de Herimene » Ven 19 Juin 2020 15:40
La baisse du RN aux prochaines Départementales et Régionales par rapport au premier tour de chacune des deux élections en 2015 qui est son plus haut cru historique toutes élections confondues, est quasiment acquise... par rapport aux Municipales, par contre, vu que ce n'est pas comparable et qu'ils y ont fait des scores très médiocres, c'est improbable. Maintenant il faudra voir si c'est un reflux contrôlé ou un grand reflux... le premier ne poserait pas tant problème en soit car il ferait reculer la logique du barrage au RN et plus que le retrait des candidats arrivés 3ème (qui devrait quand même se pratiquer fortement à gauche) l'énorme battage médiatique autour du risque RN... et donc au final ne lui nuirait pas forcément tant que ça dans le but d'avoir des élus... Car c'est aussi une grande partie de l'enjeu... Le résultat absolu du premier tour des deux élections en 2015 fut excellent pour le RN, mais les reports de voix entre les deux tours furent particulièrement catastrophiques... Le pire fut sans doute le résultat de Philippot dans le Grand Est... largement en tête du premier tour, il n'a progressé que de 0,2 point entre les deux tours alors que Richert en a récupéré plus de 22,5 supplémentaires... et on était en triangulaire... Pour avoir des élus le RN ne devra pas tant ne pas reculer au premier tour (ce n'est pas si grave en soit) que convaincre au second tour les autres électeurs de ne pas faire barrage contre lui... à ce niveau-là j'ai l'impression que dans certains coins faire 35% soit parfois plus avantageux pour le RN que dépasser les 40... mon expérience des Régionales dans ma région me convainc aussi car la pole position de Montel en Bourgogne-Franche-Comté avec un score de 31,5% a convaincu la gauche, 3ème, de se maintenir et de gagner in fine, mais en jouant avec le feu car Montel est passée à 2,2 points de la victoire... Tout ça aussi car les médias en ont très peu parlé, en étant focalisé sur le risque RN dans des régions en théorie plus favorables.
Après je ne pense pas que les alliances à droite, qui ont par ailleurs été pratiquées en très grande partie dans des coins où la porosité entre les électeurs de droite classique et de droite radicale (voire les élus) est importante de longue date (en gros le Sud-Est), aient nuit au RN ou brouillé son message... C'est sûr que s'ils l'avaient fait dans le Pas-de-Calais ça ne leur aurait rien apporté, mais je doute franchement beaucoup que les électeurs du Pas-de-Calais aient eu dans leur immense majorité vent de ce petit apport dans des coins très éloignés de chez eux.
Je pense surtout que le RN a perdu pas mal de cadres depuis des années, et qu'il l'a payé vraiment cash au moment des Municipales quand il fallait non pas présenter quelques candidats mais de longues listes et si possible avec des profils "solides". Je pense aussi que sa stratégie globale depuis quelques mois le rend assez illisible... on ne sait plus trop où est Marine Le Pen, ce qu'elle souhaite pour le pays et ce qu'elle proposerait concrètement si elle était au pouvoir. Ça ne tient d'ailleurs pas pour moi spécifiquement à sa reculade sur l'Europe : les Français ne sont pas très Europhiles mais un discours eurosceptique extrêmement assumé n'a jamais fonctionné électoralement sur le long terme. Mais plus à la sensation qu'elle navigue à vue, se positionne selon l'avis des autres partis et se met en retrait opportunément à certains moments pour réapparaître à d'autres... Ça fait beaucoup trop calculé en fait et ça finit par lui nuire... C'est très paradoxal car le contexte depuis 2/3 ans lui est sur le papier très favorable, mais elle a le sens du contretemps, elle n'a pas su saisir l'opportunité des différentes crises sans apparaître justement opportuniste mais juste en démontrant qu'elle aurait pu les anticiper et les résoudre...
Enfin comme le dit très bien newritture de nouvelles formes de populisme apparaissent en ce moment, le RN n'est pas le seul parti de droite radicale installé depuis longtemps qui connaît un reflux en ce moment... Le FPÖ en Autriche est en grande difficulté depuis des mois, pareil pour le Parti du peuple danois ou dans une moindre mesure pour le Parti pour la liberté aux Pays-Bas. Même la Ligue du Nord en Italie connaît une forte baisse depuis les Européennes tout en demeurant pour le moment le premier parti du pays (ils partaient de très haut il faut dire). Je crois effectivement que certains se disent que la contestation du "système" serait plus efficace en dehors des partis populistes traditionnels, qui ont de fait "échoué" depuis des décennies à conquérir le pouvoir... ou qui ont gâché l'opportunité que cela constituait (Autriche, Italie). Je pense à cet égard que les propos de Robert Ménard hier matin sont assez représentatifs de l'opinion de pas mal de sympathisants de la droite radicale "hors les murs", qui peuvent voter RN mais sans être totalement convaincus... Ils estiment que le problème est plus celui des personnes ou de la structure, que celui des idées (même s'ils reprochent aussi à Marine Le Pen son manque de clarté et ses changements de ligne trop nombreux), et je pense honnêtement qu'ils ont plutôt raison, même si rien ne dit qu'un parti de droite radicale arrive à conquérir 50% des suffrages au niveau national en France, le RN a échoué à véritablement détruire le plafond de terre placé sur lui. Au final, les Régionales particulièrement seront un test majeur pour juger de l'avenir du RN... s'il ne remporte aucune région malgré le contexte ce sera vraiment très difficile pour la suite... je pense toutefois qu'il peut jouer la victoire dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en PACA... ailleurs il faudra comme il a failli le faire en 2015 en Bourgogne-Franche-Comté passer par un trou de souris en triangulaire (c'est possible mais ce sera difficile).