de vudeloin » Lun 7 Mai 2012 02:53
Je dois dire que la Grèce étant située dans une partie du bassin méditerranéen soumise aux mouvements telluriques, le séisme est plutôt constitué de plusieurs répliques et ne saurait être assimilé à la seule irruption des Néo nazis de Chrysi Avyi au sein de la Vouli.
Le premier séisme, qu'on le veuille ou non, est bel et bien celui de la véritable explosion du bipartisme hellène (dont nous avons suffisamment dit qu'il était aussi un bipartisme familial) qui se traduit, pour l'heure, par un parti de droite, la Nouvelle Démocratie, pourvu pour le moment de moins de 20 % des suffrages (19,26 % à l'heure, un peu madrigale où je commence ces lignes) et de 109 sièges de député, dont la moitié ou presque issus de la prime accordée au parti arrivé en tête de liste des partis en présence.
Il se traduit aussi, ce séisme, par l'effondrement du PASOK qui est, pour l'heure, pourvu de 13,42 % et de 41 sièges, c'est à dire que les deux partis longtemps associés à la gestion des affaires du pays disposent juste de 150 élus sur les 300 membres de la Vouli tin Ellinon.
La tendance issue du dépouillement des derniers bureaux est d'ailleurs à la perte d'influence des deux partis concernés.
Second séisme dans la vie politique grecque, l'émergence d'une gauche forte à la gauche du PASOK, une gauche forte mais qui, victime de sa fragmentation (ce qui peut paraître parfaitement incompréhensible pour nos yeux de Français habitués aux alliances électorales, sinon programmatiques entre forces de gauche d'un côté et de droite de l'autre), se retrouve à la porte (provisoire ?) d'un pouvoir qui paraissait lui tendre les bras, dans la situation sociale et économique d'une extrême gravité qui frappe le pays depuis la mise en oeuvre des différents plans européens dits de « sauvetage » de la Grèce.
C'est la coalition Syriza, constituée à partir de ce qui était le parti des communistes grecs dits de l'intérieur et des militants écologistes, qui arrive ce soir en deuxième position en termes de suffrages et d'élus au sein de la Vouli.
La coalition d'Alexis Tsipras est pour le moment créditée de 16,56 % et de 51 sièges au Parlement.
La presse grecque ne s'y trompe d'ailleurs pas et elle met en exergue, dans ses articles, autant la performance plutôt médiocre de la Nouvelle Démocratie d'Andonis Samaras que celui du PASOK de Venizélos que le résultat obtenu par le Rassemblement de la gauche radicale.
Cette performance de la gauche radicale est doublée de celle du KKE, le parti des communistes dits de l'extérieur, même si celui ci est fortement structuré, notamment auprès du mouvement syndical, qui réalise pour l'heure un score de 8,40 % et confirme l'élection de 26 élus.
Enfin, les dissidents de Syriza, à savoir la Gauche Démocratique, obtiendraient pour le moment 6,07 % des votes et pas moins de 19 élus.
Les trois forces situées à la gauche du PASOK se retrouveraient donc à plus de 31 % des suffrages, une situation qui aurait pu leur permettre d'aller chercher meilleure fortune si elles s'étaient simplement mises d'accord sur un « arrangement électoral ».
On rappellera que, lors de la plus récente consultation (celle de 2009), la liste du KKE et celle de Syriza avaient obtenu au total 34 élus et 12,14 %.
Là , les trois listes réunies en sont pour l'heure à 96 mandats...
Selon les premières indications fournies par la presse grecque, Syriza serait en tête sur Salonique, Le Pirée, Athènes, l'Attique, mais aussi Patras, Corfou, Céphalonie et une partie de la Crète, le KKE serait premier sur Samos...
A noter également que le mouvement des Grecs Indépendants (ANEL, dissidents de la Nouvelle Démocratie opposés aux plans d'austérité appuyés par les instances communautaires européennes) arrive en quatrième position avec environ 10,5 % des voix pour le moment et pas moins de 33 députés.
Opposés à l'austérité, exigeant le remboursement de la dette de guerre allemande, on peut douter que ce parti de droite eurosceptique puisse soutenir tout gouvernement qui accepterait leur mise en oeuvre.
Reste le dernier séisme, celui que la presse grecque se refuse pour l'heure à considérer comme le plus important, alors même que la manière dont la question a été traitée en France est tout à fait différente.
C'est l'irruption de Chrysi Avyi au sein du Parlement hellène, le parti néo nazi d'inspiration païenne recueille environ 6,9 % des voix et, surtout 21 élus au lieu de 0...
Il semble clairement établi que le parti d'extrême droite vient de se nourrir des dépouilles du LAOS, le rassemblement ultra orthodoxe qui disposait, rappelons le, de 15 élus dans la Vouli sortante.
Ayant accepté de participer au Gouvernement gérant les politiques d'austérité, le LAOS s'est manifestement déconsidéré face à son électorat et aurait perdu, pour le moment, environ 200 000 voix.
Le succès de l'Aube Dorée est donc apparemment, aussi, porté par une transfusion d'électeurs LAOS vers le parti d'extrême droite.
D'autant que l'agenda du parti a pu séduire un électorat déboussolé : Chrysi Avyi est en effet contre les plans d'austérité, exige lui aussi le remboursement de la dette allemande et ajoute à cela une nauséabonde chasse aux immigrés qui semble bien la marque de fabrique d'une partie de l'extrême droite en Europe.
Le LAOS, comme les écologistes (qui sont pour le moment à 2,91 % alors que la barre de qualification est à 3 %), semblent devoir rester à la porte de la Vouli, une Vouli dont la survie me semble tout de même assez compromise.
Restent également à la porte du Parlement des mouvements comme DISY (Alliance Démocratique), parti centriste de Dora Bakoyannis, ancienne maire d'Athènes lors des JO 2004, l'Alliance Libérale (autre mouvement centriste), ou le mouvement d'extrême gauche Antarsya.
Dernier point : les abstentions sont très fortes, dépassant les 35 % dans un pays où, de fait, le premier parti est celui des électeurs qui ne votent pas.
On notera qu'en termes de suffrages obtenus, la ND en est pour l'heure environ à 50 % de voix perdues sur 2009 (un peu plus d'un million), le PASOK perdrait plus de deux millions de voix et les trois partis de gauche radicale en gagneraient ensemble un million.