaires, maires...issus des minorités). En Europe, on ne peut pas dire qu'une telle représentativité existe. C'est un fait. Cela ne fait pas pour autant des États Unis un paradis politique ou un modèle. Mais, en la matière, j'aime bien balayer devant ma porte avant de juger les autres.
Pour Obama, je partage l'avis de Manudu83 : si il était aussi impopulaire et décrié que vous le dites, comment diable a t il pu obtenir une réélection somme toute confortable ? La fin de son second mandat est tout de même très éloignée de celle de Bush en terme de popularité. Vous dites que sa popularité n'est construite que sur les minorités ? Donc, juste avec les minorités on obtient plus de 50% d'approbation et une réélection ? Si c'était vrai, la candidature Trump serait encore plus condamnée à l'échec que je ne le pense. Je ne dis pas que la popularité d'Obama garantit l'élection de Clinton. Mais dire qu'une impopularité (qui n'existe que dans l'électorat républicain à mon avis) d'Obama la condamne, pour le coup, cela me parait très exagéré. D'autant que c'est bien beau de pointer l'impopularité (réelle) de Clinton, mais il me parait compliqué de passer sous silence que son adversaire est encore plus impopulaire qu'elle.
Bien sur qu'Obama est haï par les républicains, tout comme Bush l'était par les démocrates, tout comme Clinton l'était (ou l'est dans le cas d'Hillary) par le GOP. Les présidents trans partisans à la Reagan sont l'exception dans le système US. Obama est ultra populaire chez les démocrates, justement grâce à l'obamacare, où pour le coup votre vision de la chose est un peu partiale.
L'obamacare a réellement permis à des dizaines de millions d'Américains (pauvres), d'obtenir une assurance maladie. Et ça chez les démocrates, ça plait. Par contre les républicains le vouent aux gémonies pour des raisons purement idéologiques, mais les candidats du GOP ont un vrai problème avec ça (ceux qui sont pour sa suppression pure et simple sous-entendent presque que laisser mourir des pauvres non assurés fait parti de la vie, les autres, dont Trump, ne proposent concrètement rien pour le remplacer tout en disant qu'on ne peut laisser ces gens sans assurance maladie).
D'ailleurs, cet item de l'obamacare illustre à mon avis parfaitement l'immense problème que Trump devra affronter une fois désigné candidat : l'incompatibilité de ce qu'il est et de ce qu'il propose avec ce qu'est profondément le GOP. Ce dernier rejette l'obamacare parce qu'il circonvient au sacrosaint principe de liberté du GOP : il oblige des gens à prendre ou à fournir une assurance maladie. Le GOP est un vrai parti libéral (dans le sens européen du terme) : il ne supporte pas que l'on mette en place une quelconque barrière ou obligation. Et je ne vois pas le parti se rallier, pour ces raisons là , à l'antilibéralisme de Trump sur les questions commerciales ou de droits de douane.
Or, pour que Trump puisse être compétitif dans les états du nord-est ou du midwest, ce n'est que là dessus qu'il peut gagner.
Au moment des primaires, MacCain et Romney aussi étaient compétitifs dans ces états. Et pourtant il les ont perdus, malgré que les ouvriers de ces régions aient voté pour eux. L'éventuelle performance de Trump dans ces états me parait très théorique : même si il parvient à imposer son agenda au GOP sur les questions de libre échange (ce qui serait un exploit déjà ), Clinton elle pourra proposer à ces mêmes ouvriers des hausses de salaire (et, contrairement à Trump, elle leur garantit aussi le maintien de l'obamacare, qui permet à de nombreux ouvriers pauvres du nord est ou d'ailleurs d'avoir une assurance maladie CQFD).
Encore une fois, on est dans les primaires pour l'instant, pas dans la générale. Le fond des choses n'est pas encore vraiment abordé. Lors du super tuesday, j'ai assisté à un débat entre un membre du staff Clinton et un du staff Trump. Le sujet était justement les barrières douanières que veut mettre en place le Donald. Le clintonien faisait remarquer au trumpien qu'il y avait une terrible contradiction dans le discours de Trump : ce dernier veut interdire (comment ? là aussi mystère, comme souvent avec Trump) à General Motors (ou Ford je ne sais plus) d'aller installer une nouvelle usine au Mexique, qui doit y créer 4 000 emplois. Déjà , créer des emplois au Mexique permet de maintenir d'éventuels immigrés potentiels là bas. Si toutes les entreprises américaines rapatrient leurs emplois et capitaux aux US, cela ne fera qu'accroitre les flux migratoires. Enfin, le clintonien faisait remarquer que la Chine achetait aussi des produits américains, et que la politique de Trump de droits de douane avec ce pays aurait pour conséquence des effets de rétorsion de la part de la Chine, qui couteraient des milliers d'emplois hautement qualifiés aux Etats Unis. Ce discours est une démonstration basique de politique économique. Et pourtant, le soutien de Trump était perdu et sans voix, pour une raison simple : dans le cadre des primaires, aucun candidat n'a osé dire tout ça à Trump car ils ne savent pas comment gérer son originalité. Les démocrates n'auront pas ce problème.
Trump va devoir faire un choix : soit il laisse tomber les aspects originaux de ses propositions, soit il fracture le parti. Dans le premier cas il perd son aspect transpartisan. Dans le second, il perd toute l'aile modérée libérale (toujours dans le sens européen) du GOP qui ne voudra jamais d'un type promouvant des barrières douanières. Et je ne parle même pas du planning familial. Si Cruz continue à surperformer dans l'électorat religieux c'est grâce à ça : les électeurs religieux ne voudront pas non plus de cet élément là dans le programme du milliardaire. Là aussi il devra faire un choix : soit il perd des religieux conservateurs, soit il perd des indépendants.
Enfin, j'aimerais revenir sur le recul du parti démocrate aux élections locales ou fédérales. Oui les démocrates ont perdu du terrain de ce côté là . Mais Obama n'y est pour rien.
Les partis aux États Unis sont d'immenses confédérations rassemblant des élus au spectre politique très large. Un républicain modéré a bien plus de points communs avec un démocrate centriste qu'avec un tea party.
Le GOP a largement entretenu ce grand écart idéologique entre ses deux ailes au cours des dernières années, là où le parti démocrate s'est considérablement gauchisé. Les blue dogs (les démocrates conservateurs) sont une espèce en voie de disparition désormais. Cela a eu pour conséquence de faire perdre aux démocrates de nombreuses positions dans les états rouges (à l'exception notable des états à forte composante hispanique). Là où les démocrates continuent à faire face à des républicains modérés dans les états bleus ou mauves.
Par contre, cela a des conséquences positives pour la présidentielle pour l'un, et négatives pour l'autre. Le GOP est incapable de se mettre d'accord sur une plate forme commune pour la présidence. Lire les programmes des candidats du GOP est assez effarants : pour trouver des poins communs ou même de synthèse entre Kasich, Cruz, Rubio ou Trump (enfin dans son cas on a pas de programme pour l'heure, juste des idées et des formules), bon courage. Côté démocrate, bien sur qu'il y a des différences importantes entre Clinton et Sanders. Mais au fond, c'est surtout un débat sur où placer le curseur : plus ou moins à gauche.
Bref, les démocrates déroulent une plate-forme présidentielle beaucoup plus cohérente (et surtout, beaucoup mieux acceptée par la majorité du parti).