de vudeloin » Mer 14 Sep 2011 14:12
Comme vous êtes un peu avancé en âge, donc, on ne va pas tirer sur l’ambulance…
Mais quelques points, rapidement.
Sur le report des électeurs FN sur les électeurs PS, n’y voyez nulle malice ou un détour surprenant de personnes juste un poil déboussolées…
J’ai toujours pensé qu’une bonne partie de l’électorat lepéniste venait de la gauche, et singulièrement du Parti Socialiste d’ailleurs, bien plus que du Parti Communiste, comme beaucoup de hâtifs politologues ont pu le laisser accroire un certain temps.
Ou plutôt que les choses sont plus complexes, sur la durée, qu’en apparence.
L’électorat lepéniste des années 84 85, premières années de floraison si l’on peut dire de cette « mauvaise herbe » de la démocratie, venait en effet d’un bon quart de la gauche et avait pu suivre le chemin suivant : vote PCF dans les années 76 ou 78, vote Tonton en 81 et dès le premier tour, abstention en 82 ou 83 et tentation lepéniste en 84, lors des européennes de juin de cette année là.
Les fruits amers du racisme, de la non compréhension des autres ( surtout quand ils ne sont pas Français pur sucre ), ajoutés au brouillage d’écoute que constituait par exemple la politique de rigueur sauce Delors et vous pouvez avoir ce type de votes.
Remettez en une couche avec un électorat de droite trouvant la droite classique « trop molle « et vous avez un substrat électoral pour le moins déroutant mais qui peut faire nombre.
Comme le mouvement a connu quelques phases ( le FN est tombé sous les 6 % aux européennes de 1999, par exemple, et des journaux comme Libération ou le Nouvel Obs’ le voyaient déjà en voie de perdition ), on peut se demander comment il a fait pour resurgir au point d’être au second tour de 2002 – et de « taper « les 20 % avec les votes Mégret là où Mamère était tout fiérot d’avoir fait un peu plus de 5 %- et par connaître le succès que l’on sait aujourd’hui, même s’il faut relativiser.
Peut être parce que, notamment, la droite classique ne sait pas parler vraiment aux milieux les plus populaires, en sachant dès le départ qu’une partie plus ou moins importantes des couches sociales défavorisées ou modestes ont toujours voté à droite et ce, historiquement.
Sinon, pour donner deux exemples vite fait bien fait, le Morbihan serait à gauche depuis longtemps et les mineurs de charbon de Lorraine auraient fait comme leurs collègues du Nord ou de Provence !
Donc, comme cet électorat n’a pas de sentiment de « représentation « par la droite parlementaire ordinaire, il peut voter FN au premier tour et PS au second…
Et la même remarque vaut, sur la durée historique, pour nombre d’électeurs socialistes dont je rappelle tout de même que, dans certaines régions bien précises ( bassin houiller du Nord Pas de Calais par exemple ), qu’ils avaient tendance à voter SFIO ou PS, pas tellement pour l’un ou l’autre, mais plutôt contre le PCF, le seul adversaire politique connu sur le terrain…
Et l’anticommunisme est, me semble t il, un des fondements du vote lepéniste…
Alors, l’origine droitière éventuelle du vote écolo…
Soyons clairs, au bout d’un certain temps, compte tenu des scores atteints par EELV, on ne peut penser qu’à un fait : celui de voir le score rassembler des électeurs venus de forces politiques diverses ou ayant eu des votes fort divers dans la dernière période.
Plus que l’attachement aux idées, ce sont les « marqueurs « sociaux ou mentaux de ces électeurs qui peuvent expliquer cela.
Les Verts parisiens, pour donner un exemple précis, ont eu plusieurs scrutins avec une forte influence ( municipales 2001, européennes 2009 ou régionales 2010 ) et des décrues ( présidentielle 2007 ou municipales 2008 ).
Ceci dit, pour la présidentielle, une bonne partie des quartiers très favorables aux Verts ont voté Bayrou, ce qui semble indiquer que des sociologies quasi identiques peuvent conduire à des votes sur le papier assez différents même si des points de convergence ( sur l’Europe entre autres ) peuvent exister entre les forces concernées.
Paris offre, de fait, un substrat à l’électorat de centre gauche que EELV peut, parfois, capitaliser pour son compte, mais sans certitude absolue.
Je vais même être précis : si l’UMP implose à la suite d’une défaite de Sarkozy en 2012 et que renaît un grand parti centriste et libéral, les Verts parisiens pourront se voir concurrencés sur leur propre terrain.
D’ailleurs, j’ai cru comprendre que toi-même était passé par le Modem avant de trouver les écolos…
Ensuite, sur l’origine des électeurs, je ne sais pas si elle est absolument contrôlée mais, pour le coup, je me souviendrais quelques temps de la candidate EELV – PS du canton où j’habite et qui était candidate, au premier chef, pour « la propreté et la sécurité «.
D’ailleurs, je ne sors plus mes poubelles, triées, dans les rues de ma ville sans mon gilet pare balles, vois tu !
Sur l’iniquité des modes de scrutin, enfin, elle est évidente et je ne m’étonne évidemment pas outre mesure que les deux partis dominants aient quelque peine à comprendre qu’il faille en changer.
Quand on voit que quelques arrangements entre Gouvernement et UMP suffisent à faire voter une loi de finances, comme la semaine dernière, alors que l’UMP ne pèse plus que 20 % des votes aux dernières élections, on se dit qu’il y a effectivement un problème !
Oui à la proportionnelle, dans tous les scrutins, d’ailleurs !