Concernant le naufrage de la campagne DeSantis, pour le coup j'ai eu le nez creux en soulignant depuis déjà au moins un an ou deux les carences évidentes du personnage qui m'ont toujours fait douter du statut de
dream candidate que certains lui tressaient. Le costume m'a toujours paru trop grand pour le personnage. Sa campagne présidentielle aux airs de fiasco de bout en bout n'aura fait que le confirmer. Je pense que beaucoup ont surestimé le poids de ses qualités personnelles dans ses succès en Floride, lesquels s'expliquent en grande partie par des raisons dans lesquelles DeSantis ne jouait qu'un rôle extrêmement marginal (la Floride est un état dont la sociologie électorale vire à droite indépendamment de DeSantis, et c'est surtout un état où un candidat bien financé peut bombarder les ondes de publicités médiatiques et de narratif calibré pour écraser la concurrence). A l'échelle d'une campagne présidentielle pour des primaires, c'était insuffisant pour faire la blague.
D'autant que DeSantis à d'entrée de jeu commis une erreur stratégique impardonnable : il aurait du se lancer dans la foulée des
midterms (seul moment où le statut de Trump a tremblé avec l'échec de ses candidats et où on pouvait sans souci lui accoler l'image du
loser qui entraînait le GOP dans des défaites consécutives depuis 2018, alors que DeSantis aurait pu surfer sur sa réélection triomphale en Floride), en tapant sur Trump comme l'homme du passé. Il ne l'a pas fait, et c'était déjà une erreur dont sa campagne ne pouvait pas vraiment se remettre.
Concernant les primaires du New Hampshire, il y a un autre élément à rappeler tout de même : ce sont des primaires ouvertes. Cela veut dire que les électeurs indépendants peuvent très bien participer aux primaires républicaines si le cœur leur en dit, et certains ne vont pas se priver. La question c'est dans quelle proportion ?
Plus il y aura d"électeurs indépendants qui participeront aux primaires républicaines, plus le score de Haley sera haut. Plus la participation sera faible, plus cela avantagera Trump.
Notons que dans la dernière ligne droite cela se tend énormément entre Trump et Haley : cette dernière attaque Trump sur ses troubles cognitifs, en disant que pour elle il est au même niveau que Biden (lors d'un discours Trump a confondu Haley et Pelosi). Trump dit de Haley qu'elle est une RINO contrôlée par les libéraux-démocrates-communistes-tueurs de bébés-laxistes sur la criminalité-pédophiles (barrez la ou les mentions inutiles).
https://timesofindia.indiatimes.com/wor ... s?from=mdrEt on sent aussi quelques relents racistes du côté de la campagne Trump contre les origines de Haley. Bref, une campagne qui en 48 heures a pris une tournure bien moche. Mais là aussi, si Haley voulait taper sur Trump pour le concurrencer, il aurait fallu qu'elle s'y prenne plus tôt. Là cela me parait un peu tard.
Je tente aussi le pronostique :
Trump 48% (j'avoue avoir un peu de mal à l'imaginer plus haut que dans l'Iowa, mais en cas de faible participation c'est tout à fait possible)
Haley 34%
Autres (
write-in notamment) 18%
Il est tout à fait possible que je surestime grandement les
write-in et que Trump et Haley polarisent nettement plus les résultats que ça, mais bon je prends un petit risque là dessus, c'est le jeu.
Dans tous les cas, si Trump vire bien nettement en tête au New Hampshire, alors on pourra parler plus ou moins de fin de partie pour Haley : si elle n'est pas capable d'être en tête au New Hampshire, je ne vois pas dans quel état elle pourrait l'être ? D'autant plus que derrière elle pourrait aussi subir une assez humiliante seconde place dans son état de Caroline du Sud (on notera que le sénateur républicain de l'état Scott s'est officiellement rallié à Trump ce week-end).
https://www.reuters.com/world/us/us-sen ... 024-01-19/Et puis même à supposer que Haley parvienne à réduire l'écart avec Trump en enclenchant un très gros
momentum, il faut aussi rappeler que les primaires républicaines n'ont pas les mêmes règles du jeu que les primaires démocrates : dans ces dernières, on est à la proportionnelle jusqu'au bout. Cela peut avoir du sens de se maintenir dans ce cadre là (pour peser sur la convention, le parti et son programme), et pour engranger du délégué au cas où (si jamais le candidat en tête devait être un condamné multiple d'ici là , ou subir un pépin de santé). Mais chez les républicains, à partir du
Super Tuesday, c'est
winner takes all pour tout le monde. Même si par miracle Haley parvenait à engranger un succès d'estime et ramener son rapport de force à un honnête 55/45 avec Trump, elle ne pourrait rien en faire de concret dans la chasse aux délégués.