de Républicain67 » Jeu 12 Mai 2016 11:37
La campagne pour la succession d’Armand Jung bat son plein à Strasbourg. Les affiches sont collées un peu partout. La gauche et la droite le savent ; ils jouent gros ici. Le FN pense, quant à lui, avoir une carte à jouer dans une circonscription qui lui est d’habitude plutôt défavorable (la plus à gauche d’Alsace). La 1ère circonscription du Bas-Rhin, au main du PS depuis 1997, a été représenté par Catherine Trautmann (maire de Strasbourg de 1989 à 2001), puis par Armand Jung. Vu que Mme Trautmann a été ministre de la Culture dans le gouvernement Jospin, on peut légitimement dire qu'Armand Jung (député suppléant de 1997 à 2002, puis élu depuis 2002) a représenté la circonscription de Strasbourg-Centre à l'Assemblée nationale de 1997 à 2016, sauf de 2000 à 2002, quand Mme Trautmann est redevenu simple députée socialiste du Bas-Rhin.
Éric Elkouby, le candidat socialiste, par ailleurs adjoint au maire de Strasbourg et conseiller départemental du canton de Strasbourg-2 (en binôme avec Martine Jung, l’épouse du député démissionnaire), un peu rassuré suite à la victoire du PS dans la partielle de Nantes, joue la carte de la proximité. Il est en effet bien implanté dans les quartiers Ouest de Strasbourg (Koenigshoffen, Montagne Verte, Elsau), où il a pris la succession d’Armand Jung comme conseiller général en 2011, mais surtout il veut défendre l’héritage de son mentor Armand Jung, donc il a été l’attaché parlementaire, puis le député suppléant, mais aussi de l’ancienne maire de Strasbourg et députée de la circonscription Catherine Trautmann. Les deux ont été très populaires auprès des électeurs dans le passé. M. Elkouby sait surtout que si la 1ère circonscription du Bas-Rhin basculait, ce serait le signal d’une lourde défaite du PS aux présidentielles et aux législatives de 2017.
Jean-Emmanuel Robert (LR) « nationalise » la campagne en appelant au vote sanction, même si la circonscription est l’un des plus à gauche de l’Est de la France (62% pour Armand Jung en 2012, plus de 40% au 1er tour, tous les cantons de la circonscriptions ont élus des conseillers départementaux socialistes en 2015). Pourtant M. Robert sait qu’il joue très gros ici et peut être que son avenir politique risque d’être compromis dans le cas d’une défaite en mai. En effet, le responsable de la 1ère circonscription des Républicains et conseiller municipal, enchaîne les défaites dans le secteur depuis 2004. Il a en effet chaque fois été sérieusement battu aux cantonales sur les anciens cantons de Strasbourg-6 (Hautepierre, Cronenbourg, Poteries) et 9 (Koenigshoffen, Montagne Verte, Elsau), respectivement en 2004 et 2011 et 2015 (la 2ème fois par Eric Elkouby qui prenait alors la succession d’Armand Jung comme conseiller général). En mars 2015, sur le nouveau canton de Strasbourg-2 (Gare, Halles, Koenigshoffen, Montagne Verte, Elsau), Jean-Emmanuel Robert est éliminé dès le premier tour de scrutin. Le deuxième tour a opposé le binôme socialiste (avec Éric Elkouby) à celui du FN (avec Andréa Didelot). Le candidat LR a été prévenu par son parti, s’il perd de nouveau dans quelques semaines, il ne sera pas investi lors des législatives de 2017, la candidature des Républicains dans la 1ère du Bas-Rhin sera alors confié à une femme (Elsa Schalck ?). Son positionnement très à droite lui est reproché. Il se murmure qu’avec Elsa Schalck la droite aurait eu plus de chances face à Éric Elkouby. En plus de ses défaites successives aux cantonales dans le secteur, M. Robert est confronté à un candidat de l’UDI, Laurent Py, l’UDI ne se reconnaissant pas dans son positionnement droitier.
Quant au Front national, il a présenté le jeune conseiller régional Andréa Didelot (23 ans). Le jeune homme, étudiant, est le secrétaire départemental adjoint du FN 67, chargé de l’Eurométropole de Strasbourg. Il a été n°3 sur la liste de Jean-Luc Schaffhauser (RBM) lors des municipales de 2014 dans la capitale alsacienne, mais n’a pas été élu (le FN n’a que deux conseillers municipaux à Strasbourg : Jean-Luc Schaffhauser et Julia Abraham), puis candidat lors des départementales de 2015 sur le canton de Strasbourg-2 et a pu avec sa binôme accéder au second tour face au PS, avant d’être battu par Éric Elkouby et Martine Jung, mais obtenant tout de même 32% des voix dans un canton très ancré à gauche. Dans le canton voisin de Strasbourg-3 (Hautepierre, Cronenbourg, Poteries), en partie dans la 1ère circonscription du Bas-Rhin, le FN aussi a été en duel face au PS, alors qu’au même moment la jeune conseillère municipale Julia Abraham, une autre des figures montantes du FN alsacien, échouait de justesse à se hisser au second dans le très populaire canton de Strasbourg-6 (Neuhof, Meinau, Stockfeld, Musau), avec pourtant le meilleur score du FN sur Strasbourg. Lors de cette campagne pour la législative partielle, Andréa Didelot mène une campagne très offensive, en visant prioritairement les quartiers populaires de l’Ouest (Montagne Verte, Koenigshoffen, Elsau…) où le FN fait des scores assez importants. Il joue la carte régionaliste, braconnant sur les terres d’Unser Land (autonomistes), notamment la défense du dialecte alsacien et du Concordat de 1801, ainsi que l’opposition à la réforme territoriale à laquelle une grande majorité des Alsaciens est opposée. Il est même soutenu par certains régionalistes alsaciens, alors que le FN est connu comme étant tout de même un parti nationaliste et jacobin au niveau national !
Le premier tour se jouera entre les trois principaux candidats, Éric Elkouby (PS), Jean-Emmanuel Robert (LR) et Andréa Didelot (FN). Parmi les autres prétendants seuls Simon Baumert (EELV), les Verts ayant obtenu de plutôt bons scores dans le Centre-Ville et le Quartier de la Gare des dernières élections, et Laurent Py (UDI) devraient atteindre les 10%. Les autres, tel Julien Ratcliffe (FDG), Jean Faivre (Unser Land, autonomiste) ou Guillaume d'Andlau (sans étiquette) ne devraient pas faire de gros scores. Sauf très grande surprise il devrait y avoir au soir du 22 mai un duel classique gauche-droite, donc l’issue est incertaine. Le FN, même s’il progresse de scrutin en scrutin depuis 2012 dans la circonscription et à Strasbourg en général, ne devrait pas être au 2ème tour, vu qu’il est surtout ancré dans les quartiers populaires de l’Ouest, où il récupère une grande partie du vote ouvrier de droite, mais reste très faibles dans les autres plus bourgeois (Orangerie/Quartier des XV, Contades) ou bobos (Centre-Ville, Quartier de la Gare). Pour infos en 2012, Marine Le Pen faisait un mauvais résultat à Strasbourg avec seulement 11,9 % des voix, contre autour de 20% pour son père en 1988, 1995 et 2002. Il y avait toutefois de fortes disparités selon les quartiers, seulement 5% pour Marine Le Pen dans le Centre-Ville, contre près de 17% dans sur l’ancien canton IX (Koenighoffen, Montagne Verte, Elsau) beaucoup plus ouvrier, et même 20% au Neuhof, quartier très populaire du sud de la ville (dans la 2ème circonscription). Une situation qui se reproduit depuis à chaque scrutin.
Je mise donc lors de la législative partielle sur un duel classique gauche-droite, avec une victoire serrée d’Éric Elkouby face à Jean-Emmanuel Robert au 2ème tour, beaucoup plus en tout cas qu’en 2012 où Armand Jung avait fait 62% des voix face à Anne Hulné (UMP). Une seule chose est sûre et certaine. La participation sera très basse, sûrement entre 20 et 25%.