Je ne suis pas expert de ce pays (j'ai d'ailleurs hésité à la situer dans ce fil ou dans politique en Europe, sachant que le débat est géographiquement complexe).
Il y avait jeudi l'élection présidentielle dans ce pays, un poste très majoritairement symbolique remportée par Salomé Zourabichvili, femme au profil assez original puisqu'elle a grandi en France et a fait toute une carrière de diplomate pour ce pays, son dernier poste occupé étant ambassadrice de France en Géorgie en 2003.
En 2004 elle est devenue ministre des affaires étrangères de Géorgie en 2004, obtenant à ce moment là la nationalité géorgienne et une loi ad-hoc autorisant la double nationalité pour elle. Elle travaillait alors avec Mikheil Saakachvili, qui sera président jusqu'en 2013 avant de fuir le pays sous diverses accusations et de tenter une carrière politique en Ukraine.
Salomé Zourabichvili, chassée de son poste de ministre en 2005, avait fondé un parti d'opposition, largement soutenu en sous-main par le milliardaire Bidzina Ivanichvili, qui a été premier ministre quelques temps après le départ de Saakachvili, et tient a priori le gouvernement depuis. Zourabichvili se présentait comme sans étiquette, mais sa candidature était clairement celle du camp d'Ivanichvili et elle affrontait un proche de Saakachvili. Si le poste a peu d'enjeux autre que symbolique beaucoup se demandait si l'opposition pourrait s'y affirmer (d'autant que quelques bourdes lié à un géorgien apparemment pas toujours impeccable et un débat sur sa nationalité - elle a renoncé à sa nationalité françaises quelques jours avant l'élection - ont pu faire polémique). Et non, Zourabichvili a obtenu 60% des voix face à Grigol Vachadze.
Trois organisations indépendantes ont surveillé le scrutin et ont fait un même bilan : il y a eu des fraudes, pressions et la mobilisation de "les ressources administratives", pour la candidate, mais rien de nature à renverser le scrutin.
L’OSCE a salué un scrutin libre et bien organisé, mais déclare aussi que l’engagement de hauts responsables et de ressources de l’État en faveur de Salomé Zourabichvili ainsi que certaines annonces à quelques jours du scrutin l’ont fait bénéficier d’un « avantage indu ». Transparency International en Géorgie n'a pas hésité à parler de « cas sans précédent de corruption électorale, dont la justice devrait être saisie ».
Il faut dire que la candidate, imposée contre les cadres du parti d'Ivanichvili, avait vécu un premier tour difficile en n'obtenant que 38,7%, un point devant Vachadze, qui avait rallié la plupart de l'opposition dont le troisième candidat ayant obtenu 10%. Un financement massif a eu lieu entre les deux tours, les médias nationaux ont a priori joué pour elle et le gouvernement a annoncé un accord avec les banques et la fondation d'Ivanichvili afin de rembourser des dettes des 600000 Géorgiens les plus pauvres (sur une population totale de moins de 4 millions d’habitants), à l'échelle de 660 € (deux mois de salaire) par personne ! La somme potentielle avoisine les 550 millions.
Pour tout simplifier notons que si Ivanichvili a de bons rapports avec Moscou (il s'est enrichi en Russie et est souvent présenté comme un homme de Moscou, ce qui n'est pas si clair), et que Zourabichvili n'a jamais insulté la Russie (en considérant par exemple, une des polémiques de campagne, que la micro-guerre contre la Russie était liée à une erreur de la Géorgie ayant "cédé aux provocation", crime de lèse-honneur de la patrie), elle défend un rapprochement avec l'OTAN et l'Union européenne.
Bref, un pays compliqué, que je connais mal, mais désormais dirigé par une ex diplomate française, c'est quand même assez original.
https://www.mediapart.fr/journal/international/291118/une-ex-ambassadrice-de-france-devient-au-prix-fort-presidente-de-la-georgie?onglet=full
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