Effectivement, on a parlé plus haut des Patriotes alors on peut bien parler de cette autre scission du FN/RN, d'autant que c'est vite fait (et un score important dans une seule commune).
Parmi les élus, il y a effectivement des "avec le soutien du RN mais pas encartés chez lui", notamment à Béziers et sa quasi-voisine Cers (où le maire est CNIP mais liste comptée comme "avec soutien RN" plus haut).
Le soutien ou l'investiture RN ont été un handicap la plupart du temps et le sont, me semble-t-il, dans le cas générique où les gens votent "à l'étiquette" et où la sociologie n'est pas trop écartée de la moyenne. Inversement, au vu de ces municipales, la tendance selon laquelle le RN n'est pas majoritaire ni consensuel semblerait largement se confirmer.
Ceci dit, il y a évidemment un élément local là -dedans. A quoi se rajoute la sur-abstention liée au coronavirus (il semble que les électeurs RN et EELV se soient plus abstenus que les autres, ceci n'étant pas sans lien avec le fait que ces électorats sont plus récents et moins stables même que celui du "centre" actuellement au pouvoir).
Au total, les candidats RN aux municipales n'ont pas fait le plein des voix ou points de pourcentage Marine Le Pen de la présidentielle et même plutôt pas (là , c'est plus à creuser) du FN aux législatives 2017 ou aux européennes 2019, surtout dans le cas général où le maire sortant n'est pas RN ni soutenu par lui. Parfois, les scores sont même sous le score national de 2008!
Au passage, il était question de 11 communes de plus de 9.000 habitants sans compter les plus petites
gagnées par le FN/RN en 2014, en tous cas davantage que les 12 à maire sortant RN citées plus haut (10 victoires et une défaite au premier tour et trois ballottages cités à Mantes-la-Ville, Le Luc (défavorable) et Le Thor). A Cogolin, le maire sortant Lansade a enlevé son étiquette RN avant de se re-présenter et est en ballottage favorable. Quant aux 4 communes de la vague 1995 et un peu après, le RN s'y présente mais n'y atteint nulle part les 19%! Il est vrai qu'à Orange et environs, c'est la Ligue du Sud, autre scission, qui tient le haut du pavé...
Sur l'élément local, dans les communes à maire sortant RN, il y a déjà le fait que le contexte politique local se prêtait à une victoire FN en 2014: équipe sortante en difficulté mais aussi bonne implantation, équipe locale FN/RN stable bref, ce qui donne place à une part de vote d'adhésion et pas seulement de protestation. D'ailleurs, Mantes-la-Ville, gagnée de justesse en 2014, reste spécialement difficile par rapport aux autres.
Les électeurs initialement défavorables ont pu déménager mais ce n'est qu'une des options possibles (plus facile à échelle communale où on peut garder le même emploi): quand un contexte politique local ne convient pas, on peut:
- s'en aller (ou ne pas venir là si on arrive de l'extérieur), (à des échelles plus vastes, cela peut expliquer en partie, en-dehors de la transmission culturelle intra- et extra-familiale, le maintien de particularités et "mentalités" locales que les démographes relient à l'état de la société... avant 1789!)
- s'opposer plus ou moins activement
- ou s'habituer et finir par le laisser "déteindre", surtout en matière locale si on est content de l'état des trottoirs etc... ou du moins pas assez excédé pour faire confiance à un autre potentiel maire.
Inversement, dans les communes où le RN n'est pas sortant, il n'y a pas de franche dynamique lui amenant les électeurs mécontents du maire sortant, souvent parce qu'il y a au moins une autre liste d'opposition pour capter plus facilement la grogne. Le RN, s'il a essayé voire réussi à se dédiaboliser, garde toutefois un aspect repoussoir, auquel s'ajoute le repoussoir d'avoir une étiquette tout simplement, dans ces municipales 2020 où les "divers" prospèrent.
Restent quelques cas où le RN est en tête du premier tour, plutôt dans des endroits à vote FN/RN tout de même très implanté, je pense là surtout à Perpignan et Vauvert (cette dernière étant dans une circonscription législative RN) ainsi qu'à certaines communes du Nord et Pas-de-Calais.