Il y a désormais tellement de dysfonctionnements majeurs dans la gestion de l'administration fédérale, avec des signes totalement évidents de corruption, d'incompétences et de dérives fascistes que ça devient impossible de tenir un résumé ne serait ce que vaguement exhaustif. D'autant que ça concerne quasiment tous les échelons, du bas jusqu'en haut.
Pour illustrer mes propos je ne prendrai que trois exemples, mais qui à mon avis résument admirablement la situation actuelle et le niveau de dérives sans précédent de cette administration :
1) je vous présente le cirque qu'est devenu le bureau de l'
Attorney general du New-Jersey, acte 47.
Petit rappel des faits antérieurs : l'ancienne avocate de Trump, Alina Habba, avait été désignée par Trump pour diriger ce bureau judicaire, malgré un manque évident de compétences et d'expériences en la matière, mais avec un agenda limpide, à savoir engager un maximum de procédures judicaires (même sans fondement) à l'encontre de toutes personnes considérées par Trump comme un adversaire politique. Le problème c'est que la nomination d'Habba doit être confirmée par le Sénat pour devenir pérenne. Or, le profil tellement sous-qualifié de la nominée fait qu'elle n'a jamais été ratifiée par le Sénat. Dans ce cas de figure, la loi est limpide : elle ne peut exercer qu'un intérim, à la fin duquel c'est à la cour fédérale du New-Jersey de désigner l'occupant légitime et définitif du poste (c'est la loi telle qu'écrite dans le
Vacancies Act). A la fin de l'intérim, la cour fédérale du NJ a donc désigné un procureur, compétent et expérimenté. Derrière, l'administration Trump l'a limogé (sans respecter le cadre légal du licenciement) et a "confirmé" Habba dans ses fonctions. Le juge fédéral Matthew Brann n'a eu d'autre choix que de constater dans son jugement qu'elle occupait sa fonction de manière illégale.
Derrière, la ministre de la justice de Trump, l'AG Pam Bondi, et son adjoint Todd Blanche (lequel cumule sa fonction en étant toujours l'avocat personnel de Trump, rien que ça, niveau conflit d'intérêts majeur), ont décidé de nommer 3 personnes différentes pour gérer le bureau fédéral du NJ et de remplacer Habba par ce triumvirat. Autant dire que le juge fédéral Brann n'a pas apprécié la plaisanterie, et a fait subir au triumvirat le même sort qu'à Habbas, en des termes plus que sévères.
https://www.nytimes.com/2026/03/09/nyre ... utors.htmlEt le juge met en avant les conséquences déjà visibles de l'incurie du bureau des AG du NJ, je cite : "des dizaines de criminels dangereux pourraient voir leurs poursuites abandonnées ou leurs condamnations finalement annulées". Et il a mis en lumière un cas concret : le juge Quraishi du NJ a eu la surprise de voir passer devant son tribunal un plaidé coupable pour un pédophile poursuivi pour détention de contenus pédo pornographiques. Il trouvait le plaidé coupable très généreux avec l'accusé, et, surtout, il trouvait le dossier d'accusation très mal monté et peu rempli alors qu'il y avait une montagne d'éléments versés au dossier par les enquêteurs de la police non exploités par l'accusation. Face à ces manquements évidents de l'accusation dans ce dossier, le juge a convoqué le procureur en charge, Daniel Rosenbaum, pour le confronter sur les dits manquements. A sa grande surprise, et dans une infraction évidente à la loi et au fonctionnement de la cour, Rosenbaum s'est présenté à la barre accompagné de Mark Coyne, un employé fédéral auprès des cours d'appel pour répondre des accusations du juge. Ce dernier a rappelé que seul Rosenbaum était convoqué, et que si il pouvait être accompagné d'une aide juridique, cette dernière n'était pas susceptible de s'exprimer devant la cour à la place de Rosenbaum. Face à l'obstination des deux employés fédéraux à défier la cour et le juge, ils ont été expulsés manu militari du tribunal.
https://www.nytimes.com/2026/03/17/nyre ... roid-shareBref, 2 employés fédéraux du bureau de l'AG du NJ ont donc été expulsés de force d'un tribunal fédéral parce qu'ils étaient incapables de suivre une procédure basique.
Et les 2 juges fédéraux, Brann et Quraishi, ont des mots très dures et sans concession envers le n'importe quoi de tout ça. Je me permets un petit florilège de traduction, parce que c'est collector :
"Le président cherche ici à s'octroyer le pouvoir de nommer unilatéralement des fonctionnaires de son choix à des postes clés, conférant ainsi une autorité considérable à l'ensemble du gouvernement. Bien que le gouvernement masque son argument sous le prétexte fallacieux de la nécessité administrative, « ce loup se présente comme un loup"'"
"Toute nouvelle tentative de pourvoir illégalement ce poste entraînera le rejet des affaires en cours"
"L'administration Trump se moque de savoir si le bureau poursuit des criminels. Sa seule préoccupation est de savoir qui dirige le bureau, et non de savoir s'il fonctionne tout court."
"Ce que vous m'avez dit aujourd'hui, votre version des faits – à laquelle je ne crois pas, soit dit en passant –, je ne le croirai que lorsque vous aurez témoigné. Voilà ce qui est arrivé à la crédibilité de votre bureau. Des générations de procureurs adjoints des États-Unis avaient bâti la réputation de ce bureau, et votre génération l'a anéantie en l'espace d'un an."
Après ce bras de fer interminable (pendant lequel des dossiers n'ont pas été poursuivis, ou mal), la cour fédérale du NJ a nommé un nouveau procureur fédéral le 23 mars, en la personne de Robert Frazier, un procureur expérimenté et compétent. Et le DOJ a finalement accepté de capituler en ne s'y opposant pas.
https://apnews.com/article/us-attorney- ... 93531052acPrécisons que l'on rencontre exactement le même cirque dans plusieurs autres bureaux de procureurs fédéraux, au Nevada, en Californie, à DC et à New-York. Que suite à ce cirque le DOJ expérimente depuis un an des démissions en cascade parmi ses bureaux de procureurs, et que pour tenter de palier au sous-effectif, le ministère de la justice a décidé de baisser drastiquement les critères de recrutement.
https://abc7chicago.com/post/donald-tru ... /18765362/2) dans le même temps, Trump et ses acolytes sont en train de mettre sur pied un sympathique processus de détournements de fonds fédéraux assez magique. Le ministère de la justice est supposé défendre les dossiers devant les cours juridiques lorsqu'un justiciable porte plainte au civil pour demander des dommages et intérêts au gouvernement. Trump et certains de ses acolytes se sont dits qu'il suffisait de demander à la ministre de ne pas défendre les intérêts du gouvernement dans ces dossiers, et d'aller directement à la case négociation d'un accord financier.
Le premier à expérimenter ce tour de passe passe fleurant bon la magouille mafieuse est l'ancien conseiller à la sécurité de Trump 1.0 Michael Flynn. Là aussi petit rappel des faits : en 2016 et 2017, ce dernier a eu des rapports non déclarés avec une puissance étrangère (la Russie). Outre que dans le cadre de ses fonctions ne pas le déclarer était déjà un crime, il a ensuite menti lors de plusieurs témoignages sur ces liens. Il a fini par plaider coupable, avant de changer de position et de revenir sur ce plaider coupable. Trump ayant finalement gracié le bonhomme 2 mois avant la fin de son premier mandat.
En 2024, Flynn porte plainte contre le gouvernement pour les dommages infligés à son encontre par le ministère de la justice, réclamant 50 millions de dollars de dédommagement. Cette procédure fut déboutée car sans aucun fondement par un juge fédéral à l'époque.
https://storage.courtlistener.com/recap ... 3.47.0.pdfFlynn vient de redéposer une nouvelle procédure, mais cette fois Pam Bondi a décidé de ne pas défendre le dossier devant la cour et de conclure un arrangement à l'amiable avec Flynn, qui va ainsi extorquer 1 million de dollars au contribuable US. Elle est pas belle la vie ?
https://www.nbcnews.com/politics/justic ... rcna265203L'administration Trump a peut-être trouvé là la poule aux œufs d'or pour filer beaucoup d'argent aux membres du clan.
3) enfin, niveau dérive fasciste c'est pas mal non plus. Le ministère de la guerre avait instauré une nouvelle politique pour permettre aux journalistes l'accès aux points presse du Pentagone : signer un papier dans lequel le journaliste s'engage à ne pas faire son boulot et à ne reporter que la bonne parole. En protestation, 90% des agences de presse ont refusé de signer le machin (y compris Fox News, seuls des médias ouvertement MAGA ont accepté) et se sont vus retirer leurs accréditations. Les médias ont porté plainte et la justice leur a donné raison, rappelant que le gouvernement devait respecter la liberté d'expression et le droit de presse. En réaction, le ministre de la guerre a aussi retiré l'accréditation aux 10% des journalistes à ses ordres en déclarant que tout le monde serait ainsi sur un pied d'égalité. Pas sur que la justice apprécie de nouveau la blague.
https://www.bbc.com/news/articles/cwy3961xdr8ohttps://edition.cnn.com/2026/03/23/medi ... udge-order