La poussière est toujours pas vraiment retombée, et on continue joyeusement dans le bazar :
1) déjà , c'est clairement la soupe à la grimace chez tous les représentants républicains. 90% du caucus est remonté contre les 8 représentants ayant voté la destitution avec les démocrates. Certains voudraient peut-être les expulser du caucus républicain (chose qui peut se faire à la majorité simple d'un vote interne au caucus républicain), d'autres voudraient carrément tenter d'expulser Matt Gaetz en le destituant de la Chambre (chose qui peut se faire à la majorité des 2/3 d'un vote de l'ensemble de la Chambre).
Pour la première option ça peut se faire, mais je vois pas trop en quoi ça réglerait le problème : les 8 rebelles représenteront toujours un pouvoir de nuisance énorme pour le caucus du GOP. Pour la seconde option, je doute grandement que 2/3 des représentants acceptent d'expulser l'un des leurs au seul motif qu'il aura fait usage d'un pouvoir législatif légal et totalement dans le cadre de sa fonction. Certains élus républicains mettent en avant que Gaetz fait actuellement l'objet d'une enquête d'une commission d'éthiques de la Chambre, mais là les démocrates font remarquer que le rapport n'a pas encore été rendu, et que si on envisage sérieusement d'expulser Gaetz, il faudrait peut-être plutôt se pencher sur le cas du représentant George Santos (R) de New-York, qui lui est actuellement inculpé pour une dizaine de poursuites pour fraudes diverses et variées (cadre dans lequel l'ancien directeur de campagne de Santos compte plaider coupable). Mais tout cela en dit surtout très long sur l'ambiance sympathique qui règne actuellement au sein du caucus républicain...
https://www.politico.com/news/2023/10/0 ... 4-00119802https://edition.cnn.com/2023/10/05/poli ... index.htmlCa fait à peu près une vingtaine d'années que je suis la politique US, et je n'ai jamais vu un caucus aussi divisé et en guerre interne que ça. Et on notera que les 3 derniers Speaker républicains (Boehner, Ryan et McCarthy) ont tous quitté leurs fonctions en étant plus ou moins la victime de leur aile droite.
2) le gros point d'achoppement semble aussi être la règle qui permet à un seul représentant du caucus majoritaire de demander un vote sur la destitution du Speaker. Les élus du Freedom caucus font du maintien de cette règle une condition sine qua non, tous les autres représentants républicains veulent s'en débarrasser.
https://www.politico.com/live-updates/2 ... v-00119960Il aurait peut-être fallu se poser la question avant de réinstaurer cette règle pour amadouer le
freedom caucus en janvier ?
3) pour l'heure, 2 représentants républicains sont officiellement sortis du bois pour faire acte de candidature. Steve Scalise, représentant de Louisiane et numéro 2 du caucus républicain. Très très à droite, sa candidature pourrait présenter quelques soucis. Outre qu'il a quelques squelettes dans le placard, notamment des
accointances passées avec des membres du KKK (mais est-ce vraiment disqualifiant dans le GOP d'aujourd'hui ?), il peut paraitre comme trop lié à McCarthy pour les tenants de l'aile droite ? En tout cas il a lui aussi un profil très "washingtonien". De plus, il a annoncé en août qu'il était atteint d'une leucémie. Il assure être en pleine forme, mais ça peut clairement jouer contre sa candidature ?
L'autre candidat déclaré est Jim Jordan, représentant de l'Ohio. Lui aussi très à droite, il est sans doute plus MAGA-compatible que le candidat précédent, mais lui est sans doute difficilement acceptable pour l'aile centriste du GOP (il n'est pas aussi extrémiste et ingérable que Boebert, Taylor-Green ou Gaetz, mais il est tout de même très problématique pour un poste aussi important que celui de Speaker, avec lui à la tête de la Chambre le risque de fonctionnement chaotique est quasi certain ?).
Mais comme je le faisais remarquer un peu plus tôt, peu importent les candidats, la question c'est quel(s) compromis au sein du caucus républicain pour le texte budgétaire à venir ? Le caucus républicain semble maintenir son calendrier : réunion entre quatre murs mardi prochain pour essayer de se mettre d'accord en interne sur un candidat de consensus. Bon courage pour trouver quelqu'un qui mettra tout le monde d'accord sur le futur budget ou la règle de destitution du Speaker...
A mon avis, "l'attelage" qui aurait le plus de "sens" serait peut-être une sorte de coalition entre les démocrates et une poignée d'élus républicains centristes, mais dans le contexte politique américain actuel cela me parait impossible ?
Pour information, il a bien été confirmé que le Speaker par intérim (qui est plus souvent qualifié de président
pro tempore de la Chambre j'ai l'impression ?) ne peut prétendre à l'ordre de succession. Le poste numéro 2 de l'acte de succession est donc actuellement vacant. En cas de pépin pour Biden et Harris, la suivante est donc la présidente pro tempore du Sénat, Patty Murray. On notera que si les démocrates avaient accepté de laisser le poste à Diane Feinstein (mais il n'y avait aucun risque que les démocrates confient ce poste à une sénatrice aussi diminuée que l'était Feinstein), il serait aussi actuellement vacant suite à son décès. Dans ce cas de figure, le suivant dans la liste aurait été Anthony Blinken, l'actuel secrétaire d'état. Si cela avait été le cas cela aurait été la première fois depuis la mise à jour de l'ordre de succession présidentielle (en 1947) que le rang numéro 2 aurait été occupé par un membre du Cabinet. Mais, bon tout cela est évidemment théorique, et cela n'est pas le cas. C'était la divagation constitutionnelle du jour...