Fabien a écrit:Soyons sérieux et sincères deux minutes, chers contributeurs: nous sommes ici entre observateurs assidus de la vie politique, et militants chevronnés pour beaucoup. Pas des perdreaux de l'année, donc. Que madame Michu et monsieur Durand, qui en discutent dans la queue à la boulangerie puissent sincèrement croire à la fable de la Justice qui aurait ordonné ces perquisitions en toute indépendance, pourquoi pas.
Mais pas nous. Alors quand j'en vois certains qui feignent, tout drapés de morale et de de vertu, de s'indigner... de la réaction de Mélenchon, avec tout le respect que j'ai pour eux, je rigole franchement.
Pour rappel, ces perquisitions ont été ordonnées par le parquet, qui n'est pas indépendant et a toujours été une institution hautement politique. Pour rappel aussi, toutes les affaires visant la Macronie ont été, "par un heureux hasard" opportunément abandonnées ou enterrées, et je vous épargne la farce de la perquisition" chez Benalla avec son fameux coffre-fort...
Cher Corondar, vous étiez il n'y a pas si longtemps militant d'un parti d'opposition. Auriez-vous aimé que soit lancée, sur le prétexte de la dénonciation fantaisiste (de son propre aveu) d'une élue d'extrême droite, une vague de perquisitions massives dignes d'une opération anti-mafia et à aux allures d'intimidation? Auriez-vous aimé que soient saisis sous ce prétexte les fichiers de votre parti, notamment les listings, et qu'ils se retrouvent selon toute vraisemblance entre les mains du parti au pouvoir? Que le pouvoir qui agisse ainsi soit celui qui, dans le même temps, use en toute impunité de méthodes de barbouzes qui auraient fait passer Pasqua pour un enfant de choeur et s'arrange pour n'être jamais inquiété?
Marrant, j'aurais dit l'inverse : qu'au café du commerce on prenne pour argent comptant la ligne de "défense" (d'attaque ?) et les gesticulations de Mélenchon et de ses hommes de main (vu les images d'hier, le terme me semble approprié), pourquoi pas, mais ici ? Comme quoi...
Que je sache la FI n'est pas le premier parti dans l'histoire judiciaire de notre pays à être perquisitionné ? Jadis le RPR et le PS y ont eu droit, plus récemment le RN et le Modem. Donc cette perquisition serait une attaque politique contre un parti d'opposition ? La dernière fois que j'ai vérifié, il me semble que le Modem faisait bien parti de la majorité en place (le remaniement ministériel tend à me le confirmer). Les perquisitions effectuées hier ont été autorisées par les autorités judiciaires compétentes dans un cadre d'enquête légal (les emplois présumés fictifs au parlement européen, c'est plutôt sur le fond du dossier que j'aimerais bien entendre Mélenchon et la FI personnellement, ce qu'ils font là j'appelle ça de la diversion pour éviter de répondre à de vraies questions d'enquêtes). Que certains juges un peu trop zélés rêvent de se payer un politique ou deux à leur tableau de chasse, certainement. Mais de là à monter de toute pièce de faux dossiers d'investigation sur ordre de je ne sais quel cabinet noir ? Je n'y crois pas. Et si Mélenchon a des preuves de ses accusations et de ses théories complotistes (sans fondement pour l'heure...), qu'il les porte en place publique auprès des instances judiciaires compétentes, au lieu de diffamer à tout va.
Chez moi, des accusations sans preuve et des théories complotistes, ça passe rarement le test de la crédibilité, que les accusations soient portées par Chirac, Sarkozy, Fillon, Le Pen ou Mélenchon ne change rien à l'affaire. Si il y en a bien un à qui on peut difficilement lancer des accusations de partialité dans la perception des ces dossiers judiciaires (et oui, malgré tous les cris d'orfraie de nos politiques soumis à enquête, leurs dossiers sont judiciaires, pas politiques), c'est bien moi. Je compte sur la justice de mon pays pour faire la vérité sur ces dossiers. Ce n'est ni à vous ni à moi de dire qui est coupable ou innocent par nature (ou par essence puisque, apparemment la personne de monsieur Mélenchon est sacrée ?), avant enquête (et, le cas échéant, procès). La seule réaction normale de toute personne dans ce genre de situation (politique ou pas), devrait être de clamer son innocence et de dire qu'on a aucun doute sur le fait que la justice le démontrera. Mélenchon et la FI ne font pas ce choix : ils attaquent et injurient des fonctionnaires dans l'exercice (normal ) de leur devoir. C'est un choix, dont acte.
J'aimerais aussi revenir sur certains angles d'attaque de Mélenchon d'ailleurs. Si je comprends bien, au motif qu'il est élu de la République son domicile privé ne doit (peut ?) pas être perquisitionné ? Tout cela me rappelle furieusement Fillon et Le Pen qui s'octroient une immunité judiciaire de principe (de quel délai mystère ?) dans toute période pré-électoral. Ce serait bon à savoir remarquez : patrons fraudeurs et politiciens indélicats, planquez toutes les preuves éventuelles de vos infractions à votre domicile privé, cela vous octroiera un passe droit si jamais Mélenchon devient président...Mais à priori, les locaux du parti aussi sont hors champ d'investigation judiciaire ? Vu le coup de force d'hier il semblerait bien.
Car il y a le fond dans cette affaire, et la forme. Et sur la forme l'attitude des dirigeants FI d'hier est choquante. Ils ont invectivé, menacé, insulté des représentants de l'ordre et de la justice, et, ce faisant, ont obtenu gain de cause : la perquisition a été interrompue et le travail judiciaire obstrué. Car oui, moi ce qui me choque dans tout ça, c'est que des représentants politiques jouissent bien en France d'un traitement de faveur : pouvoir empêcher le travail de la justice au nom de leur poids médiatique face caméra. Si les locaux perquisitionnés hier avaient été ceux de personnes non politiques, les personnes en question auraient été arrêtés (à raison) pour obstruction à la justice et agression de personnes dépositaires de l'ordre public. Mais elles ne l'ont pas été car élues et soutenues par une présence médiatique.
Enfin, plus globalement, je constate qu'en France comme ailleurs, le militantisme politique ou tout simplement les sympathisants politiques (qui s'apparentent de plus en plus à des fans ou des supporteurs), perçoivent de plus en plus des éléments basiques du débat public et des investigations comme des éléments partisans, justifiant parfois de dangereuses dérives. Et c'est bien ça le plus grave.
Au milieu de tout ça, Mélenchon qui revendique être sacré et incarner la République à lui seul parait presque trivial.