gerard24 a écrit:L'antienne que l'on entend depuis des décennies sur la surreprésentation de la France rurale et de la droite a quand même du mal à résister aux faits : Paris, les français de l'étranger très largement surdotés, ne sont pas ruraux et ne votent pas à droite.
Merci gerard24, mais j'ai l'impression que vous n'approfondissez pas suffisamment votre analyse.
Monter en épingle 1 ou 2 cas particuliers, si extraordinaires et édifiants soient-ils, ne rend jamais compte d'une situation globale. C'est même une technique très utilisée par les propagateurs de "vérités alternatives".
Quelques réflexions :
. Si on compare depuis au moins 1958 les durées pendant lesquelles le Sénat était à majorité de droite, ou de gauche, par rapport aux autres assemblées électives de la France, il me semble que le Sénat a un tropisme de droite très très marqué. À moins que j'aie mal regardé ?
. Je n'ai pas la patience de faire le calcul détaillé entre départements mais la moindre des choses serait de corriger les déséquilibres constatés, ce qui est très facile.
. J'ai déjà écrit sur ce forum que la représentation au Sénat des Français installes hors de France est une incohérence majeure de la Constitution, qui établit que ledit Sénat "assure la représentation des collectivités territoriales de la République." (Art. 24)... juste avant d'ajouter : "Les Français établis hors de France sont représentés à l'Assemblée nationale et au Sénat."
Qu'on m'explique quelles "collectivités territoriales de la République" sont habitées par les Français établis hors de France !
. La surreprésentation de la France rurale, ou du moins des départements ruraux, est loin de se recouper parfaitement avec celle de la droite. Par exemple le temps n'est pas si loin où Paris élisait 100% de mairies d'arrondissement de droite (et que dire des Hauts-de-Seine...), quand dans le même temps l'Allier était "solidement" tenu par la gauche. Pour autant il me semble indéniable que les zones rurales sont globalement nettement plus à droite que la plupart des zones urbaines.
. Outre les disparités dans la représentation des départements, le vrai scandale du Sénat tient surtout au mode de désignation des grands électeurs. 95% d'entre eux sont issus des conseils municipaux, avec pour le coup une énorme surreprésentation des communes peu peuplées, dont il est difficile de nier qu'elles sont largement plus à droite que les villes. Pourtant il serait facile d'y remédier :
1 plutôt qu'une règle savamment calculée au doigt mouillé (et de manière à pénaliser les communes urbaines), on pourrait imaginer tout simplement 1 grand électeur par tranche de 1000 habitants. Ce serait simple, même si là encore les micro-communes (moins de 1000 habitants, ou entre 1000 et 1900 etc...) resteraient nettement surreprésentées
2 on pourrait aussi accorder le même poids aux scrutins qui convoquent le même nombre d'électeurs : N grands électeurs issus des municipales, autant issus des élections régionales, autant issus des élections départementales. .. (éventuellement en retirant les parlementaires qui me semblent peu représentatifs de "collectivités territoriales de la République")
3 les départements à 2 sénateurs pourraient les élire à la proportionnelle. Ou même on pourrait imaginer des élections à une échelle régionale plutôt que départementale ?
4 ou sinon les Sénatoriales pourraient devenir des élections directes, ouvertes à tous les habitants des collectivités territoriales quelle que soit leur nationalité (dans l'esprit de l'article 24 cité ci-dessus), contrairement à l'Assemblée Nationale qui - comme son nom l'indique - serait élue par les seuls Français, y compris ceux établis hors de France.
On le voit, il est facile d'imaginer des réformes permettant au Sénat de ne plus être une "anomalie démocratique" tout en maintenant une forte spécificité vis-à -vis de l'Assemblée Nationale.
Mais pour nier de bonne foi la surreprésentation structelle de la ruralité et de la droite au Sénat, il faudrait pouvoir s'appuyer sur de solides arguments dont je n'ai jamais vu la couleur. Ou être très très mal informé.