de Genaro Flores » Sam 13 Fév 2021 09:47
COUP DE TONNERRE SUR LA PRESIDENTIELLE : NOUVEAU COMPTAGE DES BULLETINS DANS 17 DES 24 PROVINCES DE L’EQUATEUR !
C’est en fin de matinée, hier vendredi, qu’a eu lieu, au siège du Conseil national électoral (CNE) à Quito, la réunion de la dernière chance pour résoudre la crise électorale dans lequel le pays est plongé depuis le dimanche 7 février. Une réunion qui s’est tenue à la demande de deux des protagonistes du 1er tour : Guillermo Lasso (Creo + Parti social-chrétien, droite) et Yaku Pérez (Pachakutik, socialisme indigéniste et écologique), arrivés respectivement 2ème et 3ème. Pour le CNE, l’objectif initial était d’avancer des propositions afin de répondre aux allégations de fraude, mentionnées par Pérez dans au moins sept provinces, et qui l’auraient empêché d’atteindre le 2ème tour, programmé le 11 avril.
L’indigène cañari a d’abord prôné un recomptage dans les 24 provinces du pays avant de se contenter des 16 provinces où se sont produites des irrégularités. La fraude a été si évidente, selon lui, qu’il n’y aurait rien de surprenant à voir Andrés Arauz (Union pour l’espoir, socialisme corréiste) rétrograder de la 1ère à la 3ème place à l’issue du deuxième dépouillement, Lasso et lui-même obtenant du même coup leur billet pour le 2ème tour. Une accusation à la mesure de la haine qu’il porte envers le corréisme, d’autant plus qu’aucune preuve n’était réellement rapportée. L’atmosphère est devenue alors subitement pesante et surréaliste…
De son côté, Lasso a souhaité un comptage intégral des votes dans le Guayas, l’une des sept provinces de la Costa (littoral Pacifique), la plus peuplée de l’Equateur, et par ricochet, celle qui détient le plus grand nombre d’électeurs.
Puis, du dialogue entre les autorités électorales et les deux plaignants, on est passé soudainement à un débat opposant les deux candidats. Pérez a avoué qu’il devait impérativement être présent au 2ème tour, contrairement à Lasso, parce qu’il est le seul, selon lui, à pouvoir l’emporter contre le corréisme. Leur conversation à bâtons rompus était parfois rude, Pérez n’hésitant pas à railler celui qu’il considère avant tout comme un banquier, ce qui n’a pas empêché Lasso de souligner qu’à partir de maintenant, et pour le bien de l’Équateur, « vous et moi devons construire une relation ». Sinon, il reconnaissait avoir le même but que son rival : « Nous convenons que nous ne voulons pas que ce modèle totalitaire oppresseur, qui viole les droits de l’homme, les droits civils et la liberté d’expression, revienne en Équateur. Plus de 68 % de nos concitoyens ont dit non à ce modèle. Ne pas laisser le modèle totalitaire revenir, celui qui n’a fait que diviser la société équatorienne, tromper le peuple, commettre des actes de corruption. »
On appréciera le « sens de la nuance » chez Lasso qui, sans sourciller, parle de totalitarisme, tout en utilisant un pléonasme ! Et on remarquera, de leur part, l’absence de désistement réciproque en faveur de celui qui parviendra au 2ème tour. La détestation du corréisme montre ici toutes ses limites, d’autant plus que nos deux lascars n’ont strictement rien en commun pour le restant…
Après 6 heures d’échanges, la présidente du CNE Diana Atamaint tenait une conférence de presse où elle annonçait le recomptage suivant :
- 100 % des votes dans la province du Guayas (où se trouve Guayaquil, 1ère ville et capitale économique du pays, conservatrice dans l’âme).
- 50 % des votes dans les 16 provinces suivantes :
Les 10 de la Sierra (Andes) : Azuay (fief de Pérez), BolÃvar, Cañar, Carchi, Chimborazo, Cotopaxi, Imbabura, Loja, Pichincha (où se trouve la capitale Quito), enfin Tungurahua.
6 des 7 de la Costa (littoral Pacifique) : El Oro, Esmeraldas, Los RÃos, ManabÃ, Santa Elena, enfin Santo Domingo de los Tsáchilas.
Les 6 provinces de la Selva (Amazonie) et celle des îles Galapagos ne sont donc pas concernées par ce nouveau dépouillement.
Grand gagnant de cette confrontation, Pérez ne se gênait pas pour exulter, déclarant que « ça valait la peine de se battre ».
L’appetit venant en mangeant, il émettait une requête auprès de la Cour constitutionnelle de l’Equateur (CCE), la plus haute juridiction du pays. Pour éviter toute fraude, le Conseil national électoral serait chargé de procéder au recomptage public, et ce au détriment des 25 conseils provinciaux électoraux. Parallèlement, serait instaurée une surveillance citoyenne du système informatique.
Cette fois-ci, il tombait sur un os, la CCE rejetant dans la soirée de vendredi sa demande.
De toute évidence, l’Equateur n’est pas encore sorti de l’ornière…