Nous disposons maintenant des résultats quasi-définitifs
http://www.cvk.gov.ua/pls/vnd2014/wp300ept001f01=910.html des législatives en Ukraine, au moins pour ce qui est des votes. Pour la répartition des sièges entre factions au parlement, il faudra attendre plusieurs semaines (une centaine d'indépendants ont été élus, majoritairement dans les régions russophones du sud-est).
On constate que les sondages ne sont décidément pas très fiables en Ukraine. Aucun ne donnait le "Front Populaire" à ce niveau, le bloc d'opposition qui fait plus de 9% était rarement donné au-delà des 5%, etc. A leur décharge, les scores de ces forces politiques sinon nouvelles, du moins recomposées, est assez difficile à évaluer. Les enquêtes reflétaient nettement mieux le poids de partis plus anciens, comme celui de Timochenko, Svoboda, et le PC.
La participation varie du simple au double entre Lougansk et Donetsk, où elle ne dépasse pas le tiers des inscrits, et Lviv, bastion d'extrême-droite où elle atteint les 70%. Ceux des électeurs des deux régions insurgées qui ne pouvaient pas voter n'ont évidemment pas été pris en compte dans le calcul. Difficile de ne pas voir dans cette abstention massive une forme de protestation contre le régime.
Le
Front Populaire (si mal nommé!) du premier ministre Iatzeniouk arrive en tête dans les oblast de Volynie, Zhytomir, Ivano-Frantisk, Kiev, Kirovgrad, Lviv, Poltava, Rivine, Ternopil, Kmlenytski, Tcherkassy, Chernivtsi, dans l'ouest et le centre du pays. C'est cependant à l'ouest et notamment en Galicie que cette coalition creuse l'écart, avec des scores dépassant les 30%. Visiblement, l'électorat ultra-nationaliste de ces régions a choisi une forme de "vote utile" au profit d'une coalition assez proche de ses idées. C'est assez net quand on voit le très fort recul qu'y enregistre Svoboda par rapport à 2012. Inversement, la coalition du premier ministre, réticent vis à vis de toute compromis avec les insurgés, fait de mauvais scores dans le sud-est (moins de 10%, descendant jusqu'à 6% à Lugansk et Donestk). Autrement dit, compte-tenu de l'abstention, guère plus d'un électeur inscrit sur 30 dans ces régions...
Le
bloc Porochenko, par comparaison, a un électorat bien moins polarisé, et s'en sort relativement bien dans le sud-est russophone, où il dépasse partout les 10%, voire les 20%. Il ne faut cependant pas oublier que son score, comme celui de tous les pro-Maïdan, est artificiellement majoré par l'abstention de l'électorat le plus hostile au régime. L'ouest ultra-nationaliste semble tenir rigueur au président des maigres concession qu'il a dû consentir aux insurgés: le score de son parti y est franchement médiocre, parfois moitié moins que la coalition du premier ministre. Peu de véritables bastions, hormis l'oblast de Vinnitsya, au nord-ouest de la région d'Odessa. La Transcarpathie, assez distincte de la Galicie voisine, est une enclave "porochenkiste" dans l'ouest qui soutient Iatseniouk.
J'ignore le point de vue du troisième parti, conservateur et pro-Maïdan, sur un éventuel processus de paix. Leurs meilleurs scores se situent à l'ouest, au centre dans une moindre mesure, et surtout à Kiev (plus de 21%) .
Le bloc d'opposition, assemblage hétéroclite d'héritiers de l'ancien parti des régions, reprend logiquement l'implantation très hétérogène de ce dernier. Cette coalition qui s'est sentie obligée de se démarquer très fermement des insurgés arrive en tête dans 5 oblast du sud-est (Dniepropetrovsk, Donestk, Zaporyzhia, Lugansk, Karkhiv) et arrive légèrement derrière le parti présidentiel à Odessa, Mikoilaiv, Kherson. Son score culmine à 39% à Donetsk, 35% à Lugansk... et n'atteint même pas les 1% dans les trois oblast de Galicie!
L'ultra-nationaliste
parti radical de Lyaschko, le "parti de la guerre" par excellence, ne réalise nulle part de performance vraiment spectaculaire. Ses meilleurs scores sont plus dans le centre du pays qu'à l'ouest, où l'électorat le plus belliciste a visiblement préféré la coalition du premier ministre au parti du milicien à la fourche...
Le parti de Timochenko est sous les 5% dans le sud-est (2% à Donetsk et Lougansk) assez homogène ailleurs, n'atteignant nulle part les 10%. L'ancien premier ministre est la victime la plus spectaculaire de la concurrence dans le camp "pro-guerre". Ses déclarations enflammées n'ont visiblement pas fait oublier à l'électorat ultra-nationaliste (
que les journalistes bien-pensants désignent comme "pro-occidental) son opportunisme et son affairisme notoire.
Autre perdant, le "pas d'extrême-droite"
Svoboda est relégué sous les 5%, descendant sous les 10%, en 4eme position dans son fief de Galicie où il était premier ou deuxième en 2012.
Le
parti communiste est sous les 5%, principalement à cause de la Galicie où il n'atteint même pas les 1%, et dans une moindre mesure des autres oblast de l'ouest. C'est la première fois qu'il disparait de la rada, mais pas la première fois qu'il est sous les 5% (un peu plus de 3% en 2006, avec un autre mode de scrutin). Il approche ou dépasse les 10% dans les oblast du sud-est, talonnant même le parti présidentiel à Lugansk avec plus de 12%. Persécuté par la régime qui a engagé une procédure pour le dissoudre, le PCU voit ses membres molestés (comme d'autres élus d'opposition) avec la bénédiction des autorités. Il réunit tout de même 4% des suffrages exprimés, malgré l'abstention massive de son électorat naturel. Il est passé à quelques dizaines de milliers de voix de conserver sa place à la Rada, ce qui aurait été un camouflet pour le régime qui lui dénie tout droit à exister. Reste à savoir les communistes persisteront dans l'attitude légaliste qu'ils affichaient jusqu'à maintenant à Kiev, et qui suscite les moqueries de certains sympathisants des insurgés...
9e, le parti pro-occidental de Grytschenko a un électorat assez équitablement réparti (3% en moyenne) sauf logiquement à Donetsk et Lougansk où il ne dépasse guère les 1%.
Avec un score équivalent, Ukraine Forte, autres héritier du parti des régions, a la même géographie électorale que le bloc d'opposition, avec une pointe à 11% à Odessa (où l'électorat est très éclaté).