Avant de présupposer un possible 50/50 au Sénat, on va peut être laisser passer la campagne à venir en Géorgie pour les run-off, et attendre le résultat de ces élections avant de faire des plans sur la comète de la majorité sénatoriale ?
De même, anticiper les futurs noms de la future administration, cela me parait un peu prématuré ?
Petit point résultat...
Je remets ce site qui est vraiment une merveille pour suivre l'avancée des résultats et les évolutions récentes et à venir.
https://alex.github.io/nyt-2020-electio ... anges.html1) Pennsylvanie
Plus vraiment de suspens de ce côté là . Biden aura bien une avance comprise entre 50 et 100 000 voix dans cet état. On devrait avoir les résultats quasiment définitifs ce soir. Précisons que ce décompte là ne prend pas compte pour le moment les bulletins reçus entre le 03 et aujourd'hui.
2) Géorgie
Là aussi, plus beaucoup de suspens. Biden sera bien en tête à la fin du premier décompte. Mais là son avance sera très faible. Environ 3 000 voix ?
3) Arizona et Nevada
Pour ces états là , le suspens pourrait paraître un peu plus grand sur le papier. En réalité pas tant que ça ?
Au Nevada, Biden a désormais 20 000 voix d'avance, et les tendances confirment que les votes par correspondance lui sont très favorables. Là aussi, l'avance de Biden va croître jusqu'à une marge suffisamment nette.
Pour l'Arizona, c'est un peu plus complexe. Il reste encore 240 000 bulletins à dépouiller, et l'avance de Biden n'est plus que de 44 000 voix. Sur cet état là , les tendances des derniers bulletins sont moins nettes et moins pro démocrates que dans les autres états. D'ailleurs, sur cet état, le différentiel fait en fait le yoyo : si la tendance générale est clairement à la réduction de l'écart, certaines fournées de dépouillement réduisent l'écart, d'autres l'augmentent.
Sur le papier, il reste en théorie suffisamment de bulletins pour inverser le résultat. Mais Trump, sur les dépouillements des dernières 24 heures, est clairement en dessous des marges qu'il devrait atteindre pour espérer renverser la vapeur dans cet état. Je dirais que sur cet état, Biden est quasiment assuré de l'emporter, mais l'écart final est nettement plus difficile à estimer que pour les autres états. On pourrait aussi bien être dans un résultat très net que très serré.
4) Caroline du Nord
Tout est bloqué dans cet état. Trump a 77 000 voix d'avance, il reste 190 000 bulletins à dépouiller. On a plus eu aucun dépouillement depuis plus de 2 jours, on a donc aucune idée réelle de ce que pourraient être les tendances de vote de ces 190 000 bulletins par courrier. Pour l'emporter, Biden doit empocher 70% du vote. Si on est dans les eaux des tendances en Pennsylvanie et en Géorgie, c'est jouable et l'état devrait se jouer sur une marge très faible, du type Géorgie. Si on est sur des tendances plus proche de l'Arizona ou du Nevada, alors Trump devrait l'emporter assez nettement.
Petite remarque de ma part concernant ces dépouillements des dernières journées : puisque le vote par correspondance est appelé à devenir une réalité nationale du paysage politique US, il serait très pertinent que tous les états de l'Union autorisent (tout comme en Floride) le traitement et le pré-dépouillement de ces bulletins dès leur réception, plutôt qu'à partir du jour du vote.
Quant aux enseignements politiques de ces résultats, je reste sur ma ligne d'attendre des résultats définitifs (et de les analyser dans le détail aussi) avant de tirer des conclusions fermes et définitives. En remarque préliminaire, il me semble que des analyses du type "c'est mauvais pour les républicains" ou "c'est mauvais pour les démocrates" sont sans doute à côté du paysage qui semble se dessiner sur ces élections. Le constat majeur (qui est plus une confirmation qu'une surprise) : le paysage politique américain est durablement fragmenté et divisé. Dans ce paysage éclaté, il est plus que probable qu'on en soit aux prémices d'un début de réalignement électoral partiel (je pense que cela n'aura pas tout à fait l'ampleur du réalignement des années 1960-1970 avec la bascule du Sud chez les républicains, mais qu'on est tout de même face à des évolutions significatives).
Réduire tout cela à une lecture anti ou pro Trump serait une erreur. Mais ne pas analyser la composante de cet élément aussi serait une erreur. Il me semble très clair que deux constats s'imposent sur ce dernier volet : oui, Trump possède une réelle base, ultra motivée et représentant une minorité plus que consistante du corps électoral américain. Mais il est au moins aussi indiscutable qu'une majorité très nette du corps électoral US a décidé de désavouer Trump (notez que je parle bien là de la personne plus que d'un éventuel courant de pensée, que j'aurais bien des difficultés à définir précisément).
Concernant les évolutions idéologiques et internes à attendre des deux partis, là aussi je compte bien prendre mon temps pour livrer une analyse. Je me contenterai de dire que les 2 partis connaissent aussi des situations internes très complexes (à l'image du pays), et que là aussi, des analyses très tranchées me sembleraient un peu à côté de la réalité ?
Par contre, il me parait impossible de faire l'impasse sur le comportement actuel de Trump qui, de mon point de vue, est le dernier avatar d'une série de comportements totalement inacceptables, anti démocratiques et extrêmement dangereux.
Le président des USA (encore pour plus de 2 mois) est en train de saper les fondations du système politique de son propre pays, simplement pour flatter son ego. Il est en train de tenter de jeter les institutions dans le chaos pour s'accrocher à une parcelle de pouvoir ou de récit alternatif qui lui permettrait de sauver la face.
Le problème de Trump se résume à sa seule personne et à sa seule erreur : il a annoncé depuis des mois que Biden était le pire des candidats de l'histoire américaine. Du résultat qui émerge de ces résultats, il est désormais certain (au delà de tout doute, les accusations de Trump reposent pour l'heure sur du vent, et rien ne vient appuyer son narratif d'une conspiration nationale pour truquer le vote) que le pire candidat de l'histoire américaine (pour reprendre les mots de Trump, même si personnellement je ne caractériserai pas ainsi Biden) vient donc de battre (assez nettement) Trump. Comme souvent, Trump s'est mis tout seul, comme un grand, sans l'aide de personne, dans un corner. Il est face à une situation où il n'y a que 2 possibilités pour lui : soit son instinct politique était mauvais sur ce coup là (et il a sous-estimé Biden), soit Biden est bien le pire candidat de l'histoire politique américaine, et, dans ce cas, cela ferait de Trump le pire président de l'histoire américaine pour avoir été battu par lui ?
De cette dissonance cognitive insurmontable pour l'égo du président, il ne lui reste plus qu'une seule possibilité : bâtir du néant un narratif pour expliquer qu'on lui a volé sa juste victoire (narratif qu'il prépare depuis 5 ans en réalité, il avait déjà commencé à le bâtir en cas de défaite en 2016, il a continué depuis). Tout cela me fait penser à la théorie du coup de poignard dans le dos développé par l'armée allemande en 1918 pour expliquer la défaite.
Je n'ai aucun doute sur le fait que le coeur du coeur de la base trumpiste va tout gober. Que représente ce coeur des convaincus ? 30% de la population ? 35% ? 40% ? Rien que ça, c'est extrêmement dangereux. Pour tous ces gens là , Biden sera pour toujours, quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, pour les 4 années à venir, un imposteur illégitime. Et, cette situation, je n'ai aucun doute en le disant, est à 100% dû à Donald Trump. Il devra porter le blâme de cette attaque contre les institutions de son propre pays et en assumer les conséquences quand l'histoire devra juger de son mandat et de son bilan.
Un seul élément qui démontre mon propos : Fox envisage officiellement de dénier à Biden le titre de "président élu". Il y a 4 ans, CNN, dès que le résultat fut certain, n'eut aucun problème à appeler Trump le "président élu". Il y a 4 ans, passée la sidération du début, Clinton n'a eu aucune hésitation (et on imagine à quel point cela a dû lui faire mal au bide) à appeler Trump pour concéder sa défaite. Elle a même assisté au côté de son mari à la passation de pouvoir. On sait tous que Trump n'aura jamais la dignité ni la décence d'en faire de même (j'espère sincèrement me tromper sur ce point).