Républicain67 a écrit:Est-il possible svp de parler des primaires des autres partis (Parti libertarien, Parti vert, Parti de la Constitution...) et pas uniquement des républicains et démocrates? Merci
J'ai fait un point sur la situation (en date du 31/03) du parti vert et du parti libertarien un peu plus haut dans la conversation. Je vous le remets ici...
Une conséquence déjà perceptible du coronavirus pour l'élection de novembre : l'épidémie et le confinement compliquent énormément la tâche des petits partis dans les contraintes administratives qu'ils doivent effectuer pour pouvoir être candidats dans les 50 états.
Le parti vert est censé tenir sa convention mi juillet à Détroit, afin d'y désigner son candidat à la présidentielle. La très médiatique Jill Stein ne rempilant pas, il y a plus d'une demie douzaine de candidats (que je ne connais absolument pas personnellement).
https://gpus.org/2020-presidential-cand ... ionnaires/
Le parti fait état des difficultés énormes qu'il rencontre actuellement pour satisfaire aux contraintes administratives de candidatures à la générale. Pour se faire, les partis doivent collecter physiquement les signatures de plusieurs milliers d'électeurs inscrits, via le porte à porte. C'est une formalité pour les 2 grands partis, pour les petits partis c'est habituellement plus compliqué, avec l'épidémie de coronavirus et le confinement, la tâche devient herculéenne dans beaucoup d'états.
Les avocats du parti vert ont donc déposé des demandes afin de réclamer des délais supplémentaires auprès des autorités des états. Si ces dernières ne leur accordent pas, il est fort possible que le parti vert soit absent des bulletins de votes de beaucoup d'états en novembre.
Quant au parti libertarien, si il a présenté une centaine de candidats à des échelons divers pour les élections de novembre, ainsi que sa plate-forme programmatique, pour l'heure il ne propose toujours pas de candidat officiel pour la présidence. La convention du parti était au départ prévue pour fin mai, ce qui, dans le contexte, parait peu probable.
https://my.lp.org/2020-candidates/?page ... _u&reset=1
https://www.lp.org/platform/Les libertariens rencontrant les mêmes soucis que les verts pour candidater.
Traditionnellement, le parti vert pique essentiellement des voix aux démocrates, pour les libertariens c'est plus diverse. Ces derniers ont une plate-forme très protéiforme. On y trouve des éléments qui peuvent attirer des démocrates (légalisation de la marijuana, contre la peine de mort, pour l'avortement et le mariage gay) et d'autres qui peuvent attirer des républicains (baisse massive des impôts et des interventions de l'état dans l'économie, des positions anti-syndicales et une critique appuyée des énergies dites renouvelables). Les libertariens attirent des électeurs assez divers.
Les soucis habituels des petits partis pour remplir les conditions de candidature dans les 50 états sont cette année démultipliés par le coronavirus et les situations de confinement (la collecte des signatures devient pour eux un véritable parcours du combattant). Et je doute grandement que les autorités démocrates et républicaines de ces états leur accordent des dérogations ou des délais pour leur faciliter la tâche (si il y a bien un élément sur lequel les 2 grands partis sont d'accord c'est sur le maintien du bipartisme).
Du coup, je pense que cette année la candidature verte et la candidature libertarienne seront présentes dans un nombre d'états bien moins élevé qu'il y a 4 ans.
Les deux partis semblent encore plus bloqués dans leur processus électoral et préparatoire des élections de novembre que les deux grands partis, et ils n'ont clairement pas les mêmes moyens. Précisons que le système d'organisation interne des verts américains m'a l'air au moins aussi complexe que celui des verts chez nous :). Apparemment certains membres du parti vert appellent plus ou moins à soutenir le candidat démocrate dans le but d'aider à la défaite de Trump.
https://www.truthdig.com/articles/an-op ... -for-2020/Connaissant très mal ce parti, je ne suis absolument pas capable d'évaluer le poids interne de ce courant (à mon avis très minoritaire). Mais la crise actuelle les contraindra peut-être à ne pas être présents dans beaucoup d'états, qu'ils le veuillent ou non.
Du côté libertarien ça m'a l'air encore moins avancé que du côté des verts, et j'ai l'impression qu'ils semblent très loin d'être en capacité pour l'heure de se désigner un candidat.
Bref, à mon avis, cette année, les petits partis vont être réduits à faire de la figuration, au moins sur l'échelon présidentiel (les deux partis présentent nettement plus de candidatures avancées sur les autres échelons, surtout du côté du parti libertarien).
Galaad a écrit: C'est un président très clivant comme vous dites mais ce clivage a ses avantages. Et là où je ne suis pas d'accord avec vous, c'est que pour moi il n'a pas besoin d'être moins clivant pour gagner.
L'enjeu de 2020 sera de savoir qui des électeurs Républicains ou Démocrates seront les plus mobilisés. Je suis d'accord sur le fait que cette élection revient à répondre à la question comme vous l'avez dit sur un autre post : " Est-ce que les Américains veulent quatre ans de plus de Trump ? ". Mais elle revient à répondre à une question plus précise encore : " Est-ce que les électeurs Démocrates sont plus déterminés à mettre fin à une présidence Trump que les électeurs Républicains ne sont déterminés à la poursuivre ? ". Ou " Est-ce que les partisans de Trump sont plus déterminés à poursuivre sa présidence que ses opposants ne sont déterminés à y mettre fin ? ".
Pour l'instant, je serais incapable de répondre à cette question, en particulier en ce qui concerne les Américains du Midwest, de Floride ou d'Arizona.
Je ne dis pas que Trump doit être moins clivant pour gagner. Il a fait de l'opinion des électeurs sur sa personne l'élément fondamental du spectre politique US actuel. Bien sur qu'il va, et qu'il doit, continuer dans cette voix, c'est sa marque de fabrique.
Quand je dis qu'il commet, à mon avis, un début d'erreur stratégique sur la présidentielle à venir, ce n'est pas sur cet élément là qu'il commet une erreur. Imaginer Trump envisager une sorte de recentrage serait risible, pas crédible, et très contre productif pour lui.
Là où je pense qu'il devrait changer quelque chose c'est sur son discours de promotion, qui à mon sens ressemble beaucoup trop à celui d'il y a 4 ans : qu'il est anti-système, qu'il va révolutionner son pays, qu'il est un homme neuf.
Pour sa base cela ne change rien ; ils le voient comme un homme qui marche sur l'eau, transforme l'eau en vin, il peut dire ou faire tout ce qu'il veut, cela ne changera plus la vision qu'ils ont de lui. Mais sur une générale, il n'y a pas que les bases des deux partis qui se déplacent pour aller voter, il y a aussi des électeurs mouvants, indépendants, qui hésitent. Ceux là , il y a 4 ans, ont largement préféré Trump à Clinton. Auprès de ces électeurs là , je ne suis pas certain que ce discours faisant de Trump un candidat neuf marchera toujours de la même manière. Et, là aussi, si la base républicaine est tout à fait encline à considérer le bilan de Trump comme atteignant la perfection ultime, je doute que ces électeurs mouvants achètent aussi facilement le scénario. Pour ces électeurs là , la question sera : mon sort personnel est-il meilleur aujourd'hui qu'il y a 4 ans ? Et pour eux, Trump devrait au moins tenter de mettre son bilan en perspective, si il veut qu'ils soient prêts à répondre oui à la question. Si il est en mode "tout va très bien madame la marquise" (ce qui était un peu le défaut de la campagne Clinton d'il y a 4 ans), je ne suis pas sur que cela fasse l'affaire...
Quant à la mobilisation différentielle des électorats, là aussi il y a quand même un risque. Traditionnellement, l'électeur démocrate est plus abstentionniste que l'électeur républicain, sauf sur les présidentielles. Mais, cette phrase, je ne suis pas certain qu'on puisse toujours la conjuguer au présent. La grosse nouveauté de toutes les élections américaines des 3 dernières années (pas que les midterms, mais aussi les élections spéciales, les élections normales au calendrier décalé, et ce à presque tous les échelons) ont montré que si l'électorat républicain se mobilisait toujours très bien, désormais l'électeur démocrate aussi. Et c'est là une mauvaise nouvelle mathématique pour les républicains : les électeurs enregistrés démocrates sont désormais nettement plus nombreux que ceux enregistrés républicains.
Bref, je ne suis pas totalement convaincu que la stratégie consistant à dire que la surmobilisation de son camp face à la surmobilisation du camp d'en face sera suffisante pour l'emporter. Déjà parce qu'il y a tout de même une frange de l'électorat qui ne se reconnait pas dans les deux partis et qui ira voter (et dont le choix pourra être déterminant), et ensuite parce que cette mobilisation différentielle a montré sur les 3 dernières années que les démocrates se mobilisaient plus que les républicains.
En tout cas, la situation actuelle au Wisconsin, les débats préliminaires au Congrès sur le futur plan d'aides, et les manoeuvres habituelles de radiation des électeurs côté républicains, confirment ce que l'on savait déjà : la participation et le vote par correspondance, sur fond d'épidémie de coronavirus, s'annoncent déjà comme un cheval de bataille extrêmement clivant entre les deux partis. Et sur la question, il n'y aura visiblement pas de prisonnier ni de terrain d'entente.
https://www.theguardian.com/us-news/202 ... oronavirushttps://thehill.com/homenews/house/4912 ... this-monthhttps://abcnews.go.com/Politics/wireSto ... g-69976728https://www.vox.com/2020/4/4/21204571/t ... ee-ballotsEt les stratégies des deux grands partis sont limpides : les démocrates feront tout leur possible pour que la participation en novembre soit la plus large possible, les républicains feront tout leur possible pour qu'elle soit la plus faible possible.
Evidemment, il est pour l'heure trop tôt pour savoir qu'elle sera la situation de la pandémie de coronavirus en novembre...