ploumploum a écrit:Fabien a écrit:Dans la plupart des autres pays, ou presque
Faut dire que dans la plupart des pays, il y a un vrai système parlementaire rationalisé avec des Bureaux et tout ça. On a quand même la moitié du corps législatif qui est de fait HS et qui paralyse donc l'activité du Parlement. Les réactions sont modérées parce que sont
les States mais sur le papier, c'est quand même assez grave.
Si c'était un autre pays, on aurait droit à une flopée de réactions internationales pour
" témoigner d'une inquiétude légitime vis à vis du maintien d'un système démocratique et demander avec effet immédiat le fonctionnement régulier des institutions constitutionnelles"Sinon, JIm Jordan a aussi jeté l'éponge apparemment.
En même temps, ça fait déjà quelques années que le parti républicain est sur une pente dangereusement anti-démocratique et tente d'altérer le fonctionnement régulier des institutions constitutionnelles.
Je pense que le premier étage de la fusée ça a été la révolution conservatrice de Newt Gingrich dans les années 1990, qui a développé chez les républicains l'idéologie selon laquelle la fin justifiait toujours les moyens (culture largement imposée sous les années Bush) et qui, à l'époque, avait débouché sur un impeachment de Clinton aux contours pour le moins discutables.
Le second étage ça a été l'émergence du tea party et le fait que le GOP, à l'orée des années 2010, s'est mis à opter pour une stratégie électoraliste visant à privilégier non pas à conquérir de nouveaux électeurs, mais à limiter et encadrer les contours de l'exercice du droit de vote afin de sur-représenter le poids de leurs propres électeurs au détriment des électeurs de l'autre parti, même si ces derniers devaient être majoritaires. Cela a débouché sur un usage massif du gerrymandering, des politiques agressives visant à retirer leurs droits de vote à un maximum de citoyens de plein droit qui pourraient ne pas voter pour eux (suppression massive des listes électorales des électeurs de couleur, refus d'accepter des cartes étudiants comme papiers d'identité), ou à jouer avec les institutions. Sur ce dernier point précis, il y a eu à mon avis 2 éléments capitaux :
1) le point de rupture à mon sens c'est lorsque McConnell a clairement enfreint la constitution en déniant au président en exercice de pouvoir présenter le candidat de son choix pour pourvoir un poste vacant à la SCOTUS. Car oui, ce qui était incroyable, c'est que McConnell a tout simplement refusé de laisser le candidat du président présenter sa candidature devant la haute assemblée. A la limite si la manœuvre s'était contentée de rejeter cette candidature suite à un vote, mais même pas.
2) la propension des républicains à modifier la règle électorale voire carrément la constitution des états à la moindre défaite comme considérant que ce sont ces points qui sont la cause de la défaite. Sur ce point là , on a eu tout un tas d'actions diverses et variées : réduire le pouvoir d'un gouverneur démocrate fraîchement élu, limiter le vote par correspondance, réduire les plages horaires de vote, réduire les attributions des conseils municipaux (car ceux-ci sont trop dominés par les démocrates).
Et, depuis l'irruption du trumpisme, on a le dernier étage de la fusée : nier tout simplement la validité du processus électoral à partir du moment où on ne le gagne pas. Avec rejet des institutions politiques et juridiques, assaut physique et violent contre le Congrès (5 morts à la clef), refus du fait majoritaire...
Ce qui est nouveau, c'est que désormais les républicains commencent à appliquer ces recettes en interne aussi et pas seulement envers les démocrates.
L'autre élément qui me marque, c'est à quel point les républicains ont créé eux mêmes les éléments qui aujourd'hui leur créent tout un tas de problèmes : le gerrymandering massif partout et l'accaparement de plusieurs sièges à la SCOTUS. Le premier point a imposé au GOP une aile droite intégriste indéboulonnable (élus dans des districts imperdables, ces élus là conservent des postes en étant justement le plus à droite possible), le second point a imposé au pays un arrêt anti avortement très impopulaire mais qui fait figure de totem auprès de la base.
Les républicains ont à mon avis grandement sous-estimé les conséquences de leur stratégie axée uniquement sur leur base, et, surtout, ils ont largement sous-estimé les conséquences d'une option visant à ignorer le fait qu'ils sont de plus en plus minoritaires dans la population dans son ensemble.
Pour en revenir, à l'actualité, on a eu hier un troisième vote pour le poste de Speaker, que Jordan a encore perdu, en perdant encore des voix. Il y avait un peu moins de votants que sur les tours précédents (une poignée de représentants républicains et démocrates retenus dans leurs districts pour des raisons diverses) :
Jeffries 210
Jordan 194 (en janvier, McCarthy n'était jamais tombé aussi bas)
Autres 25 (que des représentants républicains qui s'éparpillent sur une demie douzaine de noms)
Derrière, le caucus républicain a organisé un vote interne à bulletins secrets pour savoir si il maintenait la candidature de Jordan : plus de 120 représentants républicains ont opté pour lui retirer l'investiture. L'écart assez énorme entre un vote public et un vote secret en dit long je trouve sur la situation interne. Jordan a donc jeté l'éponge, sur fond d'accusations désormais lourdes de menaces et de pression de son camp contre les élus ne le soutenant pas.
https://edition.cnn.com/videos/politics ... an-vpx.cnnTout cela crée une situation assez pathétique : on va atteindre les 3 semaines sans Speaker, et la situation est revenue au point de départ, sauf que la "majorité" a désormais dévoré les candidats à un rythme effréné (McCarthy, Scalise puis Jordan).
Les élus républicains doivent se réunir de nouveau lundi pour essayer de désigner un nouveau porte drapeau : 4 représentants ont d'ores et déjà fait acte de candidature. D'ici lundi ce sera peut-être plus ?
https://edition.cnn.com/2023/10/21/poli ... index.htmlQuant à imaginer comment quiconque pourrait atteindre les 217 voix, j'ai toujours du mal à me le représenter ? Surtout vu le niveau de tensions et d'accusations internes. Ce qui me fait par contre beaucoup rire ce sont les dernières déclarations de Gaetz, Taylor-Green ou même Newt Gringrich : les 3 se répandent dans la presse pour dénoncer la situation et l'aspect désolant offert par leur parti. Il faudra peut-être que quelqu'un leur rappelle que ce sont eux et leur courant qui ont créé de toute pièce cette situation :).
https://www.mediaite.com/politics/marjo ... ly-broken/https://www.mediaite.com/news/matt-gaet ... -last-one/https://www.mediaite.com/politics/the-m ... house-gop/En tout cas, l'option d'une résolution étendant les pouvoirs du Speaker pro tempore semble réellement diviser très fortement le caucus républicain, qui pour l'heure repousse cette idée.
https://talkingpointsmemo.com/live-blog ... ry-threatsLes démocrates appellent eux de plus en plus à une option de compromis, et font remarquer cruellement que leur projet de budget a été déposé en mars, alors que les républicains n'ont toujours pas proposé le leur, et que la nouvelle date pour le shutdown c'est mi novembre.
Hakim Jeffries a déclaré publiquement qu'il était prêt à discuter avec les élus centristes du GOP pour trouver un compromis, il met en avant 3 éléments :
1) que les élus en question s'engagent à voter un texte budgétaire de compromis avant le shutdown
2) que le Speaker choisi fasse parti des élus républicains ayant validé les résultats de la présidentielle le 06/01/2021 et ne défendant pas le complot de l'élection truquée
3) que le Speaker choisi mette fin au comité d'enquête sur un possible impeachment de Biden
Personnellement, je suis de plus en plus convaincu que la situation la plus pérenne et logique serait une coalition entre les démocrates et l'aile gauche du GOP. Mais les pesanteurs politiques, partisanes et constitutionnelles américaines font sans doute que cette option est peu probable, car elle représenterait un big bang énorme, et probablement une fin de carrière à terme pour les républicains qui le feraient. Voire même, vu l'ambiance désormais un peu fascisante d'une partie de la droite US, ils prendraient peut-être un risque de vie ou de mort pour eux ou leurs proches ?
https://www.mediaite.com/politics/unfor ... h-threats/