J'allais justement en parler, c'est en effet plus que problématique !
Anthony Rotta a non seulement invité cet ancien soldat ukrainien de la second Guerre mais a indiqué qu'il s'était battu contre les Russe et était un "héros ukrainien et canadien".
Or, toute personne avec un peu de connaissance de la Seconde Guerre sait qu'un ukrainien luttant contre la Russie durant la seconde Guerre le faisait avec les nazis... De fait, Yaroslav Hunka, 98 ans, était membre de la Division SS Galicie, une unité de volontaires sous le commandement nazi de la Waffen-SS.
Outre cet aspect très gênant, cela se double d'une crise diplomatique : Rotta a fait applaudir la Chambre mais aussi le président Zelensky, alors que lui même lutte contre la propagande russe parlant d'une attaque de l'Ukraine pour la "dénazifier", l'argument de l'Ukraine nazi s'en retrouve renforcée dans la propagande (ce, rappelons le, alors que Zelensky est juif). Le Kremlin a publié un communiqué pour le souligner d'ailleurs.
Bref, le scandale a été immédiat, Rotta a démissionner et au-delà de ce fait la situation a mis en lumière l'accueil par le Canada de nazi ukrainien, et même de monuments existant dans le pays honorant ces soldats. On vit donc un improbable moment de vérité ou le Canada se voit réclamé de publier des documents sur l'accueil des nazis, etc.
Le gouvernement a ouvert la porte à une déclassification à ce sujet, un des derniers "chasseurs de nazis" en activité a par ailleurs indiqué qu'il avait rendu une liste de 250 noms au gouvernement, sans succès.
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/20 ... ncien-nazihttps://ici.radio-canada.ca/nouvelle/20 ... ant-canadahttps://ici.radio-canada.ca/nouvelle/20 ... slav-hunkaDe son côté Przemysław Czarnek, ministre polonais de l'Éducation et des Sciences, a déclaré le 26 septembre 2023 qu'il souhaite entreprendre des démarches en vue de l'extradition de Yaroslav Hunka (98 ans) :
https://www.tvanouvelles.ca/2023/09/26/ ... ttant-naziIl y a déjà des personnes positionnes pour prendre la suite de Rotta (que j'imagine quitter la vie politique, donc une partielle, Rota y était élu depuis 2004 hormis 4 ans de coupure de 2011 à 2015, en chute libérale justement, ce serait un bon test).
Plusieurs noms sont testés, plus ou moins sérieux.
Joël Lightbound, un député que plusieurs imaginent prendre la tête du Parti libéral du Québec, a été invité par plusieurs élus (notamment conservateurs) à se lancer mais a publiquement décliné. Peter Schiefke, élu libéral dans Vaudreuil–Soulanges depuis 2015, et ancien secrétaire parlementaire à l'Immigration et à l'Environnement, a confirmé vouloir se présenté, alors qu'un troisième québécois, le député libéral d'Argenteuil–La Petite-Nation Stéphane Lauzon dit y réfléchir, mais ce ne sont pas des poids lourds. Mme Carol Hughes, députée NPD du nord de l'Ontario et VP adjointe, a plus de poids mais sa candidature est vouée au symbole : jamais les libéraux et conservateurs ne donneront la présidence à la deuxième opposition.
Les candidatures les plus sérieuses sont :
- Alexandra Mendès, députée de Brossard–Saint-Lambert (Québec), actuelle vice-présidente, qui s'était d'ailleurs présentée lors du dernier renouvellement. Élue pour la première fois en 2008, battue en 2011 puie réélue en 2015, 2019 et 2021, elle a l'expérience parlementaire et offrirait un certain renouveau : première femme depuis Jeanne Sauvé (1980-1984), elle incarne aussi l'immigration canadienne puisqu'elle est d'origine portugaise ;
- Même possible jeu de symbole avec Greg Fergus, député de Hull (Québec), qui a président le caucus noir durant plusieurs années et pourrait être la première personne non-blanche à présider la chambre. Elu depuis 2015, il secrétaire parlementaire du premier ministre et du président du Conseil du Trésor. Il a cependant eu un blâme éthique pour avoir soutenu une chaîne de télévision francophone ;
- Enfin, le nom d'un conservateur circule : Chris d’Entremont, député acadien de la Nouvelle-Écosse, a le mérite d'avoir déjà l'expérience de nombreux débats parlementaires, puisqu'il était vice-président et a déjà présidé à plusieurs reprise. Il s'avère que son action semble plutôt consensuelle et, par exemple, avoir le soutien du Bloc québécois, qui apprécie l'idée d'un président francophone (ce que sont les québécois en lice également toutefois), mais aussi non libéral. Ce sera difficile à faire avaler sans accord des libéraux mais pourrait être malin : un président ne peut voter et prendre part aux débats, il est "au dessus des partis", en Colombie-Britannique on se souvient que le NPD et les verts avaient pris la majorité en votant pour un libéral prêt à trahir en devenant président de la Chambre, enlevant ainsi une voix à son parti. Ici c'est différent, la majorité ne joue pas à une voix, mais toute voix adverse en moins est bonne à prendre. D'Entremont fait déjà campagne en disant vouloir éviter la partisanerie et permettre des débats plus sereins.
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/20 ... mplacementPlus amusant, suite à cette triste affaire, l'intérim de la présidence est assurée par Louis Plamondon (frère de Luc, celui de Starmania et de Notre Dame de Paris). Il n'y a pas de règle de priorité (âge, ancienneté...) pour les intérim même si de fait PLamondon est élu depuis 1984 et est le doyen, il a 80 ans. Réputé pour sa connaissance des arcanes parlementaire et son goût du débat "sans chicane", il a donc été désigné en catastrophe par l'ensemble des partis fédéraux. Ainsi, et je pense pour la première fois, le président de la Chambre est issu du parti indépendantiste québécois !
https://www.journaldemontreal.com/2023/ ... s-communesSinon en effet le gouvernement Trudeau est dans une fin de règne où les scandales (souvent absurdes, comme celui-ci, on ne parle pas de détournement d'argent et je doute fort que Trudeau soit nazi, mais comment peut-on faire une telle ânerie ???) se succèdent. De son côté le Parti conservateur mené par PIerre Poilièvre est au top des sondages, mais attention : d'une part les élections ne sont pas déclenchées, et rien n'impose à ce jour qu'elles aient lieu avant 2025 - tant que l'accord avec le NPD tiens - et d'ici là beaucoup peut se passer, d'autant que le mode de scrutin ne favorise pas les conservateurs. A ce jour Poilièvre, élu en Ontario et premier chef depuis longtemps à s'exprimer convenablement en français, peut vraiment percer en Ontario et au Québec, mais si Trudeau sent la fin de règne, il s'est quand même distingué par sa capacité à gagner quand on ne l'attend pas. L'hypothèse d'une démission du premier ministre pour le remplacer par sa populaire vice-première ministre (par ailleurs d'origine ukrainienne) Chrystia Freeland est aussi sur la table.