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La vie politique américaine

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Re: La vie politique américaine

Messagede guillaume44 » Mar 24 Sep 2019 23:58

Eco92 a écrit:Une relativement grosse affaire en ce moment, je vous avoue qu'au début elle ne m'a pas parue plus incroyable où délirante que d'autres que Trump a pu avoir (et de fait...) mais ses conséquences semblent montrer que si.

En gros, il y a eu une alerte des renseignements sur une conversation de Trump avec le président Zelensky, récemment élu en Ukraine. Il semblerait que, dans un contexte où l'Ukraine vient de subir une coupe des aides militaires des USA et pourrait vouloir en discuter, Trump ait surtout parlé de l'importance d'ouvrir une enquête sur les actions du fils de Biden en Ukraine.

Si son fils semble en effet parfois un peu trouble il n'y est formellement accusé de rien, voire un président en inciter un autre à faire pression sur la justice pour mettre dans l'embarras un concurrent démocrate c'est dingue, mais me semblait assez banal en Trumpie. Seulement le rapport d'alerte a été enterré par la hiérarchie des renseignements, au prétexte que Trump en tant que président était au dessus de toutes les lois.

Les démocrates ont crié au scandale et à la police politique, demandé à entendre l'agent (il semblerait qu'il ait accepté de témoigner) Trump a lui dit que oui il avait parlé du fils Biden et alors ? Et qu'il publierait la conversation. Mais pas la note d'alerte dont la transmission reste bloquée.

Et là Nancy Pelosi indique qu'elle veut lancer une procédure d'impeachment.

Donc ma question aux spécialistes : pourquoi ? Elle s'y est toujours fermement opposé jusqu'ici, touche-t-on à quelque chose de particulièrement plus sensible que d'ordinaire ?

https://www.washingtonpost.com/powerpost/pelosi-top-democrats-privately-discuss-creation-of-select-committee-for-impeachment/2019/09/24/af6f735a-dedf-11e9-b199-f638bf2c340f_story.html


Cette affaire n'est qu'un prétexte pour lancer la procédure de destitution. Je trouve curieux que les démocrates n'entendent pas la version du ministre des affaires ukrainien apparemment présent lors de cette discussion qui nie en bloc ces accusations… Puis franchement pourquoi vouloir lancer cette procédure de destitution à 1 an de la présidentielle, je ne dis pas s'il lui resterai encore 3 ans de mandat comme pour Nixon par exemple…

https://www.unian.info/politics/1069495 ... phone.html

https://news-24.fr/le-ministre-ukrainie ... rapport-2/
guillaume44
 
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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Mer 25 Sep 2019 00:34

Eco92 a écrit:Et là Nancy Pelosi indique qu'elle veut lancer une procédure d'impeachment.

Donc ma question aux spécialistes : pourquoi ? Elle s'y est toujours fermement opposé jusqu'ici, touche-t-on à quelque chose de particulièrement plus sensible que d'ordinaire ?

https://www.washingtonpost.com/powerpost/pelosi-top-democrats-privately-discuss-creation-of-select-committee-for-impeachment/2019/09/24/af6f735a-dedf-11e9-b199-f638bf2c340f_story.html


Clairement et réponse courte : oui, cette énième affaire change fondamentalement la donne pour Pelosi.
Je n'ai pas répercuté tout de suite les derniers rebondissements, car j'attendais d'y voir plus clair, surtout j'attendais de voir comment tout cela évoluait. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'au cours du week-end tout s'est emballé, et a pris une tournure assez négative pour Trump.
Concernant le volet ukrainien de l'affaire, et contrairement à ce que disent Trump et Giuliani, le dossier Biden (fils) est assez ancien et connu. Ce dernier, Hunter Biden, possède un cabinet de conseils juridiques. L'un de ses clients, Mykola Zlochevsky (un ancien membre de l'administration ukrainienne à priori, mais j'avoue patauger nettement plus dans le volet ukrainien du dossier, rien que les noms déjà...), possédait la société Burisma, une société d'exploitation gazière. En avril 2014, Hunter Biden et un autre de ses associés (Devon Archer) de sa firme de conseils sont entrés au sein du conseil d'administration de Burisma, sans aucune expertise particulière concernant le domaine gazier, et pour un salaire très généreux (50 000$ par mois quand même...). Burisma ayant fait l'objet (déjà avant l'entrée de Hunter Biden au conseil d'administration) de plusieurs enquêtes pour corruptions diverses et variées (de la part de l'Ukraine et du Royaume Uni). De ces enquêtes rien n'est jamais ressorti de concrètement illégal concernant Hunter Biden, bien que tout cela fleure grandement le louche (on est dans le même genre de milieux et connections qui ont valu à Paul Manafort et Michael Flynn des condamnations par Mueller, même si dans le cas du fils Biden, les sommes perçues ont été déclarées au fisc américain, contrairement aux deux compères précédents...).
Trump et les républicains tentent de mouiller Joe Biden dans tout ça avec un développement (lui aussi connu depuis longtemps) survenu en 2016, dans les derniers mois de l'administration Obama. A ce moment là, cette dernière, ainsi que de nombreux autres pays occidentaux, considèrent que l'Ukraine est un pays largement gangrené par la corruption, et exigent un coup de balai si l'Ukraine veut continuer à recevoir des fonds d'aides occidentaux. Ils exigent notamment le départ du ministre de la justice d'alors, Shokin, jugé trop laxiste (car lui même impliqué dans plusieurs soupçons de corruption). Joe Biden fut l'émissaire en Ukraine de ces pressions internationales, obtint le départ de Shokin, remplacé par un nouveau ministre de la justice (jugé plus intègre ?). Trump et les républicains accusent depuis Joe Biden d'avoir en fait fait pression sur le gouvernement ukrainien pour obtenir le départ de Shokin, afin de mettre un terme aux enquêtes contre Burisma, et donc contre Hunter Biden.
Autant, si on peut légitimement émettre des doutes sur les activités du fils Biden en Ukraine, autant les accusations des républicains sur les activités de son père dans la démission de Shokin ont toujours paru très faibles. Outre que Biden agissait là en tant qu'émissaire d'un consensus partagé par plusieurs pays occidentaux, les enquêtes contre Burisma étaient déjà largement enterré en 2016, et il semble bien qu'il fut réellement remplacé par un nouveau ministre plus honnête et prompt à l'enquête. Bref, ni les républicains ni les journalistes n'ont jamais pu connecter réellement les étages de la fusée. Et Steve Bannon lui même jugeait cette affaire trop légère pour inquiéter Joe Biden (lui préférant des recherches concernant d'autres connections entre son fils et des intérêts chinois.
https://www.thedailybeast.com/rudy-giul ... -china-too
Je m'arrête un instant avant d'attaquer le volet US et impeachment. Trump se place là sur un terrain très dangereux personnellement, puisqu'il semble s'attaquer avant tout au fils de Joe Biden. Etant donné les propres turpitudes des affaires d'Ivanka Trump (à qui beaucoup ont reproché de mélanger business et diplomatie en suivant la délégation US en Chine pour y signer des contrats au nom de son entreprise de vêtements) et de Jared Kushner (dont les sociétés immobilières font l'objet de plusieurs investigations pour des montages possiblement frauduleux), je ne suis pas certain que le président américain appréhende bien l'aspect glissant du terrain sur lequel il s'engage en jouant ainsi les liens familiaux...

Et donc, le volet US maintenant. L'administration Trump a en effet été l'objet d'un déclenchement d'une alarme administrative (légale et prévue par la loi US) en provenance du secrétariat d'état au cours de l'été. Cette alarme a semble t il été reléguée au placard, mais cette administration étant l'objet de fuites plus importantes qu'un navire en perdition depuis le premier jour de son investiture, ça a fuité dans la presse au cours de la semaine dernière. Comme d'habitude, dans un premier temps, on a tenté de nier, puis dans une évolution typique de l'administration trumpienne, tout a empiré de jour en jour.
Pour résumer : cette alarme a bien fait suite à un (ou plusieurs ?) coup(s) de téléphone échangé(s) entre Trump et le nouveau président élu d'Ukraine en juillet. Trump reconnait désormais officiellement avoir parlé directement avec le président ukrainien Zelensky du cas Biden en lien avec le "dossier' (si tant est qu'il y en ait vraiment un...) Burisma, et aurait demandé au président ukrainien d'ouvrir (de rouvrir plutôt, puisque, apparemment, des enquêtes ukrainiennes et britanniques précédentes ont déjà été classées ?) une enquête sur Burisma et les Biden. Là où les versions divergent c'est quant à savoir si Trump aurait ou non exercé des pressions sur le président ukrainien pour l'inciter à ouvrir une enquête.
Sachant que quelques jours avant le fameux coup de téléphone, l'administration américaine avait suspendu le versement de 400 millions de dollars d'aides à l'Ukraine, officiellement à ce moment là, pour des raisons de "procédures inter-agences". En septembre, cette aide a finalement été versée, et le délai fut à ce moment là justifié par une autre raison : l'administration US aurait voulu s'assurer des orientations diplomatiques du nouveau président ukrainien et de sa position concernant la corruption (pour rappel, Zelenski est élu sur une plate-forme de lutte contre la corruption, il aura fallu plusieurs mois à la diplomatie américaine pour le réaliser ?).
https://www.nytimes.com/2019/09/22/us/p ... biden.html
https://thehill.com/homenews/administra ... ight-times
https://www.cnbc.com/2019/09/23/giulian ... e-aid.html
https://www.washingtonpost.com/national ... story.html
Au niveau de l'administration depuis le déclenchement de l'affaire, c'est là aussi typique de l'ère Trump : ça part dans tous les sens, on se contredit à tous les étages. Trump dit qu'il veut rendre public l'enregistrement, les membres de son administration qui se sont exprimés sur le sujet (Pompeo et Mnuchin) disent que ce serait folie et créerait un dangereux précédent.
Giuliani fait du Giuliani en se répandant dans les médias, et n'aide pas vraiment son patron avec ses outrances. L'autre gros problème c'est que ce qui était déjà perceptible depuis plusieurs semaines dans les plaidoiries des avocats de Trump, semble se confirmer : l'administration semble bien défendre la "thèse juridique" selon laquelle, en plus de ne pas pouvoir être poursuivi pendant l'exercice de son mandat, un président ne pourrait pas non plus être le sujet d'une enquête (judiciaire ou législative) pendant son mandat.
Conséquence en cascade au niveau du Congrès : les démocrates exigent le rapport d'alarme du secrétariat d'état (que l'administration refuse catégoriquement de donner), et les enregistrements des appels (certains élus républicains les réclament aussi, Romney et Graham notamment). Ce dernier point donnant à toute cette affaire un petit parfum de nixonisme...
https://www.politico.com/story/2019/09/ ... eo-1507277
https://www.pbs.org/newshour/politics/p ... e-released
https://thehill.com/homenews/senate/462 ... transcript
https://www.politico.com/story/2019/09/ ... ll-1507289
https://en.wikipedia.org/wiki/Nixon_Whi ... e_gap_tape
Et donc, pourquoi est ce que tout cela change grandement la donne au niveau de l'impeachment ?
Déjà, parce qu'après le russiagate et les enquêtes Mueller, il semble que Trump soit en récidive : il n'a toujours pas intégré que tailler bout de gras de politique intérieur avec des chefs d'état étrangers c'est pas forcément le coup le plus malin à tenter. Si en plus le bout de gras en question consiste à demander à un chef d'état étranger d'ouvrir des enquêtes visant spécifiquement le fils d'un possible concurrent politique lors de la prochaine présidentielle, ça commence à faire beaucoup pour l'équipe démocrate. D'autant que, contrairement au russiagate, cette nouvelle affaire ukrainienne semble nettement plus simple à décrypter, et, selon les suites du dossier (en clair selon ce qu'il y aurait dans le rapport d'alerte et dans les conversations téléphoniques, si jamais ils étaient rendus publics, contenus dont je ne préjuge absolument pas), l'illégalité de la manœuvre serait assez facile à démontrer.
Et c'est très visible dans les derniers ralliements à l'impeachment au sein du caucus démocrate : désormais des élus de districts tangents ont joint leurs voix à celles des élus libéraux dans des districts bleus horizons...
https://www.washingtonpost.com/opinions ... n-protect/
https://www.politico.com/story/2019/09/ ... ne-1508224
https://www.washingtonpost.com/politics ... story.html
Je crois en effet que suite à cette énième affaire, Pelosi n'a plus guère le choix désormais. Une commission d'enquête va être formée sur le sujet, et si l'administration s'entête à ne rien divulguer ou si des éléments délictuels émergent de cette enquête, la Chambre lancera une procédure d'impeachment. Qui, dans tous les cas, ne sera pas ratifiée par le Sénat, quelles que soient les preuves éventuelles que pourraient faire émerger l'enquête parlementaire de la Chambre, à priori.
Reste à voir les conséquences de tout ça sur la prochaine présidentielle. Là, franchement, je donne ma langue au chat pour le moment. Mais je pense qu'à court terme, tout cela fait quand même un peu les affaires de Warren. Trump se prend encore les pieds dans le tapis de liaisons diplomatiques incertaines avec une puissance étrangère concernant un adversaire politique interne, Biden, même si il n'y a pour l'heure rien de vraiment répréhensible à lui reprocher, est lui aussi entouré d'un parfum de scandale (et puis bon, Clinton aussi après des années d'enquêtes approfondies était ressortie blanchie de l'emailgate, cela n'a pas empêché de la voir condamnée par l'opinion publique...). Warren va sans doute pouvoir se la jouer chevalier blanc de la lutte contre la corruption ? Mais je réserverai nettement mon jugement face aux suites du dossier pour l'heure...

guillaume44 a écrit:Cette affaire n'est qu'un prétexte pour lancer la procédure de destitution. Je trouve curieux que les démocrates n'entendent pas la version du ministre des affaires ukrainien apparemment présent lors de cette discussion qui nie en bloc ces accusations… Puis franchement pourquoi vouloir lancer cette procédure de destitution à 1 an de la présidentielle, je ne dis pas s'il lui resterai encore 3 ans de mandat comme pour Nixon par exemple…

https://www.unian.info/politics/1069495 ... phone.html

https://news-24.fr/le-ministre-ukrainie ... rapport-2/


Côté ukrainien, pour l'heure, on sent surtout qu'on a pas très envie de se retrouver embarqué dans ce débat américano-américain. On les comprend un peu. Quand je dis que tout ça fleure le nixonisme, c'est sur les enregistrements à venir : combien de coups de téléphones (puisque là aussi les versions semblent diverger) ? des versions intégrales ou expurgées des enregistrements ? Si tant est que l'administration les divulgue bien, pour l'heure Trump et certains de ses ministres se contredisent à ce sujet. Quant au ministre ukrainien que vous citez, il nie qu'il y ait eu pression, pas qu'il y ait eu demande d'enquête. Et quand la demande vient d'un type qui a suspendu une aide de 400 millions de dollars envers votre pays, pas besoin d'être un grand complotiste pour se dire que la pression n'a pas forcément besoin d'être fortement suggérée pour être perçue :).
Quant au timing, pour le coup, ce n'est pas les démocrates qui ont choisi que Trump appelle le président ukrainien en juillet 2019 pour lui parler d'ouvrir une enquête sur Biden (fils et/ou père) :). Mais encore une fois, laissons le temps au temps, on verra bien ce que l'administration Trump voudra livrer ou non, et ce qu'on trouvera dans ces éléments.
Mais même à supposer que Trump n'ait rien fait d'illégal (ce qui est aussi possible), il faut bien avouer que, étant donné le précédent Mueller et Russiagate, le simple fait que le président des USA trouve tout à fait normal de demander explicitement (même sans pression ni contrepartie éventuelles) à un chef d'état étranger d'ouvrir une enquête contre un adversaire politique du président des USA est un manque de discernement assez consternant.
En tout cas, si jamais Hillary Clinton avait été élue présidente en 2016, puis avait appelé un chef d'état étranger en 2019 pour lui demander d'enquêter sur le fils d'un possible futur candidat républicain à la course présidentielle de 2020, les républicains auraient déjà mis le Congrès à feu et à sang :).
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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Jeu 26 Sep 2019 01:34

C'est assez dingue ce qu'il s'est passé en à peine 24 heures dans ce que les médias appellent désormais le whistleblower gate (le scandale du lanceur d'alerte).
Côté Chambre des représentants, on est désormais à 186 représentants démocrates à avoir officiellement réclamé l'ouverture d'une enquête préalable à un impeachment.
https://edition.cnn.com/2019/09/24/poli ... index.html
Face à cette nouvelle situation Pelosi n'avait guère le choix : elle a bien lancé une procédure en ce sens. Les différents comités d'enquête de la Chambre vont donc devoir centraliser leurs efforts, le bureau du Speaker ouvre légalement le processus judiciaire permettant au Congrès de réquisitionner des éléments dans le cadre de l'enquête. Il faut savoir que dans le cadre d'une enquête pour impeachment les pouvoirs d'investigation de la Chambre sont assez larges et renforcés. Si on s'en tient aux précédents, l'enquête devrait durer 3 ou 4 mois, suivie d'un vote de la Chambre pour déterminer si oui ou non elle opte pour l'impeachment (vote qui se fait à la majorité simple : 218 représentants doivent la voter), et si oui, sur quelles bases juridiques et avec quels chefs d'accusation.
Si la Chambre vote l'impeachment, alors le dossier est transmis au Sénat qui peut seul entériner ou rejeter le retrait du président de sa charge. Là le vote se fait à la majorité des 2/3 (67 sénateurs doivent le voter).
https://www.politico.com/story/2019/09/ ... ss-1509360
Mais c'est du côté de la Maison Blanche où ça a beaucoup bougé. Trump a déclassifié la transcription du fameux coup de téléphone avec le président ukrainien, déclarant que selon lui cette transcription l'exonérait complètement.
https://edition.cnn.com/2019/09/25/poli ... index.html
J'ai clairement une immense différence d'analyse avec le président américain : les éléments révélés ici me paraissent plus que troublants, je dirais potentiellement incriminant. C'est un festival : Trump alterne le sujet de l'aide financière et militaire des USA envers l'Ukraine et la demande d'une faveur au nouveau président élu (si les deux éléments ne sont pas liés explicitement, la lecture de l'échange est largement ambiguë sur le lien entre les deux), il demande textuellement au président ukrainien d'ouvrir une enquête contre Burisma et les Biden, en préconisant au président ukrainien d'entrer en contact avec le DOJ et Giuliani (et oui, vous ne rêvez pas : Trump laisse clairement entendre que son ministre de la justice travaille main dans la main avec un de ses avocats personnels dans le but d'ouvrir une enquête contre un adversaire politique), il parle aussi des enquêtes Mueller et de Manafort (là aussi Trump demande au président ukrainien si il ne peut pas aider ce dernier dans le cadre des charges qui pèsent contre lui concernant ses affaires en Ukraine, pour lesquelles Manafort sera bien condamné pour mémoire), le président ukrainien de son côté semble vouloir s'attirer les bonnes grâces de Trump en lui disant qu'il compte acheter plus de produits US et qu'il adore séjourner dans les hôtels Trump lorsqu'il se rend à New-York.... Et en conclusion Zelensky dit clairement qu'il accepte d'ouvrir des enquêtes concernant les affaires évoquées par Trump.
Bref, tout cela me parait clairement surréaliste : comment Trump a t il pu croire que cet échange l'exonérerait ? Quelqu'un à la Maison Blanche a t il seulement lu la transcription avant que Trump ne la déclassifie ? Parce que j'ai du mal à voir comment un quelconque avocat ou conseiller juridique aurait pu conseiller à Trump de divulguer un élément aussi problématique pour lui.
Honnêtement, Mueller aurait eu lors de ses investigations la transcription d'un appel de ce genre où Trump aurait demandé à Poutine d'enquêter sur Clinton avec les mêmes éléments de langage utilisés entre Trump et Zelensky, on peut légitimement affirmer que Mueller aurait considéré une telle transcription comme un cadeau du ciel.
Apparemment la Chambre aurait aussi obtenu le rapport du lanceur d'alerte. Si pour l'heure le contenu n'a pas été dévoilé, les premiers éléments qui émanent du caucus démocrate (à prendre avec des pincettes donc) indiqueraient un contenu tout aussi troublant que la retranscription du coup de téléphone.
https://edition.cnn.com/2019/09/25/poli ... index.html
https://edition.cnn.com/2019/09/25/poli ... index.html
Pendant ce temps, Trump persiste : il ne voit pas en quoi demander l'intervention d'un pays étranger pour interférer dans le processus électoral de son pays pose un problème quelconque.
Et l'administration offre désormais une quatrième version pour expliquer le délai dans le versement des 400 millions de dollars d'aides aux Ukrainiens entre juillet et septembre : après les contingences inter-agences, après l'analyse du programme diplomatique du nouveau président ukrainien, après l'analyse son programme anti-corruption, on nous propose que les USA attendaient que ses alliés européens versent une contribution à l'aide en question (élément que Trump mentionne en effet dans le coup de fil : à quel point les dirigeants européens sont radins envers l'Ukraine, ce à quoi le président ukrainien opine).
https://www.politico.com/story/2019/09/ ... id-1509070
Derrière, quelques élus républicains semblent assez critiques du mouvement présidentiel. Romney n'est n'est désormais plus seul à exprimer publiquement des "inquiétudes" : les sénateurs Basse (Nebraska), Tommey (Pennsylvanie) et Portman (Ohio) se montrent un peu critiques envers Trump. De là à les imaginer voter pour un possible impeachment, on en est pas encore là.
https://edition.cnn.com/2019/09/25/poli ... index.html
De toute façon tout cela n'est que le début d'un long processus qui va durer au moins plusieurs mois, et dont les révélations et rebondissements ne font que commencer.
Quant aux conséquences politiques de tout ça, je continue à rester sur ma réserve : qui vivra verra...
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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Jeu 26 Sep 2019 23:38

Je ne saurais même pas par où commencer pour tenter de résumer la journée qu'a connue la politique américaine aujourd'hui. Je vais tenter d'être bref pour éviter un nouveau pavé à chaud :
1) le rapport du lanceur d'alerte (rédigé à priori le 12/08, le coup de fil entre Trump et Zelensky ayant eu lieu le 25/07)) se fait l'écho de multiples sources qu'il aurait recueillies au sein de l'administration depuis des mois. Il dit que ce n'est pas la première fois que Trump aurait ce genre de conversations avec un chef d'état étranger, que ce n'est pas la première fois que derrière les services juridiques de la Maison Blanche auraient essayé de faire disparaître les transcriptions de ce genre de coups de fil (en ne leur faisant pas suivre la voie normale de classification), il affirme que Trump aurait bien fait pression sur l'Ukraine (en monnayant le versement de la fameuse aide de 400 millions de dollars), et que le président jouerait à un jeu dangereux en demandant à un pays étranger d'interférer dans le processus électoral de l'élection présidentielle US à venir, en soulignant notamment les liens conflictuels et dangereux entre le DOJ et l'avocat de Trump, Giuliani, dans ce cadre. Le rapport conclue que tout ça devrait faire l'objet d'une enquête du Congrès. Bref, le rapport accuse Trump d'abus de pouvoir, de corruption, de trahison et de coopération avec une puissance étrangère pour influencer l"élection à venir aux USA. Je suggère à tout anglophone de lire le rapport en entier (ce que j'ai fait), c'est édifiant. Je précise que toutes les accusations faites par ce rapport doivent être corroborées ou au contraire réfutées par une enquête approfondie. Mais sur un point on peut déjà donner crédit au lanceur d'alerte : son rapport concernant le fameux coup de fil est criant de parallèle avec la transcription révélée hier.
https://edition.cnn.com/interactive/201 ... annotated/
2) le directeur (par intérim) du renseignement US, Joseph Maguire, est venu témoigner pour livrer sa perception du rapport et du pourquoi il n'avait pas été transmis au Congrès dès le mois d'août, comme il l'aurait du. Pour résumer, Maguire dit que le rapport lui parait très crédible, suffisamment pour justifier une enquête du Congrès. Et que si il ne l'a pas transféré immédiatement au Congrès c'est que face à l'aspect gravissime et sans précédent des accusations et éléments relevés dans le rapport, il a voulu assurer ses arrières en consultant plusieurs avocats et conseillers juridiques avant (enfin, ça c'est l'option gentille, parce que ce n'est pas très clair si il ne sous-entend pas carrément que le DOJ aurait bien tenté de faire disparaître le rapport...). Il affirme que selon lui le lanceur d'alerte a scrupuleusement suivi les procédures et contraintes de son travail. Les républicains ont bien tenté de dénigrer le travail du lanceur d'alerte et de Maguire, mais ça tombait souvent à plat face à l'assurance et la franchise apparente du témoin (qui a par moment usé du privilège de l'exécutif pour ne pas dévoiler des conversations qu'il a eues avec le président dans le cadre de ses fonctions).
https://edition.cnn.com/2019/09/26/poli ... index.html
L'intervention d'un élu républicain de la commission, Mike Turner (district 03 de l'Ohio) m'a particulièrement marqué : il affirme que le coup de téléphone du président "is not ok" et représente à ses yeux une immense déception pour le public américain...
https://edition.cnn.com/2019/09/26/poli ... index.html
3) la réaction de Trump pour l'heure a consisté à dire qu'il considérait le lanceur d'alerte et ses sources comme des espions et des traitres, et qu'il regrettait le bon vieux temps où ils auraient pu être exécutés. Je ne suis pas certain que prendre le risque de rajouter la subornation de témoins à la liste des charges éventuelles retenues par le Congrès soit très judicieux...
https://edition.cnn.com/videos/politics ... rn-vpx.cnn

Bilan : 218 représentants de la Chambre (pile la majorité) soutiennent désormais l'ouverture d'une enquête préalable à l'impeachment (j'insiste : ils ne se prononcent pas pour l'heure sur l'impeachment en lui même).
https://edition.cnn.com/2019/05/23/poli ... index.html
Il serait temps que Trump et la Maison Blanche tentent quelque chose (j'entends par là autre chose que de dire tout cela n'est pas grave et d'insulter ou menacer les gens qui disent que c'est grave), parce qu'à ce rythme là de révélations et d'enquêtes à venir, la maison commence à brûler pour eux et on ne voit pour le moment pas de pompier à l'horizon. Le gros problème dans l'immédiat c'est que Trump a déjà reconnu avoir demandé au président ukrainien l'ouverture d'une enquête contre les Biden, et que la transcription ne laisse aucun doute sur le fait que le président demande cela comme une faveur. Cette réalité du dossier mine déjà les contre feux que pourraient tenter les républicains du Congrès, qui ressemblent actuellement surtout à des lapins pris dans les phares d'une voiture sur une route de campagne la nuit...
Quand je disais hier qu'on en était qu'au début d'un long processus d'enquête je ne pensais pas que ce serait aussi vrai aussi rapidement...
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Re: La vie politique américaine

Messagede Nico78 » Sam 28 Sep 2019 09:32

Merci beaucoup Corondar pour tous ces éléments très éclairants.
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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Sam 28 Sep 2019 13:20

Nico78 a écrit:Merci beaucoup Corondar pour tous ces éléments très éclairants.


De rien. Quelques petites précisions quand même :
1) je ne garantis pas de tenir le rythme quotidien des rapports, parce qu'à ce rythme là de révélations je ne vais pas tenir :).
2) je rappelle que si mon niveau d'anglais est plus que correcte, je ne garantis pas non plus qu'il n'y ait pas ici ou là quelques impairs de traductions (à titre d'exemple je ne suis pas certain de saisir toutes les nuances de la classification des appels présidentiels selon les critères de confidentialité...).
3) je suis bien conscient que certains vont peut-être m'accuser de partialité anti-Trump. Très honnêtement, il me parait difficile de ne pas voir les énormes soucis juridiques et politiques dans lesquels se trouve objectivement le président américain à l'heure actuelle au nom de ses propres actions.

Et donc la suite de ce qui s'apparente désormais à une saison de 24 heures chrono...
A priori, il semblerait bien que, comme l'affirmait le lanceur d'alertes dans son rapport, le coup de téléphone entre Trump et Zelensky n'aurait pas été classifié comme il l'aurait du. Les services juridiques de la Maison Blanche lui auraient fait subir le traitement des appels classés hautement confidentiels (traitement normalement réservé aux sujets sensibles du contre terrorisme, des opérations militaires ou des échanges d'informations d'espionnage). Il parait clair que ce coup de téléphone ne correspondait pas du tout aux critères requis pour une telle classification. Or, le lanceur d'alertes affirme que ce ne serait pas la première fois qu'un coup de téléphone de ce genre subirait ce genre de classification inhabituelle pour le faire disparaître des radars. Et donc, aujourd'hui,nouvelles fuites dans les médias : il semblerait que des appels entre Trump et Poutine, ainsi qu'entre Trump et MBS (le chef de l'Arabie Saoudite) auraient subi le même niveau de haute classification.
https://edition.cnn.com/2019/09/27/poli ... index.html
https://edition.cnn.com/2019/09/27/poli ... index.html
La Chambre doit donc aussi enquêter sur ce qui s'apparenterait à une tentative de couverture des infractions présidentielles.
Les convocations de personnels par la Chambre, vers le secrétariat d'état et le ministère de la justice pour la semaine prochaine, sont déjà partis. Les démocrates veulent faire la lumière sur le fait que le rapport n'ait pas immédiatement été communiqué au Congrès, et si oui ou non les services de l'administration ont bien tenté de le faire disparaître.
Giuliani est aussi en bonne place dans ces convocations à venir, vu le rôle d'intermédiaire qu'il semble jouer dans le dossier ukrainien. A ce propos, si j'étais Trump, j'envisagerais sérieusement d'interdire à mon avocat le moindre commentaire public : je ne suis pas persuadé que les dérapages et outrances du personnage aident beaucoup la cause de son client dans le contexte.
https://edition.cnn.com/2019/09/27/poli ... index.html
https://edition.cnn.com/2019/09/27/poli ... index.html
https://edition.cnn.com/2019/09/27/poli ... index.html
Et dernier rebondissement de taille : Kurt Volker, l'envoyé spécial de l'administration US en Ukraine, a démissionné de son poste à peine 24 heures après la révélation du rapport du lanceur d'alertes. Le nom de Volker apparaissait à de nombreuses reprises dans ce rapport, le lanceur d'alerte indiquant que Volker servirait de courroie de liaison entre Giuliani et le gouvernement ukrainien concernant l'ouverture d'investigations à l'encontre des Biden.
https://edition.cnn.com/2019/09/27/poli ... index.html
Volker fait également parti des personnes convoquées par la Chambre la semaine prochaine. Apparemment les médias US interprètent sa démission comme signant sa volonté de vouloir témoigner sans les contraintes de sa fonction ni les privilèges de l'exécutif.

Et du côté de la Maison Blanche, tout cela continue à ne pas vraiment être géré à priori. On ne voit pas de ligne de défense claire (à part de dire que rien de tout cela n'est grave ou contraire à la loi, et de menacer les lanceurs d'alerte et les personnes aux origines des fuites). A priori Trump voudrait constituer une task force (sur le modèle de celle de Bill Clinton en 1998), et il aurait proposé de la confier à Corey Lewandowski. Mais cela semble coincer du côté des officiels qui ne voudraient pas de lui comme organisateur de la riposte. Rappelons que ce dernier fut le premier directeur de campagne de Trump, limogé pour son inefficacité supposée, avant d'être remplacé à ce poste par Manafort, qui lui a depuis été condamné (pour divers crimes financiers) dans le cadre des enquêtes Mueller, et est actuellement en prison.
https://edition.cnn.com/2019/09/27/poli ... index.html
Quelques républicains semblent espérer que cet impeachment suive le même chemin que celui de 1998, mais il me semble difficile de ne pas voir les énormes différences entre les situations :
1) Clinton était déjà populaire avant cet impeachment, ce qui n'est pas le cas de Trump
2) les charges dont Clinton était soupçonné étaient sans commune mesure avec celles dont on accuse Trump aujourd'hui
3) Clinton avait tout de suite fait profil bas, reconnaissant même des fautes et des erreurs, et seule sa task force et quelques démocrates en vue montaient au créneau pour défendre le président et accuser ses contempteurs de chasse aux sorcières
Pour le moment je reste effaré par les niveaux de cacophonie, d'impréparation et d'amateurisme qui semblent se dégager de la Maison Blanche par rapport à ce qu'on peut désormais bien qualifier de scandale d'état (même si tout reste encore à investiguer). Mais je ne comprends toujours pas que quiconque ait pu laisser Trump déclassifier lui même l'appel à Zelensky, sans voir les conséquences juridiques et politiques dévastatrices que cela aurait (surtout si ils savaient que ce coup de fil avait fait l'objet d'un rapport d'alertes lui même potentiellement dévastateur, et dont la divulgation au Congrès avait été retardé).

Pour reprendre ma métaphore d'hier, si les républicains font pour l'heure figure de lapins pris dans les phares d'une voiture, les démocrates eux ressembleraient à des enfants dont les parents se seraient absentés, en les laissant seuls dans un magasin de bonbons les poches pleines de billets : ils ont les yeux ronds comme des soucoupes, la langue pendante et la bave aux lèvres, et ne savent pas par quelle friandise commencer le festin. Si j'étais eux, je ferai comme Warren leur suggère : je me concentrerai surtout sur le volet ukrainien, quitte à dérouler quelques pelotes de laine par la suite (notamment sur l'aspect tentative de dissimulation éventuelle).
https://edition.cnn.com/2019/09/27/poli ... index.html
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Re: La vie politique américaine

Messagede ploumploum » Sam 28 Sep 2019 16:50

guillaume44 a écrit:Puis franchement pourquoi vouloir lancer cette procédure de destitution à 1 an de la présidentielle, je ne dis pas s'il lui resterai encore 3 ans de mandat comme pour Nixon par exemple…


Je suis à peu près certain que si une procédure avait été lancée il y a deux ans, on aurait eu droit ici au tract dénonçant "l'incroyable coup de force du Congrés contre le génial D.Trump, empêché de gouverner à peine élu"

Le fait est que à partir du moment où vous vivez dans un régime constitutionnel prévoyant une possibilité de destitution pour certains faits graves et ce sans clause temporelle, peu importe qu'il reste 3 mois ou 1 an de mandat.


Corondar a écrit:Pendant ce temps, Trump persiste : il ne voit pas en quoi demander l'intervention d'un pays étranger pour interférer dans le processus électoral de son pays pose un problème quelconque.


A sa décharge, faut dire que les USA sont tellement intervenus ailleurs, qu'il s'est peut-être dit que ça octroyait de temps en temps "le droit" aux autres de faire de même ;-))

Pour le reste cette procédure est une illustration de plus dans le "chaos croissant" sur le plan institutionnel : le GOP et les Dems se rendent coup pour coup quitte à déstabiliser le régime; n'oublions pas la manip légale de McConnell pour empêcher la nomination d'un nouveau Juge à la Cour Suprême par B.Obama, l'abaissement opportuniste du seuil de nomination et j'en oublie d'autres.

Le seul truc à espérer c'est que N.Pelosi arrive à maîtriser la procédure. Tout dérapage (des interventions radicales du style d'Ocasio-Cortez) pourrait s'avérer désastreux, ouvrir un peu plus le fossé et un nouveau boulevard pour le Président Trump.


Sinon, on connaît l'avis du vice-Président M.Pence ? Est-il complètement inimaginable qu'il puisse lâcher le Président et tenter de prendre possession du Bureau ovale ?
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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Lun 30 Sep 2019 00:32

ploumploum a écrit:Le fait est que à partir du moment où vous vivez dans un régime constitutionnel prévoyant une possibilité de destitution pour certains faits graves et ce sans clause temporelle, peu importe qu'il reste 3 mois ou 1 an de mandat.


C'est d'ailleurs parce que cette possibilité constitutionnelle existe que les démocrates n'avaient plus vraiment le choix et qu'on a vu le nombre de représentants démocrates en faveur de l'ouverture d'une enquête préalable à un impeachment croître de manière aussi forte en à peine quelques jours. A partir du moment où émergent plusieurs éléments allant dans le sens de pratiques illégales orchestrées par la présidence, si les démocrates ne tentaient pas l'impeachment, les républicains auraient matraqué en boucle que si les démocrates ne l'avaient pas tenté, c'était forcément que Trump n'avait rien fait de contraire à la loi. Et je doute que l'électorat démocrate aurait pardonné à ses élus de n'avoir rien fait dans cette situation...

ploumploum a écrit:Pour le reste cette procédure est une illustration de plus dans le "chaos croissant" sur le plan institutionnel : le GOP et les Dems se rendent coup pour coup quitte à déstabiliser le régime; n'oublions pas la manip légale de McConnell pour empêcher la nomination d'un nouveau Juge à la Cour Suprême par B.Obama, l'abaissement opportuniste du seuil de nomination et j'en oublie d'autres.

Le seul truc à espérer c'est que N.Pelosi arrive à maîtriser la procédure. Tout dérapage (des interventions radicales du style d'Ocasio-Cortez) pourrait s'avérer désastreux, ouvrir un peu plus le fossé et un nouveau boulevard pour le Président Trump.


Sinon, on connaît l'avis du vice-Président M.Pence ? Est-il complètement inimaginable qu'il puisse lâcher le Président et tenter de prendre possession du Bureau ovale ?


Encore une fois, étant donné les éléments dont on dispose déjà (une transcription partielle d'une conversation où Trump demande explicitement à un président d'une nation étrangère comme une faveur d'ouvrir une enquête sur un adversaire politique et/ou son fils, tout en lui demandant d'entrer en contact avec le DOJ et son avocat personnel pour organiser cette enquête, et si au passage il ne pourrait pas faire quelque chose pour son bon ami le désormais condamné Manafort, conversation dont Trump reconnait lui même tous les éléments) et les faits potentiellement en jeu, je ne vois pas comment les démocrates pouvaient faire autrement que d'ouvrir une enquête.
Les républicains défendent l'idée que les démocrates ont déjà condamné Trump (ce en quoi ils n'ont sans doute pas tort : je pense que si un vote était organisé demain, on aurait déjà au moins les 218 votes nécessaires pour l'impeachment), mais placer l'enquête dans un cadre préalable à un éventuel impeachment donne surtout à la Chambre un plus grand éventail dans ses pouvoirs d'investigation (et vu le nombre de témoins qu'ils vont devoir convoquer et le nombre de documents qu'ils vont devoir réquisitionner pour pouvoir éclaircir tous les éléments qui doivent déjà l'être dans toutes les premières interrogations du dossier, ils en auront bien besoin).
Quant à Pence, pour l'heure, il est plutôt dans la catégorie des républicains silencieux je dirais (ce qui est le cas de la majorité des républicains du Congrès, à quelques exceptions près). A ma connaissance il a publié un seul communiqué au déclenchement de l'affaire de soutien au président, depuis c'est silence radio ? Sachant que, parmi les questions appelant des réponses, il y en a déjà pour demander ce que savait le VP des coups de téléphone du président...
Et ne nous leurrons pas, l'impeachment est tout autant une procédure juridique que politique. Les faits légaux et juridiques qui vont émerger de l'enquête (dont ceux qui ont déjà émergé) seront aussi importants que la perception du public et les évolutions de l'opinion. Les semaines à venir vont être cruciales, la courbe de popularité de Trump va être observée à la loupe, les sondages sur la perception de l'impeachment par les électeurs aussi, et rappelons que vont se dérouler très bientôt plusieurs élections importantes (les deux chambres de Virginie sont à renouveler, et les postes de gouverneurs de Louisiane, du Mississippi et du Kentucky aussi). Là aussi, les résultats seront forcément analysés dans ce contexte.
Si Trump se maintient et que les résultats républicains sont pas trop mauvais lors de ces élections, alors peu importe ce que les enquêtes pourront révéler, les républicains et le GOP feront bloc autour de leur président. Et les démocrates feront bloc pour dénoncer une présidence corrompue. Par contre, si Trump décroche un peu et/ou si les élections d'octobre sont mauvaises pour le GOP, alors là les républicains et le GOP devront réfléchir un peu plus sur la suite à donner à tout ça.
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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Mer 2 Oct 2019 18:22

Le torchon brûle entre les démocrates du Congrès et le secrétaire d'état Mike Pompeo. Ce dernier donne, pour le moment, une fin de non recevoir aux convocations de certains membres de son administration dans le cadre de l'enquête préalable à l'impeachment. Il dénonce ce qu'il qualifie de harcèlement, et dit que les délais sont trop courts. Pompeo lui même est convoqué, encore plus maintenant qu'il est établi que lui aussi était bien présent lors du fameux coup de téléphone avec le président ukrainien.
https://edition.cnn.com/2019/10/01/poli ... index.html
C'est là un jeu dangereux, les pouvoirs d'investigation de la Chambre dans ce genre de cadre étant très larges. Il essaye plus probablement de gagner un peu de temps.
En tout cas, certains fonctionnaires du secrétariat d'état (déjà passablement affecté par les carences en poste de cette administration) semblent peu goûter le mouvement de leur ministre et le font savoir. Certains comptent même passer outre les recommandations de leur ministre : le secrétaire général du secrétariat d'état a confirmé demander d'être entendu en urgence par le comité d'enquête pour pouvoir s'exprimer sur le dossier ukrainien (et il a l'air déterminé à donner les documents réclamés par la Chambre, qui continue aussi à investiguer pour comprendre qui a bloqué le rapport d'alerte et comment).
https://www.politico.com/news/2019/10/0 ... ats-015873
https://edition.cnn.com/2019/10/01/poli ... index.html
Ceci dit, vu que dès que l'administration coopère elle se tire une balle dans le pied en livrant des informations potentiellement compromettantes (le coup de fil et le rapport d'alerte), l'absence de coopération sera peut-être une meilleure stratégie ? Mais c'est une stratégie qui ne pourra durer qu'un temps... D'autant que Pompeo vient officiellement de reconnaître qu'il était lui même présent durant le fameux appel.
https://edition.cnn.com/2019/10/02/poli ... index.html
Surtout, plusieurs témoins semblent déjà très coopératifs : les avocats du lanceur d'alerte semblent confirmer que leur client veut témoigner malgré les menaces de l'exécutif, ainsi que Volker (l'envoyé spécial US démissionnaire en Ukraine) et Marie Yovanovitch (ancienne ambassadrice américaine en Ukraine) dont les témoignages sont prévus. N'étant plus membres du secrétariat d'état ils ont moins de contraintes concernant les ordres de Pompeo).
https://www.latimes.com/politics/story/ ... nt-inquiry
Du côté de Trump par contre c'est très clair : il rue dans les brancards, accuse les démocrates de coup d'état (il faudra que quelqu'un finisse par expliquer au président des USA que la définition d'un coup d'état implique que les "rebelles" enfreignent la constitution, et que, pour l'heure, il y a quelques indices semblant peut-être indiquer que lui le fait, contrairement aux démocrates), et promet l'apocalypse si il est démis de sa charge. Et on continue avec les fakes news habituelles (après la carte météo trafiquée au feutre, on a droit à la fausse carte des résultats électoraux de 2016).
https://www.lepoint.fr/video/procedure- ... 74_738.php
https://edition.cnn.com/2019/10/01/poli ... index.html
Ceci dit, il aurait tort de se priver, un sondage indique que 40% des électeurs républicains croient réellement que Trump n'a jamais mentionné les Biden dans le coup de téléphone entre Trump et le président ukrainien.
https://edition.cnn.com/2019/10/02/poli ... index.html
Désormais ils en viennent même à croire des mensonges que Trump lui même ne formule plus :).
Je reste persuadé que l'enjeu n'est pas le soutien des électeurs républicains (qui restera indéfectible, quoi qu'il arrive), mais celui des électeurs modérés et indépendants face à tout ça. C'est là tout l'enjeu de la lutte entre les démocrates et les républicains. Du côté des élus républicains du Congrès, on sent bien qu'on continue à rester sur une certaine réserve globalement. Le problème étant qu'ils ont toujours peu d'éléments de langage à défendre pour aborder le fond du dossier et les accusations portées (pour lesquelles l'enquête parlementaire sera déterminante).
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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Ven 4 Oct 2019 12:50

Chaque jour apporte son lot de révélations et de rebondissements. Si au début de l'affaire on avait l'impression d'être dans une saison de 24 heures chrono, désormais on bascule dans la quatrième dimension.
Hier l'inspecteur général du secrétariat d'état (un poste très administratif de liaison), Steve Linick (un vieux routier du ministère, en place depuis W.Bush et qui a survécu à tous les changements d'administration depuis), qui avait demandé à être entendu d'urgence par le comité d'enquête de la Chambre, est venu témoigner. Et il n'est pas venu les mains vides, il a livré un dossier "d'enquête", qui, selon lui, aurait été transmis au secrétaire d'état, Mike Pompeo, au printemps. Ce dossier compile pas mal de théories complotistes, dénonçant la corruption des Biden (sans avancer aucun élément de preuve concrète). Linick a révélé à la stupeur générale que ce dossier avait été transmis à Pompeo par Giuliani lui même, et que ce "rapport" servait depuis de dossier exploratoire transmis par le secrétaire d'état aux Ukrainiens pour les orienter dans leur enquête à venir des Biden. Linick s'est montré pour le moins critique face au dossier, ainsi qu'à son usage par le secrétaire d'état et à la manière dont ce dernier l'avait obtenu.
https://www.politico.com/news/2019/10/0 ... dor-022482
Linick confirme que l'ancienne ambassadrice américaine en Ukraine a été limogée par Trump parce qu'il la trouvait démocrate (ce que le "rapport" de Giuliani affirme aussi, sans vraiment plus de preuve, et élément que Trump reprenait dans le fameux coup de fil avec Zelensky).
Depuis, Giuliani a confirmé que c'est bien lui qui avait constitué le "dossier" et qu'il l'avait bien transmis au secrétariat d'état.
https://edition.cnn.com/2019/10/02/poli ... index.html
Mais tout cela n'était que l'apéritif. Puisque derrière, ce fut au tour de Kurt Volker, envoyé spécial du gouvernement américain en Ukraine démissionnaire (depuis une semaine), de témoigner. Et là, on a clairement touché le fond. Il confirme tout : pendant 5 heures il a confirmé qu'il avait reçu des directives de sa hiérarchie pour mettre en relation Giuliani avec les autorités ukrainiennes, et qu'il devait briefer les autorités ukrainiennes sur ce qu'on attendait d'elles en s'appuyant sur le "rapport" de Giuliani. Volker indique qu'il aurait officiellement protesté auprès de sa hiérarchie pour leur signaler que le rapport en question lui paraissait être une vaste blague.
Et il a apporté le coup de grâce en donnant à la commission d'enquête des SMS qu'il a conservés des échanges entre des officiels américains (dont lui) et des officiels ukrainiens : ces SMS indiquent clairement que les Ukrainiens feraient mieux de suivre les instructions américaines si ils ne veulent pas subir des conséquences désagréables pour eux. En tout cas, les échanges et contacts à venir entre les officiels ukrainiens et américains semblent largement conditionnés par l'ouverture d'une enquête contre les Biden. Et les officiels américains qui discutent dans ces SMS semblent bien conscients de l'aspect légalement plus qu'incertain de la manœuvre...
https://www.washingtonpost.com/world/na ... story.html
https://thehill.com/homenews/senate/464 ... ble-report
https://edition.cnn.com/2019/10/03/poli ... index.html
Pour résumer : le secrétariat d'état est donc transformé en succursale du cabinet de l'avocat personnel du président américain, qui orchestre avec des moyens d'état une enquête (aux motifs légaux plus que douteux) contre un adversaire politique du président par une puissance étrangère. Tout va très bien madame la marquise, tout va très bien...
Evidemment les démocrates du Congrès exigent désormais avec force d'obtenir la transcription intégrale du fameux coup de téléphone entre Trump et Zelensky, voire encore mieux l'enregistrement lui même, car rappelons que dans la transcription dont on dispose actuellement il manque 3 parties de l'échange.
https://www.washingtonpost.com/technolo ... aine-call/
Quant à Pompeo, on comprend mieux pourquoi il n'est pas très coopératif et pourquoi il veut reporter son témoignage. Mais plus il attend plus il aura d'éléments sur lesquels il va devoir s'expliquer...

Et Trump pendant ce temps ? Il est en roue libre. Toutes ces interventions (y compris lors de conférence de presse avec des chefs d'état étranger) se résument désormais à des explosions de rage, où il menace de poursuites pour trahison toutes les personnes qui l'accusent. Il publie des dizaines de tweets par jour dans uns style de plus en plus agressif et violent. Et il s'enfonce, puisqu'il confirme aussi qu'il demande également au président chinois d'enquêter sur les Biden. Le président déclare vouloir créer son propre réseau d'information pour contrer les fake news des démocrates, un ministère de la propagande peut-être ?
https://www.washingtonpost.com/video/po ... video.html
https://www.apnews.com/c4fc388b22f549e0a67925cab8cd7e93
https://edition.cnn.com/2019/10/03/medi ... index.html
Et, après tout ça, un rebondissement de dernière minute assez inattendu : Rick Perry, secrétaire d'état à l'énergie (un très proche de Trump, qui l'a toujours gardé dans son gouvernement malgré des gros soupçons de liens conflictuels avec des lobbies), et dont le nom apparaissait aussi dans des échanges durant l'été avec des officiels ukrainiens, vient d'annoncer qu'il démissionnerait avant la fin de l'année et qu'il comptait coopérer pleinement avec la Chambre dans le cadre de leur enquête sur le volet ukrainien.
https://www.politico.com/news/2019/10/0 ... ign-000189
https://edition.cnn.com/2019/10/02/poli ... index.html

Face à tout ça, la réponse des républicains me parait un peu courte, du moins pour ceux qui s'expriment (parce que chez beaucoup c'est surtout silence radio quand même). La seule ligne retenue pour l'heure semble être d'essayer de braquer les projecteurs sur les "exactions" (réelles ou fantasmées) des Biden, mais personne ne s'exprime vraiment sur le fonds des accusations et des charges qui s'accumulent à vue d’œil concernant ce qui s'apparente de plus en plus à un abus de pouvoir de la part du président (à qui je conseillerais de lever le pied sur les menaces contre les témoins de l'affaire, si il ne veut pas en plus se retrouver avec des charges pour obstruction à la justice et subornation de témoins).
Ce qui est terrible, c'est que si vous aviez l'exacte même situation (avec les mêmes faits et éléments d'enquête) mais où vous remplaceriez Trump par Clinton et Biden par Trump, tous les républicains du Congrès seraient déjà vent debout pour dénoncer la dérive fasciste de la présidence démocrate. Mais comme là le président est républicain, tout le monde sert les rangs, pour le moment...
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