Jean-Philippe a écrit:En lisant le fil de discussion consacré au discours de Biden devant le Congrès sur Fivethirtyeight, j'ai vu un document intéressant (à 21h24 pour le retrouver rapidement) qui illustre la partisannerie croissante :
l'écart de popularité de Biden entre démocrates et républicains vient d'atteindre un record historique : 96% de favorables chez les démocrates contre 11 chez les républicains, 100 jours après sa prise de fonction. Cela fait un écart de 85 points. A titre de comparaison, cet écart est passé de 51 pour Clinton, à 57 pour Bush fils, à 60 pour Obama puis un bond à 77 pour Trump.
L'une des explications tient au fait que dans les médias conservateurs, les réalisations de Biden ne sont pas couvertes.
En terme de perception, Biden est vu comme plus modéré (42% le voit comme tel) qu'Obama (30% en avril 2009). Comme le note Geoffrey Skelley (à 21h40), "les politiciens de couleur sont par défaut considérés comme plus libéraux que leurs homologues blancs , indépendamment de ce qu'ils ont réellement fait. Comme pour tant de choses dans la politique américaine, l'opinion publique est influencée par la race."
Pour sa perception en tant que "modéré", c'est d'autant plus incroyable quand on regarde son programme : il est clairement plus libéral que ne l'était celui d'Obama. Et d'ailleurs, ce dernier le reconnaissait officiellement déjà pendant sa présidence et l'a confirmé depuis dans sa biographie : il considérait que sa couleur de peau représentait déjà une révolution copernicienne pour les USA, et, conscient que beaucoup le percevaient comme très libéral (alors qu'objectivement ses positions ne l'étaient pas tant que ça sur beaucoup de sujets), il a été plus frileux sur ses réformes, de peur de braquer la société US sur fond de tension raciale.
Car oui, si on revient sur les annonces (qui avaient déjà été plus ou moins présentées depuis 48 heures) de Biden dans son discours d'hier devant le Congrès (qui, pour le premier d'un président nouvellement élu n'est pas officiellement considéré comme un discours d'état de l'Union, mais comme une adresse au Congrès), le moins qu'on puisse dire c'est que le président propose une option ouvertement interventionniste et largement plus libérale que tous ses prédécesseurs depuis au moins Lyndon B.Johnson.
Dans un premier temps Biden a fait un bilan de ses 100 premiers jours, mettant essentiellement en avant le programme de vaccination (plus de 200 millions de doses injectées, 40% de la population US est désormais vaccinée) et le plan d'aides d'urgences (contre le Covid et la crise économique) de 1900 milliards déjà votés.
Et il s'est projeté sur les prochains textes, notamment économiques et sociaux, et on est bien obligé de constater que c'est pour le moins ambitieux. Outre le plan d'investissement dans les infrastructures (appelés "plan pour l'emploi américain", et qui concerne beaucoup de domaines, pas seulement les infrastructures : l'accès à internet, la modernisation des installations hospitalières et des écoles, développement des énergies dites renouvelables...) de 2 000 milliards de dollars, il propose également un plan de 2 000 milliards de dollars pour les "familles américaines". C'est ce plan qui était la surprise des dernières 48 heures et qui propose ni plus ni moins qu'un développement de l'état providence visant à créer tout un système d'aides diverses et variées pour les classes moyennes américaines (baisse d'impôts pour les foyers gagnant moins de 250 000 dollars par an, voire quasi non imposition pour ceux gagnant moins de 125 000 dollars, instauration d'un système d'inscriptions à l'université gratuites pour les enfants issus de la classe moyenne, aides pour le financement de la garde d'enfants...). Mais là où Biden propose de franchir le Rubicon c'est sur le financement : ces 2 plans (qui à eux deux coûteraient donc la bagatelle de 4 000 milliards de dollars) ne seraient pas financés par la dette (contrairement au plan d'urgences contre le Covid) mais par la hausse des impôts des plus riches. La tranche supérieur de l'impôt sur le revenu pour les foyers les plus riches passerait de 37 à 40%, l'impôt sur les sociétés passerait lui de 21 à 28%, l'imposition des plus-valus du capital serait taxée au même niveau que les revenus (passant de 20 à 40%, cela concernerait donc les gains boursiers), et, cerise sur le gâteau, l'IRS taxerait également les entreprises américaines faisant du dumping fiscal à l'étranger (sachant que le projet prévoit également de muscler le financement et les effectifs de l'IRS afin de mieux lutter contre la fraude fiscale).
Bien sur, tout cela c'est le projet de la Maison Blanche, on est aux USA, ce sera donc au Congrès d'amender le texte, et il n'est pas certain qu'à l'arrivée tout soit conservé tel quel, sachant que les démocrates vont devoir être unifiés pour le faire passer, puisque les républicains ne voteront rien. Précisons par contre que tout cela peut passer dans le cadre de la conciliation budgétaire, du coup au Sénat, les démocrates auront besoin de 50 voix, pas 60...
https://www.wsj.com/articles/whats-in-b ... 1619621174
Mais, pour joindre le geste à la parole et montrer sa volonté libérale, Biden a déjà émis un décret exécutif (la hausse du salaire minimum au niveau national pouvant être filibustée par les républicains) qui augmente le salaire minimum pour les employés fédéraux à 15$ de l'heure, décret qui obligera à terme les sous-traitants désirant collaborer avec le gouvernement fédéral à payer leurs salariés au même taux si ils veulent que leurs contrats soient validés. Pour les employés fédéraux, la hausse s'étalera de janvier à mars 2022, et pour les sous-traitants, l'obligation sera effective à partir de 2024. Les salaires des employés fédéraux seront également indexés sur le taux de l'inflation. Il est intéressant de noter que le salaire minimum des employés fédéraux n'avait plus été augmenté depuis 2015, la dernière administration l'ayant fait étant celle d'Obama. L'administration Trump n'ayant pas augmenté les salaires pendant 4 ans. Entre 2009 et 2015 on sera passé de 7.25$ de l'heure à près de 11$, et on passera donc à 15$ l'année prochaine (le salaire minimum des employés fédéraux aura donc été multiplié par 2 en 12 ans).
https://www.nbcnews.com/politics/white- ... 5-n1265427
Je pense ne pas trop m'avancer en disant qu'avec tout ça, le parti démocrate s'impose sans doute comme le parti social-démocrate le plus à gauche des pays occidentaux ?
Clairement, Biden présente ça comme un nouveau New Deal (un new new deal du coup :) ), et dit qu'il est temps que les 2% des Américains les plus riches versent leur juste part à l'effort collectif. Et là où Biden est malin c'est qu'il présente tous ces plans non pas comme des plans sociaux visant spécifiquement les plus pauvres, mais bien des plans d'investissements et d'aides pour donner un coup de pouce à la classe moyenne. Honnêtement, je ne sais pas si l'administration réussira à faire voter tout ça, ni à quoi ressemblera le projet finalement voté, mais si elle y parvient, on pourra difficilement reprocher à Biden de ne pas avoir fait beaucoup sur sa gauche, sans doute plus que certains ne l'imaginaient ?
Côté républicains, réaction attendue : les démocrates sont des communistes qu'il faut absolument stopper par tous les moyens. Mais bon, comme ça fait maintenant 15 ou 20 ans que les républicains jettent l'anathème marxiste sur les démocrates, pas de gros changement. L'enjeu pour les démocrates est là d'ailleurs : si ils arrivent à combattre la caricature républicaine et à vendre aux Américains que faire payer plus d'impôts aux 2% les plus riches pour atteindre une meilleure redistribution des chances et des richesses ça n'a rien de stalinien, ils peuvent peut-être tirer les marrons du feu auprès de la classe moyenne ? Dans le cas contraire, les républicains arriveront peut-être à effrayer l'Américain moyen ?
Dans un tout autre registre, le domicile et le bureau de l'(ancien ?) avocat de Trump, Rudy Giulliani, ont été fouillés hier par les agents fédéraux. On ne sait pas avec certitude dans le cadre de quelle enquête, mais certaines fuites indiqueraient que ce serait dans le cadre du dossier ukrainien, pour lequel deux associés de Giuliani sont déjà poursuivis pour corruption, détournement de fonds, fraude fiscale, trafic d'influence et lobbying politique non déclaré.
https://www.washingtonpost.com/gdpr-con ... story.html
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