Herimene a écrit:Corondar a écrit:Côté démocrate, l'enjeu n'est pas de savoir si Hillary Clinton va gagner, mais de savoir quel niveau le vote Sanders atteindra, et quel sera son impact sur la plate-forme à venir du parti de l'âne. A priori, Sanders devrait aller jusqu'au bout des primaires, enfin au moins jusqu'à ce qu'Hillary ait atteint la majorité des délégués (date qui variera selon qu'on inclut ou non dans le total les super-délégués).
Côté républicain, c'est plus complexe, parce que les états du super tuesday fixent des seuils à la représentation proportionnelle (généralement 20%, mais ça peut varier selon les états). Or, d'après les sondages, dans pas mal d'états ça pourrait se jouer à pas grand chose. Si Rubio et/ou Cruz sont en dessous de ces seuils, Trump rafle tout, sinon il y a une répartition proportionnelle entre les 2 ou les 3 candidats. A cela s'ajoute que Cruz va vraisemblablement être en tête dans le gros lot du jour, à savoir le Texas. Du coup, Trump pourrait avoir une avance très variable en terme de délégués selon les résultats.
D'ailleurs, mes amis républicains avec qui j'ai papoté hier m'ont confirmé qu'il semblerait bien que l'objectif des instances du parti serait plutôt désormais d'espérer une convention sans majorité. Le scénario verrait Trump arriver en tête en nombre de délégués, mais sans en avoir 50,1% (ce qui est loin d'être impossible, d'autant que Kasich se maintient dans l'espoir de rafler des délégués dans les états du Midwest votant en mars et pratiquant le winner takes all, mais encore une fois c'est loin d'être acquis, Trump peut aussi avoir la majorité absolue).
Au premier tour de vote, chaque délégué est tenu de respecter son engagement envers son candidat. Si aucun de ces candidats n'obtient la majorité absolue des voix, à partir du second tour, chaque délégué redevient libre de son choix. Et la manœuvre consisterait alors à présenter un candidat "fédérateur" (lequel n'est même pas obligé d'avoir participé aux primaires, soit dit en passant) pour essayer de voler sa victoire à Trump.
Mes amis républicains espèrent vraiment que ça n'ira pas jusque là , n'étant pas certain que le GOP n'imploserait pas avec un tel scénario (et puis, une candidature de vengeance de la part de Trump en indépendant derrière serait quasiment acquise je pense). Quitte à perdre la générale, je crois qu'ils préféreraient encore le faire avec Trump que dans un tel scénario (qui donnerait une image totalement déplorable du parti).
Mais ils me confirment que l'aile modérée du parti se lamente, n'est absolument pas prête à voter Trump, et qu'elle craint surtout des dommages irréversibles pour l'image du parti auprès des minorités (à prendre avec des pincettes puisqu'il est impossible d'avoir des chiffres fiables concernant les caucus, mais les enquêtes faites sur le sujet dans le Nevada, indiquent que pour 1 Latino participant au caucus républicain du Nevada, 3 ou 4 autres participaient à celui des démocrates).
Par curiosité je suis allé relire l'analyse post mortem du GOP de la défaite de Romney (chaque parti fait une analyse de la victoire ou de la défaite de son candidat après chaque scrutin présidentiel). ce rapport avait conclu que pour l'emporter, un candidat républicain devait empocher 40% du vote latino, et qu'en dessous de 30% son cas était totalement désespéré. Ces derniers temps, les experts du GOP ont ressorti leurs calculatrices : pour compenser le vote latino, Trump devrait rafler au minimum les 2/3 du vote blanc (même face à un candidat noir, ni Romney ni MacCain n'ont performé à ce point là ), voire plus. Mais surtout, cette progression massive du vote blanc devrait se faire dans des états qui votent démocrates depuis plusieurs scrutins présidentiels désormais (nord-est et Grands Lacs).
Alors, tout d'abord, votre analyse (et celle de vos amis Républicains) concernant la dernière stratégie de l'establishment républicain pour espérer battre Trump semble crédible. Cela dit, vu l'efficacité des précédentes stratégies anti-Trump, on peut aussi fortement douter de la pertinence de celle-ci in fine.
Pour moi, le scénario d'une convention sans majorité a justement rarement été aussi peu probable. Alors évidemment ce scénario est séduisant sur le papier pour les opposants à Trump et l'establishment républicain, mais faut se rendre à l'évidence : pour qu'un tel scénario soit vraisemblable, il faudrait à la fois qu'on ait une primaire compétitive entre plusieurs candidats qui réalisent des performances relativement semblables dans les Etats successifs sans qu'aucun d'entre-eux ne prenne un avantage décisif en remportant une nette majorité des scrutins par Etat, mais aussi que 3 candidats au moins se maintiennent jusqu'au bout (car par définition s'il y a seulement 2 candidats à la fin des primaires, même en prenant en compte la problématique du vote des délégués des candidats éliminés, il est très improbable qu'aucun des 2 candidats concernés ne prenne un avantage décisif avant le Congrès).
Seulement, sauf si Trump venait à baisser fortement dans les sondages dans les toutes prochaines semaines et à perdre de nombreux scrutins, on sait très bien que si 3 candidats terminent les primaires côté républicain (même si Kasich ou Carson est dans ces 3 derniers candidats, et jouerait alors un rôle très limité), Trump à bien 90% de gagner les primaires, et probablement très largement. Notons d'ailleurs que s'il continue sur son rythme actuel, il aurait dépassé les 50% des délégués avant la fin des primaires, c'est certain.
Le seul scénario crédible pour que Trump perde, c'est qu'assez rapidement tous les autres candidats se rangent derrière le mieux placé d'entre-eux pour combattre Trump en duel pour une bonne moitié des primaires. Le problème est que pour qu'un tel scénario fonctionne, il faut qu'un 2ème homme se dégage très rapidement des autres et que celui-ci puisse rassembler sur son nom l'électorat de tous les autres candidats (et qu'il avantage à davantage rassembler que Trump). Seulement on sait bien aussi que départager Cruz et Rubio pour la seconde place risque de prendre un moment, et que seul Rubio (qui est pour l'instant plutôt le 3ème homme) semble capable de pouvoir rassembler à peu près toutes les chapelles anti-Trump derrière lui ; cela ne lui garantissant d'ailleurs pas d'être plus rassembleur en général que Trump, loin de là . Je ne parle même pas de Cruz qui a très peu de chances de gagner face à Trump en duel, étant encore bien plus clivant que lui (Kasich et Carson aussi auraient très peu de chances, mais pour d'autres raisons).
Bref, à mon avis, une bonne partie des primaires républicaines se joue ce soir. Rubio et Cruz doivent à tout pris limiter la casse en remportant minimum 1 Etat chacun s'ils veulent continuer à y croire. Le problème étant que pour handicaper Trump, il faudrait aussi que l'un des deux prenne un avantage net sur l'autre outsider.
Tout ça pour dire que c'est quand même très très bien parti pour Trump, même s'il ne faut présager de rien.
Herimene a écrit:Sinon, concernant la générale, je noterai juste deux-trois petites choses. Tout d'abord, si Clinton semble à même de faire des scores intéressants au Sud (grâce au vote noir, mais aussi à une petite partie du vote blanc conservateur hérité de son mari, faut pas se mentir) et éventuellement de gagner un Etat sudiste inattendu (mais cela reste très hypothétique, elle a d'ailleurs beaucoup baissé dans les sondages au Sud ces derniers mois), elle a été mesurée en difficulté ces dernières semaines dans plusieurs Etats du Midwest et du Nord-Est face aux Républicains, y compris face à Trump : l'Ohio, l'Iowa, la Pennsylvanie et dans une moindre mesure le Michigan. Donc méfions-nous des analyses préconçues et n'oublions pas que le scrutin se joue Etat par Etat. Le principal avantage de Clinton c'est de pouvoir séduire une petite partie de l'électorat conservateur, au Sud notamment. Mais dans les Etats du Sud, la marche est souvent beaucoup trop haute pour les Démocrates pour que cela lui permette de faire basculer l'Etat en question. Alors qu'en parallèle, l'électorat ouvrier blanc qui pourrait être décisif dans les Etats de l'ex-Manufacturing Belt est loin de lui être acquis et penche pas mal pour les Républicains, alors que l'écart à combler pour les Républicains dans ces Etats-là est souvent pas insurmontable.
https://en.wikipedia.org/wiki/Statewide ... tion,_2016
Bref, attention. La carte électorale des Etats-Unis pourrait pour une fois changer de manière sensible à l'automne prochain. Et notons que si jamais Rubio sortait miraculeusement des primaires républicaines, Clinton sera en réelle difficulté car elle est aujourd'hui donnée derrière lui dans beaucoup d'Etats remportés par Obama en 2012 (l'Ohio, l'Iowa, la Pennsylvanie, le New Hampshire, le Michigan, le Colorado et le Minnesota ; la situation étant aussi très incertaine en Floride et dans le Wisconsin). Face à Trump, la situation sera certes beaucoup plus favorable pour elle, mais notons quand même qu'elle est loin de larguer Trump dans plusieurs Etats du Midwest et du Nord-Est (et est parfois derrière lui).
Je soulignerai enfin que l'électorat noir et latino devrait moins se déplacer qu'en 2008 et 2012 pour la générale et désavantager ainsi les Démocrates. Il est très probable en effet que la candidature de Clinton (quoi qu'on en dise) mobilise beaucoup moins chez les Minorités et tout particulièrement les Afro-américains, que celle d'Obama. Après, si Trump est candidat républicain et en remet en très grosse couche contre les Minorités durant la campagne, la donne peut évoluer (mais je ne suis pas persuadé du tout que Trump procédera ainsi, le cas échéant, ou alors il s'attaquera uniquement aux Latinos).
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