Corondar a écrit:Si je puis me permettre, votre indignation semble bien sélective en ce qui concerne l'invasion d'un pays. Si elle est le fait des Etats Unis vous condamnez. Si elle est le fait de la Russie, elle devient légitime et légale.
on pourra chercher en vain dans tout ce que j'ai écrit ici ce type d'indignation sélective, ne renversons pas les rôles.
Je fais juste remarquer que les dirigeants occidentaux et particulièrement américains ont perdu toute légitimité et toute crédibilité pour râler contre les "poutineries" en cours, au vu de leur "casier judiciaire" particulièrement chargé en la matière.
Quand, il y a une semaine, John Kerry ose parler de « l’acte incroyable d’agression » de la Russie en Ukraine et surtout sortir cette phrase extraordinaire : « Au 21ème siècle, on ne se comporte pas comme au 19ème siècle en envahissant un autre pays sous un prétexte inventé de toutes pièces. », on croit quand même rêver (rappelons que Kerry a voté l'invasion de l'Iraq, et ce n'était pas au 19ème siècle)
Corondar a écrit:
L'URSS n'a jamais été réellement la deuxième puissance économique mondiale. Ça c'est un legs de la propagande soviétique, qui avait bradé l'économie réelle du pays pour donner l'illusion d'une économie productiviste et exportatrice. Car déjà sous l'URSS aussi la corruption et le détournement des ressources existaient. Mais elles étaient à moins grande échelle, moins visible, et sous contrôle du parti communiste. L’avènement des oligarques et d'Eltsine n'a fait que consacrer la soif d'une élite anciennement "communiste". Et ils n'ont pas eu besoin d'un soutien occidental pour ça. Les tensions et errements du modèle soviétique ont suffi.
Quant aux oligarques ils prospèrent toujours autant sous Poutine que sous Eltsine. La différence, c'est que sous Eltsine ils étaient plus nombreux. Aujourd'hui ne prospèrent plus que ceux bénéficiant du tampon "Poutine approved" (en clair ceux qui financent son parti et ses JO). Les autres (ceux qui présentent une plus grande ambition politique personnelle) ont le choix entre la prison ou l'exil.
N'exagérons rien, bien sûr que l'URSS a été la deuxième puissance économique mondiale, selon les critères habituels de PIB (certes plus facile quand la Chine ne pesait pas grand chose, que le Japon et l'Allemagne devaient se remettre de la défaite de 1945, et qu'en dehors de l'Europe et de l'Amérique du Nord le sous-développement était partout, mais c'est comme ça).
Les faiblesses et failles du système étaient déjà assez visibles (lire à ce sujet le bouquin de Marcel Drach sur la crise dans les Pays de l'Est qui date de 1984 et qui était assez prémonitoire), et comme prévu par les Etats-Unis, l'URSS n'avait pas réellement les moyens de supporter le prix de la course aux armements imposée par Washington. Au premier engagement dans un conflit long et coûteux (l'Afghanistan), les difficultés ont commencé à atteindre un point crucial.
Mais ce n'est pas la peine de réécrire l'histoire.
En revanche, que la corruption ait existé en URSS, c'est évident, comme un laisser aller (un je-m'en-foutisme) généralisé qui a trouvé son symbole dans le défaut d'entretien et de précautions qui a entraîné la catastrophe de Tchernobyl.
Que les dirigeants de l'URSS n'aient pas eu non plus grand chose de communistes (il faut dire que des vrais, Staline en avait liquidé un paquet), c'est une évidence aussi; cela est apparu de façon éclatante quand dans tous les pays de l'Est une parti des dirigeants des partis au pouvoir ont sauté sur la première occasion pour s'en mettre les poches lors de l'écroulement de l'URSS.
en revanche on ne peut pas nier le soutien des occidentaux à Eltsine et à son régime crapuleux, et le délire de nos médias à l'époque (présentant même comme une grande victoire de la "démocratie" l'envoi des chars contre une Assemblée élue)
De là vient le fort ressentiment d'une grande partie des Russes envers l'Occident (et les scores ridicules aux élections des partis libéraux pro-occidentaux dont pourtant à chaque fois nos médias nous annoncent l'éclatante victoire), qui les a poussés dans les bras du premier "homme fort" qui leur promettait de restaurer la fierté du pays.
Quant aux oligarques mafieux présentés ici comme des opposants politiques (Berezovski, Abramovitch, Khodorkovski...), arrêtons de plaisanter. Cette poignée d'individus a accaparé les richesses du pays lors des "privatisations" d'Eltsine (c'est à dire la braderie des actifs à ses proches, lui-même et sa famille s'enrichissant au passage). C'est aussi pour les venger de ces faiseurs de misère, et essayer de récupérer ce qui n'avait pas déjà été dilapidé ou transféré à l'étranger, que les Russes ont élu Poutine.
Khodorkovski, lui, n'a pas eu de bol : d'une part il s'était accaparé le secteur pétrolier (Youkos), or pour Poutine la maîtrise des ressources énergétiques est un outil fort de sa politique (et il l'utilise à nouveau envers l'Ukraine et l'UE), d'autre part contrairement aux autres lui ne s'était pas enfui à Londres, en Israël ou ailleurs, et du coup il a payé pour les autres.
Mais par pitié, arrêtons de le présenter comme un prisonnier politique, c'est un escroc comme ses pairs. S'il y a des reproches à faire à Poutine (et il y en a...), ce n'est pas d'avoir embastillé un délinquant de droit commun, sorte de Bernard Tapie à la puissance dix...
Tout ça affaiblit la condamnation, légitime elle, des véritables atteintes à la liberté d'expression qui existent en Russie (Pussy Riot par exemple)