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L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Nico78 » Ven 29 Mai 2020 09:19

Corondar a écrit:
Nico78 a écrit:Une question pour Corondar concernant l'Utah. Etat non stratégique (6 grands électeurs) et acquis aux républicains. Mais qui est très majoritairement mormon et avec un leader républicain Mitt Romney farouchement anti-Trump. Est-ce que cela peut avoir des conséquences sur le scrutin? Pas au bénéficie des Démocrates je pense mais en terme de participation des Républicains. Y a-t-il et peut-il y avoir une aversion des électeurs mormons pour Trump? Et donc une abstention importante ou un report vers des "petits" candidats alternatifs? Ou pas du tout? Aux Primaires républicaines, Trump y a obtenu 87.8%, soit un peu moins que dans les états environnants, mais rien de catastrophique. Par contre, je ne sais pas si la participation a été bonne par rapport à la précédente.


L'électorat Mormon est en effet le seul segment de la galaxie républicaine qui se sent un peu perplexe et mal à l'aise sous l'égide de Donald Trump :). La raison est essentiellement religieuse, mais aussi politique. Les Mormons sont moins souples sur leurs valeurs que les évangélistes, en conséquence de quoi ils encaissent nettement moins bien le pussygate et le stormygate. De même, ils ont tout de même une approche très "tu aimeras ton prochain comme toi même", du coup les discours ouvertement xénophobes ça les chiffonne un peu (la communauté mormone se percevant aussi comme une ancienne minorité opprimée, elle a émis des critiques très vives sur les conditions d'incarcération des immigrés clandestins, notamment sur la séparation des enfants de leurs parents).
De là à leur faire préférer un candidat démocrate au candidat officiel du GOP, il y a bien sur une marge énorme qu'ils ne franchissent pas. Néanmoins, le fait que Trump ait, en 2016, obtenu moins de 50% des suffrages en Utah lors de la générale, était en soit un tremblement de terre pour un candidat républicain dans un tel état. Résultat largement dû en effet à la candidature de McMullin.
Depuis, l'Utah a élu Mitt Romney comme sénateur (ce dernier étant désormais incontestablement perçu comme le seul républicain du Sénat que l'on puisse classer comme étant hostile à Trump), et on a même vu lors des midterms de 2018 un district de l'Utah basculer aux mains des démocrates, le district 04 (malgré un PVI à R+13, district dans lequel Trump avait obtenu lors de la présidentielle de 2016 un très maigrelet 39%).
Même si McMullin devait se représenter cette année (je n'ai rien vu passer de tel pour le moment ?), l'Utah ne serait pas en jeu. En revanche, je pense que si Sanders avait été le candidat des démocrates, le district 04 aurait été très difficile à conserver pour les démocrates. Avec Biden sur le ticket présidentiel, je pense que les démocrates ont nettement plus d'espoir de pouvoir se battre pour le conserver.

Je rebondis sur le cas de l'Utah.
Un récent sondage (qui vaut ce qu'il vaut mais sur 1099 électeurs quand même) ne donne qu'une très courte avance pour Trump (44) contre Biden (41) dans cet état.
Avec un clivage homme/femme majeur : 51/35 pour Trump chez les hommes et une grande défiance chez les femmes avec 37/47 soit un très petit score minoritaire pour Trump.
Dans le détail, Biden rassemble très facilement (+ de 90%) les électeurs démocrates, alors qu'il y a beaucoup de déperdition chez les Républicains modérés et chez les indépendants.
27% des "not very strong républicains" voteraient même Biden dans ce sondage !
Et dans le District 4, Biden est devant avec 43/38.
https://utahpolicy.com/index.php/featur ... ts-in-utah
Donc il faut peut-être suivre l'Utah quand même :-)
Nico78
 
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Galaad » Ven 29 Mai 2020 11:07

Nico78 a écrit:
Corondar a écrit:
Nico78 a écrit:Une question pour Corondar concernant l'Utah. Etat non stratégique (6 grands électeurs) et acquis aux républicains. Mais qui est très majoritairement mormon et avec un leader républicain Mitt Romney farouchement anti-Trump. Est-ce que cela peut avoir des conséquences sur le scrutin? Pas au bénéficie des Démocrates je pense mais en terme de participation des Républicains. Y a-t-il et peut-il y avoir une aversion des électeurs mormons pour Trump? Et donc une abstention importante ou un report vers des "petits" candidats alternatifs? Ou pas du tout? Aux Primaires républicaines, Trump y a obtenu 87.8%, soit un peu moins que dans les états environnants, mais rien de catastrophique. Par contre, je ne sais pas si la participation a été bonne par rapport à la précédente.


L'électorat Mormon est en effet le seul segment de la galaxie républicaine qui se sent un peu perplexe et mal à l'aise sous l'égide de Donald Trump :). La raison est essentiellement religieuse, mais aussi politique. Les Mormons sont moins souples sur leurs valeurs que les évangélistes, en conséquence de quoi ils encaissent nettement moins bien le pussygate et le stormygate. De même, ils ont tout de même une approche très "tu aimeras ton prochain comme toi même", du coup les discours ouvertement xénophobes ça les chiffonne un peu (la communauté mormone se percevant aussi comme une ancienne minorité opprimée, elle a émis des critiques très vives sur les conditions d'incarcération des immigrés clandestins, notamment sur la séparation des enfants de leurs parents).
De là à leur faire préférer un candidat démocrate au candidat officiel du GOP, il y a bien sur une marge énorme qu'ils ne franchissent pas. Néanmoins, le fait que Trump ait, en 2016, obtenu moins de 50% des suffrages en Utah lors de la générale, était en soit un tremblement de terre pour un candidat républicain dans un tel état. Résultat largement dû en effet à la candidature de McMullin.
Depuis, l'Utah a élu Mitt Romney comme sénateur (ce dernier étant désormais incontestablement perçu comme le seul républicain du Sénat que l'on puisse classer comme étant hostile à Trump), et on a même vu lors des midterms de 2018 un district de l'Utah basculer aux mains des démocrates, le district 04 (malgré un PVI à R+13, district dans lequel Trump avait obtenu lors de la présidentielle de 2016 un très maigrelet 39%).
Même si McMullin devait se représenter cette année (je n'ai rien vu passer de tel pour le moment ?), l'Utah ne serait pas en jeu. En revanche, je pense que si Sanders avait été le candidat des démocrates, le district 04 aurait été très difficile à conserver pour les démocrates. Avec Biden sur le ticket présidentiel, je pense que les démocrates ont nettement plus d'espoir de pouvoir se battre pour le conserver.

Je rebondis sur le cas de l'Utah.
Un récent sondage (qui vaut ce qu'il vaut mais sur 1099 électeurs quand même) ne donne qu'une très courte avance pour Trump (44) contre Biden (41) dans cet état.
Avec un clivage homme/femme majeur : 51/35 pour Trump chez les hommes et une grande défiance chez les femmes avec 37/47 soit un très petit score minoritaire pour Trump.
Dans le détail, Biden rassemble très facilement (+ de 90%) les électeurs démocrates, alors qu'il y a beaucoup de déperdition chez les Républicains modérés et chez les indépendants.
27% des "not very strong républicains" voteraient même Biden dans ce sondage !
Et dans le District 4, Biden est devant avec 43/38.
https://utahpolicy.com/index.php/featur ... ts-in-utah
Donc il faut peut-être suivre l'Utah quand même :-)

C'est un sondage à prendre avec des pincettes car le même institut juste avant l'élection présidentielle de 2016 sous-estimait très largement les intentions de votes pour Trump dans l'Utah : https://www.deseret.com/2016/11/4/20599 ... ry-clinton
Trump 33%, McMullin 28%, Clinton 24%
Quand le vrai résultat a été : Trump 46%, Clinton 27%, McMullin 21%.

Ceci dit, il faut souligner que beaucoup de sondages au niveau des états sous-estimaient le résultat de Trump et sur-estimaient celui de Clinton en 2016, mais là l'écart de 13 points pour Trump est très important.
Je ne sais pas si l'institut a pris des mesures correctives depuis.

Par ailleurs, je ferais preuve des mêmes doutes avec les sondages dans les états de manière plus générale.

Le fameux site américain de pséphologie 538 a d'ailleurs fait un très bon article sur le sujet des sondages au niveau des états récemment :
https://fivethirtyeight.com/features/ho ... olls-been/
(Si vous voulez une traduction en français, vous en avez une ici : https://translate.google.com/translate? ... ls-been%2F )
Celui-ci relève que les sondages au niveau des états sont plus éloignés des résultats réels que les sondages au niveau national et ce depuis plusieurs élections présidentielles, avec cependant en 2016 une marge d'erreur plus importante notamment dans certains états-clés où le résultat de Clinton était sur-estimé de 4 à 6 points : la Caroline du Nord, la Pennsylvanie, le Michigan et l'Ohio.
Ce qui a bien sûr amené beaucoup de gens, experts des élections y compris, à prédire à tort une victoire de Clinton dans le collège électoral.

Cela n'a pas toujours été dans ce sens, bien entendu. En 2012, beaucoup de sondages sur-estimaient les intentions de votes pour Romney, en particulier pour la Floride où beaucoup prédisaient sa victoire, quand l'état fut finalement remporté par Obama.

Un récent sondage donne d'ailleurs Trump en tête dans le Missouri de 4 points seulement, alors qu'il a remporté l'état avec 18 points en 2016. Je prendrais là aussi ce sondage avec des pincettes, sans compter qu'on est cinq mois avant l'élection présidentielle.

D'ailleurs, j'aurais tendance à penser que lorsqu'un président sortant est candidat à sa réélection (en m'appuyant sur 2012 et 2004 mais ce n'est certes pas suffisant), les sondages dans les états surestiment quasi systématiquement l'adversaire du président, notamment dans les swing-states. Donc j'aurais tendance à penser que Biden non seulement est surestimé dans les sondages au niveau des états aujourd'hui, mais qu'il continuera à l'être jusqu'en novembre (les sondages vont certainement évoluer par ailleurs d'ici là mais pas la marge d'erreur à mon sens).

La plupart des sondages au niveau du vote populaire national me semblent eux plus raccord avec la réalité, avec un avantage en général de 3 à 6 points pour Biden, mais il y a là une forte incohérence avec les sondages dans les états. Dans le Missouri par exemple, je ne vois pas Biden passer d'un avantage de 2 à 6 points au niveau national, soit une hausse de 4 points, et passer d'un avantage de 16 à 4 points dans le Missouri, soit une hausse de 12 points (!).
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede lostinthemiddle » Ven 29 Mai 2020 14:29

Bonjour,

Après les émeutes de Minneapolis, je me suis intéressé aux résultats de la présidentielle 2016 dans le Minnesota et Hillary Clinton l'avait gagné de peu. Peut-on s'attendre à ce que cet État vire au rouge en novembre?
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Vaulti » Ven 29 Mai 2020 15:58

lostinthemiddle a écrit:Bonjour,

Après les émeutes de Minneapolis, je me suis intéressé aux résultats de la présidentielle 2016 dans le Minnesota et Hillary Clinton l'avait gagné de peu. Peut-on s'attendre à ce que cet État vire au rouge en novembre?

Peu de chances pour cette fois-ci avec Biden comme candidat même si le Minnesota (comme les Etats voisins) tend à devenir de plus en plus rouge (comparativement au reste des Etats Unis).

Difficile de prévoir les conséquences électorales de ces émeutes. Je mise sur un statut-quo, le pays étant extrêmement divisé sur ces questions…
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Ven 29 Mai 2020 17:34

Concernant les sondages, il faut en effet être très prudent. Outre qu'il est encore très tôt par rapport à l'élection, certains sondages que l'on voit passer sont réalisés par des sondeurs peu connus et/ou peu efficaces.
En effet, les sondages sur les intentions de votes nationales sont souvent plus précis que ceux par état, même si sur ces derniers c'est très variable. Un autre état où les sondeurs sont souvent assez mauvais c'est le Nevada (dans ce dernier ce sont souvent les démocrates qui sont sous évalués).
Concernant les sondages par état, personnellement, je commencerai à réellement m'y intéresser à partir d'août.
Enfin, pour l'impact éventuel des émeutes au Minnesota, là aussi c'est un peu tôt pour se prononcer. Il ne faut jamais oublier que le paysage politique américain est déjà ultra partisan, et ultra polarisé. Il ne reste pas tant de marge que ça pour des mouvements d'ampleur au sein de l'opinion.
Comme je l'avais fait remarquer, concernant l'électorat afro-américain, il faudra surtout voir ce que le programme de Biden proposera, notamment en terme de lutte contre les violences policières. Le risque étant qu'en face les républicains accusent les démocrates de laxisme. Mais on joue là sur des lignes partisanes assez classiques en fait.

Edit : par contre il y a des sondages dont on parle assez peu mais qui sont assez efficaces, et qui auront aussi leur importance, c'est la courbe de popularité de Donald Trump. Si sur l'automne son solde d'image devait tourner autour des -10 / -15, ce serait très compliqué pour lui d'obtenir une réélection dans ce contexte. Je pense qu'il est désormais acquis qu'il ne sera jamais populaire avec un solde positif. Mais il faudrait qu'il se maintienne le plus possible au dessus des 40% d'opinions favorables, avec des opinions défavorables pas trop au dessus des 50%. Dans le cas contraire, il aura du mal à arracher la réélection.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Sam 30 Mai 2020 11:17

En tout cas, suite aux émeutes dans le Minnesota (qui désormais s'étendent au reste du pays, mais pour ceux qui souhaiteraient en parler, le topic sur la vie politique américaine me semblerait mieux indiqué), il y a semble t il une première victime politique : Amy Klobuchar.
Cette dernière était déjà peu appréciée par les leaders du black caucus en tant que VP potentielle de Biden, au regard de son passé en tant que procureure du comté de Hennepin (avant d'être sénatrice du Minnesota elle a été procureure), où elle passait pour ne pas trop enquêter sur les cas de violences policières. Il ressort désormais que dans le cadre de ses anciennes fonctions elle avait notamment plusieurs fois refusé de retenir des charges contre l'officier de police Derek Chauvin (malgré près d'une vingtaine de plaintes à son encontre), le même officier qui vient d'être inculpé d'homicide involontaire dans la mort de George Floyd.
https://www.nbcnews.com/news/us-news/pr ... d-n1216881
https://theweek.com/speedreads/916926/a ... -successor
https://edition.cnn.com/2020/05/28/us/m ... index.html
Si tant est que Klobuchar était toujours parmi les favorites pour le poste de VP, je pense que cette affaire la disqualifie désormais (Biden ne prendra pas le risque de courroucer l'électorat afro-américain avec elle). Si Biden veut viser un profil modéré venant du Midwest, il prendra plutôt Gretchen Whitmer je pense, la gouverneure du Michigan.
La sénatrice démocrate du Nevada, Catherine Cortez Masto, a elle officiellement retiré sa candidature au poste de VP, annonçant vouloir se consacrer à son mandat et à son état.
https://www.politico.com/news/2020/05/2 ... ion-287923
D'après les rumeurs (savamment orchestrées et entretenues, un classique du choix d'un VP), les favorites actuelles seraient Elizabeth Warren, Gretchen Whitmer et Kamala Harris (certains parlent aussi de Val Demings).
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Galaad » Sam 30 Mai 2020 11:17

J'avais déjà évoqué ici le cas de Twitter qui avait signalé deux messages postés par Donald Trump en insérant une mention précisant que ses affirmations sur le vote par correspondance étaient infondées.
Le président avait suite à cela promis des actions pour s'attaquer aux prétendus biais anti-conservateurs des réseaux sociaux et à la "censure en ligne". Ces actions ont pris la forme il y a plusieurs jours d'un ordre exécutif, sans grande conséquence légale et qui est plus une déclaration qu'autre chose, appelant à supprimer la section (article de loi) 230 qui absout les plateformes de réseau social d'un quelconque conséquence légale en cas d'acte illégal commis sur leur plateforme, seuls les utilisateurs pouvant être poursuivis.

Cette section avait été adoptée par le Congrès en 1996 suite à plusieurs décisions de tribunaux qui avaient jugé que les plateformes de réseaux sociaux étaient responsables pénalement des contenus illicites publiés sur leur site par les utilisateurs si une modération y était instaurée. En revanche, les plateformes qui ne mettaient en place aucune modération n'étaient pas inquiétées. Si cette section était supprimée comme le souhaitent Trump et un certain nombre de Républicains, on reviendrait sans doute à cette situation où les plateformes seraient contraintes de ne pas modérer les contenus publiés sur leur site auquel cas elles seraient rendues responsables des contenus non modérés.

Ce conflit entre Trump et Twitter a pris une nouvelle tournure suite à l'un des tweets publiés par Trump hier dans le contexte des protestations et émeutes qui font suite à la mort de George Floyd, à Minneapolis où ce dernier a été tué, et dans d'autres grandes villes américaines.

Trump a tout d'abord publié un premier tweet, indiquant que si le maire de Minneapolis ne parvenait pas à conserver le contrôle de sa ville, il enverrait la Garde nationale. L'activation de la Garde nationale est généralement une prérogative des gouverneurs, et le président peut seulement déployer quelques unités de la Garde nationale sur le territoire américaine, ou la fédéraliser dans quelques cas en pratique assez rares.

Les cas les plus récents de fédéralisation furent lorsque les gouverneurs n'étaient pas coopératifs puisqu'ils luttaient contre la déségrégation voulue par l'Etat fédéral. Par exemple, Eisenhower a fédéralisé en totalité la Garde nationale de l'Arkansas en 1957 pour permettre à des étudiants noirs d'entrer dans un lycée suite à une fameuse décision de la Cour suprême qui a jugé que la ségrégation scolaire était inconstitutionnelle. En 1963, Kennedy avait fédéralisé la Garde nationale de l'Alabama avec le même objectif.
Mais dans les deux cas, la fédéralisation s'expliquait par le fait que le président et les gouverneurs voulaient utiliser la Garde nationale pour des objectifs contraires, le premier pour faire appliquer une décision de la Cour suprême, les seconds pour aller à l'encontre de son application. Dans le cas de Trump, aucun intérêt de faire cela puisque le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, avait la même intention que lui et a déjà déployé la Garde nationale pour restaurer l'ordre.
C'est relativement assez courant lors d'émeutes de cette ampleur que les gouverneurs des états déploient la Garde nationale, c'était déjà arrivé lors des émeutes de Los Angeles en 1992 notamment et cela ne nécessite aucune intervention du président.

Petite parenthèse mais pour montrer qu'une fois encore, Trump n'a pas l'air d'avoir une très bonne connaissance de l'étendue de son pouvoir, qu'il surestime très souvent, notamment par rapport aux gouverneurs.

Suite à ce tweet, Trump a affirmé que si des difficultés émergaient, je cite : "nous prendrons le contrôle mais quand les pillages débuteront, les coups de feu débuteront aussi" (en anglais : "when the looting starts, the shooting starts").
Cette phrase n'est pas originellement de lui mais vient du chef de la police de Miami en 1967 connu pour ses mauvais traitements de la communauté afro-américaine de la ville. Une phrase de la même teneur a également été prononcée par George Wallace, ancien gouverneur démocrate de l'Alabama et candidat ségrégationniste à l'élection présidentielle de 1968, qui a d'ailleurs refusé d'appliquer l'intégration scolaire ce qui a provoqué la fédéralisation de la Garde nationale de 1963 que j'ai évoquée plus haut. Celui-ci avait déclaré qu'"il fallait tuer à mort les pilleurs. [...] Ca ne les empêchera pas de piller et de brûler des bâtiments, mais ça les stoppera une fois que ça a commencé".
Twitter a décidé suite au contexte historique de la phrase de cacher le tweet en question, qui ne peut être rendu visible que par un clic de l'utilisateur sur celui-ci, en indiquant qu'il glorifiait la violence.

Trump a tenu à préciser qu'il avait été mal compris, qu'il voulait simplement dire que les pillages menaient à des fusillades et que les personnes qui avaient des problèmes avec son tweet le détestait. Bref, le conflit entre Trump et Twitter franchit une nouvelle étape et on ne sait pas quand cela s'arrêtera.

Encore une fois, je m'interroge à la fois sur l'opportunité et le timing de ces interventions de Twitter. Pourquoi n'agir que maintenant, six mois avant l'élection présidentielle, alors que Trump publie des tweets de cette teneur depuis 2015 ? Pourquoi ne pas agir sur des tweets publiés par Trump ces derniers jours, notamment ceux accusant un de ses ennemis d'avoir commis un meurtre il y a vingt ans sans aucune preuve et alors que la justice a conclu à un suicide ?
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Corondar » Sam 30 Mai 2020 11:34

Galaad a écrit:J'avais déjà évoqué ici le cas de Twitter qui avait signalé deux messages postés par Donald Trump en insérant une mention précisant que ses affirmations sur le vote par correspondance étaient infondées.
Le président avait suite à cela promis des actions pour s'attaquer aux prétendus biais anti-conservateurs des réseaux sociaux et à la "censure en ligne". Ces actions ont pris la forme il y a plusieurs jours d'un ordre exécutif, sans grande conséquence légale et qui est plus une déclaration qu'autre chose, appelant à supprimer la section (article de loi) 230 qui absout les plateformes de réseau social d'un quelconque conséquence légale en cas d'acte illégal commis sur leur plateforme, seuls les utilisateurs pouvant être poursuivis.

Cette section avait été adoptée par le Congrès en 1996 suite à plusieurs décisions de tribunaux qui avaient jugé que les plateformes de réseaux sociaux étaient responsables pénalement des contenus illicites publiés sur leur site par les utilisateurs si une modération y était instaurée. En revanche, les plateformes qui ne mettaient en place aucune modération n'étaient pas inquiétées. Si cette section était supprimée comme le souhaitent Trump et un certain nombre de Républicains, on reviendrait sans doute à cette situation où les plateformes seraient contraintes de ne pas modérer les contenus publiés sur leur site auquel cas elles seraient rendues responsables des contenus non modérés.

Ce conflit entre Trump et Twitter a pris une nouvelle tournure suite à l'un des tweets publiés par Trump hier dans le contexte des protestations et émeutes qui font suite à la mort de George Floyd, à Minneapolis où ce dernier a été tué, et dans d'autres grandes villes américaines.

Trump a tout d'abord publié un premier tweet, indiquant que si le maire de Minneapolis ne parvenait pas à conserver le contrôle de sa ville, il enverrait la Garde nationale. L'activation de la Garde nationale est généralement une prérogative des gouverneurs, et le président peut seulement déployer quelques unités de la Garde nationale sur le territoire américaine, ou la fédéraliser dans quelques cas en pratique assez rares.

Les cas les plus récents de fédéralisation furent lorsque les gouverneurs n'étaient pas coopératifs puisqu'ils luttaient contre la déségrégation voulue par l'Etat fédéral. Par exemple, Eisenhower a fédéralisé en totalité la Garde nationale de l'Arkansas en 1957 pour permettre à des étudiants noirs d'entrer dans un lycée suite à une fameuse décision de la Cour suprême qui a jugé que la ségrégation scolaire était inconstitutionnelle. En 1963, Kennedy avait fédéralisé la Garde nationale de l'Alabama avec le même objectif.
Mais dans les deux cas, la fédéralisation s'expliquait par le fait que le président et les gouverneurs voulaient utiliser la Garde nationale pour des objectifs contraires, le premier pour faire appliquer une décision de la Cour suprême, les seconds pour aller à l'encontre de son application. Dans le cas de Trump, aucun intérêt de faire cela puisque le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, avait la même intention que lui et a déjà déployé la Garde nationale pour restaurer l'ordre.
C'est relativement assez courant lors d'émeutes de cette ampleur que les gouverneurs des états déploient la Garde nationale, c'était déjà arrivé lors des émeutes de Los Angeles en 1992 notamment et cela ne nécessite aucune intervention du président.

Petite parenthèse mais pour montrer qu'une fois encore, Trump n'a pas l'air d'avoir une très bonne connaissance de l'étendue de son pouvoir, qu'il surestime très souvent, notamment par rapport aux gouverneurs.

Suite à ce tweet, Trump a affirmé que si des difficultés émergaient, je cite : "nous prendrons le contrôle mais quand les pillages débuteront, les coups de feu débuteront aussi" (en anglais : "when the looting starts, the shooting starts").
Cette phrase n'est pas originellement de lui mais vient du chef de la police de Miami en 1967 connu pour ses mauvais traitements de la communauté afro-américaine de la ville. Une phrase de la même teneur a également été prononcée par George Wallace, ancien gouverneur démocrate de l'Alabama et candidat ségrégationniste à l'élection présidentielle de 1968, qui a d'ailleurs refusé d'appliquer l'intégration scolaire ce qui a provoqué la fédéralisation de la Garde nationale de 1963 que j'ai évoquée plus haut. Celui-ci avait déclaré qu'"il fallait tuer à mort les pilleurs. [...] Ca ne les empêchera pas de piller et de brûler des bâtiments, mais ça les stoppera une fois que ça a commencé".
Twitter a décidé suite au contexte historique de la phrase de cacher le tweet en question, qui ne peut être rendu visible que par un clic de l'utilisateur sur celui-ci, en indiquant qu'il glorifiait la violence.

Trump a tenu à préciser qu'il avait été mal compris, qu'il voulait simplement dire que les pillages menaient à des fusillades et que les personnes qui avaient des problèmes avec son tweet le détestait. Bref, le conflit entre Trump et Twitter franchit une nouvelle étape et on ne sait pas quand cela s'arrêtera.

Encore une fois, je m'interroge à la fois sur l'opportunité et le timing de ces interventions de Twitter. Pourquoi n'agir que maintenant, six mois avant l'élection présidentielle, alors que Trump publie des tweets de cette teneur depuis 2015 ? Pourquoi ne pas agir sur des tweets publiés par Trump ces derniers jours, notamment ceux accusant un de ses ennemis d'avoir commis un meurtre il y a vingt ans sans aucune preuve et alors que la justice a conclu à un suicide ?


Précisons, si j'ai bien suivi (ce qui n'est pas certain : je n'ai pas de compte twitter, et m'y connais très mal en la matière :) ), que Twitter n'a aucun scrupule à censurer des tweets problématiques lorsqu'ils sont émis par des individus en leur nom propre, mais que ce réseau social donne une plus grande latitude à une personne qui s'exprime en tant que représentant ou élu d'une organisation ?
Peut-être que la plate-forme a décidé de ne plus pratiquer ce deux poids deux mesures ? Quant au pourquoi et au moment je m'interroge aussi ? Elle entrevoit peut-être qu'un clash avec le président était inévitable ? Rappelons quand même que les réseaux sociaux ont tout de même des responsabilités civiles si ils répercutent certaines choses, comme des appels aux meurtres ou à la violence. Et, il faut bien avouer que sur ce dernier point, les tweets de Trump flirtent parfois avec les limites de la chose (le dernier cas en date sur le traitement des émeutiers n'est que le dernier exemple, certains de ses tweets pendant les émeutes de Charlottesville avaient ainsi provoqué quelques levées de boucliers, ou même son soutien concernant des manifestations armées contre le confinement). Et je ne parle même pas de ses innombrables tweets pouvant s'apparenter à du harcèlement en ligne...
Twitter a peut-être craint des poursuites de ce genre dans le cadre d'un trop grand laxisme avec les dérapages du président ? Mais il est certain que pas loin de 5 ou 6 ans après que les dérapages en question aient commencé (parce que des tweets problématiques de Trump on en avait déjà pas mal avant même qu'il ne devienne président, entre des attaques racistes et complotistes contre Obama et des tweets diffusant de fausses informations sur ebola, l'attitude de Trump n'est en effet pas nouvelle en la matière), cela me parait un peu tardif et désormais inutile.
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Galaad » Sam 30 Mai 2020 13:45

Corondar a écrit:Précisons, si j'ai bien suivi (ce qui n'est pas certain : je n'ai pas de compte twitter, et m'y connais très mal en la matière :) ), que Twitter n'a aucun scrupule à censurer des tweets problématiques lorsqu'ils sont émis par des individus en leur nom propre, mais que ce réseau social donne une plus grande latitude à une personne qui s'exprime en tant que représentant ou élu d'une organisation ?

Très honnêtement, je n'ai pas de compte twitter non plus et ce réseau social m'inspire même généralement beaucoup d'aversion.
Cependant, comme c'est la principale voie de communication du président des Etats-Unis, surtout en ce moment, qui veut suivre la vie politique américaine est bien obligé (je précise bien "obligé" car lire les divagations de Trump n'est pas forcément une partie de plaisir) de suivre également le compte Twitter de Trump.
Quant à savoir si les personnalités représentants ou élus d'une organisation bénéficient d'un traitement de faveur sur Twitter, la réponse est bien évidemment. Contrairement à ce que Trump prétend, beaucoup de ses tweets, s'ils avaient été publiés par des personnes sans fonction officielle, auraient été supprimés très rapidement. Twitter donne à Trump toute lattitude pour publier tout ce qui lui passe par la tête, et ne le censure pas (sauf les quelques cas très récents que j'ai cité) y compris quand ses propos contreviennent aux règles du réseau social.
Je suppose que cela s'applique à tous les représentants ou élus d'organisation, mais il faut admettre que peu d'entre eux tiennent des propos sur Twitter de la teneur de ceux de Trump. Il me semble que Bolsonaro et Dutarte bénéficient également d'une très grande mansuétude de Twitter.

Cependant, il faut noter que la plupart des tweets de Trump sont publiés avec son compte personnel, et non pas avec son compte présidentiel ou le compte de la Maison Blanche puisqu'ils existent, et que Twitter choisit donc de protéger Trump en raison des tweets qu'il publie en son nom propre ce qui est discutable.

Corondar a écrit:Peut-être que la plate-forme a décidé de ne plus pratiquer ce deux poids deux mesures ? Quant au pourquoi et au moment je m'interroge aussi ? Elle entrevoit peut-être qu'un clash avec le président était inévitable ? Rappelons quand même que les réseaux sociaux ont tout de même des responsabilités civiles si ils répercutent certaines choses, comme des appels aux meurtres ou à la violence. Et, il faut bien avouer que sur ce dernier point, les tweets de Trump flirtent parfois avec les limites de la chose (le dernier cas en date sur le traitement des émeutiers n'est que le dernier exemple, certains de ses tweets pendant les émeutes de Charlottesville avaient ainsi provoqué quelques levées de boucliers, ou même son soutien concernant des manifestations armées contre le confinement). Et je ne parle même pas de ses innombrables tweets pouvant s'apparenter à du harcèlement en ligne...
Twitter a peut-être craint des poursuites de ce genre dans le cadre d'un trop grand laxisme avec les dérapages du président ? Mais il est certain que pas loin de 5 ou 6 ans après que les dérapages en question aient commencé (parce que des tweets problématiques de Trump on en avait déjà pas mal avant même qu'il ne devienne président, entre des attaques racistes et complotistes contre Obama et des tweets diffusant de fausses informations sur ebola, l'attitude de Trump n'est en effet pas nouvelle en la matière), cela me parait un peu tardif et désormais inutile.

Je pense que Twitter continue à pratiquer le deux poids deux mesures et continue à considérer implicitement qu'on ne peut pas censurer une personnalité publique comme on le ferait pour un individu lambda. Mais elle considère que certains tweets de personnalités publiques sont tellement excessifs, graves et dangereux qu'il faut bien les censurer, ne serait-ce que pour prévenir qu'ils propagent des fausses rumeurs ou appelent à la violence.

La seconde partie du message de Twitter sur le tweet de Trump appelant à la violence est à ce titre fortement révélateur : " Twitter a déterminé qu'il peut être dans l'intérêt public de laisser ce tweet accessible". Sous-entendu par là, tout ce que publie le président des Etats-Unis sur Twitter est potentiellement d'intérêt public, y compris les propos les plus dangereux, et doit être accessible. Et que s'il avait été publié par une personne lambda, il aurait été supprimé. D'ailleurs, il est impossible pour quiconque de liker le tweet, d'y répondre ou de le retwitter.

Mais dans ce cas-là, où placer la limite entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas ?
En termes d'utilité, en plus d'être effectivement inutile, je pense que c'est contreproductif et renforce beaucoup de conservateurs dans leur idée que les réseaux sociaux sont biaisés contre eux.
Galaad
 
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Re: L'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis

Messagede Eco92 » Sam 30 Mai 2020 14:37

Galaad a écrit:Je suppose que cela s'applique à tous les représentants ou élus d'organisation, mais il faut admettre que peu d'entre eux tiennent des propos sur Twitter de la teneur de ceux de Trump. Il me semble que Bolsonaro et Dutarte bénéficient également d'une très grande mansuétude de Twitter.
Cependant, il faut noter que la plupart des tweets de Trump sont publiés avec son compte personnel, et non pas avec son compte présidentiel ou le compte de la Maison Blanche puisqu'ils existent, et que Twitter choisit donc de protéger Trump en raison des tweets qu'il publie en son nom propre ce qui est discutable.

Il y a quelques semaines twitter a justement supprimé des tweets de Bolsonaro, qui niait l'utilité du confinement, pourtant ordonné par son gouvernement. Il s’agissait alors de renforcer le "contrôle des contenus allant à l’encontre des consignes de santé publique". Là aussi il y a eu des précédents pourtant, il semble donc que Twitter ait une sorte de politique nouvelle mais en effet les choix de tweet peuvent poser question : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/30/coronavirus-twitter-supprime-deux-tweets-de-bolsonaro-remettant-en-cause-le-confinement_6034854_3210.html

Pour le statut du compte twitter de Trump c'est plus complexe, son compte de président "@POTUS" est le compte officiel du "President of United State", comme Obama avant lui, qui lui a transmis le compte. Tous les tweets d'Obama qui s'y trouvent ont été archivés puis supprimé, ce sera le cas de Trump comme l'indique sa bio twitter " Tweets archived: http://wh.gov/privacy". Sur le sujet de cette transmission de compte https://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/11/01/que-va-devenir-potus-le-compte-twitter-du-president-obama_5023624_4408996.html

Donc en effet ce compte est "l'officiel" quand l'autre, bien plus actif, est celui de l'homme Trump. Obama aussi a eu les deux comptes en simultané et la séparation semble donc assez claire. Toutefois une décision de justice a interdit à Trump de bloquer ses opposants sur son compte personnel, considérant que le blocage par Trump s'apparente à une censure gouvernementale des opposants, dont les commentaires n’apparaissent plus dans le fil de commentaire, ce qui est contraire à leur liberté d’expression liée au 1er amendement. Cela apparente donc le compte personnel de Trump à un organe officiel (comme le choix intérêt public" de twitter mais là c’était un acte judiciaire), personnellement en tant que bibliothécaire je pense que tout son compte devrait aussi être archivé.
https://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/une-juge-interdit-a-trump-de-bloquer-ses-opposants-sur-twitter_2011134.html
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