de alamo » Lun 17 Mar 2014 18:35
A MiniM :
• Que les programmes de télévision soient faits pour « vendre du temps de cerveau disponible » à Coca-Cola, comme l’avait dit le patron de TF1, personne n’en doute. Maintenant regarder The Voice (j’avoue que je ne l’ai jamais vu ou écouter « Voice of America », je ne sais pas ce qui est le plus dangereux pour le développement de l’esprit critique et la recherche de la vérité.
Pour rester dans le domaine des médias, je n’ai jamais eu l’occasion de regarder Russia Today ou autre chaine russe, je n’en « sais » donc que ce que m’en disent des médias français (audiovisuels ou écrits) qui ont par le passé raconté les pires bobards sur la guerre du Koweït, la Bosnie, le Kosovo, l’Iraq, l’Afghanistan, la Syrie, le Vénézuela, le TSCE, etc, etc pour ne prendre que des exemples datant de moins de 25 ans. Je ne suis donc pas tout à fait sûr de la fiabilité des sources.
Pour ce qui et du contrôle des médias télévisés en France et des relations incestueuses entre le monde des médias et les dirigeants politiques, ça ne date pas d’aujourd’hui, je me souviens avec émotion d’avoir vu un jour François Mitterrand interviewé pendant une soirée entière par les épouses de deux de ses principaux ministres (DSK et Kouchner), puis d’avoir vu Mme Boutin, ministre du logement rattachée au grand ministère de JL Borloo, invitée d’honneur d’une émission animée par Mme Borloo.
J’imagine assez bien ce que l’on lirait dans notre bonne presse si Poutine se faisait interviewer pendant trois heures sur une chaine nationale par Mme Medvedev.
Je voulais donc juste souligner que les médias français qui moquent l’absence d’objectivité des médias russes, c’est l’hôpital qui se fout de la charité (lire sur le sujet le dernier bouquin de JF Kahn)
• Vous avez raison de citer la Grèce matraquée et saignée par les politiques imposées par la Troïka (nom russe particulièrement de circonstance), c’est ce qui attend l’Ukraine.
• Ne s’attaquer qu’aux pays sans défenses, ce n’est pas que l’apanage de la diplomatie européenne, c’est aussi la pratique militaire américaine : on n’attaque un pays que s’il n’est pas réellement dangereux (Afghanistan, Yougoslavie, Iraq…) ; pendant ce temps-là le dictateur ubuesque qui préside aux destinées de la Corée du Nord peut multiplier les bras d’honneur envers les Etats-Unis, ceux-ci s’écrasent comme des bouses, parce que lui a la bombe (et qu’il serait peut-être assez con pour s’en servir. Donc effectivement Poutine peut dormir tranquille
• Le discours que j’ai entendu d'A. Orlov, l’ambassadeur russe, était extrêmement posé, argumenté ; poussé par le journaliste tête à claques de service, il n’a évidemment pas menacé qui que ce soit de guerre nucléaire mais dit que cela n'avait pas de sens de menacer de sanctions un pays comme al Russie. Rappelons quand même à ce sujet que dans l’histoire de l’humanité un seul pays a un jour osé utiliser la bombe atomique, les Etats-Unis (et un seul, a contrario, se l’est prise sur la tête, le japon).
• Que Poutine soit beaucoup plus intelligent que ses homologues américain, anglais et (surtout ?) français, ça ne fait malheureusement aucun doute. Mais arrêtons la diabolisation de type guerre froide à l’américaine et le fantasme de l’expansionnisme russe (anciennement soviétique) ; comme je l’ai déjà dit, comparez la liste des 865 ( !) bases militaires américaines à l’étranger, encerclant soigneusement non seulement la Russie mais aussi la Chine, l’Iran, le Venezuela, Cuba ou autres, avec la courte liste des bases russes à l’étranger (toutes situées dans des pays limitrophes), et vous verrez lequel des deux peut s’estimer agressé ou menacé.
• L’Ukraine n’est en effet qu’un pion dans la stratégie de conquête américaine et la stratégie défensive russe, l’UE risquant au final d’être le dindon de la farce, celui qui va mettre la main au porte-monnaie (c’est-à -dire dans le nôtre). Les USA verront s’éloigner tout risque à court terme de voir un renforcement de partenariat économique entre l’UE et la Russie, plombent les finances de l’UE dans un nouveau puits sans fond, les fameuses « sanctions » vont être fatales à certains grands groupes européens (certaines multinationales américaines comme Exxon ont aussi beaucoup d’intérêts en Russie, mais c’est sans commune mesure), une partie des capitaux basés en Europe se délocaliseront aux Etats-Unis, plus éloignés de la zone de troubles, pendant qu’une Russie se sentant menacée pourrait relancer des dépenses d’armement au détriment de son économie (stratégie américaine ancienne). Encore une fois les dirigeants de l’UE ont joué contre leur camp (en tout cas celui de leurs peuples) en fonçant bille en tête dans un processus basé sur la doctrine Wolfowitz (éviter par tous moyens que l’UE ne devienne une puissante concurrente des Etats-Unis) initié Outre-Atlantique (probablement pas d’ailleurs par l’entourage immédiat d’Obama mais par les néocons ultra type McCain ou Nuland)
A Corondar :
Ne tombons pas dans les comparaisons hors de propos et l’utilisation de mots censés raviver de pénibles souvenirs comme « Anschluss », »occupation »... c’est la pratique des BHL et assimilés, et vous valez mieux que ça.
Si les Tatars et les pro-régime ukrainien ont réellement boycotté le scrutin, ça prouve juste qu’ils ne représentent pas grand monde alors que l’abstention n’a été que de 17% (et on suppose qu’en Crimée comme en France, il y a une frange de la population qui ne vote jamais ; visiblement bien plus importante chez nous…) ; les Tatars représentent 12% de la population de la péninsule, il est bien évident que nombre d’entre eux n’ont pas suivi les consignes de boycott données par ceux que l’on nous présentait ici comme leurs chefs de file incontestés (« les Tatars refusent le référendum », tels étaient les titres dans notre bonne presse ; généralisation à l’évidence plus qu’excessive).
96,6% de 83%, cela fait beaucoup plus que les seulement 60% de Russes qui peuplent la Crimée. Cela n’empêche pas de lire dans le Monde (où l'on ose tout, c'est à ça qu'on le reconnaît) : « Parmi les opposants au référendum, ceux qui risquent le plus à court terme sont les quelque 20 % d'Ukrainiens de Crimée » (une partie d’entre eux a pourtant voté oui si l’on en croit les chiffres ; rappelons que le revenu moyen en Russie est presque le triple de la moyenne de l’Ukraine, cela peut en attirer quelques-uns)
Concernant le régime de Ianoukovitch et les « mentions inutiles » à rayer :
- « Corrompu » certes, comme ses prédécesseurs et, malheureusement on peut le parier, ses successeurs (Porochenko, reçu à l’Elysée par Hollande avec BHL dont il faudra d’ailleurs m’expliquer en quoi lui est « légitime », est un oligarque parmi d’autres…)
- « Vendu à l’étranger », un peu peut-être mais surtout vendu aux puissances du fric
- « despotique », il ne faut pas pousser, Ianoukovitch a été élu à la suite d’un processus électoral dont personne n’a jamais contesté la régularité, et il a accepté lors de la fameuse réunion avec l’opposition et des représentants de l’UE d’organiser des élections anticipées, de nommer un opposant premier ministre, en gros de laisser le pouvoir pour éviter un bain de sang ; ce qui pour Poutine montre qu’il n’avait rien dans le calbut…)
- « assassin » ? un quart des tués lors des émeutes de Maidan sont des policiers, et l’immense majorité des autres victimes ont été tuées par des snipers embusqués, dont une éminente représentante de l’opposition a dit qu’ils étaient liés à l’opposition et non au régime comme on a essayé de nous le faire croire (j’avais d’ailleurs fait part dès le début de mes doutes à ce sujet en raison de la similitude parfaite avec les méthodes déjà employées en Iran, en Syrie, au Venezuela et ailleurs). Donc les assassins sont plutôt ceux qui ont pris le pouvoir à Kiev.
Bref, attention aux mots, je sais que l’on a souvent tendance à les dévoyer pour justifier tout et n’importe quoi, mais quand même…
Pour le reste je suis d’accord. S’il y a des élections réellement libres en Ukraine (j’en doute un peu à court terme), on verra les résultats, personne ne peut en préjuger aujourd’hui, on nous sort quelques sondages plaçant Porochenko en tête autour de 17 ou 20% parmi ,les candidats déclarés mais avec 45% de sondés ne répondant pas (si les sondeurs ont la tête de certains nouveaux ministres, on peut comprendre une certaine prudence)
Il y a toujours risque de guerre civile, de velléités sécessionnistes de l’Est du pays que l’on nous présente toujours comme russophone (certes) mais qui est surtout la partie la plus riche et la plus industrielle d’Ukraine ; en PIB par habitant comme en salaire moyen, il y a une très forte distorsion entre les régions de Dniepropetrovsk (la plus riche d’assez loin), Donetsk, Zaporoje, Poltava et Kharkov, toutes à l’est du Dniepr, et l’ouest du pays ou seules les provinces de Kiev (la capitale elle-même étant un cas un peu à part, bénéficiant comme toutes les capitales de transferts fiscaux du reste du pays) et le sud du pays (Odessa) surnagent.
La tentation sécessionniste pourrait en fait être du même ordre que celles de la Slovénie ou de la Croatie, de l’Ecosse, de la Catalogne, de l’Italie du Nord, de la Flandre : un rejet égoïste de la solidarité interrégionale poussant les régions les plus favorisées à vouloir se séparer des plus pauvres. L’ouest de l’Ukraine seul deviendrait alors un deuxième Kosovo sous perfusion de l’UE qui n’en a pas les moyens.
Mais si l’est de l’Ukraine est plus riche que l’ouest, il reste plus pauvre que la moyenne de la Russie, qui n’aurait pas vraiment intérêt à l’absorber. Mieux vaut sans doute pour Poutine laisser le boulet à l’Union Européenne…
Les Etats-Unis, suivis par l'UE, sont allés comme je le disais allumer une mèche sans savoir où se trouvait exactement la poudre, Poutine les prend habilement à leur propre jeu en retournant le gant, pour le moment les grands perdants sont les Ukrainiens.
Avec le coup d'état au Venezuela qui semble en voie d'échec, les dictatures du Golfe qui se chamaillent entre elles et la probabilité d'une réélection facile d'Assad en Libye, la politique étrangère des ultras américains et européens n'aligne pas vraiment les réussites en ce moment.