guillaume44 a écrit:Comme l'a rappelé Donald Trump, le témoignage de Mme Ford 36 ans après les faits et pile à ce moments là incitait déjà à la méfiance. L'absence de détails, de date, et de témoins corroborant cette soirée encore plus jusqu'à ce qu'une amie de Mme Ford ne donne le coup de grâce... Elle a affirmé qu'elle avait subi des pressions pour donner un témoignage à charge contre Mme Kavanaugh en gros mentir au FBI.
https://thehill.com/homenews/news/41005 ... -kavanaugh
Vous êtes extraordinaire Guillaume, vraiment.
Personne, ni vous, ni moi, ni Trump, ni les sénateurs américains, ni les médias (conservateurs ou libéraux), ni les services judiciaires ou policiers (fédéraux ou du Maryland) ne devraient avoir le moindre début d'avis (encore moins de certitude) concernant les accusations (qui ne se limitent ni à Ford ni à des accusations d'ordre sexuelles) portées pour l'heure contre Kavanaugh. Pour plusieurs raisons simples (et intangibles) : pour l'heure aucune enquête sérieuse, longue, documentée, non partisane n'a été menée sur toutes ces accusations, et dans l'intervalle Kavanaugh a le droit au respect de la présomption d'innocence, et ses accusateurs ont le droit au respect de leur parole de victime éventuelle.
Dans un monde parfait, ce que je vous dis là devrait être la boussole intangible de toute personne commentant ou analysant cet épisode. De cette réalité devrait découler une seule conclusion saine et impérative : la suspension du processus de ratification de Kavanaugh, le temps que cet indispensable et impérieux devoir d'enquête ne soit sérieusement mené à son terme.
C'est d'autant plus facile à démontrer qu'un précédent candidat à la SCOTUS s'est déjà retrouvé dans l'exacte même situation que Kavanaugh. C'était en 1992 que ça se passait, cela concernait Clarence Thomas, qui lui aussi dut affronter les mêmes accusations d'agression sexuelle. Le sénat suspendit ses auditions le temps aux autorités judiciaires et policières de se saisir du dossier. Après environ 200 jours de délai, le rapport d'enquête conclut que l'on était dans une situation parole contre parole et qu'il n'y avait pas suffisamment de charges pour poursuivre. Le sénat vota : 52 pour, 48 contre. C'est à ce jour le vote de confirmation à la SCOTUS le plus serré de l'histoire (il n'est pas impossible que ce record soit battu ce week-end).
Tous les sénateurs devraient normalement être sur cette même ligne : repousser pour juger après enquête. Et c'est là l'argument avancé par les démocrates : ils ne peuvent voter pour évaluer la candidature de Kavanaugh tant que ce travail n'est pas fait. Même si eux ont aussi ont des arrières pensées politiques évidentes, l'argument n'en est pas moins terriblement inattaquable et tout simplement de raison.
Maintenant, arrêtons nous un moment sur les ignobles attaques de Donald Trump (que vous reprenez sans filtre) contre Ford, et par extension contre toutes les femmes victimes d'agressions sexuelles de par le monde. Encore une fois je ne prétends pas qu'elle dit la vérité. Encore une fois je dis que ni vous, ni moi, ni quiconque ne peut avoir d'avis sur la question sans une réelle enquête, qui pour l'heure n'existe pas. Mais dire qu'on ne sait pas si elle dit la vérité ne veut pas dire qu'elle ne peut pas la dire néanmoins. L'écoute et le traitement sérieux d'une plainte éventuelle est un principe judiciaire au moins aussi intangible que celui de présomption d'innocence. Ford mérite le premier, Kavanaugh le second. Le caucus républicain du Sénat a choisi de respecter le second et de dénier le premier. C'est un fait. Là aussi pour des arrières pensées politiques évidentes.
Quant à Trump, du sommet de la puissance du verbe présidentiel (aussi abaissée soit cette fonction par ceux qui l'occupent parfois), il balance sans fard qu'une femme éventuellement victime d'agression sexuelle qui n'aurait pas eu la force de dénoncer ses agresseurs dans la minute (cas de figure hélas avéré de 90 à 95% des victimes d'agression sexuelle), qui aurait eu comme réflexe d'auto-défense d'essayer d'enterrer le plus loin possible dans les limbes de sa mémoire l'expérience la plus traumatisante de toute son existence (situation là aussi bien connue chez toutes les personnes victimes d'agression ou de traumatisme), qu'une telle femme serait forcément indigne de foi, d'écoute et de respect.
Je ne sais pas si Ford dit la vérité, ce que je sais c'est que voir et entendre le président des USA dénoncer les réactions normales et compréhensibles de millions de victimes d'agressions comme une aberration ou une preuve de mensonge fait régresser de manière dramatique la lutte contre les violences sexuelles et le soutien aux victimes. Voir et entendre des millions des soutiens du président en question défendre ces position inacceptables pour des raisons uniquement partisanes et idéologiques est une honte. Ce discours est une honte. Vous choisissez de le cautionner pour des raisons purement politico-partisanes en soutien à un leader politique qui trouve grâce à vos yeux. C'est un choix. Que je dénonce ici avec force. Espérons que les millions de femmes (et d'hommes, même si ils sont moins nombreux eux aussi peuvent être concernés) victimes de telles agressions dans le monde ne tomberont pas toujours sur des hommes (ou des femmes) qui défendront la négation de leurs agressions. Et ce que je dis là est vrai quelle que soit la véracité ou non des accusations de Ford.
Personnellement je me suis arrêté là dans la lecture de votre post. J'y apporte une réponse publique ici en tant que modérateur car il me parait important de ne pas laisser sans réponse ce qui est objectivement un dérapage concernant les règles de ce forum. Nous sommes sur un forum politique, traitant de politique. Nous pouvons diverger grandement sur l'appréciation des orientations politiques des uns et des autres. Nous pouvons diverger grandement sur tout un tas de sujet. Mais il y a des limites à ne pas franchir. En ce qui me concerne elles le sont largement ici.