Eco92 a écrit:Le Ve est intéressant car il a le potentiel pour basculer à gauche, certes il l'a déjà eu plusieurs fois dans sa vie ! Mais l'alliance PS-EELV, s'il n'y a pas d'alliance LREM-LR (et j'avoue douter que ça arrive, là on a une mairesse sortante LR qi a rejoint LREM, je vois bois LR l'abattre), est a priori très performante. D'autant que la liste Villani y est faible alors que vu la sociologie du Ve je l'aurai pensé plus haut, c'est un adjoint de Hidalgo ex-PS qui menait la liste.
Notons le faible score de Dominique Tibéri, en 2014 il s'était imposé à la droite en dissident, obligeant une fusion, là il est à peine à 2 % et il n'y aura donc plus de Tibéri élu dans le cinquième pour la première fois depuis des décennies !
BERTHOUT (LREM, ex-LR) : 28,5 %
LEMARDELEY (PS) : 25,42 %
BIRABEN (LR) : 17,27 %
AUDOUIN (EELV) : 11,41 %
PENINOU (Villani) : 7,55 %
DIETHELM (LFI) : 3,01 %
TIBRERI (DVD) : 2,01 %
ARNOULD (DVD) : 1,82 %
LE GAL (RN) : 1,21 %
PESKINE (Parisiens, parisiennes) : 0,87 %
PIAZZINI (LO) : 0,45 %
GHOSN (DIV) : 0,35 %
PRÉAU (DIV) : 0,13 %
De 2002 à 2015 inclus, le 5e arrondissement de Paris a reproduit assez fidèlement les tendances gauche/droite parisiennes, avec toutefois des scores minorés pour la gauche radicale et le FN/RN. Dans un contexte favorable à la gauche tant au plan national qu'à Paris, la performance de Florence Berthout (candidate LREM, ce qui n'était pas l'étiquette la plus porteuse ce dimanche) me semble exceptionnelle et la contre-performance de Dominique Tiberi (qui perd plus des neuf dixièmes de ses voix de 2014 !) tout autant. Mais en 2014 Florence Berthout apparaissait comme une parachutée (n'habitant pas le 5e), à la différence de Dominique Tiberi, alors qu'en 2020 c'est la tête de liste LR qui encourt cette critique... tandis que la maire sortante du 5e, très présente sur le terrain, a désormais des soutiens personnels qui ont (notamment) asséché les réseaux Tiberi. Ceux qui ont eu des logements sociaux (ou autres) grâce au père ne reportent pas (ou plus) leur soutien sur le fils. Ingratitude...
Pour preuve de ce transfert : plusieurs des colistiers de la liste Berthout étaient sur la liste Tiberi du premier tour de 2014 et sont restés avec la maire sortante cette année. Dominique Tiberi a aussi sans doute été affaibli par la dissidence d'Alexandre Arnould qui ne parvient pas à atteindre les 2% : ce dernier, militant de LR qui avait annoncé conduire une liste après le ralliement de Florence Berthout à LREM, a aussi un ancrage local réel et ancien et a repris des thématiques "tiberistes", notamment "l'esprit village" (qui figurait dans l'intitulé de sa liste), tout en présentant une liste très jeune (une seule colistière de plus de 45 ans, et pas mal d'étudiants dans ce qui s'appelle encore le quartier latin). Mais cet ancien cadre de la mairie de Paris (à l'ère Jacques Chirac et Jean Tiberi) n'a pas non plus percé... après avoir été élu en 2016 délégué de circonscription LR contre... Dominique Tiberi (source :
http://www.leparisien.fr/paris-75/ve-de ... 099754.php, cruelle trahison). Le système électoral parisien rend extrêmement difficile pour un dissident de faire un score dans un seul arrondissement (Philippe Goujon, devancé de peu dans le 15e malgré un sondage qui l'avait annoncé très largement en tête, en a fait amèrement l'expérience dimanche dernier).
Le score de Mao Peninou est en effet une déception au regard de la sociologie de l'arrondissement, plutôt favorable. Mais s'il n'est pas un inconnu local, ses attaches avec le 5e sont distendues : il y reste son père, passé du maoïsme (dont témoigne le prénom du fils) au PS plutôt tendance DSK. Dans le village du 5e, tout est histoire de famille...
La tête de liste EELV Laurent Audouin, une des figures les plus toniques du conseil d'arrondissement, pouvait espérer mieux qu'un modeste + 2 % par rapport à 2014, espérant dépasser la liste PS-PC-DVG au premier tour. En 2008, déjà tête de liste, il faisait 5,5 % au premier tour. Mais dans le 5e comme partout ailleurs EELV a peu de militants, et l'époque (les années 1970...) où l'écologie faisant une percée inattendue dans ces quartiers de Paris appartient au passé. Tout comme le score de l'extrême-droite : si Jean-Marie Le Pen a été député du 5e entre 1958 et 1962, a été élu au scrutin majoritaire sous l'étiquette CNI avec le soutien des étudiants de la fac toute proche d'Assas, le FN/RN fait aujourd'hui des scores très faibles dans le 5e qui s'est embourgeoisé à partir des années 1970 et 1980. Même dans les villages de France les plus préservés, la sociologie change...
Pour le deuxième tour, en l'absence comme c'est effectivement probable de fusion de listes LREM-LR (les haines contre Florence Berthout qui dirigeait naguère le groupe LR au conseil de Paris seront dures à résorber), même si le report du second tour va laisser le temps de la réflexion, sur le papier il y a pour Florence Berthout 8,5 points de retard sur le total des listes PS et EELV (28,5 % contre près de 37 %). Les 5% DVD et RN (plus favorables à la maire d'arrondissement, ira-t-elle discuter avec son ex-colistier de deuxième tour en 2014 Dominique Tiberi, avec qui les relations se sont beaucoup rafraîchies) dépassent les 3% de la FI, LO étant ici très faible. Les électeurs de la liste Villani vont à mon avis se disperser, quelle que soit la stratégie des listes Villani au 2e tour, même si Mao Peninou peut avoir gardé une dent contre ses anciens camarades (la tête de liste de la gauche Marie-Christine Lemardeley était et est toujours adjointe au maire de Paris ; entre elle - qui cultive son indépendance en n'ayant jamais adhéré au PS - et Mao, l'union de la gauche est-elle brisée ? Les "sociaux-traîtres" le sont-ils toujours aux yeux des mao spontex - pardon des Villani spontex ? Mystère, mystère dans les ruelles sombres du 5e où, pendant la guerre d'Algérie, les disputes se règlaient parfois au couteau).
Bref, Marie-Christine Lemardeley peut se voir maire du 5e en juin, comme un sondage le lui prédisait déjà en 2014 face à Florence Berthout - 52% contre 48%, mais au final elle n'a fait que 49%. Je pense aussi qu'une partie de l'électorat LR votera Berthout et qu'un sursaut (probable) de la participation peut favoriser la sortante... En conclusion, ce sera serré ici - comme en 2008 où la victoire de Jean Tiberi s'était faite à quelques centaines de voix (225 voix d'avance pour le maire du 5e), dans (déjà ?) une triangulaire avec un éphémère leader centriste (Philippe Meyer), qui avait l'étiquette Modem (14,3 % au 1er tour, 10,9 % au 2e tour - liste Tiberi 45 % et liste de gauche 44,1%). A l'époque, le PS n'avait pas voulu d'alliances avec le Modem. Bis repetita cette année avec Cédric Villani ? En politique comme en histoire, quand un scénario se répète, est-ce toujours une farce ?