Fabien a écrit:Pour moi, les Clinton, c'est surtout:
- un couple assis sur un énorme tas de fric accumulé grâce aux causeries grassement rémunérées de monsieur devant un auditoire choisi...
- les "nouveaux démocrates" empruntant largement au libéralisme économique débridé des républicains
- l'ALENA mis en oeuvre sous le règne de monsieur, qui a ruiné tant de salariés américains modestes
- la dérégulation tous azimuts, le règne du capitalisme financier
- l'abandon définitif de toute velléité de réforme un tant soit peu progressiste après la mise en échec de la réforme du système de santé, portée, si ma mémoire est bonne, par madame
Et on peut rajouter à cette liste non-exhaustive la politique extérieure, qui transcende en partie les clivages habituels: madame était si ma mémoire est bonne un fervente partisane de la guerre en Irak, elle a un profil très "néo-con", et on sait par exemple elle n'aurait sans doute pas comme Obama saisi la main tendue de Poutine, qui lui a évité les bombardements du régime syrien que réclamaient des crétins irresponsables - dont hélas la diplomatie française actuelle, ce mélange détonnant de crétinisme pur, de mercantilisme sordide à peine camouflé sous le moralisme dégoulinant - voir à ce propos la breloque offerte en catimini au représentant du régime le plus despotique et le plus obscurantiste de la planète, pas mal pour des gens qui font pleurer Margot sur le sort du pauvre peuple ukrainien victime du méchant Poutine et des syriens massacrés "par Bachar le boucher"...- , de veulerie, de gesticulations enfantines, et d'irresponsabilité criminelle-... ah oui, et bien sûr elle est pro-israélienne jusqu'à l'os, mais c'est vrai aux USA, c'est assez banal...
Dans ce conditions, quelles sont donc ses lettres de créances "libérales" (au sens américain du terme) qui permettraient à Clinton de récupérer sans problèmes l'électorat séduit par le discours de Sanders? Ce n'est pas une question rhétorique, je suis sincèrement curieux de le savoir!
Ce qu'il faut surtout retenir du paysage politique US (mais aussi de la société américaine en général), c'est que c'est un pays de contrastes gigantesques, où tous les extrêmes et les paradoxes se côtoient. Pour reprendre vos points :
1) Oui les Clinton sont très riches. Mais si Sanders surfe sur une volonté (réelle) d'une partie (importante, mais minoritaire à mon avis) des Américains à voir les inégalités se réduire, aux Etats Unis la richesse ne sera jamais vue comme un problème. L'enrichissement reste le but ultime de tout américain moyen (c'est là leur fond protestant : la richesse est symbole d'une marque divine).
Et puis, comme Clinton va affronter un milliardaire 10 fois plus riche qu'elle, qui le moment venu de la générale devra expliquer pourquoi parmi ses sociétés de nombreuses produisent à l'étranger (en faisant travailler les non Américains qu'il ne cesse d'insulter et de maudire, en contradiction totale avec son discours patriotique et protectionniste), je suis vraiment pas certain que ce sera un problème pour elle.
2) Pour l'ALENA et les traités de libre échange, rappelons que contrairement à ce que l'on croit souvent, le président américain a en la matière nettement moins de pouvoirs et d'autonomie que le président français. Oui, Bill Clinton a signé tout ça, mais parce que le Congrès (républicain) le voulait aussi (et le veut toujours, malgré le discours de Trump).
3) la dérégulation tous azimut que vous évoquez est un exemple parfait du contrast américain. Trump et Sanders défendent (avec un certain succès auprès d'un certain électorat) un retour de l'intervention étatique, tout en vouant aux gémonies l'establishment et l'administration. Là aussi, le fond américain est plutôt en faveur d'une liberté maximale pour le citoyen face à un état central jugé dangereux et liberticide.
Et comme le rappelle manudu83, l'état américain est très décentralisé. En l'état, il faut être réaliste : entre la moitié et les 3/4 des programmes de Sanders et Trump (ou des intentions en ce qui concerne plutôt le second) nécessiteraient au préalable de gros changements constitutionnels pour que l'exécutif puisse les mettre en œuvre. Et changer la constitution américaine, déjà sur un amendement c'est horriblement compliqué politiquement, mais alors sur plusieurs, 2 mandats présidentiels n'y suffiraient pas.
4) pour les questions de réforme sociétale, aux Etats Unis ça ne se fait pas exclusivement par travail législatif de l'état central, mais, aussi et surtout, par voix judiciaire via la cour suprême. Et là dessus, les derniers avis (sur le mariage homosexuel notamment, mais aussi sur la lutte contre les discriminations), la tendance est largement à l'avantage des démocrates. C'est d'ailleurs le plus gros enjeu de ces présidentielles ; dans les années qui viennent, plusieurs sièges vont être à renouveler. Et la crainte du GOP est que les démocrates (en cas de victoire) ne fassent basculer la cour suprême (encore plus) nettement dans le camp progressiste pour les décennies à venir. La prochaine lutte ce sera sur le port d'armes je pense.
Par contre, pour la politique étrangère, les lignes de partage entre les démocrates et le GOP sont très protéiformes, et divisent autant à l'intérieur des partis qu'entre eux.
Quant aux primaires et aux démocrates, Hillary Clinton n'est ni à la gauche ni à la droite du parti de l'âne, elle en est au centre, c'est sa grande force. Quant à la présidence de son mari, ce que les démocrates en retiennent surtout c'est le plein emploi, le boom économique, et l'excédent budgétaire. Quant au fait de récupérer ou nom l'électorat libéral de Sanders, quand vous êtes opposés à Trump, c'est loin d'être mission impossible.
Edit : après recompte, le Missouri voit Trump et Clinton arriver en tête, tous deux avec moins de 0,2% des suffrages exprimés d'avance sur Cruz et Sanders.
Sinon, de plus en plus de républicains annoncent publiquement qu'ils ne voteront pas pour Trump, et ce même si il obtient l'investiture pour la générale. Plus grave, de nombreux candidats républicains pour la Chambre (souvent ceux des districts tangents, et oui il y en a quand même :) ) ont déjà fait savoir qu'ils refusaient de voir Trump venir faire campagne dans leurs districts. Il faut dire qu'actuellement des super PAC anti Trump font tourner en boucle des spots de pub offrant un condensé de propos (100% avérés et authentiques hélas) du Donald sur les femmes. Et visiblement, ça commence à faire un peu tache d'huile auprès des votantes américaines et des associations féministes.